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Full text of "Leçons sur les maladies du système nerveux faites à la salpêtrière"

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LEÇONS 



SUK LES 



IMALADIES DU SYSTÈME NERVEUX 



ChàteaiiroLix. — Typographie et Stèréotypie A. MAJESTE. 



LEÇONS 



SUR LES 



iiAïADiES M mm nmvii 

FAITES A LA SALPÊTRIÈRE 



J.-M. CHARGOT 



Membre de l'Institut, Professeur à la Faculté de médecine de Paris. 

Membre de l'Aradémie de médecine, médecin de la Salpètrière, membre liono raire 

de la Société Royale médico-chirurgicale de Londi-es, 

de la Société Royale de Dublin, de la Société médicale Royale 

d'Edimbourg, 

de la Société Impériale de médecine de Vienne, etc. 

RECUEILLIES ET PUBLIÉES 

PAR cSl^ j\SaL \: 

BOURNEVILLE 

Rédacteur en chef du Progrès médical. . 




Cinquième édition 

AVEC 35 FIGIUKS DANS LE TEXTE ET 13 l'[.\NCHES 

TOxME PREMIER 
PARIS 



A. DELAHAYE & E. LECROSNIER 

LIBRAIRES-ÉDITEURS 

Place de l'École-de-Médecine 



AUX BUREAUX DU PR03RE3 MEDICAL 
15, mie des Carmes 



1884 






f \ 



^3*^ 




PHEMIÈRE PARTIE 



Des troubles trophiques consécutifs aux 

maladies du cerveau 

et de la moelle épinière. 



PREMIERE LEÇON 

Troubles trophiques consécutifs aux lésions des nerfs. 



Sommaire. - Remarques préliminaires. —Objet des conférences de celte 
année : elles seront consacrées à celles des maladies du système nerveux 
et, en particulier, de la moelle épinière, que l'on observe le plus habituelle- 
ment à la Salpêtrière. — Troubles de nutrition consécutifs aux lésions de 
l'axe cérébro-spinal et des nerfs. — Ces altérations peuvent occuper la peau, le 
tissu cellulaire, les muscles, les articulations, les viscères. Importance de ces 
altérations au point de vue du diagnostic et du pronostic. —Troubles de nu- 
trition consécutifs aux lésions des nerfs périphériques. — Le système ner- 
veux, à l'état normal, a peu d'influence sur l'accomplissement des actes nu- 
tritifs. — Les lésions passives des nerfs ou de la moelle ne produisent pas 
directement de troubles trophiques dans les parties périphériques ; expé- 
riences qui le démontrent. — InHuence de l'irritation et de l'inflammation 
des nerfs ou des centres nerveux sur la production des troubles trophiques. 
— Les troubles trophiques consécutifs aux lésions traumatiques des nerfs, 
considérés en particulier. — Ils résultent non des sections complètes, mais 
des sections incomplètes, des contusions, etc., des troncs nerveux. — Érup- 
tions cutanées diverses : Érythème, zona traumatique, pemphigus, — Glossi/ 
Skhi des auteurs anglais. — Lésions musculaires : atrophie. — Lésions ar- 
ticulaires ; lésions osseuses : périostite, nécrose.— Troubles trophiques con- 
sécutifs aux lésions non traumatiques. — Troubles trophiques de l'œil, dans 
les cas de tumeur comprimant le trijumeau. — Inflammation des nerfs spi- 
naux, consécutive au cancer vertébral, à la pachyméningite spinale, à l'as- 
phyxie par la vapeur de charbon, etc. Éruptions cutanées diverses (zona, 
pemphigus, etc.), atrophie musculaire, arlhropathies, qui, en pareil cas, se 
développent en conséquence de la névrite. — Lèpre anesthésique : périné- 
vrite lépreuse, lepra mutUans. 



Messieurs, 
Ce n'est jamais sans quelque émotion, mais aussi sans une 
grande satisfaction que j'inaugure chaque année les conférences 

CuAucoT, T. ], .J'J édition. 1 



2 REMARQUES PRÉLIMINAIRES 

que VOUS venez entendre. Je retrouve toujours, en effet, dans 
cette circonstance, des visages amis, d'anciens élèves, quelques- 
uns passés maîtres, d'autres ayant déjà marqué, dans la car- 
rière quils parcourent, des traces brillantes. Leur présence 
m'est un grand confort et je suis heureux de leur en témoigner 
toute ma gratitude. 

• L'affluence, aujourd'hui, d'un auditoke plus nombreux que 
de coutume, me semble une preuve convaincante que je ne 
m'étais pas trompé lorsque je pensaf, il y a cinq ans, que ce 
grand emporium des misères humaines, où nous nous trou- 
vons rassemblés, pourrait devenir un jour le siège d'un ensei- 
gnement théorique et chnique vraiment utile ^ 

Sans doute, Messieurs, le champ d'observation qui nous est 
ouvert, n'embrasse pas la pathologie tout entière. Mais, tel qu'il 
est, n'est-il pas déjà bien vaste ? D'un côté, il offre à nos études 
les'affections de Tâge sénile, qui méritent bien qu'on s'y arrête 
quelque temps. En second lieu, parmi les affections chroniques, 
il nous livre, réunies en grand nombre et dans des conditions 
particulièrement favorables aux recherches, les maladies des 
systèmes nerveux et locomoteur, si communes et par conséquent 
si intéressantes pour le médecin, maladies dont la pathologie 
commence seulement depuis une vingtaine d'années à se déga- 
ger de l'obscurité profonde où elle était plongée jusque-là. 

Quant à moi, Messieurs, je n'ai jamais douté que l'hospice de 
la Salpêtrière, ne dût devenir, et pour les maladies des vieil- 
lards, et pour beaucoup de maladies chroniques, un foyer d in- 
struction incomparable. Il suffirait, pour réaliser cette idée, 
d'apporter quelques modifications dans les arrangements inté- 
rieurs de cet établissement. Or, je suis bien aise de pouvoir vous 
annoncer que les événements sont, en ce moment, tout à fait 
favorables à nos vues. 

1 Cette leçon a été faite en .nai 1870. 



OBJET DE CES CONFÉRE.N'CES 3 

Déjà, une décision que nous n'avons pas réclamée a mis entre 
nos mains un service de près de ISO lits où il nous est donné 
d'observer toutes les formes de l'épilepsie et de l'iiystérie grave 
Ce n'est pas tout, M. Je directeur de l'Assistance publique à 
formé le projet d'ouvrir dans cet hospice une consultation con^ 
sacrée surtout aux malades atteintes d'affections chroniques et 
une salle où elles pourront être admises temporairement, en 
certain nombre, pour y être traitées. 

Lorsque tous ces éléments d'études auront été groupés et 
organisés en vue des investigations scientifiques et de l'ensei- 
gnement clinique, nous posséderons à Paris, je n'hésite pas à 
le dire, une institution qui, dans son genre, ne saurait guère 
avoir de rivale '. J'espère être assez heureux pour voir bientôt 
ce- plan réalisé dans toutes ses parties. Mais, si des circonstances 
que nen ne fait présager m'appelaient ailleurs, ce serait encore 
pour moi une vive satisfaction de voir mes successeurs cou- 
ronner l'édifice dont je n'aurais pu que jeter les premiers fon- 



Messieurs, votre temps est précieux et je ne veux pas étendre 
outre mesure ce préambule. Il est temps d'arriver à l'objet spé- 
cial de ces leçons. Je me propose de vous entretenir surtout 
cette année, de celles des maladies du système nerveux et en 
particulier, de la moelle épinière, qui s'oflrent le plus souvent à 
notre observation dans cet hospice. Il me répugnerait d'entrer 
dès la première entrevue, dans des détails par trop techniques ' 
.1 ai pensé qu'il serait plus convenable d'appeler votre attention' 
sur une question d'une portée générale et que nous retrouve- 
rons à chaque pas dans le cours de nos études. 



TROUBLES DE NUTRlTIOiN 



I. 



Les lésions de l'axe cérébro-spinal retentissent fréquemment 
sur les diverses parties du corps et y déterminent, par la voie 
des nerfs, des troubles variés de la nutrition. Ces affections 
secondaires constituent un groupe pathologique des plus inté- 
ressants. Aussi consacrerai-je quelques séances à tracer devant 
vous les principaux traits de leur histoire. 

Les lésions consécutives, dont il s'agit, peuvent frapper la 
plupart des tissus et occuper les régions du corps les plus 
diverses : \iXpeau, par exemple, le tissîi cellulaire^ \^% muscles, 
les articulations, les os eux-mêmes, ou enfin les viscères. Elles 
présentent, le plus souvent, à leur origine du moins, les carac- 
tères du processus inflammatoire. Souvent elles ne jouent dans 
le drame morbide qu'un rôle accessoire, car elles sont sim- 
plement surajoutées alors aux 'Symptômes habituels: hyper- 
esthésie, anesthésie, hyperkinésie, akinésie, incoordination 
motrice, etc. Mais, pour n'avoir d'intérêt qu'au point de vue de 
la physiologie pathologique, elles ne doivent pas, cependant, 
être négligées. 

D'autres fois, au contraire, ces lésions acquièrent aux yeux 
du clinicien, en raison, soit des graves désordres qu'elles occa- 
sionnent, soit des signes diagnostiques ou pronostiques qu'elles 
fournissent; une importance majeure. Permettez-moi d'appuyer 
cette proposition sur quelques exemples. 

L'an passé je vous montrais — et je reviendrai bientôt encore 
sur ce point — comment l'eschare fessière, développée dans le 
cours de l'apoplexie par hémorrhagie cérébrale ou par ramollis- 
sement du cerveau, permettait de porter un pronostic d'une 
certitude presque absolue. 



TROUBLES DE NUTRITION 5 

Les eschares sacrées, les affections des reins et de la vessie 
qui se produisent avec tant de rapidité dans certaines maladies 
aiguës ou dans les exacerbations de quelques maladies chro- 
niques de la moelle épinière sont souvent la cause immédiate 
de la mort. 

Une arthropathie survenue dans le cours de l'ataxie locomo- 
trice pourra priver définitivement le malade de Tusage d'un 
membre qui, pendant longtemps encore, eût pu lui rendre des 
services. Quelquefois, enfin, ces lésions tropliiqucs consécutives 
donnent le change au clinicien qui les prend pour la maladie 
tout entière. Telles sont certaines formes de X atrophie muscu- 
laire progressive^ considérées naguère comme des affections pri- 
mitives des muscles, et dont le point de départ est, en réalité, 
dans certaines altérations de la substance grise de la moelle épi- 
nière. 

Multiplier ces exemples serait, je crois, superflu, car, dès 
maintenant, vous voyez Tintérêt qui s'attache à l'étude de ces 
lésions trophiques. 

Le pouvoir de déterminer, sous certaines influences morbides, 
des lésions de nutrition dans les parties extérieures du corps ou 
dans les viscères n'est pas uniquement dévolu au cerveau et à 
la moelle épinière. Ces centres partagent ce privilège avec les 
nerfs qui émanent d'eux. Mais les affections consécutives résul- 
tant des lésions protopathiques, développées dans les départe- 
ments les plus divers du système nerveux, ont entre elles, 
malgré quelques différences spécifiques, les analogies les plus 
grandes ; de telle sorte que, pour le clinicien appelé à recon- 
naître ces affections, la question de savoir quelle a été la circon- 
scription du système nerveux primitivement affectée et d'oii 
dérive la lésion trophique est maintes fois très difficile à ré- 
soudre. 

Cette considération m'engage à ne pas restreindre notre étude 



6 TROUBLES DE NUTRITION 

aux seules lésions trophiques de cause cérébrale ou spinale. 
Celles-ci seront, si vous le voulez, notre objectif; mais nous 
croyons utile de tracer parallèlement Thistoire des troubles tro- 
phiques qui apparaissent à la suite des lésions des nerfs périphé- 
riques. N'est-ce pas, d'ailleurs, un des grands avantages de la 
méthode comparative que de faire naître la lumière du con- 
traste? Pour limiter noire champ d'études, nous n'envisagerons 
que ceux des troubles trophiques qui apparaissent dans le 
domaine périphérique du nerf lésé ; pour ce qui est des alté- 
rations de nutrition qui se manifestent par suite d'actes réflexes 
à une dislance plus ou moins éloignée et dans le domaine de 
nerfs qui n'ont subi directement aucune atteinte de la lésion 
primitive, c'est un sujet fort intéressant, sans doute, mais qui 
mérite d'être traité à part. 



IL 



En m'entendant parler, Messieurs, des troubles de la nutrition 
qui naissent sous l'action des lésions des centres nerveux ou 
des nerfs, la plupart d'entre vous se sont, sans aucun doute, 
immédiatement remis en mémoire le problème correspondant 
qui se débat en physiologie normale. 

Rien de mieux établi en pathologie, j'espère vous le démon- 
trer du moins, que Inexistence de ces troubles trophiques con- 
sécutifs aux lésions des centres nerveux ou des nerfs. Et 
cependant la physiologie la plus avancée enseigne, vous le 
savez, que, à létat normal, la nutrition des différentes par- 
ties du corps ne dépend pas essentiellement dune influence 
du système nerveux. 

La contradiction paraît formelle ; elle n'est qu'apparente. Je 
vais essayer de le prouver, et, dans ce but, je vous demande la 



TROUBLES DE NUTRITION 7 

Dcrmission de taire une coiirle incursion dans le domaine de la 
physiologie expérimentale. 

Pour montrer que les actes chimiques de rénovation molécu- 
laire qui constituent la nutrition ne sont pas sous la dépendance 
immédiate du système nerveux, on invoque, vous vous en sou- 
venez, des arguments de plusieurs ordres. 

1° Les actes les plus compliqués de la vie de nutrition s'ac- 
complissent, dans certains organismes sans l'intervention du 
système nerveux. C'est ainsi que les végétaux, quelques ani- 
maux inférieurs (protozoaires), dépourvus de système nerveux, 
n'en vivent pas moins d'une manière très active. L'embryon, 
dit-on encore, n'accomplit-il pas déjà les actes de la vie orga- 
nique, à une époque oii il ne possède encore aucun élément 
nerveux ? 

2° On s'appnie encore sur ce fait que certains tissus, chez les 
animaux supérieurs même, sont totalement privés de nerfs et 
de vaisseaux. On cite comme exemples les cellules épithéliales, 
les cartilages qui, néanmoins, si un état pathologique survient, 
deviennent le siège d'une véritable prolifération, indice bien 
évident que la nutrition peut s'effectuer là d'une façon très 
énergique ^ 

' « La vio org'anique desnnimanx tout entière, ou en d'autres ternaes tout ce 
qui se passe chez l'animal, sans l'intervention d'une sensation ou d'un acte 
mental, peut s'effectuer sans l'intervention du système nerveux, et se produire 
sans modifications matérielles correspondantes de ce système ; de même que 
les fonctions de circulation, dénutrition, de sécrétion, d'absorption s'opèrent 
avec une égale perfection dans les classes les plus inférieures d'animaux, chez 
lesquels on ne découvre pas de systèmes nerveux, et dans le règne végétal où 
il n'y a pas de raisons plausibles de supposer que les nerfs existent, on pour- 
rait dire que le système nerveux vit et se développe chez un anima), ?i la ma- 
nière d'un parasite vivant aux dépens d'un végétal, n iB)'if. aiid For. Med. 
Chir. Rev. vot III, 1S37, pp. 9, 10: — Et : Garpenter. — Prhioiples of liuman 
Phi/siology. Philadelphia, 185.-., p. J:8). 

Voici l'analyse très sommaire d'un travail oii tout récemment M. Ch. Robin 
a exposé les idées aujourd'hui dominantes, concernant le rôle ti'ès effacé du 
système nerveux, dans la nutrition : « Les actes chimiques qui constituent la 
rénovation moléculaire dans l'organisme vivant, autrement dit la nutrition, ne 
sont pas sous l'influence directe des nerfs. Il ne saurait s'agir là d'une influence 



s INFLUENCE DE LA SECTION DES NERFS 

S*" Enfin, des arguments plus directs sont tirés du domaine 
de la physiologie expérimentale. Vous savez que, après la 
section des nerfs qui s'y rendent, ou la destruction même de 
la moelle épinière, les parties périphériques, telles que les 
muscles, les os d'im membre continuent pendant longtemps 
encore à vivre et à se nourrir à peu près comme dans les 
conditions normales. En pareil cas, c'est seulement à la longue 
que surviennent dans ces parties des lésions nutritives. Ces 
lésions, d'ailleurs, prescpae toujours purement j?jr«5/r<?5, sont 
vraisemblablement dues à Tinaction à laquelle les parties 
sont condamnées, par suite de la suppression de toute in- 
fluence de la part du système nerveux. En effet, elles se 
manifestent avec les mêmes caractères dans V immobilisation 
des membres, alors que le système nerveux n'est pas direc- 
tement intéressé. Ces lésions passives, que nous verrons 
figurer dans différentes affections paralytiques, n'ont rien de 
commun avec les lésions trophiques spéciales qui vont nous' 
occuper. En général, elles peuvent s'en distinguer d'ailleurs 
objectivement par quelques traits particuliers. Celles-ci sont 



des nerfs sur les tissus, comparable à colle de l'éleclricité sur les actions chi- 
miques. 11 n'existe pas de nerfs allant sur les éléments anatomiques extra- 
vasculaii'es, sur les épilhéliums par exemple, à la manière des tubes nerveux 
qui viennent s'appliquer sur les fibres musculaires. La cause du mouvement 
dénutrition est dans les éléments anatomiques eux-mêmes; chez les végétaux, 
en l'absence de tout système nerveux, on voit les tissus s'enfler subitement, les 
cellules croître et se multiplier. Chez l'embryon les cellules naissent, s'accrois- 
sent et se multiplient avant l'apparition de tout élément nerveux périphérique. 
La nutrition est donc une propriété g-énérale des éléments anatomiques, tant 
animaux que végétaux. La sécrétion elle-même est une propriété inhérente aux 
éléments anatomiques, ainsi que l'avaient déjà vu de Blainville, A. Comte. 
Chez les animaux inférieurs, et dans le cas de g-refîe animale, il est évident 
que la nutrition des tissus est indépendante du système nerveux. » « Les trou- 
bles sécrétoires, ceux d'absorption, les indurations, ramollissements, hyper- 
trophies et autres altérations consécutives aux lésions des nerfs, sont une 
conséquence des perturbations circulatoires par l'intermédiaire des nerfs précé- 
dents (vaso-moteurs), affectés directement par action réflexe, et non la consé- 
quence de l'action des nerfs qui auraient, à la manière de l'électricité par 
exemple, une influence sur les actes moléculaires ou chimiques de l'assimila- 
tion et de la désassimilation dans une zone d'une certaine étendue en dehors 
de leur surface. » [Journal de CAnatomie, etc., 1867, pp. STG-atJO.) 



INFLUENCE DE LA SECTION DES NERFS 9 

presque toujours marquées, du moins h une certaine époque 
de leur évolution, au coin de l'irritation plilegmasique. Dès 
l'origine, le plus souvent, elles revêtent les caractères des 
inflammations ; elles peuvent, nous le verrons, aboutir à l'ul- 
cération, à la gangrène et à la nécrose. 

En outre, un caractère qui leur est commun à la plupart, 
c'est qu'elles se développent avec une grande rapidité à la 
suite de la lésion des nerfs ou des centres qui en a provoqué 
l'apparition, parfois môme avec une rapidité incroyable. C'est 
ainsi qu'on voit fréquemment, dans certains cas de fracture 
de la colonne vertébrale avec compression et irritation de la 
moelle épinière, des eschares apparaître au sacrum le second 
ou le troisième jour après l'accident. 

On peut donc dire, qu'en règle générale, l'opposition entre 
les lésions passives résultant de la seule inactivité fonctionnelle 
et les troubles trophiques qui surviennent à la suite de cer- 
taines lésions des centres nerveux est frappante : les premières 
sont lentes à se produire, n'ont, le plus souvent, aucun caractère 
inflammatoire ; les secondes éclatent parfois tout à coup et pré- 
sentent ordinairement, du moins au début du processus, la 
marque d'un travail phlegmasique plus ou moins accentué. 

Permettez-moi, Messieurs, de vous remettre en mémoire, 
très sommairement, quelques-unes des expériences auxquelles 
je faisais allusion tout àl'heure, et qui tendent à démontrer que 
la moelle épinière et les nerfs n'ont pas d'influence directe, im- 
médiate, sur la nutrition des parties périphériques. 

1" Une des premières est relative à la section du nerf scia- 
tique chez les mammifères. Schrœder van der Kolk, qui, un des 
premiers, l'a instituée, attribuait les troubles delà nutrition qui 
se produisent assez rapidement, en pareil cas, dans le membre 
correspondant, à l'absence d'action du système nerveux con- 



10 INFLUENCE DE LA SECTION DE LA MOELLE 

sécutive à la section du nerf. M. Rrown-Séquard, qui a répélé 
celle expérience en 1849 sur des cochons d'Inde et des lapins, 
esl parvenu à faire voir que ces troubles trophiques, survenant 
au bout de quelques jours à peine et consistant en tuméfaction 
de Textrémilé du membre, ulcérations des doigts, perte des on- 
cles, etc., ne se montrent, en réalité, que parce que l'animal est 
devenu incapable de soustraire à Faction des influences exté- 
riein-es, au frottement sur un sol dur et rugueux, le membre 
privé de mouvement et de sensibilité par suite de la section dn 
sciatique. Lorsque le sujet mis en expérience était entouré de 
toutes les précautions nécessaires, confiné par exemple dans 
une caisse dont le fond était recouvert d'une couche épaisse de 
son, on ne constatait plus aucune modification de la nutrition 
dans le membre paralysé, si ce n'est toutefois une atrophie 
plus ou moins prononcée, mais se produisant seulement^à la 
longue K 

Celte atrophie survenant à la suite de la section du nerf scia- 
tique résulte évidemment de Tinactivité fonctionnelle à laquelle 
est condamné le membre paralysé ; elle porte non seulement sur 
les muscles, mais encore sur les os et sur la peau, ainsi que 
l'avait déjà reconnu J. Reid. Elle ne se produit pas, alors même 
que la section du nerf a été complète, pour peu que, à l'exemple 
du physiologiste qui vient d'être cité, on ail soin de faire passer 
chaque jour un courant galvanique à travers les muscles du 
membre paralysé. 

2o La section comxjlète du nerf trijumeau, pratiquée dans le 

1 Brown Séquard. — Sur les altérations pathologiques qui suivent la sec- 
tion du nerf sciatique, m Comptes reivUis des séances de la Société de Biolo- 
gie, t. I, 1849, p. 136, Q\ Expérimental Researches applied îo Physiolony and 
Patholoqy. New-York, 18o'i, p. 6. — Après la section d'un nerf m'-xte, 
l'atrophie des muscles ne commence ;i se manifester en g-éné^al chez Ihomme 
et chez les mammifères, qu'iiu bout d'un mois environ, par un léger degré 
d'émaciation. Deux mois après l'atrophie est mieux caractérisée ; elle esl très 
prononcée au bout de trois mois, (Magnin, Thèse de Paris, 1866, p. 19.) 



INFLLENCE DES NERFS VASO-MOTEURS H 

crâne, fournit dos résiillats tout à fait comparables à ceux que 
produit la section du nerf scialique. Vous savez que les lésions 
de l'œil qui se naontrent chez les animaux à la suite de cette 
opération, après avoir été autrefois considérées, par quelques 
physiologistes,commedérivantdela suppression d'uneinftuence 
trophique du trijumeau, sont rattachées, depuis les expériences 
de Snellen (1857) et celles plus récentes de Biittner (1862), aux 
effets de l'anesthésie qui expose les parlies frappées d'insensibi- 
lité à Taction de causes traumatiques de tout genre. Si, après la 
section du trijumeau, on protège Foeil, suivant la méthode de 
Snellen, en fixant au-devant de lui, par quelques fils, l'oreille du 
même côté restée sensible, ou si, suivant la méthode de Biittner, 
on se contente de le recouvrir d'une plaque de cuir épais, les 
troubles trophiques ne se montrent pas dans la cornée ; un cer- 
tain degré d'hypcrémie neuro-paralytique se manifestant à 
riris, à la conjonctive, est en somme le seul phénomène qu'on 
observe après la section complète du trijumeau, lorsque l'œil 
a été convenablement protégé ^ 

S'' En ce qui concerne maintenant la moelle épinière, il paraît 
démontré que sa section transversale complète ou même sa des- 
truction dans une certaine étendue, lorsqu'il n'en résulte pas 
une inflammation quelque peu durable de l'organe, ne sont pas 
immédiatement suivies de troubles de la nutrition dans les mem- 
bres paralysés. M. Broxvn-Séquard a fait voir, en effet, que les 
ulcérations qui se forment assez rapidement au voisinyge des 
organes génitaux chez les mammifères et chez les oiseaux, dont 
la moelle épinière a subi une section transversale complète, ne 
résultent pas directement de l'absence d'influx nerveux; elles 
sont la conséquence de la pression prolongée et du contact des 



* Voira ce sujet les expériences de M. ScliitT, dans la thèse de M. Hauser : 
Noïivelles recherches relatives à L'influence du système nerveux sur la nutrition. 
Paris. 18:;S. 



12 INFLUENCE DE L'iRRITATION DES NERFS 

urines altérées, ainsi que des malières fécales auxquelles ces 
parties sont exposées. 

Les membres postérieurs d'un jeune chat, qui survécut près 
de trois mois à la destruction complète de la région lombaire 
de la moelle épiniôre, se développèrent normalement ; les fonc- 
tions de la vie organique dans ces membres parurent s'exécuter 
suivant les conditions physiologiques ; la sécrétion des poils et 
des ongles se produisit comme chez l'animal sain ^ 

Chez des mammifères ou chez des grenouilles, dont la partie 
postérieure de la moelle a été détruite, on peut voir, dit Valentin , 
la contractili té électrique persister dans les muscles des membres 
postérieurs, jusqu'à la mort, c'est-à-dire pendant plusieurs 
semaines ou même pendant plusieurs mois ^. 

En résumé, chez les animaux qui ont subi la section transver- 
sale complète ou la destruction d'une partie de la moelfe épi- 
nière, on peut voir se former, principalement sur les régions 
soumises à la pression, des ulcérations, voire même des es- 
chares ; mais toujours il est possible de mettre ces lésions sur le 
compte de l'anesthésie et de la paralysie motrice, par suite des- 
quelles l'animal reste constamment souillé par le contact des 
urines, se blesse en se heurtant à tous les contacts, etc. Ouant à 
l'atrophie qui survient à la longue dans les membres paralysés 
à la suite de cette opération, elle résulte uniquement, comme 
dans le cas de la section du nerf sciatique, de l'inertie fonction- 
nelle à laquelle ces membres sont condamnés. 

De l'ensemble de ces faits, empruntés à la physiologie expéri- 
mentale, il résulte, comme on le voit, que Tabsence d'action du 
système nerveux déterminée par la section complète des nerfs 
périphériques ou la destruction d'une partie de la moelle épi- 



i Brown-Séqiiard, loc. rif.^ p. 14, 15, 16. 

2 Valentin. — Versuch einev Physiologie dev Nerven, 2, Ablh , p. 'î;i. 
Leipziu,-, 1864. 



INFLUENCE DE L'iRHITATION DES NERFS 13 

nière ne provoque pas, dans les éléments anatomiques des 
membres paralysés, d'autres troubles nutritifs que ceux qui se 
développeraient, dans ces mêmes éléments, sous la seule in- 
fluence de rinerlie fonclionnelle, de Tinaetivité prolongée. 

La découverte des nerfs vaso-moteurs et des effets que déter- 
mine la paralysie de ces nerfs ne devait pas modifier essentielle- 
ment cette formule. Il est, en effet, démontré aujourd'hui que 
l'hypérémie neuro-paralytique, quelque loin qu'elle soit pous- 
sée, n'est jamais suffisante pour occasionner, à elle seule, une 
altération dans la nutrition d(;s tissus. Sans doute, cette liypéré- 
mie, comme l'a fait remarquer M. Schiff, crée une certaine pré- 
disposition aux inflammations, lesquelles peuvent éclater soit 
spontanément — du moins en apparence — chez l'animal ma- 
lade, soit à la suite de causes d'excitation relativement légères^ 
chez l'animal sain. Mais ces lésions de nutrition d'origine neuro- 
paralytique ne sont nullement comparables aux troubles trophi- 
ques qui sont l'objet spécial de cette étude, elles forment une 
catégorie à part. Ces derniers, ainsi que nous aurons maintes 
fois l'occasion de le faire remarquer, chemin faisant, peuvent se 
développer et accomplir leur évolution, sans être précédés ou 
accompagnés par aucun des phénomènes qui révèlent objec- 
tivement l'état paralytique ou l'état inverse des nerfs vaso-mo- 
teurs. Pour l'instant^ nous n'insisterons pas plus longuement 
sur ce point que nous devons reprendre par la suite. 



III. 



Si les lésions qui ont pour résultat d'anéantir ou de sus- 
pendre l'action du système nerveux, n'ont pas le pouvoir de 
faire naître dans les régions éloignées d'autres troubles de la 
nutrition que ceux qui dépendent de l'inactivité pi-olongée, il 
ncn est pas de même des lésions qui déterminent^ soit dans les 



iA INFLUENCE DE L'iRRITATION DES NERFS 

îierfs, soit dans les centres nerveux, une exaltation de leurs 
propriétés^ une irritation, une inflammation. 

C'est là, Messieurs, une proposition d'une importance capi- 
tale : elle domine en réalité la question qui nous occupe. Décou- 
vert depuis longtemps déjà par M. Brown-Séquard, le principe 
sur lequel elle s'appuie est, si je ne me trompe, encore trop 
souvent méconnu, aussi bien par les physiologistes que par les 
pathologistes. Nous verrons en temps et lieu la pathologie 
humaine fournir, à l'appui dé cette proposition, des faits assez 
nombreux, des arguments péremptoires ; en revanche, nous 
aurons plus rarementà invoquer les résultats de l'expérimen- 
tation sur les animaux. La raison en est surtout, sans aucun 
doute, dans cette circonstance que, chez ces derniers, le tissu, 
nerveux paraît résister, bien mieux que chez l'homme, aux 
causes diverses d'irritation et d'inflammation. Tous les expéri- 
mentateurs savent, en effet, que les lésions traumatiques, même 
les plus graves, des nerfs périphériques ou de la moelle, pro- 
duisent assez difficilement, chez la plupart des animaux, une 
myélite ou une névrite quelque peu durables et comparables à 
celles qui se développent, au contraire, assez facilement chez 
l'homme à la suite des lésions les plus minimes. 

Les expériences propres à montrer que les lésions irritatives 
des tissus nerveux sont capables de déterminer des troubles 
trophiques variés dans les parties auxquelles ils se distribuent, 
sont, nous l'avons dit, peu nombreuses. Elles sont relatives 
presque exclusivement à la cinquième paire. 

Voici d'abord le résumé d'une expérience de Samuel : — Chez 
un lapin, deux aiguilles sont appliquées sur le ganglion de 
Gasser et l'on fait passer un courant d'induction ; aussitôt il se 



1 Note sur (quelques cas rVaffecl'ion de la peau, dépendant d'une influence du 
système nerveux^ par J.-M. Gharcot, suivies de Remarques sur le mode d'in- 
fluence du système nerveux sur ta nutrition, par le docteur Brown-Séquard. 
(Journal de physiologie, t. H, no o. Janvier 1859, p. 108. i 



INFLUENCE DE L'iRKITATION DES NERFS 15 

prodaiLunrélrécissementpIus OU moins prononcé de la pupille, 
et en même temps se développe une légère injection des vais- 
seaux de la conjonctive ; la sécrétion des larmes s'exagère. La 
sensibilité des paupières, de la conjonctive, de la cornée est 
exallée. Après lopération le rétrécissement de la pupille per- 
siste, quoique à un moindre degré et l'hyperesthésie s'exagère 
encore. Le processus inflammatoire commence à se développer 
en général au bout de vingt-quatre heures ; son intensité s'ac- 
croît pendant le second et le troisième jour, et diminue ensuite 
progressivement. On peut observer tous les degrés de l'ophtal- 
mie, depuis la conjonctivite laplus légère jusqualablennorrhée 
la plus intense. La sensibilité s'exalte toujours et l'hyperesthésie 
peut s'élever à un tel degré qu'au moindre attouchement de 
l'œil, l'animal est pris de convulsions générales. Il se produit 
sur la cornée une opacité générale, et, en outre, tantôt de pe- 
tites exulcérations, tantôt un ulcère unique, de forme ovalaire 
qui occupe la partie moyenne de cette membrane. Dans un 
cas, il s'était formé une petite collection purulente dans la 
chambre antérieure de l'œil. A part Fhypérémie, on n'observe 
jamais d'altérations pathologiques de l'iris, ni adhérences, ni 
modifications de coloration. 

Dans tous les cas, l'hyperesthésie des rameaux ophtalmiques 
de la cinquième paire est expressément notée. Il est clair, par 
conséquent, qu'on ne saurait ici, comme dans les faits de 
Snellen et de Bûttner, invoquer l'anesthésie pour expliquer 
l'apparition des troubles trophiques survenant dans l'œil non 
convenablement protégé *. 

A la suite d'une section non réussie du trijumeau chez un 
lapin,Meissnera vu paraître dans l'œil, quiavait conservé d'ail- 
leurs sa sensibiUté, des lésions trophiques très prononcées. 
L'auteur fait remarquer avec soin que ces lésions se sont pro- 

' S. Samuel. — Bie trophischen Nerven. Leipzig, 1860, p. Cl. 



16 INFLUENCE DE l'iRRITATIUN DES NERFS 

chiites sans r/u aucun signe dhypérémie neur o -par abj tique les 
eût précédées. L'autopsie fit constater que la partie médiane 
(interne) du trijumeau avait seule été intéressée par le neuro- 
tome ^ Schiff, dé son côté, à Tappui de Tobservation de 
Meissner, rapporte quatre cas^ relatifs à des lésions partielles 
du trijumeau dans le crâne, et dans lesquelles Tinflammation de 
l'œil s'est développée malgré la persistance de la sensibilité ^. 

Nous avons vu dans les expériences de Samuel les troubles 
trophiques survenir dans l'œil en conséquence de l'irritation 
faradique de la cinquième paire, n'est-il pas vraisemblable que, 
dans celles de Meissner et de Schiff, c'est par suite de l'irritation 
phlegmasique développée dans le nerf en conséquence de la sec- 
tion partielle, que les lésions de l'œil se sont produites? A l'ap- 
pui de cette opinion je vous ferai remarquer que chez l'homme 
les sections incomplètes sont bien plus propres à développer 
dans les nerfs un processus d'irritation, que ne le sont les sec- 
tions complètes ; cela a été reconnu depuis bien longtemps par 
les chirurgiens. Il est permis de supposer qu'il en est de môme 
du moins à un certain degré, chez les animaux ^ 

Je rapprocherai immédiatement de ces faits plusieurs obser- 
vations recueillies chez l'homme et sur lesquelles j'aurai à reve- 
nir par la suite ; elles sont relatives encore au trijumeau. Elles 



1 G. Meissner. — Ueber die nach dcr Diirschneidunçj der T)'igeminus am Aufje 
des Kanï)ichenseintretende Ernxhriingstœrung . [Henle etPfeiifers Zedsch.,xxxix, 
96-104. — Centralblatt, 1867, p. 265. — Gaz. hehdomad., 1867, p. 634.) 

•2 M. Schiff. — Henle s Zeifsch. xxxix, 217-229. — Centralblatt, 1867, p. 6.jo. 
— Gaz. hehdomad., 1867, p. 634. 

3 Telle n'est pas rinlcj'prétation proposée par Meissner, à propos de son expé- 
rience. 11 suppose que les fibi'es les plrs internes du Ir'jumeau, qui seules avaient 
été sectionnées dans son cas. ont une action parLiculière sur la nutrition de l'œil. 
11 se fonde su? ce que dans trois aut-'cs cas où le t'-ijumcau avaU été également 
sectionné d'une manière incomplète, mais oii les fiDrei les plus internes du nerf 
avaient été respectées, les trouble? trophiques ne se sont pas développés dans l'œil, 
bien que celî:i-ci, devenu insensible, n'eût pas été protégé contie ics agents exté- 
rieurs. Nous croyons que les sections incomplètes devront êi'"C l'épétées un nom- 
bre considérable de fdis avant qu'on puisse se prononcer délinilivcment suc la 
valeur de rinlerprétalion proposée par Meissner, 



l.NTLLENCi: DE L'iRKrrAïlOM DES NEKFS 17 

monlrenf, comme les expériences qui précèdent, que les lé 
sions irntatives de ce nerf, développées spontanément, peuvent 
elles aussi, sans être suivies d'aneslhésie, provoquer dani 
1 œd des désordres tropliiques très accentués. 

Une femme de 87 ans, dont lliisloire a été rapportée par 
Bock ', éprouvait depuis un an environ, dans le côté droit de la 
face, des douleurs violentes qui, d'abord intermittentes, se mon- 
trèrent plus tard à peu près conlinues. Jamais la sensibilité de 
la face ne disparut complètement ; une légère pression était à la 
venté imparfaitement sentie ; mais une pression un peu forte 
ramenait de vives douleurs. - La conjonctive de l'œil droit 
était injectée ; la cornée, dans sa partie la plus inférieure pré- 
sentait une ulcération hypertrophique d'une longueur de'deux 
lignes environ ; elle était partout un peu opaque. Plus tard 
1 ulcération gagna en profondeur ; l'opacité de la cornée s'accrut' 

Enfin survml une perforation qui donna issue à un liquide puri- 
forme sous l'influence de la pression de l'œil. La mort arriva 
mopinément. A l'autopsie, on trouva le ganglion de Gasser du 
cote droit, volumineux et très dur. Les trois branches du triju- 
meau droit jusqu'à la sortie de l'os, étaient également très 
épaisses. 

Le cas suivant est emprunté à un mémoire de Friedreich = Un 
homme âgé de 60 ans fut frappé tout à coup d'une hémiplégie 
droite avec perte de la sensibilité du même côté. Quelques 
semaines avant cette attaque, il avait éprouvé dans le globe de 
1 œil gauche, ainsi que dans le côté gauche de la face, de légères 
douleurs lancinantes ; ces douleurs s'exagérèrent rapidement et 
a un haut degré après l'attaque apoplectique. Dans le même 

Gharcoï, t. ], .ye édit. 



18 INFLUENCE DE l'iRRITATION DES NERFS 

temps, la conjonctive de l'œil gauche s'injecta et il y eut exagé- 
ration de la sécrétion des larmes ; un peu plus tard, la con- 
jonctive se recouvrit çà et là d'un exsudât pseudo-membraneux 
puriforme ; la pupille gauche, bien que très étroite, réagissait 
encore sous Tiniluence de la lumière. La sensibilité resta tou- 
jours normale dans tout le côté gauche de la face. 

A l'autopsie, on rencontra à la surface du pédoncule cérébel- 
leux moyen un amas de petites tumeurs sarcomateuses formant 
dans leur ensemble une masse représentant environ le volume 
dime noisette. La substance cérébrale voisine, surtout auprès 
du cervelet, était ramolhe et très injectée. Le nerf trijumeau 
gauche, à sa sortie de la base de l'encéphale, était rouge, un peu 
ramolli et aplati par la tumeur. 

On pourrait aisément rapporter un bon nombre de faits analo- 
gues à ceux qui viennent d'être cités, mais ceux-ci suffiront 
pour le but que nous nous proposons actuellement \ 

1 Les faits de troubles delà nulrition de l'œil, consécutifs aux lésions spon- 
tanées de la 0*^ paire chez l'homme, sont assez nombreux ; mais nous n'avons voulu 
mentionner que ceux dans lesquels il est bien établi que la sensibilité de la face 
n'a pas été atteinte : les deux cas qui suivent méritent cependant d'être signales 
encore, bien qu'ils ne soient pas aussi explicites à cet égard que les laits de Bock 
et de Friedreich. Un homme vigoureux, à la suite d'un coup reçu sur la tête, 
devint sujet à de violentes douleurs, fixées sur le côté droit de la tête, et éprou- 
vait de temps en temps des accès épileptiformes. Plus tard, les douleurs se loca- 
lisèrent dans l'œil et l'oreille droits. L'œil était rouge, tuméfie, saillant, mais 
recouvert cependant par la paupière supérieure paralysée. Cornée trouble ; iris 
très immobile, contracté, de couleur brune d'abord, puis verdâtre. La cornée 
devint à la longue tout à fait opaque. Autopsie : la face inférieure des lobes anté- 
rieur et moyen présente à droite plusieurs stéatomes du volume d un haricot, 
d'une amande. Le ganglion de Gasser et les trois branches du trijumeau sont 
recouverts d'une masse cartilagineuse résistante. L^oculo-moteur commun estcom- 
primé • sa coloration est modifiée. Malheureusement l'élat de la sensibilité de la 
peau de la face n'est pas indiqué dans ce cas. (F.-A. Landmann, Commentatw 
pathûlogico-anatomicaexhide7ismorbumcere/jnoculiquesingu!are7v:in-io 
zig 1820. et Schifl's Untersuch., p. 51). - Dans le cas bien connu rapporte par 
Serres {Journal de physiologie ; t. V, 1825, p. 233, et Anaiomie comparée du cer- 
veau, t. II, p. 67), malgré l'altération profonde du ganglion de Gasser, e1 des raci- 
nes delà grosse portion du trijumeau, il n'y avait pas eu paralysie complète de la 
partie sensible du nerf, car la surface tout entière du visage avait conserve .e 
sentiment. Seuls, l'œil droit et la face interne des paupières étaient devenus in- 
sensibles ainsi que la moitié droite de la langue ; il y avait eu une infiammation 
aiguë de l'œil droit avec œdème des paupières, obnubilation et plus tard opacité 



CONTRADICTIONS EXPÉRIMENTALES 19 

En dehors de la cinquième paire, il est plus rare encore de 
voir Jes lésions expérimentales des nerfs déterminer l'apparition 
de troubles trophiques dans les parties périphériques. xNous rap- 
pellerons cependant, à titre d'exemple de ce genre, les efTets 
remarquables que produisent quelquefois sur la nutrition du 
rein, les lésions des nerfs qui se rendent à cet organe. On sait 
que parmi les expérimentateurs, les uns (Krimer, Brachet, 
Muller et Peipers, A. Moreau, Wittich) assurent produire pres- 
que à coup sûr, à l'aide de ces lésions, des altérations plus ou 
moins profondes du rein, tandis que les autres (P. Bert, Her- 
mann), en répétant la même expérience dans des circonstances 
en apparence identiques, disent être arrivés à des résultats 
négatifs. 

Ne peut-on pas se rendre compte, du moins enpartie, de cette 
contradiction singulière, de la manière suivante : les' lésions 
rénales feraient défaut dans le cas où la section des nerfs a été 
complète, absolue ; elles se produiraient au contraire, ou mieux 
pourraient se produire, dans le cas de section incomplète, ou 
encore lorsque, pour remplacer le scalpel, on fait intervenir 
l'emploi des caustiques, de l'ammoniaque, par exemple (Cor- 
rente, Schiff), toutes conditions éninemment propres à détermi- 
ner, dans les nerfs lésés, une irritation plus ou moins vive ou 
même un véritable processus phlegmasique ^ A ce point de 
vue, la question mériterait peut-être d'être révisée à l'aide de 
nouvelles recherches. 

Nous rappelions tout à l'heure les effets des sections trans- 
versales, des destructions partielles de la moelle épinière, en ce 

complète de la cornée. Le ganglion de Gasser du côté droit elait d'un iaune -ris 

Seét.iî' '' '?"""''■ ^^ P°^^^°^ '^ ^^-^^^^°" d'-' P-t le nirto.ht : 
^ne co,t pT 'l^"J^f ^- Lesracinesde la grosse portion du nerf présentaient 
trnl no f ^'f ' ^"^^ contrastait avec celle de la petite branche, restée saine. Les 
Ïe"sî;:^t'i:i::;;ercrLr''"' "^""'^^ ""^ coloration jaune, qui cessait 
1 Voyez Zeitschrift fur ration. Med. 35 Bd., p. 343. 



2g * IRRITATION DE LA MOELLE É1>1N1ÈRE 

qui concerne la nutrition des parties privées de sentiment et de 
mouvement par le fait des opérations dont il s'agit. Lorsque, 
disions-nous, ces opérations n'ont pas pour résultat de provo- 
quer dans les parties lésées de la moelle un travail d'inflamma- 
tion, — et c'est ce qui a lieu dans la grande majorité des cas, — 
on constate simplement, dans les membres paralysés, une 
dégénération avec atrophie des muscles très lente à se produire, 
des ulcérations du derme, peut-être même des eschares causées 
par le frottement exercé sur un sol rugueux, par le contact 
permanent des urines altérées, le manque de propreté ; c'est- 
à-dire en un mot, tous les effets auxquels donne lieu l'inertie 
fonctionnelle des membres postérieurs, chez les animaux, et 
rien que ces effets. Eh bien, le tableau est tout différent si, par 
suite de circonstances que rien ne fait prévoir et qu'on ne sait 
pas encore reproduire à volonté, l'inflammation vient à s'étabUr 
au voisinage de la lésion spinale. Alors, en effet, ainsi que l'a 
montré M. Brown-Séquard, et comme j'ai eu, à mon tour, l'oc- 
casion de l'observer plusieurs fois, l'altération musculaire se dé- 
veloppe très rapidement; quelques jours à peine après l'opéra- 
tion, eUe est déjà très prononcée. Bientôt l'émaciation des 
masses musculaires devientappréciableetelle progresse ensuite 

très rapidement ; des éruptions qui aboutissent promptement 
à la formation d'ulcérations ou d'eschares apparaissent sur la 
peau, alors môme qu'on met en œuvre les soins de propreté 
les plus min Qtieux ; elles se développent surtout sur les régions 
du corps soumises àla pression, au frottement, au contact pro- 
longé des urines, mais elles peuvent se produire encore, bien 
que ce cas soit rare, en dehors de toutes ces conditions ^ 

1 C'est sans doute de la même manière, c'est-à-dire en faisant intervenii; l'in- 



ilammation autour du point lésé, qu'il convient d'interpréter les troubles qui sur 
viennent quelquefois dans la nutrition de l'œil, chez divers ammaux a la suUe d< 
la section d-une moitié latérale delà moelle épinière au dos. Les atlections de 1 œ. 
(ulcérations, fonte de la cornée, conjonctivite purulente), observées par M. brown- 
Séquard chez le cochon d'Inde {Comptes rendus delà bocictc de Biologie, t. Il, 



IRRITATION DU SYSTEME NERVEUX 21 

Je pourrais m'étendre longuement sur ces troubles trophiques 
liés à l'inflammation traumatique de la moelle épinière chez les 
animaux, mais il sera plus opportun d'y revenir à propos de 
l'étude que nous avons à faire de la myélite développée sponta- 
nément chez l'homme. 

Je ne veux d'ailleurs pas prolonger outre mesure cette incur- 
sion dans le champ de la physiologie expérimentale ; pour le 
moment, si je ne me trompe, un premierrésultat nous est acquis 
déjà : les faits que nous venons d'invoquer suffisent, en effet, 
croyons-nous, à établir que le défaut d'action du système ner- 
î;^?^^ n'a pas d'influence directe, immédiate, sur la nutrition des 
parties périphériques ; d'un autre côté, ils rendent au moins fort 
vraisemblable que l' excitation înorbide^ l'irritation des nerfs 
ou des centres nerveux sont, au contraire, de nature, sous de 
certaines conditions, à provoquer à distance les troubles tro- 
phiques les plus variés. 

Par quelle voie, par quel mécanisme cette irritation du sys- 
tème nerveux vient-elle retentir sur les parties périphériques et 
y déterminer ces lésions trophiques dont nous avons relaté 
quelques exemples ? Celles-ci sont-elles dues à une irritation ou 
à la paralysie des nerfs vaso-moteurs ? Ou bien dépendent-elles 
d'une irritation de ces nerfs hypothétiques, que l'anatomie ne 
connaît pas encore, et que l'on désigne quelquefois sous le nom 
de nerfs trophiques? Ce sont là des questions que nous devrons 
aborder par la suite ; actuellement, nous voulons rentrer dans 
le domaine de la pathologie de l'homme et j'espère vous faire re- 
connaître que le principe, mis en évidence, déjà, par la patho- 
logie expérimentale, trouve ici son apphcation d'une façon plus 



1850, p. 13t), ont été rencontrées par M. Vulpian, chez la grenouille, à la suite 
de la section de la moitié correspondante de la moelle, près du bulbe rachldien. 
(Communication orale.) Elles ne se développent pas cheztous les animaux opérés 
de cette façon, et il est au moins fort vraisemblable qu'elles se produisent seule- 
ment dans le cas oia, consécutivement à la section, un travail inflammatoire 
s'est développé dans le segment supérieur de la moelle épinière. 



22 LÉSIONS TRAUMATIQUES DES NERFS 

évidente encore. Ce principe sera notre fil conducteur et il nous 
amènera à comprendre, je l'espère, pourquoi des lésions, au 
premier abord semblables et portant sur les mêmes points des 
systèmes nerveux central ou périphérique, produisent, dans 
les cas pathologiques, des effets si opposés, en apparence même 
si contradictoires. 

Les troubles trophiques que nous nous proposons de passer 
en revue sont produits : 1° par des lésions des nerfs périphé- 
riques, et tantôt ces lésions ont été provoquées par une cause 
traumatique, tantôt elles se sont développées spontanément ; 
2 par des lésions de la moelle épinière et du bulbe ; 3° par des 
lésions, enfin, de certaines parties daTencéphale. 

TROUBLES TROPHIQL'ES CONSÉCUTIFS AUX LÉSIONS DES NERFS 

Arrêtons-nous, en premier lieu, aux lésions des nerfs. Elles 
nous offrent les conditions d'étude les plus simples. La chirur- 
gie, sous ce rapport, nous fournit des documents d'une grande 
valeur, car les lésions traumatiques des nerfs se présentent 
quelquefois chez l'homme dans des conditions de simpUcité 
comparables à celles des lésions expérimentales instituées chez 
les animaux. 

A. J'établirai, dès l'abord, parmi ces lésions traumatiques 
des nerfs, une distinction que je crois fondamentale et dont vous 
reconnaîtrez bientôt toute l'importance : T tantôt la lésion con- 
siste en une section nette et complète, et alors ses effets sont 
tout simplement, du moins en général, ceux de l'absence d'ac- 
tion nerveuse; 2° tantôt, résultant de plaies, de contusions, de 
tiraillements, elle est de nature à déterminer dans le nerf un 
état d'irritation, et c'est alors, alors seulement, qu'on voit naître 
ces troubles trophiques sur lesquels j'appelle votre attention. 
Occupons-nous d'abord des faits du second groupe. 



AFFECTIONS DE LA PEAU 23 

Les lésions traumatiques des nerfs dont il s'agit peuvent 
donner lieu à des phénomènes morbides affectant la peau, le 
tissu cellulaire sous-cutané, les muscles, les articulations et les 
os. La dernière guerre d'x\mérique a été, vous le savez, l'occa- 
sion d'études très importantes sur ce sujet ; elle ont été pré- 
sentées par MM. S. W. Mitcliell, G. R. Morehouse et AV. Keen, 
dans un livre très intéressant et que nous mettrons bien souvent 
à profit ^ On doit aussi à un de mes anciens élèves, le regretté 
Mougeot, une étude très remarquable sur les afTections cutanées, 
développées sous l'influence des lésions des nerfs périphériques. 
Je ne pourrai, naturellement, entrer dans les détails, et je ren- 
voie ceux d'entre vous qui voudraient approfondir la question 
à la thèse de Mougeot, oii tous les documents qui y sont rela- 
lifs ont été rassemblés avec le plus grand soin -. 

a)Affections de la peau. Les accidents que les lésions trau- 
matiques des nerfs sont capables d'occasionner du cô(é des 
téguments sont de deux espèces : 1° Les premiers consistent en 
des éruptions de forme variable, mais surtout vésiculeuses ou 
huileuses. Nous citerons en premier lieu le zona, qui s'observe 
fréquemment en pareil cas, et que l'onpourrait désigner, à cause 
de cela, sous le nom de zona traumatique. J'ai rapporté, dans le 
temps un très bel exemple de ce genre observé à la Charité, 
chez mon maître Rayer ^ — Sous le nom d'éruptions eczéma- 

^ s. Weir Mitchell, G. R.Morehouse and W. Keen. — Gimshot Wounds and 
otlier Injuries of Nerves. Philadelphia, 1864. — Cet ouvrage a été traduit en 
français par M. le Dr Dastre (1874). 

2 J.-B.-A. Mougeot. — Hecherch.es sur quelques troubles de mitrition con- 
sécutifs aux affections des nerfs. Paris, 1867. 

^ «Un homme admis dans le service de M. Rayer, en 1851, avait, pendant les 
affaires de juin 1858, reçu une balle ù la partie inférieure et externe de la cuisse. 
Quelque temps après la guérison de la plaie, surviennent dans la jambe de vives 
douleurs, presque continues, n)ais s'exaspérant par accès. Ces douleurs qui sem- 
blent partir de la cicatrice se répandcntjusque sur le dos du pied et suivent évi- 
demment le trajet des nerfs. Cette névralgie, qui a résisté à tous les moyens 
employés, s'est accompagnée à plusieurs reprises, pendant le séjour du malade à 
la Charité, d'une éruption de vésicules d'herpès, disposées par groupes, tout à fait 



2A AFFECTIONS DE LA PEAU 

teuses,les chirurgiens américains ont décrit une affection de la 
peau qui peut être rapprochée de la forme précédente. 

2° En second lieu viennent les éruptio?îs pemphigoïdes , dont 
j'ai rapporté aussi un exemple assez net \ Il s'agit là de bulles 
de pemphigus qui se développent très rapidement et reparais- 
sent de temps à autre sur divers points de la partie des tégu- 
ments, correspondant à la distribution du nerf lésé ; elleslaissent 
après elles des cicatrices à peu près indélébiles. — Cette sorte 
d'éruption s'observe parfois sur les cicatrices \icieuses ; il est 
très vraisemblable qu'elle dépend alors de l'irritation que subit 
quelque filet nerveux tiraillé ou comprimé dans le tissu cica- 
triciel. 

3° Nous citerons en troisième lieu une rougeur cutanée qui 
rappelle V éry thème peniio, et certaine tuméfaction de la peau 
et du tissu cellulaire sous-cutané, déjà remarquée par Hamilton, 
qui simule le phlegmon (faux 'phlegmon) "K 

4° Vient ensuite l'affection cutanée qui a été décrite par les 
chirurgiens américains sous le nom de Glossy Skiii, mot à mot, 
peau lisse. La peau est lisse, en effet, pâle, anémique ; les 
glandes sudoripares sont atrophiées, leur sécrétion diminuée ; 

semblables à celle de l'herpès zoster, et siégeant sur la peau des parties doulou- 
reuses. » (Gharcot. — Sur quelques cas 'C affection de la peau, dépendant cV une 
influence du système nerveux. In Journal dephysiolor/ie, t. II, noS, janvier 1859.) 
— On trouve dans le même journal un fait analogue, rapporté par INl, Rouget : 
« Un cultivateur, en sautant un fossé, reçut la charge de plomb à lièvre de son 
fusil, à la face interne du bras gauche, vers la partie moyenne. Au fond de la 
plaie, qui était large de huit centimètres, on apercevait Tarière humérale, la veine 
basilique déchirée et plusieurs nerfs, surtout le brachial cutané interne, contu- 
sionnés. La plaie se cicatrisa assez vite, mais environ deux mois et demi ou trois 
mois après, il survint à la parlie postérieure et interne de l'avant-bras une érup- 
tion ressemblant à du zona, occupant une surface de quatre à cinq centimètres 
de diamètre, dans une partie de l'avant-bras privée de sensibilité.» Les exemples 
de zona, survenu à la suite d'une contusion portant sur le trajet d'un nerf 
(Oppolzer), d'un effort (Thomas), sont loin d'être rares. (Voy. Mougeot, loc. 
cit., p. 38.) 

1 Gharcot, loc. cit. — Éruption j^articulière siégea7it sur la face dorsale 
d'une mai7i et des doigts, et probablement consécutive à la lésion des filets 
nerveux qui se distribuent à ces parties. 

^ Mougeot, loc. cit., p. 30. 



AFFECTIONS DES MUSCLES, ETC. 2o 

répiderme est fendillé, les ongles sont fendillés eux aussi et 
recourbés d'une manière remarquable. 11 s'agit là, en somme, 
d'une inflammation particulière de la peau qui aboutit à l'atro- 
phie du derme et qui rappelle ce qu'on voit dans l'affection 
désisnée sous le nom de sclérodermie. 



'O' 



b) Affections des muscles. Les muscles s'atrophient, de leur 
côté, souvent d'une manière très rapide, et perdent, tantôt en 
partie, tantôt complètement, leur contractilité électrique. Mais 
c'est là un sujet qui sera l'objet d'une étude toute particulière. 

c) Affections des articulations. Vers les jointures, les lésions 
traumatiques des nerfs produisent des symptômes qui rappel- 
lent, d'une façon notable, la physionomie du rhumatisme arti- 
culaire subaigu. Ces arthropathies amènent, en général, très 
rapidement l'ankylose. 

d) Os. Il se produit quelquefois, dans ces mômes circon- 
stances, une périostite suivie souvent de nécrose. 

Mais je ne veux pas pousser plus loin cette énumération 
sommaire ; elle suffit à remplir le but que nous avons en vue. 
Il s'agit, actuellement surtout, de chercher à spécifier, autant 
que possible, les conditions particulières sous l'influence des- 
quelles les troubles Irophiques se développent à la suite des 
lésions traumatiques des nerfs. 

Paget qui, l'un des premiers, a appelé l'attention sur quel- 
ques-uns de ces accidents, n'hésite pas à avouer son ignorance 
à cet égard ^ Au contraire, les chirurgiens américains que je 
citais tout à Iheure sont parvenus à déterminer les conditions 
dont il s'agit, et leur témoignage nous est, ici, d'autant plus 
précieux, qu'il est fondé sur l'observation pure, toute empiri- 

» Médical Times and Gazelle. London, March 26, 1864. 



26 INFLUENCE DE L' IRRITATION DES NERFS 

que, et dégagée d'idée préconçue. Après avoir remarqué tout 
d'abord, — comme Paget l'avait fait dVailleurs avant eux, — 
que ces affections consécutives sont presque toujours précé- 
dées ou accompagnées de symptômes douloureux [Buming 
Pains), évidemment en rapport avec un état d'irritation du 
nerf lésé, tandis qu'au contraire l'anesthésie fait complètement 
défaut, ils font expressément remarquer qu'elles se dévelop- 
pent habituellement après des contusions, des piqûres, des sec- 
tions incomplètes des nerfs, c'est-à-dire à la suite des causes 
traumatiques les plus propres à produire la névrite, ou tout au 
moins Vétat névralgique. — Au contraire, et c'est un point sur 
lequel nos auteurs insistent, — on ne les voit pas se produire 
dans les cas de section complète des nerfs, les résultats habi- 
tuels de l'absence d'action des nerfs étant les seuls phénomè- 
nes qu'on observe en pareil cas. 

Il faut ajouter enfin que les affections périphériques qui 
relèvent de l'irritation des nerfs surviennent le plus souvent 
spontanément, sans l'intervention d'une cause extérieure quel- 
conque, telle que la pression par exemple \ 

Mais ce ne sont là encore que des conditions très générales; 
il faudrait pouvoir pénétrer plus avant et rechercher s'il n'existe 
pas dans les nerfs affectés une lésion anatomique constante en 
rapport avec la manifestation des lésions périphériques. Mal- 
heureusement, nous devons nous borner à signaler ici une 
lacune que les études ultérieures ne tarderont pas, sans doute, 
à combler. Toutefois, l'ensemble des symptômes plaide déjà 
en faveur de l'existence d'une névrite. On peut invoquer, en 
outre, les résultats nécroscopiques obtenus dans certains cas 
de lésions organiques des nerfs, oii l'on peut voir apparaître 
toute la série des affections périphériques que nous avons 
appris à connaître comme conséquence des lésions traumati- 

1 Gunsliot Wounds, etc.. pp. 71, 77, et Archives générales de médecine t I 
186o, pp. 188, 191, 194. ' ' ' 



INFLUENCE DE l'iRRITATION DES NERFS 27 

ques. Dans ces cas, en effet, sur lesquels nous nous arrêterons 
dans un instant, les nerfs affectés ont été quelquefois trouvés 
tuméfiés, infiltrés d'exsudats, vivement congestionnés; de 
plus, le microscope y a fait reconnaître une multiplication plus 
ou moins accentuée des noyaux des gaines de Schwann ou de 
ceux du névrilème, et parfois, de plus, tous les caractères de 
la dégénération granuleuse des cylindres de myéline. Rien ne 
prouve cependant, quant à présent, qu'une irritation, capable 
de déterminer à distance la production de troubles trophiques. 
ne paisse exister dans le nerf sans se révéler par cet ensemble 
de lésions relativement grossières. C'est ici le lieu de faire res- 
sortir que toute névrite n'entraîne pas, tant s'en faut, néces- 
sairement, la manifestation des troubles trophiques ; il faut, 
pour que ceux-ci se produisent, l'intervention de circonstan- 
ces que l'analyse n'a pas encore permis de dégager. Cela con- 
traste avec ce que nous savons des lésions qui surviennent, 
dans les parties éloignées, à la suite de la section complète 
des nerfs ; ces dernières, en effet, peuvent être considérées 
comme une conséquence obligée, inévitable, de toute lésion de 
nerfs qui soustrait absolument les parties à l'influence du sys- 
tème nerveux. 

Quoi qu'il en soit, t'influence de l'irritation d'un nerf sur le 
développement des troubles trophiques qui nous occupent, 
est bien mise en lumière, et pour ainsi dire rendue évidente, 
par les observations où l'on voit ces accidents, après s'être un 
moment dissipés, se reproduire après chaque réapparition 
nouvelle de la cause d'irritation. Je mentionnerai, à titre 
d'exemple, un fait bien connu et souvent cité, que rapporte 
Paget, d'après le docteur Hilton. 

Chez un homme traité à Giiijs Eospital, une fracture de 
l'extrémité inférieure du radius avait produit un cal volumi- 
neux, lequel comprimait le nerf médian. En conséquence, il 
s'était formé sur la peau du pouce et des deux premiers doigts 



28 LÉSIONS Sl'ONTAiNÉES DES NERFS 

de Ja main, des ulcères qui résistaient à tous les traitements. 
La flexion du poignet, faite de manière à relâcher les parties 
molles de la face palmaire et à faire cesser, par suite, la com- 
pression du nerf, avait toujours pour effet, au bout de quel- 
ques jours, d'amener la guérison des ulcères. Mais, aussitôt 
que la malade voulait se servir de sa main, le nerf était de nou- 
veau comprimé, et bientôt Ton voyait les ulcérations repa- 
raître K 

B. Il me reste à vous entretenir des troubles trophiques qui 
s'observent en conséquence de lésions des nerfs développées 
spontanément, et non plus, cette fois, à la suite d'une cause 
traumatique. Ainsi que je vous l'ai laissé pressentir, nous 
allons voir se reproduire ici toute la série des affections que 
nous venons à l'instant de passer en revue. Cette circonstance 
m'autorisera à être bref : il me suffira de citer quelques exem- 
ples empruntés, pour la plupart^ à la riche collection de faits 
rassemblés dans le travail de Mougeot -. 

Pour établir la transition, je mentionnerai, en premier lieu, 
les cas dans lesquels une influence, non pas à proprement 
parler traumatique, mais encore, cependant, d'ordre mécani- 
que^ a déterminé l'affection du nerf. — C'est évidemment 
d'après ce dernier mode que se produisent quelquefois les 
troubles trophiques de l'œil consécutifs aux lésions du triju- 
meau : il s'agit communément, dans ces cas, de tumeurs intra- 
crâniennes développées au voisinage du nerf, et y détermi- 
nant, par compression, sans interrompre la continuité des tubes 
nerveux, une irritation plus ou moins vive. — Le cancer de la 
colonne vertébrale peut amener, comme on sait, un ramollis- 
sement des vertèbres poussé à un tel point qu'il s'en suive un 



1 J. Paget. — Lectures on surgical putholofjy, t. I, p. 43. 

2 Mougeot, loc. cit., chap. ii. Des lésio?is onjaniques des nerfs et des trou- 
bles de nutrition consécutifs. 



INFLAMMATION DES NERFS SPINAUX 21) 

affaissement des lames vertébrales et occasionnant, à son tour, 
un rétrécissement des canaux de conjugaison. Les nerfs 
dans leurs parcours h travers ces canaux devenus trop étroits 
sont comprimés, irrités et quelquefois s'enflamment. J'ai vu, 
en pareil cas, une éruption de zona occuper, à droite, toutes 
les régions de la peau oii se distribuent les branches du plexus 
cervical, en conséquence de la compression que subissaient, 
dans les trous de conjugaison qui leur donnent passage, les 
(roncs nerveux d'oîi émane ce plexus. La moelle cervicale et 
les racines des nerfs cervicaux, ainsi que Fautopsie Ta démon- 
tre, étaient saines ; mais en ouvrant les trous de conjugai-on 
du côté droit, on trouva les ganglions spinaux et les troncs 
nerveux eux-mêmes, tuméfiés et vivement colorés en rouge. 
Déplus, dans les ganglions, comme dans les nerfs, Texamen 
microscopique fit reconnaître une multiplication très accentuée 
des éléments nucléaires. Les ganglions et les nerfs correspon- 
dants du côté gauche ne présentaient, au contraire, aucune 
trace d'altération ^ — 11 est très remarquable de voir Imflam- 
mation, encore exactement limitée aux ganglions et aux nerfs 
spinaux, se produire spontanément, sans l'intervention d'une 
cause mécanique quelconque, et provoquer cependant, ainsi 
que l'a montré M. Yon Baerensprung, l'apparition d'une érup- 
tion de zona, sur les parties de la peau correspondant à la 
distribution des nerfs irrités ^. Il y a quelques raisons de croire 
qu'un bon nombre des cas de zona spontané se développent à 
la suite d'une névrite de ce genre ^. — Les ganglions spinaux 
ont été trouvés aussi fortement altérés, sans participation de 
la moelle^, des racines spinales tant antérieures que postérieu- 

^ Gharcot et Gotard. — Sio' un cas de zona du cou avec altération des nerfs 
du plexus cervical et des ganglions correspo?ida?its des raciiies spinales posté- 
rieures. In Mémoires de la Société de Biologie. Année 1865, p. 41. 

2 V. Baerensprung — Beitraege zur Kenntniss des Zoster. In Arch. f. Anat . 
und Physiologie^ no 4, 18G5 et CanstatCs Jakresb., 18G4, l. IV, p. li?8. 

'^ Mougeot, loc. cit., p. 65. 



30 TROUBLES TROrniQUES LIES A LA .NEVRITE 

res, et même, cette fois, des nerfs intercostaux, dans le fait 
suivant rapporté par M. E. AYagner '. 

Un individu, âgé de 23 ans, atteint de phtisie pulmonaire, 
présenta, dans les derniers temps de sa vie, une éruption de 
zona qui siégeait sur les parties correspondantes aux neuvième 
et dixième nerfs intercostaux du côté gauche. On reconnut, à 
l'autopsie, que les corps des six dernières vertèbres dorsales et 
des deux premières lombaires étaient cariés. La dure-mère, 
dans les points correspondant aux vertèbres malades, était en- 
veloppée à l'extérieur par une couche épaisse de pus caséeux, 
lequelle se prolongeait jusque sur les gaines des nerfs et des 
ganglions spinaux. La dure-mère, elle-même, était épaissie et 
dédoublée en deux lamelles, surtout dans la région des 9% 10'' 
et 11'' racines dorsales. Bien que les lésions de la dure-mère 
parussent aussi prononcées à droite qu'à gauche, cependant 
les 9% lO*" et 11^ ganglions dorsaux du côté gauche étaient 
seuls tuméfiés et présentaient seuls des altérations apprécia- 
bles au microscope. Dans ces trois ganglions, les cellules ner- 
veuses avaient disparu, et, au voisinage immédiat des alvéoles 
011 elles se logent, on reconnaissait tous les caractères de la 
prolifération conjonctive anormale poussée à un haut degré. 

J'ai vu, pour mon compte, dans plusieurs cas de méningite 
spinale chronique, avec épaississement de la dure-mère, l'in- 
flammation concomitante des nerfs rachidiens, dans leur trajet 
à travers les méninges, provoquer dans les parties périphéri- 
ques, outre une atrophie plus ou moins prononcée des masses 
musculaires, des éruptions cutanées diverses, mais se rappro- 
chant, en général, quant à la forme, tantôt du zona et tantôt 
du pemphigus. — Dans une leçon faite à Dublin ^, M. Brown- 

1 R. Th. Bahrdt. — Beitraer/e zu?' JEtiotogie des Herpès zoster. Diss. Leipzig, 
]869, et E. XVagner. — Patholûg. a7iatomische und klinische Beitraege zw 
Keivitniss der Gefaesnerveii. In Arckiv der Heilkunde, 4c heft. Leipzig-, 1870, 
p. 321. 

2 Quaterhj Journal of Mediclne, may IBGo (p. 11, 12, du tirage à pari). 



PÉRINÉVRITE LÉPREUSE 31 

Séqiiard avait déjà signalé l'existence d'éruptions cutanées 
spéciales aux bras, dans les cas de méningo-névrite spinale 
localisée à la partie inférieure de la région cervicale. 

L'éry thème, le zona, l'atrophie musculaire, certaines arthro- 
pathies, enfin, ont pu être rattachés, par M. Duménil, à la né- 
vrite chronique progressive ', et, par M. Leudet -, à la névrite 
périphérique consécutive à l'asphyxie par la vapeur du 
charbon. 

Mais c'est surtout dans la lèpre anesthésique que l'on retrouve 
dans tout leur développement, les lésions trophiques que nous 
avons étudiées à propos des lésions traumatiques des nerfs. Le 
processus morbide initial consiste, dans ce cas, comme on le 
sait d'après les importantes recherches de M. Yirchow % en une 
périnévrite lépreuse caractérisée par une prolifération cehu- 
laire spéciale, siégeant dans l'intervalle des tubes nerveux dont 
elle détermine la destruction lente. Les nerfs présentent alors 
fréquemment, sur leurs parcours, une tuméfaction fusiforme 
qui peut être quelquefois aisément reconnue, pendant la vie, 
dans les régions oii ils sont superficiels, au coude, par exemple, 
lorsqu'il s'agit du cubital et conlribuer ainsi au diagnostic. Ces 
altérations produisent, au début, des symptômes d'hyperesthé- 
sie et, plus tard, de l'anesthésie. 

A l'exception du zona, que je ne trouve nulle part mentionné, 
nous rencontrons dans ces circonstances, à peu de chose près, 
toute la série des lésions trophiques que nous avons déjà dé- 
crites : a) le pemphigus, pemphigus leprosus ; h) l'état lisse de 
la peau (Glossij Skm) ; c) Tatrophie des muscles ; d) lapériostite 
et enfin la nécrose. Lorsque ces dernières lésions acquièrent un 

^ Duménil. — Contributions pour servir à r histoire des paralysies périphé- 
riques, spécialement de la névrite. In Gaz. hebdomadaire, 1866, nos 4, 5, 6. 

2 Leudet. — Recherches sur les troubles des nerfs périphériques, et surtout 
des vaso-moteurs .^ consécutifs à V asphyxie par In vapeur du charbon. In Archives 
générales de Médecine, mai 1865. 

3 R. Virchow. — Die krcmkJiaflen Geechwiilste. — Nerven-Lcpra, t. II, 
p. 521, 1864-65. 



32 l'ÉRlNÉVRlTE LÉPREUSE 

haut degré d'intensité, on peut, vous le savez, observer quel- 
quefois la perte d'une partie d'un membre. Celle-ci survient sou- 
vent sans douleur, parce que, à Tépoque oii elle a lieu, l'anes- 
thésie existe le plus souvent {lepra ?7iutiiansy . On a attribué 
ces accidents divers et ces mutilations aux effets de i'anesthésie. 
Cependant, elle ne doit certainement ne pas être mise seule en 
cause ; il est non seulement prouvé quelle ne fait que faciliter 
l'intervention des influences extérieures, mais encore qu'elle 
peut être parfois reléguée au second plan, éliminée même, si 
l'on s'en rapporte aux cas cités par le docteur Thomson, et dans 
lesquels I'anesthésie faisait absolument défaut ^. 

Nous n'avons pu que passer rapidement en revue les troubles 
de la nutrition qui résultent des lésions irritativesdes nerfs pé- 
riphériques. Dans les prochaines leçons, nous y reviendrons en- 
core, mais nous insisterons principalement sur les troubles tro- 
pliiques qui se rattachent à des lésions du cerveau et de la 
moelle épinière. 



^ p. Steudener. — Beitmege zur PalJiologie clcr Lcpra )tiutilans. Mit. 3, 
Taf. Erlangen, 1867. 

2 A. S. Thomson. — BvU. mvl. for. Mal. Chlr. Revievj. 18.j4, April, p. 496. 
cité par M. Vircliow. 



DEUXIÈME LEÇON 



Troubles trophiques consécutifs aux lésions des 
nerfs (suite). — Affections des muscles. 

Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la 
moelle épinière. 



SoMMAiur., — Modifications anatomiqiies et fonctionnelles que subissent les 
muscles sous l'influence de la lésion des nerfs qui les animent. — Importance 
de rélectrisation comme moyen de diagnostic et de pronostic. Recherches 
de M. Duchenne (de Boulogne). — Expérimentation: Longue persistance de 
la contractilité électrique et de la nutrition normale des muscles à la suite 
de la section ou de l'excision des nerfs moteurs et mixtes chez les animaux. 
— Faits pathologiques: Diminution ou abolition hâtives de la contractilité 
électrique, suivies d'atrophie rapide des muscles dans le cas de paralysie 
rhumatismale du nerf facial et de lésions irritatives, soit traumatiques, soit 
spontanées des nerfs mixtes. — Raison de la contradiction apparente entre 
les résultats expérimentaux et les faits pathologiques. Application des re- 
cherches de M. Brown-Séquard : Seules, les lésions irritatives des nerfs 
déterminent l'abolition hâtive de la contractilité électrique, suivie d'atrophie 
rapide des muscles. 

Expériences de MM. Erb, Ziemssen et 0. Welss. — Écrasement, ligature des 
nerfs : ce sont des lésions irritatives. — Différence des résultats obtenus dans 
l'exploration des muscles suivant qu'on fait usage de la faradisation ou de la 
galvanisation. — Les résultats de ces nouvelles recherches sont comparables 
aux faits pathologiques observés chez l'homme; ils n'infirment en rien la 
proposition de M. Brown-Séquard. 

Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la moelle épinière. — En ce qui 
concerne leur influence sur la nutrition des muscle?, ces lésions forment deux 
groupes bien distincts. — 1er groupe: Lésions de la moelle qui n'ont pas 
d'influence directe sur la nutrition des muscles : a) Lésions en foyer très 
circonscrites n'intéressant la substance grise que dans une très petite éten- 
due en hauteur: Myélite partielle, tumeurs, mal de Pott. b) Lésions fascicu- 
lées même très étendues des cordons blancs postérieurs ou antéro-Iatéraux, 
etc. — 2e groupe : Lésions de la moelle qui influencent plus ou moins vite 

Charcot, t. I, 5»^ édit. 3 



34 AFFECTIONS DES MLSCLES 

la nutrition des muscles: a) Lésions fasciculées ou circonscrites qui intéres- 
sent les cornes antérieures de la substance grise dans une certaine étendue 
en hauteur : Myélite centrale, liématomyélie, etc. b) Lésions irritatives des 
grandes cellules nerveuses des cornes antérieures de la substance grise avec 
ou sans participation des faisceaux blancs : paralysie infantile spinale, para- 
lysie spinale de l'adulte, paralysie générale spinale (Duchenne, de Boulogne), 
atrophie musculaire progressive, etc. — Rôle prédominant des lésions de la 
substance grise dans la production des troubles trophiques musculaires. — 
La proposition de M. Bro^vn-Séquard s'applique encore à l'interprétation de 
ces faits. 



Messieurs, 

Dans la dernière séance, j'ai évité à dessein, en faisant l'his- 
toire des troubles de la nutrition consécutifs aux lésions des 
nerfs, de m'appesanlir sur les modifications anatomiques ou 
fonctionnelles que subissent les muscles sousTinfluence de ces 
lésions. Je voulais réserver cette question pour une étude spé- 
ciale. En réalité, c'est là, —vous allez bientôt le reconnaître, — 
un sujet hérissé de difficultés de tous genres et qui est encore 
l'objet de mille controverses. 

Yous n'ignorez pas que de grands progrès ont été accomphs 
dans l'histoire clinique des paralysies sous l'influence des tra- 
vaux de M. Duchenne (de Boulogne). Mais vous n'ignorez pas 
non plus, sans doute, qu'un bon nombre des faits découverts 
par cet éminent pathologiste semblent être en contradiction 
flagrante avec les résultats obtenus par les physiologistes dans 
Texpérimentation chez les animaux. 

Quelle est la raison de ce désaccord ? Dans quelle voie la con- 
ciliation doit-elle être trouvée? Yoilà des desiderata auxquels 
je ne vous promets pas de répondre en tous points d'une 
manière satisfaisante. Je ne puis cependant reculer devant la 
difficulté ; je dois tout au moins l'aborder. A la vérité, j'ai quel- 
que répugnance à traiter une question où les résultats de l'ex- 
ploration électrique des nerfs et des muscles doivent être invo- 
qués à chaque instant devant des hommes qui ont fait de ce 



EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX 35 

mode d'examen une étude si approfondie : mais s'ils rencon- 
trent la critique, j'espère qu'ils voudront bien m.'accorder toute 
leur indulgence. 



On peut dire que, d'une manière générale , Y éiectro-clkif/nostic , 
accordez-moi ce néologisme, annonce et démontre, dans certains 
cas pathologiques oii il s'est produit une lésion quelque peu 
intense d'un nerf moteur ou d'un nerf mixte, l'existence d'une 
rapide et profonde diminution, voire même la disparition de 
cette propriété qu'on est convenu d'appeler du nom de contrac- 
tilité électrique, tandis que l'expérimentation chez les animaux 
semble établir, au contraire, que, à la suite des lésions des nerfs 
qu'elle provoque, les muscles conservent pendant un temps 
relativement fort long, et mêuie suivant quelques auteurs, d'une 
façon à peu près indéfinie, la propriété de se contracter sous 
l'influence des excitations électriques. 

Vous comprenez sans peine l'intérêt qui, à notre point de 
vue, s'attache à la constatation et à Tétude des faits de ce 
genre. Il suffira de vous rappeler que l'affaiblissement et à plus 
forte raison la perte de la contractilité électrique survenant 
rapidement à la suite de la lésion d'un nerf sont, ainsi que l'ex- 
ploration clinique l'a souvent démontré, le premier terme d'une 
série de phénomènes qui aboutissent dans certains cas, presque 
fatalement, si le médecin n'intervient pas, à l'atrophie plus ou 
moins complète du muscle et à la perte quelquefois définitive 
de ses fonctions. 

Pour mieux mettre en lumière le point sur lequel porte la 
dissidence que je viens de signaler à votre attention, laissez-moi. 
Messieurs, vous rappeler brièvement les iaits expérimentaux 
auxquels j'ai fait allusion. 



36 EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX 

A. Il s'agit, dans ces expériences, de rechercher quelles sont 
les modifications qui surviennent dans les propriétés des mus- 
cles et dans leur structure anatomique, après la section ou 
l'excision des nerfs qui les animent. Les expériences abondent; 
elles ont été maintes fois répétées par MM. Longet, Schiff, 
Bro^vn-Séquard, Yulpian, et il faut ajonter que les résultats 
qu^elles ont donné paraissent, du moins ponr les points essen- 
tiels, tout à fait concordants. Nous allons vous rappeler les 
principaux incidents qui nous paraissent mériter d'être relevés 
daTis ces expériences. 

Le bout périphérique du nerf sectionné ou excisé, du cm- 
quième au huitième jour après l'opération, commence à subir, 
jusque dans ses ramifications les plus ténues, une série d'alté- 
rations qui ont pour conséquence intime la disparition du 
cylindre de myéUne, tandis que le filament axile paraît, lui, au 
contraire, persister h peu près indéfiniment \ 

Cependant, dès le quatrième jour, c'est-à-dire avant même 
que les lésions de la dégénération soient appréciables, le nerf a 
perdu déjà la faculté d'être excité par les divers agents, et en 
particulier par les agents électriques ^ Sur ce point, tout le 
monde est parfaitement d'accord. 

En ce qui concerne le muscle, il n'offre tout d'abord aucune 
modification de la contractilité électrique. L'amoindrissement 
et, à plus forte raison, l'anéantissement de cette propriété, s'ils 
se' produisent, ne se manifestant jamais qu'à la longue, très 
tardivement. G^est là un second point sur lequel il n'y a pas de 
divergence. Si quelques physiologistes disent avoir vu la con- 

1 M Schiff a monlre que, dans le cas de dcg6néraiion des nerfs consécutive 
à la section, contrairement à ce que M. Waller avait avance, les fdaments axiles 
persistent • il a trouvé les filaments dans les fibres nerveuses des nerfs coupe, 
depuis cinq mois chez les mammifères. « Nous avons également reconnu, dit 
UYnWmni Leçons sur la physiologie da système nerveux, 18G6, p. 239). 1 exis- 
tence de ce filament axile au bout déplus de six mois. Il me parait bien proba- 
ble qu'il persiste au-delà de ce temps. )- 

2 Vulpian, loc. cit., p. 235. 



CONTRACTILITÉ ÉLECTRIQUE 37 

tmctililé électrique s'affaiblir ou même disparaître de six à 
douze semaines après la section d'un nerf mixte, M. Schiff Ta 
trouvée, par contre, dans ces mêmes circonstances, parfaite- 
ment conservée encore au bout de quatorze mois ^ ; il en est 
absolument de môme lorsque la section porte sur un nerf exclu- 
sivement moteur. Déjà M. Longet avait l'ait voir que, tandis que 
la motricité des nerfs est, comme on Ta dit, entièrement abolie 
quatre jours après leur section, l'irritabilité musculaire, lorsqu'il 
s'agit du nerf facial, persiste dans les muscles correspondants, 
pendant plus de douze semaines -. Après l'arrachement ou la 
section du nerf facial, MM. Brown-Séquard et Martin-Magron 
ont vu, de leur côté, l'irritabilité des muscles faciaux survivre, 
chez les cochons d'Inde et chez les lapins, pendant près de deux 
ans \ M. Vulpian a été, lui aussi, témoin de faits absolument 
semblables ^. Vers 4841, dans le laboratoire de mon excellent 
maître, Martin-Magron, alors que je m'essayais dans une direc- 
tion que ma sensibililé à l'égard des animaux devait me faire 
abandonner bientôt, j'ai pu constater moi-même, après l'arra- 
chement du facial, la persistance presque indéfinie de la con- 
tractilité électrique des muscles correspondants. 

Le résultat est si palpable, si frappant, si facile à constater, 
que la plupart des physiologistes en sont, si je ne me trompe, à 
se demander si l'irritabilité musculaire disparaît jamais complè- 
tement à la suite de la section ou de l'excision des nerfs ; tout au 
plus concèdent-ils qu'en pareil cas il puisse se produire, à la 
longue, un affaiblissement plus ou moins prononcé delà pro- 
priété contractile des muscles. Presque tous fontremarquer que 

1 Schiff. — Lehrhuch der Physiologie des Menschen, 1858-59, p. 18. — 
M. Schiff aurait va deux fois l'excitabilité des muscles persister quatorze mois 
après la section des nerfs correspondants. Dans un cas, il s'agissait du nerf 
hypoglosse, dans un autre cas du nerf sclatlque, 

2 Longet. — Anatomie et physiologie du système nerveux, t. I, p. 63,1842. 

3 Brown-Séquard. — Bulletins de la Société philomatique, 1847, p. 74 et 
88. — Bnlletins de la Société de Biologie, t. III. WS\, p. 10!. 

■'* Vulpian, loc. cit., p. 235. 



38 EXI'ÉRIMEXTATIOX 

si, quelque f(3is, Jes excitations électriques deviennent impnis- 
santesà déterminer la contraction des muscles, toujours celle-ci 
se manifeste sous l'influence des irritations mécaniques. 

Il était à présumer que les modifications trophiques corres- 
pondant à ces modifications fonctionnelles devraient, elles aussi, 
se produire très lentement et se montrer peu accusées. C'est en 
effet ce qui paraît avoir lieu : la plupart des auteurs semblent 
s'accorder à reconnaître que l'atrophie du muscle, sa dégénéra- 
tion histologique, ne surviennent à la suite de la section des 
nerfs, qu'au bout d'un temps fort long. C'est à peine, suivant 
M. Longet \ si trois mois après la section du nerf facial, les 
muscles correspondants, examinés après la mort, présentaient 
de légères traces d'atrophie. Mais il ne s'agit là, sans doute, que 
d'un examen fait à l'œil nu. Au rapport de M.Schiff, lorsque la 
paralysie consécutive à la section du nerf, date de loin, les 
muscles présentent un cerlain degré d'amaigrissement. 11 est 
vraisemblable qu'un certain nombre de faisceaux musculaires 
s'atrophient et disparaissent ; dans la plupart des cas, le micro- 
scope fait constater qu'un bon nombre de ces faisceaux subis- 
sent en outre Taltération graisseuse, en môme temps que de la 
graisse s'accumule dans les intervalles qui les séparent ". Les 
observations de M. Vulpian ont donné des résultats analogues : 
toutefois, suivant lui, la dégénérescence graisseuse des fibres 
musculaires ferait souvent défaut d'une manière absolue ^. 

xivant de comparer les faits pathologiques aux résultais des 
expériences instituées chez les animaux, il importe de bien pré- 
ciser les conditions dans lesquelles ces expériences sont con- 

1 Longet, loc. cit., p. G3. 

2 Schiff, loc. cit., p. 175. 

'■^ Vulpian, loc cit., p. 246. — Dans les cas de paralysie consécutive à la sec- 
tion des nerfs, outre l'atrophie des faisceaux primitifs qui se produit à la longue, 
M. Vulpian a noté depuis long-temps la prolifération des noyaux du sarcolemme 
et quelques autres indices d'un processus inflammatoire. C'est là un fait très 
intéressant signalé plus récemment par d'autres observateurs et sur lequel nous 
aurons à revenir un peu plus loin (Voir la note, p. 42.) 



FAITS l^ATnOLOGlQUES 39 

duites. En premier lieu, le physiologiste pratique la section ou 
l'excision des nerfs musculaires ; en second lieu, il a recours à 
Texcitation électrique directe, c'est-à-dire appliquée sur le nerf 
ou sur le muscle mis à nu ; enfin c'est à peu près exclusivement 
le galvanisme qu'il met en œuvre comme moyen d'exploration 
et il ne tient pas compte de la différence qui peut exister, au 
point de vue de leur action sur la fibre nerveuse ou sur le fais- 
ceau musculaire, entre l'excitation obtenue à l'aide des courants 
d induction (courants interrompus) et celle que déterminent les 
courants dits galvaniques (courants continus). Telles sont les 
circonstances qu'il importe de relever surtout à propos des 
expériences que j'appellerai anciennes, bien qu'elles ne datent 
pas encore de fort loin. Nous verrons plus tard que des observa- 
tions toutes récentes, et dans lesquelles l'action des deux ordres 
de couranfs a été étudiée comparativement, ont donné des résul- 
tats qui semblent différer, à quelques égards, de ceux qu'avaient 
fournis les premières expériences. 

B. Il est temps de revenir maintenant h la pathologie humaine. 
Les faits qu'elle nous présente se rapportent à des lésions de 
nerfs mixtes ou moteurs, survenues soit spontanément, soit à la 
suite d'un traumatisme. 

Nous rappellerons en premier lieu les phénomènes qui ont été 
observés dans les cas de paralysie périphérique du nerf facial 
el, en parliculier, lorsque cette paralysie résulte de l'impression 
du froid (paralysie rhumatismale, a frigore). M. Duchenne (de 
Boulogne) a fait voir, vous ne l'ignorez pas, qu'en pareille cir- 
constance, dès avant la fin du premier septénaire, la contrac- 
tilité électrique des muscles de la face est déjà remarquablement 
amoindrie et paraît même, quelquefois, tout à fait éteinte \Yous 
remarquerez qu'enlre cette époque, sept jours, qui peut mar- 

' Duchenne (de Bo.ilogne). E'çrtrisnfion localisée, 2« édition, 1S61, p. 669. 



40 FAITS PATHOLOGIQUES 

quer, d'après M.Duchenne, le début de l'affaiblissement delà 
contractiliLé électrique dans la paralysie rhumatismale du nerf 
facial, etle terme assigné par quelques physiologistes àla per- 
sistance de cette même propriété chez les animaux, après la 
section des nerfs, la distance est grande. Cependant, des obser- 
vations répétées maintes et maintes fois ont démontré la parfaite 
exactitude de l'assertion de M. Duchenne. Tout récemment 
encore, dans un cas de paralysie rhumatismale du nerf facial, 
M. le D"" Erb, ayant été mis à même de suivre jour par jour, dès 
le début, la marche des symptômes, a vu, le neuvième jour, la 
contractilité électrique déjà considérablement amoindrie ^ Dans 
un cas du même genre recueilli par M. Onimus % huit jours 
après l'invasion de la maladie, des courants induits appliqués 
sur les muscles paralysés ne donnaient pas lieu à la moindre 
contraction. 

Le même phénomène s'observe communément dans les cas de 
paralysie périphérique du nerf facial aulresque ceux qui dépen- 
dent de l'impression du froid et aussi dans les paralysies trau- 
matiques des nerfs des membres. Ces dernières résultent le plus 
souvent, comme on le sait, de la compression brusque, de la 
contusion, de la commotion subies par un nerf mixte, en consé- 
quence des luxations scapulo-humérales par exemple. On a vu 
plusieurs fois, à la suite de ces accidents divers, la contractilité 
électrique déjà très notablement affaiblie dès le dixième ou 
même dès le cinquième jour, dans les muscles frappés de para- 
lysie ^ 

L'observation clinique démontre, vous ne l'ignorez pas, qu'en 
règle générale, les muscles qui présentent ainsi la prompte dimi- 
nution et surtout la prompte disparition de la contractilité é!ec- 

' W. Erb. — Zur Patlioloyic und palholùgischcn Anatornie peripherkcher 
Parahjaen. In Deutsch. Archh\{. IV, 18fl8, p. 5o'J. Cas de Gradolf. 

-' Gazette des hôpitaux, 30 juin 1870, p, 298. 

3 Duchenne (de Boulogne), loc. cit. Obs., p. 101. Paralysie, suite de luxation 
scapulo-humérale. — Obs., p. 193. Paralysie, suite de contusion du nerf cubital. 



ALTÉRATIONS DES MUSCLES 41 

Irique, ne tardent pas à subir une atrophie qui devient parfois 
très rapidement appréciable, principalement lorsqu'il s'agit des 
membres. Il serait très intéressant d'étudier dans les diverses 
phases de leur développement les altérations hislologiques 
auxquelles se rapporte cette atrophie rapide des masses muscu- 
laires ; mais c'est là un sujet sur lequel nous ne possédons 
encore qu'un très petit nombre de renseignements précis. 11 
semble ressortir pourtant de quelques observations et, en par- 
ticulier, d'un fait rapporté avec détails par le D' Erb, que ces 
lésions n'auraient rien de commun avec la dégénération grais- 
seuse pure et simple, toute passive et telle qu'on l'observe dans 
les muscles qui ont été durant longtemps condamnés h l'inac- 
tion ; elles offriraient au contraire les caractères les plus nets 
d'un processus inflammatoire^ à savoir : une hyperplasie plus 
ou moins prononcée du tissu conjonclif interstitiel^ rappelant 
jusqu'à un certain point ce qu'on trouve dans la cirrhose, et une 
multiplication des noyaux du sarcolemme.En même temps que 
ces altérations se développent, les faisceaux musculaires subis- 
sent une diminution très prononcée dans leur diamètre trans- 
versal, mais ils conservent, pour la plupart, leur striation. La 
dégénération granulo- graisseuse des faisceaux musculaires se 
rencontre rarement en pareil cas et paraît être tout à fait acci- 
dentelle ^ 

1 Voici, en abrégé, l'obsei'vali.jn rapportée par le doctear Erb dans son inté- 
ressant mémoire : Peter Schmieg-, àg-é de 22 ans, est atteint de phtisie pulmo- 
naire parvenue à la dernière période. Il présente en outre les signes d'une carie 
du rocher et de l'apophyse mastoïde. Dn abcès s'est ouvert au voisinage de cette 
dernièi'C. Le 22 mars lb67, il se développe subitement une paralysie presque 
complète du nerf facial gauche. La paralysie est surtout prononcée au muscle 
frontal. La contractilité électrique ayant été explorée le 24 mars d'abord 
(2e jour de la maladie), puis le 3 avril (12c jour) à l'aide de la faradisation, a 
été trouvée normale à ces diverses époques. Pour la première fois, le 17 avril 
(26e jour), on constate que les muscles frontal et zygomatique du côté gauche 
ne se contractent que très faiblement sous l'influence des excitations faradiques. 
Le 30 avril (39^ jour), la faradisation ne provoque plus de contractions dans 
les muscles frontal et zygomatique du coté gauche. Les autres muscles de la 
face, du même côté, ne répondent que faiblement aux excitations. La mort sur- 
vient le 2 mai (40» jour de la maladie). Autopsie : Le tronc du nerf facial con- 



12 ALTÉRATIONS DES MUSCLES 

Il est clair que si, dans le cas d'atrophie musculaire que les 
physiologistes obtiennent à la longue, par la section ou Texci- 
sion des nerfs, la lésion histologique était toujours la dégénéra- 
tion graisseuse, sans trace de processus irritatif initial, le 
contraste serait des plus accusés. Mais, malheureusement pour 
la simplicité des choses, nous verrons qu il n'en est peut-être 
pas ainsi \ 



fine à un abcès qui s'est ouvert derrière l'oreille ; il est à. nu dans une certaine 
étendue. De tous côtés, le tronc nerveux est enveloppé par une masse de tissu 
conjonctif induré. Cette enveloppe conjonctive adhère intimement à la gaine 
externe du nerf; ce dernier, cependant, est encore mobile dans la gaine. A l'œil 
nu, les branches du facial ne présentent aucune modificalion appréciable; au 
contraire, le muscle frontal g-auche est pcàle, flasque, aminci. Dans le point où 
le tronc nerveux est enveloppé par la masse de tissu conjonctif on aperçoit, 
interposé entre les libres nerveuses, beaucoup de tissu conjonctif fibrillaire avec 
de nombreux noyaux ovalaires, faiblement grenus. Les fibres nerveuses elles- 
mêmes présentent, en certain nombre, les diver.? degrés de la dégénération 
graisseuse. Beaucoup de fibres ont conservé les caractères de l'état normal. 
Quelques-uns des filets nerveux qui se rendent au muscle frontal ne renferment 
guère que des fibres nerveuses dégénérées; d'autres, appartenant vraisembla- 
blement au trijumeau, ont toutes leurs fibres à l'état normal. — Le muscle fron- 
tal gauche est profondément altéré ; on observe ]h d'épaisses cloisons de tissu 
conjonctif nouvellement formé, interposées entre les faisceaux musculaires 
primitifs. Ces derniers ont subi une réduction de volume très prononcée et, de 
plus, ils renferment des noyaux en grand nombre. La striation transversale 
est conservée sur la plupart des fibres musculaire^ atrophiées ; sur d'autres, 
elle est à peine distincte. Un certain nombre de faisceaux primitifs offrent 
les caractères de l'altération cireuse, mais l'atératinn granulo-graisseuse ne 
s'observe sur aucun d'eux. — (W. Erb, lûc. cit. Deutsch Archic. Bd. o, 1869, 
p. 44). 

^ Nous nous réservons de revenir, dans le courant de nos leçons, sur ce 
point délicat. Pour le moment, il nous suffira de noter que des lésions irritati- 
ves des muscles, en tout semblables à celles qui viennent d'être décrites, ont 
été récemment signalées par des observateurs très compétents, chez divers 
animaux, à la suite de la section et de l'excision des nerfs mixtes ou purement 
moteurs, c'est-à-dire en dehors des conditions qui produisent dhabitude les 
lésions irritatives des nerfs. Ainsi à la suite de l'excision d'un tronçon de nerf 
sciatique, M. Mantegazza {Histologisch. VerxnderwKjen nacli der Nervendur- 
chschnndimg in Schmidfs Jahresb., p. 148, 1837, t. 136, et Gaz., Lom/j. 
p. 18, 1867) a trouvé à partir du 30e jour, les muscles déjà pâles, le tissu con- 
jonctif intermédiaire aux faisceaux primitifs manifestement hypertrophié, les 
faisceaux eux-mêmes diminués de volume, présentant une multiplication évi- 
dente des noyaux du sarcolemme, mais ayant conservé la striation tranversale. 
Un bon nombre de ces faisceaux offraient l'aspect granuleux, mais les granula- 
tions se dissolvaient dans l'acide acétique. De son côté, M. Vulpian aren-. 
contré des altérations identiques, dans les muscles delà langue, chez le chien, 
cinquante jours après l'avulsion du bout central du nerf hypoglosse. {Ayx^hiv. 



CONTHADICTION APPARENTE 43 

Il résulte, en somme, du parallèle que nous venons de vous 
présenter, que les faits cliniques, observés cependant avec le 
plus grand soin, sont, ou du moins paraissent être, en opposition 
formelle avec les faits expérimentaux recueillis également par 
les procédés les plus rigoureux. Nous devons nous efforcer de 
pénétrer la raison de ce désaccord. Recherchons d'abord si l'on 
peut la trouver dans la différence des conditions d'observation 
011 se placent d'une part le physiologiste, d'autre part le mé- 
decin. 

cl: Physiolog., t. II, p. 572, 1861.) L'absence de déjénéralion graisseuse des 
faisceaux primitifs, l'atrophie de ces faisceaux avec persistance de la striation 
transversale et prolifération des noyaux du sarcolemme, ont été ég-alement 
observées par M. Vulpian [loc. cit., p. 359) chez l'homme, sur les muscles de 
la jambe, dans un cas de résection d'un segment du nerf sciatique datant de 
cinq mois. Cela étant, (jn est conduit à admettre ({ue les sections complètes, 
les excisions, les avulsions de nerfs déterminent quelquefois dans ces nerfs 
des lésions irritatives; ou bien — si les observations ultérieures devaient pré- 
senter comme constant le fait observé par MM. Vulpian et Manteg-azza — que 
les altérations musculaires qui se produisent à la suite des lésions passives des 
nerfs moteurs ou mixtes ne se séparent pas essentiellement, au point de vue 
hislologique, de celles qui surviennent consécutivement aux lésions irritatives 
de ces mêmes nerfs. Si les faits devaient donner raison h. la deuxième hypo- 
thèse, il y aurait lieu, néanmoins, pensons-nous, de différencier encore, malgré 
tant d'analogies, les altérations musculaires liées à l'inertie fonctionnelle de 
celles qui succèdent à l'irritation des nerfs. Il paraît démontré, en effet, que 
ces dernières se produisent beaucoup plus rapidement et sont précédées ou 
accompagnées de modifications plus ou moins prononcées de la contractilité 
électrique, lesquelles ne se montrent pas avec les mêmes caractères, dans les 
premières et ne s'y manifestent qu'au bout d'un temps relativement fort long. 

11 serait à désirer qu'une série de recherches fût instituée dans le but spécial 
d'élucider la question qui vient d'être soulevée. Il existe en effet, déjà, un cer- 
tain nombre de faits tendant à démontrer que Y immobilisation peut, à elle 
seule, en dehors de toute influence du système nerveux, provoquer dans cer- 
tains organes, dans certains tissus, des lésions trophiques ofïfrant tous Ie3 
caractères d'un processus inflammatoire. Je me bornerai à citer un exemple. 
On connaît les affections articulaires décrites par MM. Tessier et Bonnet et qui 
surviennent lorsque les membres sont condamnés h. l'immobilité que nécessite 
le traitement de certaines fractures. Tout récemment M. Menyel a entrepris des 
expériences qui consistent à immobiliser chez des chiens et des lapins, à l'aide 
d'un bandage plâtré, un certain nombre de jointures. Or, dès le 15^ jour, on 
trouve, en pareil cas, la membrane synoviale vivement injectée et tuméfiée ; 
la cavité articulaire renferme des globules rouges, des leucocytes et des cellules 
épithéliales ; enfin, les cellules du cartilage diarthrodial sont le siège d"un tra- 
vail de prolifération très accusé [Gazette médicale de Strasbourg, n» 5, 1871). 
Ces recherches méritent d'être poursuivies et appliquées à l'étude des mo- 
difications que peuvent subir les diverses parties d'un membre sous l'in- 
fluence de l'inertie fonctionnelle plus ou moins longtemps prolongée. 



44 INFLUENCE DU MODE d'eXI'LORATION 

Un premier point qu'il importe de faire ressortir est relatif au 
mode d'exploration. Le palhologiste se trouve dans la nécessité 
de n'explorer le muscle qu'à travers la peau, tandis que le phy- 
siologiste, ainsi que nous l'avons fait remorquer déjà, agit, lui, 
dans des conditions bien plus favorables puisqu'il lui est loisible 
de porteries rliéophores directement sur le nerf ou sur le mus- 
cle. Il était permis de prévoir qu'étant donné un affaiblissement 
de la contractili'.é électrique porté à un certain degré, l'applica- 
tion directe serait capable de déterminer encore des contractions 
alors que l'exploration faite à travers la peau se montrerait 
peut-être impuissante à en produire, ou ne donnerait que des 
contractions très affaiblies. L'expérience justifie cette prévision. 
C'est ainsi que dans un cas de pied bot, avec dégénération grais- 
seuse des muscles, oii l'on lut obligé de pratiquer l'amputation, 
Valentin a vu, après l'opération, des contractions, faibles il est 
vrai, se manifester sous l'influence de l'excitation directe, dans 
un des muscles les plus profondément altérés \ Dans ce cas, si 
l'on en juge par analogie, l'exploration à travers la peau n'eût 
vraisemblablement donné aucun résultat. Quelques faits em- 
pruntés à la physiologie expérimentale parlent dans le même 
sens. Sur un lapin, chez lequel le nerf facial du côté droit avait 
été coupé un mois environ auparavant, rélectricitê appliquée au 
travers de la peau rasée et humectée d'eau, sur les muscles fa- 
ciaux du côté de l'opération, ne produisait pas d'effet apparent, 
tandis qu'il y avait des contractions extrêmement fortes lors- 
qu'on électrisait les points homologues du côté opposé. Les mus- 
cles ayant été mis à nu du côté oii le nerf avait été coupé, on 
pouvait y provoquer, par l'électricité, des contractions très évi- 
dentes ^— Sur un cheval vigoureux, on avait excisé cinq cen- 
timètres environ du nerf popUté externe gauche. Un mois après 

1 Valenlin. — Virsuch eijier physiologischen Patholorjie der Nerve?i. Leipzig- 
iind Heidelberg, 18G4, 2e abth., p. 42. 

2 Vulpian. — Physiologie du système nerveux, 18G6, p. 345. 



FARADJSATION ET GALVAMSATION 45 

Topération, ]es poiJs furent rasés sur la face antéro-exteriie de 
chaque jambe et Ton appliqua les rhéophores d'une pile, d'abord 
sur le côté sain : il survint des contractions énergiques ; on les 
appliqua ensuite sur les muscles du côté opposé et il ne se pro- 
duisit aucune contraction. Alors on mit à nu les muscles para- 
lysés et on appliqua sur eux, directement, les excitateurs, 
rinstrument étant gradué au minimum: de vives contractions 
^e manifestèrent '. On pourrait sans doute aisément réunir bon 
nombre d'exemples du même genre. Il devient démontré par là 
que l'exploration à travers la peau ne peut fournir que des don- 
nées relatives, qu'elle ne révèle pas l'état réel de la contractilité 
électrique; mais telles qu'elles sont ces données n'en sont pas 
moins exactes, en somme, et de la plus haute importance, car il 
est impossible de ne pas reconnaître que la perte apparente ou 
la diminution très marquée de la contractilité, accusée par une 
exploration à travers la peau, correspond à une diminution 
ou tout au moins à uae modification très réelle de cette pro- 
priété. 

Une autre remarque que je veux vous présenter a trait à la 
nature de l'agent électrique dont on se sert pour l'exploration. 
Le galvanisme, ainsi que je vous le disais il y a un instant, a été 
à peu près seul employé dans les expériences relatives aux sec- 
lions de nerfs chez les animaux, tandis qu'en chnique, suivant 
la méthode de M. Duchenne, l'exploration a été, jusque dans ces 
derniers temps, pratiquée exclusivement à l'aide de la faradisa- 
lion. Or, il résulte de recherches faites, il y a quelques années, 
en Allemagne et reprises en France tout récemment, que le 
galvanisme alepouvoir de provoquer fréquemment des contrac- 
tions musculaires là même où la faradisation semble accuser 
une perte absolue de la contractilité électrique. 

Ce fait constaté pour la première fois par Baierlacher, en 

1 Expérience de M. Chauveau, dans Magnien. Thèse de Paris, 1866, 
p. 21. 



16 FARADISATION ET GALVANISATION 

1839 \ dans un cas de paralysie faciale, a été observé depuis 
dans les mêmes circonstances ou dans divers cas de paralysies 
consécutives à la lésion traumatique des nerfs mixtes, par 
Schultz ^, Brenner ^, Ziemssen ^, Rosenthal ^, Meyer ^, par 
Brûckner % dans la paralysie pseudo-hyperirophique et par 
Hammond, enfin, dans la paralysie infantile. 

On voit d'après cela que le galvanisme pourrait accuser 
encore des contractions dans bien des cas de paralysie, soit 
rhumatismale, soit traumatique, oîi l'exploration, faite exclusi- 
vement à l'aide de la faradisation, annoncerait une profonde 
altération de la contractilité électrique, mais, môme cela étant, 
le caractère tiré de l'abolition ou de la diminution hâlives delà 
contractilité faradique n'en subsisterait pas moins dans toute 
sa valeur ; il permettrait toujours de maintenir le contraste 
entre les paralysies par lésions des nerfs que nous offre ordinai- 
rement la clinique et les paralysies qu'on détermine chez l'ani- 
mal, par la section des troncs nerveux, puisque, dans ces der- 
nières, le caractère en question fait défaut. 

Nous devons examiner actuellement si les lésions des troncs 
nerveux qui provoquent une prompte modification de la con- 
tractilité électrique, bientôt suivie d'atrophie musculaire, sont 
assimilables, sans réserves, ainsi que quelques auteurs semblent 
le croire, aux sections des nerfs pratiquées chez Tanimal. En 
réalité, Messieurs, il n'en est rien, et, si je ne me trompe, c'est 
dans cette circonstance qu'il faut chercher le nœud de la ques- 
tion en litige. On peut dire que, d'une manière générale, les 
sections ou les excisions de nerfs n'éveillent habituellement, 

1 Baïcrlacher. — Bayer, œrztl. bitelligenzblatt, 1869. 

2 Schultz. — ^yiener medic. Wochenschr.^ 1860, n3 27. 

3 Griinewaldt. — Uber die Lhamungen des New. facicdis. [Pet. incd. Zeilschr. 
Bd. 111, 1862, p. 3zl ff.) 

^ Ziemssen. — Elektricitat in der Med. 2 aull., 1864. 
s Rosenthal. — Elektrotherapie, 2 aufl. 1869. 
f' Meyer. — Die Elektricitat, etc. 2 auQ., 1861. 
"' Briicknei'. — Deufsch. Kli/iik, 1865, n° 30. 



SECTIOiNS COMPLÈTES DES NERFS 47 

dans ceux-ci, aucun travail de réaction. La dégénération des 
fd^res du bout périphérique, qui suit l'opération à titre de con- 
séquence nécessaire, peut être considérée, en somme, à la con- 
dition toutefois qu'il ne s'y mêle aucune complication, comme 
un processus purement passif. Les muscles desservis par les 
nerfs sectionnés sont nécessairement frappés d'inertie fonction- 
nelle : mais ils ne paraissent pas subir d'autres altérations que 
celles qui, àJa longue, résultent de l'inaction ^ 

Bien différentes sont les affections des nerfs auxquelle se 
rattachent, chez l'homme, les accidents qui sont l'objet de notre 
étude. Apeu près toujours, lorsqu'elles sont d'origine traumati- 
que, elles naissent, nous l'avons dit, sous l'influence de causes 
telles que la commotion, la contusion, la compression, une divi- 
sion incomplète, toutes éminemment propres à susciter, dans 
^es divers tissus qui entrent dans la composition du nerf, le dé- 
veloppement d'un processus irritatif. De fait, il n'est pas rare, 
dans les cas de ce genre, que l'atrophie musculaire à marche ra- 
pide, foudroyante en quelque sorte, annoncée presque dès l'ori- 
gine par la perte et la diminution de la contractilité faradique, 
soit accompagnée, précédée ou suivie, — lorsqu'il s'agit d'un 
nerf mixte, — de douleurs plus ou moins vives ou de sensations 
anormales, indices de l'irritation que subissent les fibres sensi- 
tives ^ A ces douleurs s'adjoint fréquemment l'apparition de ces 
troubles trophiques de la peau (éruptions pemphigoïdes, peau 
fisse, herpès), que nous avons appris à connaître comme un des 
effets des lésions irritatives des nerfs cutanés et qui ne s'obser- 
vent en aucime façon dans les cas de section pure et simple des 
troncs nerveux ^ Les affections développées spontanément prê- 



1 Voir la note 1, p. 41. 

2 Duclienne (de Boulogne), ioc. cit. obs., IX, X. 

^ Voir, entre autres, une observation rapportée récemment par le docteur 
Constantin Paul {Société de Thérapeutique, séance du 7 mai 1871, in Gazette 
77iédica(e,j). 2ol, n» 25, 1871.)— « L'un des (roubles de nutrition les plus 
remarquables, produits parles lésions de nerfs, est l'emaciation ou l'atrophie 



48 LÉSIONS IRKITATlVEs DES .NERFS 

lent à des considérations identiques : tantôt il s'agit d'une carie 
du rocher ; le tronc du nerf facial baigne dans le pus oii il est 
enveloppé de toutes parts, ainsi que cela avait lieu dans l'obser- 
vation dudocteurErb, par une gaine épaisse de tissu conjonctif 
nouvellement formé ^ ; d'autres fois, le nerf est comprimé par 
une tumeur lentement développée, qui a dû, pendant un certain 
temps, irriter les fibres nerveuses avant d'en terminer l'apla- 
tissement complet. Il n'est pas jusqu'à la paralysie dite rhuma- 
tismale ou a frigore du nerf facial qui ne semble devoir être 
rattachée — bien que, sur ce point, nous ne possédions pas en- 
core d'observations positives, — à l'inflammation de la gaine 
conjonctive du tronc nerveux ^. 

Je n'ignore pas que les sections complètes des nerfs se ren- 
contrent assez fréquemment dans la pratique chirurgicale : je 
sais aussi qu'on peut voir survenir, en pareille circonstance, 
l'atrophie des muscles et la perte de la contractilité électrique. 
Mais je ne crois pas qu'on puisse présenter beaucoup de faits de 
cet ordre dans lesquels on ait observé, dès les premiers jours, 
la diminution ou la perle de la contractilité faradique et, dès 
les premières semaines, Vatrophie et la dégénération des 
muscles. Bien que j'aie entrepris quelques recherches à ce su- 
jet, je n'ai pas trouvé jusqu'ici d'observations incontestable- 
ment douées de ce caractère. 

Nous sommes ainsi conduits, Messieurs, à faire intervenir ici, 
encore, la lumineuse distinction proposée par M. Brown-Sé- 
quard : seule l'irritation des nerfs serait capable d occasionner 
l\itr opine rapide et hâtive des muscles, précédée elle-même de 

des muscles desservis pur ces nerfs. Cette atrophie peut exister seule ou se 
montrer associée à d'autres troubles nutritifs du même genre occupant la peau 
ou ses annexes. » (Mitchell, Morehouse and Keen. — Gunshot Wounds, etc. 
p. 69.) 

1 Voir : P. Brouardel. — Lésions du rocher, carie, nécrose, et des compli- 
cations qui en sont la conséquence. Extrait du Bulletin de la Société anaiomi- 
qup. Paris, 1S67. 

2 F. Niemeyer. — Lelirbuch 'ter Spec. Pathologie und Thérapie, "c aufl. 
2 Bd. p. 336^ 



LÉSIONS IRUITATIVES DES NERFS 49 

la diminution ou de la disparition de la contractilité faradique. 
La division complète des nerfs n'amène t atrophie et la perte 
des réactions électriques qu'au bout d'un temps i?icomparable- 
ment beaucoup plus long^ à linstar du repos prolongé. 

Cela étant admis, il nous faut rechercher actuellement, com- 
ment, étant donnée la lésion irritalive des troncs nerveux dont 
nous venons de reconnaître l'existence, on peut en faire dériver, 
à titre de conséquence plus ou moins directe, la perte rapide 
de la contractilité électrique, l'atrophie hâtive des muscles et, 
en un mot, toute la série des phénomènes que dévoile l'obser- 
vation clinique dans les cas qui nous occupent. 

L'affaiblissement ou la perte de la contractilité est, vous le 
savez, après la paralysie motrice qui, dans la grande majorité 
des cas, ouvre la marche, le premier fait qu'on constate en 
semblable occurrence. Quelques auteurs semblent voir, dans ce 
phénomène, une conséquence toute simple de la perte de l'exci- 
tabilité du nerf, laquelle surviendrait ici de très bonne heure 
(vers le 5° jour), comme dans le cas des sections nerveuses, et se 
rattacherait elle-même à la dégénération des gaines médullaires 
au-dessous du point lésé. Il paraît certain que les contractions 
des muscles, déterminées parl'électrisation, sont plus pronon- 
cées lorsqu'on peut agir sur eux par l'intermédiaire des nerfs 
que lorsque J'excitation, par suite de la destruction des filets ner- 
veux, ne peutplusporter sur la substance contractile elle-même. 
Mais, quoi qu'il en soit, si l'opinion à laquelle nous faisons allu- 
sion était fondée, l'affaiblissement très prononcé ou l'abolition 
apparente de la contractilité électrique, survenant quelques 
jours après l'opération, devra être un fait constant à la suite des 
sections de nerfs, puisqu'en pareil cas le bout périphérique du 
nerf perd toujours son excitabilité au bout de cinq ou six jours. 
Or, nous savons qu'il n'en est pas ainsi. D'un autre côté, il n'est 
nuhement prouvé que les lésions de nerfs, qui produisent la 
perte hâtive de la contractilité électrique, soient toujours assez 

Gharcot, t. I, 5° édit. 4 



go LÉSIONS IRRIÏATIVFS DES NERFS 

profondes pour interrompre complètement la continuité des 
fibres nerveuses et amener la destruction du cylindre de myé- 
line. On pourrait citer, en effet, un certain nombre de faits ten- 
dant à démontrer que la continuité des nerfs persiste, au moms 
à un certain degré, à la suite de lésions qui cependant déter- 
minent rapidement, dans les muscles, l'apparition des troubles 
trophiques les plus prononcés. 

C'est ainsi qu'après une lésion traumatique portant sur le 
trajet d'un nerf, on voit parfois les mouvements persister pen- 
dant quelque temps et ne s'affaiblir qu'alors que les lésions 
trophiques sontsurvenues dans le muscle '. llimporte de remar- 
quer, d'ailleurs, que la sensibilité musculaire et cutanée se 
maintient souvent à un degré voisin de l'état normal, dans les 
cas de lésions d'un nerf mixte, alors môme que l'affaiblisse- 
ment rapide de la con tractilité électrique et l'atrophie musculaire 
consécutive sont portées très loin ; c'est un fait que MM. Du- 
chenne (de Boulogne) ^ Mitchell, Morehouse et Keen ' n'ont pas 
manqué de faire ressortir.Est-il vraisemblable que, dans ces cas, 
les fibres motrices auront subi des altérations profondes, tandis 
que les fibres sensitives entremêlées avec elles dans toute l'épais- 
seur du nerf auraient seules été épargnées ? Mais voici un argu- 
ment en quelque sorte plus direct : à la suite de certaines affec- 
tions de la moelle épinière, telles que l'hématomyélie, la myéhte 
aiguë centrale, la paralysie infantile, affections dans lesquelles 
la lésion initiale occupe plus particulièrement la substance grise, 
il est commun de voir se produire, comme lorsqu'il s'agit de 

1 Voir l'observation citée par Dachenne (de Boulogne), loc cit., p. 207. 

2 Dans le- paralysies consécutives aux lésions traumatiques des nerfs mixtes, 
les troubles fonctionnels portent moins sur la sensibilité des muscles que sur 
leur contractilité ; ainsi une luxation de l'épaule ayant occasionne la lésion des 
nerfs qui animent le bras, l'avant-bras et la main, j'ai vu le malade accuser une 
sensation musculaire assez notable, alors même que ces muscles ne se contrac- 
taient pas le moins du monde par l'excitation électrique la plus intense. La 
sensibilité cutanée est encore moins affectée que la sensibilité musculaire dans 
ces mêmes lésions nerveuses. (Duchenne [de Boulogne], loc. cit., p. 21b). 

3 Mitchell, etc., loc. cit.,v- 97. 



LEUR MODE d'i.XFLUENCE 51 

lésions irritatives des nerfs, une diminution ou une abolition 
totale de la contractilité électrique, dans les muscles des mem- 
bres frappés de paralysie. Ce symptôme, manifeste déjà quelques 
jours après le début de la maladie, est suivi bientôt d'une atro- 
phie plus ou moins prononcée des muscles. Les nerfs musculaires 
ont été plusieurs fois examinés en pareil cas àTaide du micro- 
scope : tantôt, ils offraient les caractères de Tétat normal; d'autres 
fois, ils présentaient à un certain degré les altérations propres à 
la dégénération granulo-graisseuse ; mais alors ces altérations 
ne se montraient nullement proportionnées, quant à leur éten- 
due et quant à leur intensité, aux troubles musculaires. Nous 
reviendrons ultérieurement sur ce fait important. 

Yous voyez par ce quiprécède que, dans mon opinion, l'abo- 
lition rapide de l'excitabilité électrique observée à la suite de la 
lésion d'un nerf, ne saurait être rattachée tout entière à l'altéra- 
tion granulo-graisseuse de la gaine médullaire et à la perte d'ex- 
citabilité des fibres nerveuses qui seraient la conséquence de 
cette altération. S'il en est ainsi, il devient très vraisemblable 
que le phénomène dont il s'agit est, au moins en partie, le résul- 
tat d'un changement quelconque survenu dans la constitution de 
la substance contractile, sous l'influence de l'irritation transmise 
jusqu'au vaisseau musculaire primitif, par la voie des dernières 
ramifications nerveuses. La rapidité avec laquelle se produirait 
ce trouble trophique n'est pas un argument à invoquer contre 
notre hypothèse. L'expérience démontre, en effet, que sous fin- 
fluence de certaines causes, telles, par exemple, que rinterrLq> 
tion brusque du cours du sang artériel, la fibre musculaire peut 
éprouver plus rapidement encore, — après quelques heures seu- 
lement, — une modification fort analogue, sans aucun doute, 
puisqu'elle se traduit également par l'abolition de la contractilité 
spécifique du muscle \ 

1 '< J'aicoLipéienei'fscialhiau d'uiicùlé sut- deux lapins et doux cochons d'Inde. 



52 A[.TÉRATI0XS DE LA f^lBRE CONTRACTILE 

A en juger par renchaînement habituel des phénomènes révé- 
lés par l'observation clinique, cette altération de la fibre con- 
tractile, manifestée par les modifications de la contractilité 
électrique, serait le précurseur et comme le premier terme 
d'une série de lésions plus profondes qui amènent graduelle- 
ment l'atrophie du muscle et entraînent quelquefois l'abolition 
complète et définitive de ses fonctions. Des observations aux- 
quelles nous avons fait aUusion déjà et sur lesquelles nous 
reviendrons par la suite, semblent montrer que les lésions dont 
il s'agit sont, pour une bonne partie, de nature irritative. On 
pourrait être tenté, d'après cela, suivant les errements de la 
théorie actuellement en vogue, de considérer ces lésions comme 
la conséquence plus ou moins directe d une paralysie des nerfs 
vaso-moteurs concomitante de la paralysie des nerfs moteurs 
musculaires. Parmi les arguments qu'on peut faire valoir contre 
cette manière de voir, nous nous bornerons à faire ressortir 
que les signes nécessaires de la paralysie vaso-motrice, — la 
réplétion des vaisseaux sanguins et l'élévation de la tempé- 
rature locale, — ne s'observent que très exceptionnellement 
chez les sujets qui, à la suite de la lésion d un nerf, présen- 
tent une paralysie avec diminution rapide de la contractilité 
électrique. 

Des faits assez nombreux montrent, au contraire, qu'en 
pareil cas, la peau est, le plus souvent, pâle, anémiée en même 



Dix iours après, je mo suis aperçu que le sciatique coupe ne causait plus de 
mouvements quand je le j^alvanisais. Les muscles se contractaient^ vivement 
quand rappliquais sur eux les deux pôles de la pile. Gela reconnu, j ai lie 1 aorte 
derrière l'origine des rénales, et trois heures après j'ai essaye de nouveau 1 ap- 
plication delà pile. U n'y a eu de contractions dans les muscles de la jambe 
ni quand j'excitais le nerf, ni quand j'excitais directement les muscles. J ai 
lâché alors la ligature; au bout de très peu de temps, les muscles sont redeve- 
nus irritables. Le nerf sciatique n'a rien retrouvé de sa propriété perdue. Dans 
cette expérience, les muscles de la jambe, après avoir complètement perdu 
leur irritabilité, ne l'ont recouvrée que parla nutrition, puisque m le^ centres 
nerveux ni le nerf sciatique ne pouvaient la leur donner. » (Brown-bequard. 
— Jouinal de Physiologie, t. U, p. 17, 1859.) 



EXPÉRIENCES DE MM. ERB, ZIEMSSEN, ETC. 33 

temps que, dès l'origine, la température locale s'abaisse ma- 
Difestement^. 



Telle était, Messieurs, la solution de la question en litige que 
je m'étais donnée, lorsque vinrent à ma connaissance des recher- 
ches nouvelles faites en Allemagne ; les résultats de ces recher- 
ches oii de nombreuses expériences, instituées chez les animaux . 
sont mises en parallèle avec les faits pathologiques, me parurent, 
ail premier abord, devoir ruiner tout l'édifice. En effet, à en 
juger d'après les conclusions formulées par les auteurs, l'oppo- 
sition entre les lésions passives et les lésions irritatives des nerfs, 
au point de vue de leurs effets sur la contractilité et sur la nutri- 
tion des muscles, ne serait rien moins que fondée. Je commen- 
cerai par déclarer que les expériences auxquelles je fuis allusion, 
instituées par M. Erb (1868), et dans le même temps, bien que, 
d'une manière indépendante, par MM. Ziemssen et 0. Weiss, 
paraissent avoir été conduites avec le plus grand soin. Nous 
aurons à voir si elles ont bien la signification qui leur a été 
attribuée. 

Des lésions de nerfs, variées — écrasement, ligature, section 
dans un trèspelit nombre decas — étantproduites sur des lapins, 
il s'agissait d'observer quotidiennement les modifications de la 
contractihté électrique qui apparaissent du côté des nerfs et du 
côté des muscles, sous Tinfluence des courants continus et de la 
faradisation, interrogés tour à tour. L'électrisation était prati- 
quée tantôt à travers la peau, comme on le fait en médecine, 
tantôt directement, ainsi qu'on procède en physiologie. M. Erb 



1 Ducheniic (de Boulogne), loc. cit.,^. 234.— Mitchell, /oc. cit., p. 13.J 
— Folet. Étude sur la température des parties paralysées. Paris, 1867, p. 7. 



54 EXPÉRIENCES DE MM. ERB, ZIEMSSEN, ETC. 

s'était en outre donné pour tâche de suivre, autant que pos- 
sible, jour par jour, les altérations histologiques qui corres- 
pondent aux changements de l'excitabilité électrique. 

Examinons en premier lieu les phénomènes observés dans ces 
expériences sur les nerfs lésés. Supposons qu'on ait blessé, en 
l'écrasant à l'aide d'une pince, le nerf sciatique d'un lapin. La 
lésion peut être très prononcée ou légère. Est-elle très pronon- 
cée, on constate une perte presque immédiate de rexcitation 
électrique, que l'on ait recours à la faradisation ou au galva- 
nisme. Lors de la régénération du nerf, le retour de l'excitabi- 
lité est lent pour le bout central ; il est rapide, au contraire, 
pour le bout périphérique. Lalésion est-elle légère, l'excitabilité 
électrique revient promptement vers le bout central, jamais 
eUe n'a cessé d'exister d'une façon complète sur le bout péri- 
phérique. 

Yous voyez que ces premiers résultats ne s'éloignent pas sen- 
siblement de ceux obtenus dans les expériences anciennes puis- 
qu'il était également établi par ces expériences que le nerf coupé 
perd son excitabilité dès les premiers jours. 

Étudions maintenant les phénomènes qui, dans les nouvelles 
expériences, sont mis en évidence par l'exploration électrique 
des muscles. Ici, Messieurs, les résultats s'éloignent notable- 
ment de ceux fournis par les expériences anciennes et se rap- 
prochent au contraire beaucoup des faits pathologiques. 

Ainsi, l'exploration faradigueMi découvrir, dès les premiers 
jours, une diminution, et, quelques jours plus tard — cinq à 
quatorze jours dans les cas intenses — la perte de la contrac- 
tilité. 

Ce n'est pas tout. L'exploration gaivcmique àénoie , elle aussi, 
dans les premiers jours, un affaiblissement des contractions 
musculaires ; mais, à partir de la fin de la seconde semaine, à 
cet affaiblissement succède une exaltation qui persiste pen- 
dant tout le temps que se maintient la dépression faradique, 



EXPÉR1ENCI<S DE MM. ERB, ZIEMSSEN, ETC. 55 

et qui disparaît à son tour quand la faradisation redevient 
puissante. 

Les lésions musculaires qui correspondent à ces modifications 
de la contractilité électrique ont été étudiées avec grand soin 
par M. Erb ; elles méritent à beaucoup d'égards de porter la 
dénomination de cirrhose des muscles proposée par M. Mante- 
gazza \ Elles rappellent absolument celles qu'a signalées 
M. Erb dans les cas de paralysie faciale qu'il a observés chez 
riiorame. 

€'est dans le tissu conjonctif interstitiel que se montrent les 
premiers changements; dès la première semaine, il s'y accu- 
mule de nombreux éléments cellulaires, arrondis, rappelant le 
tissu de granulation, lesquels, plus tard, prennent une forme 
allongée, disparaissent et font place à du tissu conjonctif ondulé. 
Les faisceaux musculaires ne commencent h présenter d'alté- 
rations que vers la deuxième semaine. A cette époque, on peut 
constater déjà que le diamètre de ces faisceaux s'est amoindri; 
cette atrophie va rapidement en progressant. Cependant, la 
strialion transversale persiste et jamais les fibres n'offrent de 
traces des altérations de la dégénération granulo-graisseuse. 
Par contre, de très bonne heure, les noyaux du sarcolemme se 
multiplient et se groupent sous forme de petits agrégats, en 
môme temps que la substance contractile offre à divers degrés 
les modifications connues sous le nom de dégénération cireuse. 

Tels sont les phénomènes signalés à la suite de lésions de 
nerf, qui, suivant nos auteurs, équivaudraient à des sections 
complètes. Eh bien, je n'hésite pas à le dire, celte assimilation 
est loin d'être à l'abri de la critique. Les résultats obtenus par 
M. Erb et par M. Ziemssen sont relatifs à des conditions compa- 
rables, sans aucun doute, à celle que la pathologie nous offre, 
mais nullement à celles que l'on déterminait dans les anciennes 

• Voir la note, p. 42. 



56 EXPÉHIENCES DE MM. ERB, ZIEM^SEN, ETC. 

expériences. Rappelons, en effet, commentées observateurs ont 
procédé dans la grande majorité des cas. Presque toujours, 
ils appliquaient sur le nerf une ligature plus ou moins serrée, 
ou encore ils produisaient, à l'aide d'une pince, un écrasement 
plus ou moins prononcé du nerf. Or, ne sont-ce pas là des cir- 
constances suffisantes déjà pour faire présumer que Firritation 
des filets nerveux a pu intervenir ici comme elle intervient, 
suivant nous, dans les cas pathologiques? 

Mais il ne s'agit pas là d'une simple présomption : l'existence 
d'une inflammation occupant non seulement le voisinage des 
points soumis à l'écrasement, mais bien toute la longueur delà 
partie périphérique du nerf lésé, est mise hors de doute parles 
descriptions même du docteur Erb. C'est le névrilemme surtout 
qui porte les caractères du processus inflammatoire ; dès la pre- 
mière semaine, des éléments cellulaires arrondis, présentant un 
seul noyau, s'y montrent accumulés en grand nombre. A une 
période plus avancée, une couche plus ou moins épaisse de tissu 
fibreux se trouve interposée aux fibres nerveuses qui ont subi 
les diverses phases de la dégénéralion granulo-graisseuse, et 
en conséquence le cordon nerveux a acquis une consistance qui 
lui permet de résister, bien plus qu'à l'état normal, à la dilacé- 
ration. 

11 nous paraît rationnel d'admettre que, dans ces expériences, 
comme dans les cas relatifs à l'homme, les lésions irritatives 
dont les nerfs sont le siège retentissent jusque sur les muscles. 
A la vérité, il peut paraître difficile de concevoir qu'un nerf 
ayant subi les altérations de la dégénération granulo-graisseuse 
et privé de motricité, possède encore un certain degré de vita- 
lité ; qu'il soit capable, sous l'influence d'une lésion irritative, 
de réagir sur la fibre musculaire et d'y déterminer des troubles 
trophiques. Il y a lieu de faire remarquer à ce propos que l'irri- 
tation du nert date vraisemblablement du moment même oiiii 
a été souQiis à la ligature ou à l'écrasement. 11 est certain, d'un 



ECRASEMENT ET LIGATURE DES NERFS O/ 

autre côté, que la vitalité est loin d'être définitivement éteinte 
dans les nerfs complètement séparés du centre nerveux, puis- 
qu'ils peuvent se régénérer sans qu'il y ait réunion du bout 
périphérique au bout central \ D'ailleurs c'est par hypothèse 
seulement et sans preuve directe qu'on admet que les tubes ner- 
veux, dépouillés du cylindre de myéline et réduits au cylindre 
d'axe, sont dénués de toute espèce de propriété vitale. 

Nous ne devi ns pas oublier, toutefois, que la ligature et l'é- 
crasement du nerf ne sont pas les seuls moyens qui aient été 
mis en oeuvre dans les expériences d'Erb et de Ziemssen. Ces 
auteurs ont aussi pratiqué des sections et des excisions de nerfs, 
à la vérité dans un nombre de cas relativement très restreint. 
Ils admettent que les résultats sont toujours identiques, qu'il 
s'agisse de la section complète ou de l'écrasement. Mais si l'on 
remonte jusqu'au détail des observations, il n'est pas difficile 
de reconnaître que cette conclusion ne saurait être admise sans 
riserve. Nous trouvons en particulier dans le travail de Ziems- 
sen un chapitre qui, à cet égard, est tout à fait significatif. Il 
s'y agit de cas dans lesquels on a pratiqué l'excision du nerf 
sciatique dans l'étendue de quelques millimolres. Or, les résultats 
obtenus à la suite d'une telle lésion sont bien différents de ceux 
que cet auteur et M. Erb ont observés à la suite de la ligature et 
de l'écrasementdu nerf; ils se rapprochent, à beaucoup d'égards, 
des faits signalés dans les expériences des physiologistes : ainsi, 
en premier lieu, la contractilité électrique, à la suite de l'exci- 
sion, diminue d'une manière progressive, mais très lentement; 
ce n'est qu'au bout de plusieurs mois qu'elle paraît abolie, et non 
plus du cinquième auc^uatorzième jour, comme lorsqu'il s'agis- 
sait de l'écrasement. En second lieu, on ne rencontre plus ici 
cette opposition entre les effets de la faradisation et ceux de la 
galvanisation qu'on remarquait dans le cas d'écrasement et qui 

• Vulpian. — Système nerci'ux, loc. cit., p. 2C9. 



58 SECTION ET EXCISION DES NERFS 

existe, vous ne Tavez pas oublié, dans la plupart des faits patho- 
logiques observés chez riiomme. Les deux modes d'exploration 
produisent, au contraire, des effets exactement parallèles : la 
contractilité faradique et la contiactilité galvanique s'afTaiblis- 
sent ensemble et ensemble se reproduisent avec leur intensité 
première, lors de la restauration du nerf qui, à la vérité, se fait 
longtemps attendre ^ 

Si je ne me trompe, on peut conclure de cet exposé que, quand 
il s'agit delà section complète ou de l'excision des nerfs, les 
observations récentes concordent, pour les points essentiels, 
avec les observations anciennes. D\m autre côté, les résultats 
obtenus par MM. Erb et Ziemssen, chez les animaux, à la suite 
de l'écrasement ou de la ligature des troncs nerveux, sont com- 
parables aux accidents qui se produisent chez l'homme, en con- 
séquence des lésions irritatives des nerfs mixtes ou purement 
moteurs. 

Or, s'il en est ainsi, les dissidences que nous signalions au 
début de cette étude, se trouvent aplanies, et par suite il y a 
lieu de reconnaître, à propos des affections des muscles, la 
distinction fondamentale entre les effets de l'absence dac- 



' Comparezdans le mémoii'e de Ziemssen et XVeiss(/o('. c?ï., p. 589) l'observa- 
tion n^II, fig. 3, qui est relative fi un cas de ligature du nerf tibial antérieur chez 
le lapin, avec l'observation no II (p. 593) oii il s'agit de l'excision du nerf 
scialique également chez un lapin. Dans le premier cas, la contraclilité faradi- 
que paraît éteinte, dès le 12^ jour après l'opération ; par contre, la contractilité 
galvanique s'est exaltée dès le second jour, et elle se maintient à un niveau très 
élevé jusqu'au moment où le taux de la contractilité faradique se rapproche de 
l'état normal (44^ jour). Dans le second cas, au contraire, la contractilité fara- 
dique et la contractilité galvanique s'affaiblissent parallèlement d'une manière 
progressive, mais très lenlcment. Elles cessent d'être manifestes à peu près si- 
multanément, seulement vers le milieu du 2^ mois, et reparaissent ensemble 
quatre mois et demi environ après leur disparition. Voici d'ailleurs dans quels 
termes s'expriment MM. Ziemssen et 0. Weiss à propos des effets de l'exci- 
sion du nerf scialique : « Chez les animaux » a auxquels cette opération avait 
été pratiquée '> « l'excitabilité galvanique s'affaiblissait progressivement, et cet 
affaiblissement n'était pas précédé par \\\\ stade d'accroissement. Il marchait 
lentement, du même pas que l'affaiblissement de l'excitabilité farado-musculaire. 
L'excitabilité galvanique disparaissait dans la seconde moitié du 3^ mois pour 
reparaître vers le 7^ ou le 8" mois. » {Loc. cit., p. 592 et .j93). 



LÉSIO-NS DE LA MOELLE ÉPIMÈRE 59 

lion et ceux de F action morbide du système nerveux, que nous 
avons fait valoir déjà, à propos des affections cutanées et arti- 
culaires ' . 



TROUBLES TROPHIQUES CONSÉCUTIFS AUX LESIONS DE LA MOELLE 

ÉPINIÈflE 



Les lésions irrilatives des centres nerveux, comme celles des 
nerfs, ont le pouvoir de produire à distance des troubles tro- 
pliiques dans diverses parties du corps. Dans l'exposé de ces 
altérations consécutives que nous allons vous présenter, nous 
retrouverons, à quelques nuances près, toute la série des affec- 
tions que nous avons vues se manifester à la suite des lésions 
des nerfs et dont l'histoire, déjà connue, facilitera singulière- 
ment la tâche qu'il nous reste à accomplir. 

D'une façon générale. Messieurs, on peut dire que lapean, 
les ?nuscIesAes articulations, les os, les viscères, enfin, peu- 
vent devenir le siège de troubles trophiques variés, consécuti- 
vement aux lésions de la moelle épinière et du cerveau. 

Nous traiterons en premier lieu des affections musculaires, 
puisque l'étude que nous venons de terminer nous a mis sur la 
voie. Les considérations que nous allons développer relative- 



1 Des expériences récentes de INI. Yulpian(.4rcAù'e.s de phijsiolofjieA. IV, 1871- 
1872, p. 757, 758), confirmatives surpresque tous les points de celles de MM. Erb 
et Ziemssen, établissent que les effets de la section des nerfs périphériques sur 
les propriétés physiologiques et la structure des muscles, ne diifèrent pas essen- 
tiellement de ceux que détermine l'application des divers moyens d'irritation — 
écrasement local, ligature, cautérisation — sur ces mêmes nerfs. D'un autre côté, 
les observations histologiques de M]\l. Neumann (Arcfi. f. Heilkunde. Leipzig, 
1868), Ranvlev {Comptes rendus de V Académie des sciences, '60 décembre i 872), 
Kichovsl {Virchovf s Archiv, i874, 12 décembre), ont mis horsde doute que, dans 
l'extrémité périphérique du nerf sectionné, il se produit constamment des alté- 
rations (multiplication des cellules du segment inter-annulaire) qui révèlent un 
processus irritatif. L'opposition entre les effets de la section et ceux de l'irrita- 
tion des nerfs ne saurait plus être, d'après cela, maintenue dans les termes 
rigoureux oii elle a été présentée dans cette leçon, (Note de la 2e édition.) 



60 MYOPATUIES CONSÉCUTIVES 

ment à ces affections, concernent seulement les lésions de la 
moelle et du bulbe, car il est au moins fort douteux que les 
lésions du cerveau proprement dit aient jamais pour résultat, 
de produire directement Taltération du tissu musculaire. C'est 
même là, nous le reconnaîtrons en temps et lieu, un fait de la 
plus haute importance. 

Lésions musculaires consécutives aux affections de la 
77ioelle épinière. — Parmi les lésions spinales de nature irri- 
tative, il en est qui déterminent très rapidement tous les modes 
d'altération musculaire, fonctionnels ou organiques, que nous 
avons appris à connaître, comme conséquence des lésions des 
nerfs ; il en est d'autres, au contraire, dans lesquelles la con- 
tractilitééleclriqueetl'étattrophique des muscles, se conservent 
en parfaite intégrité pendant un laps de temps relativement con- 
sidérable, des mois par exemple, ou même parfois des années. 
Le muscle, dans ce dernier cas, ne s'altère qu'à la longue, sous 
l'influence de l'inertie fonctionnelle à laquelle les membres pa- 
ralysés du mouvement se trouvent condamnés. A ce point de 
vue, il y a lieu d'établir, parmi les maladies spinales irritatives, 
deux groupes bien distincts, que nous passerons successive- 
ment en revue. 

A. Dans le premier groupe, nous rangeons celles des lésions 
irritatives de la moelle qui, dans la règle, ne modifient pas di- 
rectement la nutrition des muscles. Elles ont un caractère com- 
mun : toutes tendent à se limiter aux faisceaux de substance 
blanche, et si, parfois, l'axe gris est envahi, elles respectent la 
région des cornes antérieures, ou épargnent tout au moins les 
grandes cellules nerveuses multipolaires qui siègent dans cette 
région. Telles sont les diverses formes de la sclérose fasciculée ; 
que celle-ci soit protopathique ou au contraire consécutive à 
une lésion en foyer du cerveau ou de la moelle épinière : qu'elle 



MYOPATHIES CONSÉCUTIVES 61 

occupe exclusivement soit les faisceaux postérieurs, soit les 
faisceaux latéraux, ou, simultanéuient, ces deux ordres de fais- 
ceaux, tant que la condition expresse qui vient d'être signalée, 
à savoir Tintégrilé des grandes cellules nerveuses se trouve 
remplie, les lésions dont il s'agit peuvent atteindre leur plus 
haut degré de développement, envahir, par exemple, les fais- 
ceaux blancs dans toute leur épaisseur et dans toute leur éten- 
due en hauteur, sans que les muscles, animés par les nerfs 
issus des points lésés de la moelle, souffrent directement dans 
leur nutrition '. 

Le tableau changerait néccssairementsi, dépassant les limites 
qui lui sont habituellement assignées, le processus irritatif ve- 
nait à s'étendre des faisceaux blancs aux cornes antérieures de 
la substance grise ; alors on pourrait voir survenir, en con- 
séquence de la participation des cellules motrices, une atro- 
phie plus ou moins rapide et plus ou moins prononcée des 
muscles. C'est, ainsi que je l'ai fait voir ^, d'après ce méca- 
nisme, que les symptômes de la paralysie générale spinale ou 
de l'amyotrophie progressive se surajoutent quelquefois aux 
symptômes classiques de la sclérose des cordons latéraux, etc. 
Tout récemment encore nous avons observé plusieurs faits de 
ce genre, où il nous a été donné de reconnaître nécroscopi- 
quement, de la manière la plus nette, l'altération des cellules 
nerveuses à laquelle doit être rattachée, suivant moi, la lésion 
trophique des muscles ^. 

1 Gharcot et Joffroy. — Deux cas d'atrophie musculaire avec lésion de la 
substance grise et des faisceaux antéro-latéraux de la moelle épinière, in Ar- 
chives de Physiologie^ t. II. p. 635. 

- Gharcot et Joffroy, loc. cit., p. 33i. 

3 Voir, entre autres, le fait récemmentpubliépar un de mesélèves, M. Pierret. 
— Sur les altérations de la substance grise de la moelle épinière dans Vataxie 
locomotrice, considérées dans leurs rapports avec f atrophie musculaire qui com- 
plique quelquefois citte affection. In Archives de Physiologie, etc., t. III, p. 599. 
Dans ce cas, le ti-availphle^masique s'était étendu des cordons postérieurs à la corne 
antérieure de substance grise du côté droit en suivant la voie des faisceaux radi- 
culaires internes du côté correspondant. L'atrophie musculaire consécutive était 



62 MYOI'ATUIILS CONSÉCUTIVES 

La sclérose en plaques disséminées^, les scléroses diffuses, 
reconnaissent la même règle. On peut en dire autant des mijé- 

exactemenl limitée aux membres droits. (Voir la Fig. 1.) — Voici maintenant 



T^ 




Fiij. '• — Cette figure est relative au ras publié par M. Pierret et résumé ri-après. Elle 
représente une coupe transversale de la moelle épinicre faite dans le renflement l')mbaire 
— A, racines postérieures. — B, faisceaux radiculaires internes traversant l'aire des cor- 
dons postérieurs. On voit la sclérose limitée dans les cordons postérieurs au parcours de 
ces faisceaux. A droite, le processus phle^masique s'est étendu en suivant le trajet des 
faisceaux radirulaircs jusqu'à la corne antérieure droite. — C. Cette corne a subi, dans 
tous ses diamètres, une réduction très manifeste ; de plus, le groupe externe des cellules 
motrices a complètement disparu et l'on voit à sa place un tissu dense, opaque, d'appa- 
rentée fibroïde et parsemé de nombreux myélocytes . 



Tcxposé sommaire d'un cas qui montre bien par quel mécanisme la sclérose 
fasciculée consécutive unilatérale peut, en s'étendant à la substance grise, dé- 
terminer l'atrophie musculaire. 

Une femme, â^^ée d'environ 70 ans, avait été frappée d'hémiplégie gauche con- 
sécutivement à la formation d'un foyer sanguin dans l'hémisphère cérébral droit. 
Les membres du côté paralysé, qui de très bonne heure, avaient été pris de 
contracture, commencèrent à diminuer de volume, deux mois à peine après 
l'attaque. L'atrophie musculaire était uniformément répandue sur toutes les 
parties des membres paralysés ;elle s'accompagnait d'une diminution très notable 
de la contractilité électrique et progressa rapidement. Dans le temps même oii 
l'atrophie se prononçait, la peau des membres du côté gauche présenta, sur 
tous les points soumis à la plus légère pression des bulles qui bientôt firent 
place à des eschares. A l'autopsie, nous reconnûmes, sur ces coupes durcies 
de lu moelle, que la sclérose fasciculée descendante du cordon latéral gauche, 
s'était propagée à la corne antérieure de la substance grise du côté correspon- 
dant et y avait déterminé l'atrophie d'un certain nombre de cellules motrices. 

1 Chez unefemme atteinte de sclérose multiloculaire cérébro-spinale, que nous 
avons observée il y a quelquesannées, l'une des plaques scléreuses avait envahi, 



MYOI'ATUIES CONSÉCUTIVES 63 

lites partielles primitives ou de celles que détermine ]a com- 
pression exercée par une tumeur, par le mal vertébral de 
Pott, etc. Ces diverses atfections n'ont pas d'influence directe 
sur la nutrition des muscles tant qu'elles n'intéressent pas le 
système des cellules nerveuses motrices. On ne conçoit guère 
d'exception que pour le cas, d'ailleurs assez rare, où la lésion, 
bien que circonscrite aux cordons blancs, occuperait la partie 
de ces cordons que traversent les faisceaux de tubes nerveuN 
d'oii émanent les racines antérieures. Pour peu que ces faisceaux 
prissent part à l'altération, il se produirait là, nécessairement, 
l'équivalent d'une lésion affectant les nerfs périphériques \ 

B. Le second groupe comprendra les affections de la moelle 
épinière qui ont pour conséquence, à peu près inévitable, de 
déterminerdestroublesplus ou moins profonds danslanutrition 
des muscles. Ce groupe comporte deux sous-divisions : 



vers le milieu de la région cervicale, la presque totalité de la stibslance grise de 
la, moelle, dans une certaine étendue en hauteur, et plus particulièrement les 
cornes antérieures. Les cellules nerveuses présentaient ù ce niveau, pour la plu- 
part, des lésions atrophiques profondes; bon , nombre d'entre elles avaient même 
disparu sans laisser de traces. Chez celte femme, les mains avaient offert la dé- 
formation connue sons le nom de griffe; les muscles des éminences thénar 
et hypothénar, les interosseux étaient atrophiés ; les avant-bras présentaient 
également une atrophie très marquée, limitée à certains groupes de muscles. 

1 A propos de myélites partielles, soit protopalhiques, soit déterminées par le 
voisinage d'une tumeur, ily a lieu de présenter la remarque suivante: Elles siè- 
gent le plus communément sur un point de la région dorsale de lamoelle épinière 
qu'elles occupent dans une très petite étendue en hauteur. Il résulte de cette dis- 
position que si, d'une façon primitive ou par suite de l'extension concentrique 
du processus morbide, les cornes antérieures de la substance grise se trouvent 
intéressées, les lésions musculaires quisont la conséquence de cette participation 
de l'axe gris, resteront limitées à certaines régions très circonscrites du thorax 
ou de l'abdomen même et pourront ne se révéler pendant la vie, par aucun 
symptôme appréciable. Toujours la nutrition des muscles des membres est, à 
moins de complication, parfaitement indemne lorsque la myélite partielle affecte 
le siège qui vient d'être indiqué. 11 en serait tout autrement dans le cas où un 
foyer de myélite, même très circonscrit, occuperait certaines parties du renfle- 
ment cervical ou du renflement lombaire. Les lésions musculaires qui pourraient 
survenir consécutiv(>ment à l'envahissement des cornes antérieures de la subs- 
tance grise, siégeraient alors dans les membres et se traduiraient par des 
troubles fonctionnels et pnr des modiflcations dans la forme des parties qui ne 
resteraient pas longtemps Inaperçues. 



64 MYOI'ATHIES CONSÉCUTIVES 

1° La première est relative aux lésions en foyer ou diffuses, à 
marche aiguë ou subaiguë, qui intéressent, dans une grande 
étendue en hauteur, à la fois la substance blanche et la sub- 
stance grise, mais prédominant cependant, en général, dans 
celle-ci. Elles sont habituellement suivies de modifications pro- 
fondes delà contractilité électrique, et d'une atrophie à dévelop- 
pement rapide de la fibre musculaire. — Je citerai, en premier 
Jieu, la myélite aiguë centrale. Lorsqu'elle est quelque peugé- 
nérahséeetquelleoccupe,parexemple,une bonne partie du ren- 
flement dorso-lombaire ; la diminution hâtive de la contractilité 
électrique des muscles des membres inférieurs est un symptôme 
qui ne lui fait peut-être jamais complètement défaut. M. Mann- 
kopf a vu, dans un cas de ce genre, la contractilité électrique, 
déjà notablement modifiée, sept jours après le début des pre- 
miers accidents ^ Quand les malades ne sont pas enlevés trop 
rapidement, on peut suivre le développement des phénomènes 
corrélatifs : l'atrophie des masses musculaires s'accuse bientôt; 
les lésions histologiques des faisceaux primitifs deviennent 
promptement appréciables. D'après MM. Mannkopf ^ et Engel- 
ken^, ces lésions sont remarquables surtout par la proliféra- 
tion des noyaux du sarcolemme. En somme, elles portent la 
marque d'un processus irritatif. La dégénération graisseuse des 
faisceaux primitifs est là^ encore, un fait exceptionnel. Quant 
aux nerfs qui se rendent aux muscles affectés, examinés plu- 
sieurs fois par M. Mannkopf, tantôt ils ont été trouvés sains, 
tantôt ils ne présentaient que des altérations relativement lé- 
gères et nullement en rapport d'intensité avec les lésions des 
muscles '^. 

\J apoplexie spinale (hématomyélie) doit être mentionnée en 

1 Mannkopf. — Amtlicher Bericht ûher der Versammhmg deustcher Natur- 
forsc/ier iind Aerzte zu Hannover, p. 2:;i. Hannover, I8fi6. 
- Lo.c cit. 

■' \\ . Engclkeii. — Bcitrfl'ie zar Patkolorj . der acuten M//. ■luis. Vuiivlc h. ISTG. 
^ Voii" ù ce sujel ce qui a «té dit datis la présente leçon, p. 41. 



LÉSIONS DES CELLULES .NERVEUSES MOTRICES 63 

second lieu. Il s'agit là d'une affection qui, au point de vue de la 
patliogénie et de Tanatomie pathologique, diffère essentielle- 
ment de l'hémorrhagie intra-encéphalique vulgaire; car, d'ordi- 
naire, dans l'hématomyélie, l'épanchement s'opère au sein de 
tissus déjà préalablement modifiés par un travail inflammatoire. 
Le sang se répand surtout dans l'axe gris, qu'il envahit assez sou- 
vent dans la plus grande partie de sa longueur. Lorsqu'il en est 
ainsi, la diminution ou même l'abolition de la contractilité élec- 
trique, survenant hâtivement dans les muscles des membres 
frappés de paralysie, est un symptôme qui paraît constant. 11 
a été constaté quatorze jours après le développement des pre- 
miers accidents, dans un cas de Levier ^ , le jour même de l'at- 
taque dans un cas de Colin (?) ; dès le neuvième jour dans un 
fait rapporté par Duriau ". L'apoplexie spinale est une affection 
en général rapidement mortelle; elle n'a pas encore fourni l'oc- 
casion de constater la lésion histologique des faisceaux primitifs 
et l'atrophie des masses musculaires qui ne manqueraient sans 
doute pas de se produire, si la vie se prolongeait. 

C'est vraisemblablement. Messieurs, en produisant une irrita- 
lion de la moelle épinière qui, partielle d'abord, tend bientôt à 
se généraliser, que les fractures et les luxations de la colonne 
vertébrale peuvent avoir pour effet de déterminer, ainsi que l'a 
observé M. Duchenne (de Boulogne), une prompte diminution 
de la contractilité électrique dans les muscles des membres 
paralysés ^. 

â*" Les affections qui composent la seconde catégorie relèvent 



' Levier. — Beitriige zur Patholoyie der Rûckenmarksapoplexiei\ Inaugu- 
laldissertation, Bern, 1864. 

2 Duriau. — Union médicale, t. I, 1850, p. 308. 

3 Voir Duchenne (de Boulogne). — Obs., p. 246, loc. cit. : Fracture de la co- 
lonne vertébrale vers le milieu de la région dorsale. — Moelle épinière ramollie 
dans l'étendue de plusieurs pouces, au niveau delà région dorso-lombaire. - 
Afiaiblissenaent delà contractilité électrique dès le sixième jour après l'accident. 



GiiARCOT, T. 1, 5c édit. 



gg LÉSIONS DES CELLULES NERVEUSES MOTRICES 

de lésions plus délicates ; ces lésions, en effet, sontlimilées d'une 
façon pour ainsi dire systématique à la substance grise des 
cornes antérieures dont elles envahissentrarement toute l'éten- 
due ; on les voit se localiser, souvent assez exactement, dans 
l'espace ovalaire très circonscrit qu'occupe un groupe ou agrégat 

de cellules motrices (%. 2). La névroglie, dans les points al- 













Fig. 2. - CoupedclamoellefaileàlaréQion lombaire.- C, corne antérieure gauche, saine, 
avec sou noyau ganglionnaire sain. -- D, corne antérieure droite, malade, sans le noyau gan- 
glionnaire médian dont les cellules sont détruites et qui est représente par un petit loyer 
de sclérose. — A, A, cornes postérieures. 

térés, devient d'habitude plus opaque, plus dense, parsemée de 
nombreux myélocytes et porte, par conséquent, les marques 
d'un travail inflammatoire. En même temps, les cellules ner- 
veuses présentent divers degrés et divers modes de dégén ération 
atrophique. Mais quels ont été les éléments affectés en premier 
lieu ? Tout porte à croire que ce sont les cellules nerveuses. On 
comprendrait difficilement, en effet, que l'altération pût se mon- 
trer étroitement localisée dans le voisinage des cellules si elle 



LÉSIONS DES CELLULES NERVEUSES MOTRICES 67 

avait son point de départ dans la névroglie. Il est des cas d'ail- 
leurs, où l'atrophie d\m certain nombre, voire même dun 
groupe tout entier, de cellules nerveuses, est la seule altération 
que l'examen liistologique permette de constater, la trame con~ 
jonclive ayant, dans ces points-là, conservé la transparence, et, 
à peu de chose près, tous les caractères de la structure normale. 
11 est, déplus, d'autres cas non moins significatifs où les lésions 
de la névroglie se montrent beaucoup plus accusées vers les 
parties centrales d'un agrégat de celkiles nerveuses, que dans 
les parties périphériques, beaucoup plus accentuées également 
au voisinage immédiat des cellules que dans les intervalles qui 
les séparent, de telle sorte que ces dernières paraissent comme 
autant de centres ou foyers, d'où le processus inflammatoire au- 
rait rayonné, aune certaine distance, dans toutes les directions. 
On ne saurait admettre, d'un autre côté, que l'irritation se soit 
originellement développée sur les parties périphériques et 
qu'elle tiit remonté jusqu'aux parties centrales par la voie des 
racines antérieures des nerfs, car ces dernières, en général, ne 
présentent, au niveau des points altérés de la moelle épinière, 
que des lésions relativement minimes et nullement proportion- 
nées, quant à l'intensité, aux lésions de la substance grise. Il 
paraît évident, d'après tout ce qui précède, que les cellules ner- 
veuses motrices sont bien réellement le siège primitif du mal. 
Le plus souvent, le travail d'irritation gagne ensuite, secondaire- 
ment, la névroglie et s'étend de proche en proche aux diverses 
régions des cornes antérieures ; mais cela n'est nullement né- 
cessaire ; à plus forte raison faut-il considérer, comme un fait 
consécutif et purement accessoire, l'extension, observée dans 
certains cas, du processus morbide aux faisceaux antéro-laté- 
raux dans le voisinage immédiat des cornes antérieures de la 
substance grise K 

1 Les vues qui viennent d'ôire émises relativement au rôle de l'altération des 
cellules nerveuses, dites motrices, dans la pathogénie de l'atrophie musculaire 



6^ l'AKALYSIE INFANTILE Sl'lNALE 

La parali/siemfantile Spinale es\, qumik présent, le type 
le plus parfait des affections qui forment cette catégorie. Les 
nombreuses recherches dont les lésions spinales auxquelles elles 
se rattachent ont été l'objet, dans ces derniers temps, en France, 
concordent toutes à signaler comme un fait essentiel l'altéra- 
tion profonde d'un grand nombre de cellules motrices, dans les 
régions de la moelle d'où émanent les nerfs qui se rendent aux 
muscles paralysés \ Dans le voisinage des cellules atrophiées, 
le réseau conjonctif présente, à peu près toujours, les traces 
manifestes d'un processus inflammatoire. D'après l'ensemble 
des phénomènes, on est conduit à admettre, comme une hypo- 
thèse très vraisemblable, que, dans la paralysie infantile spi- 
nale, un travail d'irritation suraiguë s'empare tout à coup d'un 
grand nombre de cellules nerveuses et leur fait perdre subite- 
ment leurs fonctions motrices. Quelques cellules, légèrement 
atteintes, récupéreront quelque jour leurs fonctions et cette 
phase répond à l'amendement des symptômes qui se produit 
toujours aune certaine époque de la maladie, mais d'autres ont 
été plus gravement compromises et rirritation dont elles étaient 
le siège s'est transmise par la voie des nerfs jusqu'aux muscles 
paralysés qui, en conséquence, ont subi des lésions trophiques 
plus ou moins profondes -. Quoi qu'il en soit, on sait que la di- 

progressive, de la paralysie infantile, de la myélite aig-uë centrale, et en général 
de toutes les amyotrophies de cause spinale, ont été exposées dans une leçon que 
M. Charcot a faite à la Salpêtrière, en juin 1868. — Comparez : Hayem, Arc/av. 
de Physiologie, 1860, p. 263. — Charcot et Joffroy, id., p. 756. — Uuchenne 
(de Boulogne) et Joffroy, id., 1810. — Ces vues ont été utilisées dans 1 ou- 
vrage récent de M. Hammond : vl Treatise on Diseases of tlœ nervous System. 
Sect. IV : Diseuses of Nerve CelLs., p. 683. New- York, 1861. 

1 Sur l'atrophie des cellules nerveuses motrices, dans la paralysie infantile, 
consultez : Prévost, in Comptes rendus de la Société de Biologie, 1866, p. 215. 
— Charcot et Joffroy. Cas de paralysie infantile spinale, avec lésions des cor- 
nes antérieures de la substance grise de la moelle épinière, in Archiv. de Phy- 
siolog., p. 135, 1870, pi. V et Vl. — Parrot et Joffroy, id., p. 309. - Vulpian. 
zW., p. 316. — H. Roger et Damaschino. liechcrchcs anatomiques sur la para- 
lysie spincde de r enfance {Gaz. médiccde, n"«4!,43 et suiv., 1871.) (Voir 
Fig. 2.) 

- Voir Charcot et Jollroy, loc. cit. 



ATROrniE MUSCULAIRE PROGRESSIVE 69 

minuliûn ou la perte même de la contractilité faradique peut 
cire constatée, sur cerlains muscles, cinq ou six jours à peine 
après la brusque invasion des premiers symptômes. L'émacia- 
tion des masses musculaires marche d'ailleurs avec rapidité et 
devient bientôt manifeste. L'atrophie simple des faisceaux pri- 
mitifs avec conservation delà strialion en travers, et, sur quel- 
ques faisceaux isolés, les marques d'une prolifération plus ou 
moins active des noyaux du sarcolemme, telles sont les alté- 
rations que l'étude histologique fait reconnaître dans les muscles 
lésés. La surcharge graisseuse qui s'observe quelquefois, dans 
les cas très anciens, paraît être un phénomène purement ac- 
cidentel ^ 

\! atrophie musculaire progressive offre à étudier l'atrophie 
irritative des cellules motrices dans son mode chronique '^ Il ne 
s'agit plus ici d'un processus d'irritation suraiguë envahissant 
les cellules nerveuses tout à coup et en grand nombre : celles- 
ci sont affectées successivement, une aune, d'une façon pro- 
gressive ; bon nombre d'entre elles sont épargnées, même dans 
les régions les plus profondément atteintes, jusque vers les 
périodes ultimes de la maladie. Le développement des lésions 
musculaires répond à ce mode d'évolution des lésions spinales. 
Ainsi, il est rare que les troubles trophiques portent simultané- 
ment sur tous les faisceaux primitifs d'un muscle ; il en résulte 
que celui-ci pourra répondre tant bien que mal aux ordres de la 
volonté et se contracter encore sous l'influence des excitations 



1 Charcot et Joff'roy, loc. cit. — Vulpian, ioc. cit. 

2 Voir sur l'atrophie des cellules motrices dans l'atrophie musculaire progres- 
sive :Luys, Société de Biologie, 1860. — Duménil (de Rouen), Atrophie muscu- 
laire f/raisseusep7'ogressive, histoire critique. Rouen, 1867. — Nouveaux faits 
relatifs à la pathologie de l'atrophie musculaire progressive, in Gazette liehdom., 
Paris, 1867. — L. Clarke. On a case of muscular Atrophy, elc. British and fo- 
reignmedico-CJiirurgical Review. July, 1872. — A case of muscular Atrophg^ 
etc., in Beale's Archiv. t. IV, 1867. — Gn a case of muscular Atrophij, in Me- 
dico-chir. Trans.,t. IV, 1867. — 0. Schuppel. Ueber Hydromyclus, m Archiv. 
dcr Heilkundc . Leipzig, 1865, p. 289. — Hayem, in Archiv. de Physiologie, \8(j9, 
p. 263, pi. 7. — Gharcot et Jofîroy, in Archiv. de Physiologie, 1869, p. 35o. 



70 PARALYS[E GÉNÉRALE SPINALE 

électriques, alors que son volume sera déjà très notablement 
réduit ^ 

Il existe d'ailleurs au moins deux formes bien distinctes de 
l'amyotrophie progressive liée à une lésion irrilative des cellules 
motrices. L'une, protopathique, relève exclusivement de la 
lésion en question et celle-ci, développée primitivement en con- 
séquence d'une disposition originelle ou acquise, tend fatale- 
ment à se généraliser. Dans l'autre forme, sur laquelle nous 
appelions votre attention, il n'y a qu'un seul instant, la cellule 
nerveuse n'est^ au contraire, affectée que secondairement, con- 
sécutivement à une lésion des faisceaux blancs, par exemple, et 
pour ainsi dire d'une manière accidentelle. L'amyotrophie, à 
marche progressive dans ce second cas, peut être dite sympto- 
matiqiie ; elle a moins de tendance à se généraliser et son pro- 
nostic est certainement moins sombre -. 

Relativement à \di paralysie spinale de r adulte et à la para- 
lysie générale spinale (Duchenne, de Boulogne), l'anatomie 
pathologique n'a pas encore prononcé d'une manière défmilive. 
Mais, à en juger par les symptômes, il est au moins fort pro- 
bable que ces affections se rattachent, elles aussi, à une lésion 
des cellules nerveuses motrices. La paralysie spinale deTadiilte 
rappelle celle de l'enfance par l'invasion presque soudaine de 
la paralysie motrice, parla tendance à larétrogression que celle- 
ci présente à un moment donné, par la diminution ou l'abolition 
de la contractilité faradique qui se manifeste hâtivement dans un 
certain nombre de muscles paralysés et, enfin, par l'atrophie 
rapide que ces mêmes muscles subissent, constamment, à un 
degré plus ou moins prononcé. Une évolution plus lente s'opé- 

1 Charcot. — Leçons faites à la Salpêtvière en 1870. — Voir ù ce sujet : 
Hallopeau, in Archiv. de médecine, septembre 1871, pp. 277, 302. 

2 Sur les deux formes de l'amyotrophie progressive de cause spinale: voir 
Charcot et Joffroy, m Archives de Phj/siologie, 1869, pp. 7jC, 757. — Duchenne 
(de Boulogne) et Joffroy, in Archives de Phijsiologie, 1S70, p. 499. 



LÉSIONS DU BL'LBE RACIIIDIEN 71 

rant suivant le mode subaigu ou chronique, une tendance à la 
généralisation, marquée surtout dans les premières périodes, 
des temps d'arrêts fréquents, suivis de Tenvahissement des par- 
lies non encore affectées, distinguent, au contraire, la paralysie 
générale spinale et la rapprochent de l'atrophie musculaire pro- 
gressive avec laquelle elle est quelquefois confondue, bien à 
tort, dans la clinique. La première se sépare cependant nette- 
ment de la seconde par les caractères suivants: lesmuscles de 
tout un membre ou d'une partie d'un membre sont frappés en 
masse, presque uniformément, de paralysie ou d'atrophie ; ils 
présentent, déjà à une époque peu éloignée du début de la ma- 
* ladie, des modifications très prononcées de la contractilité élec- 
(rique ; habituellement, enfin, une période de retour survient, 
pendant laquelle les muscles atrophiés récupèrent, au moins 
partiellement, leur volume et leurs fonctions^ 

Lésions musculaires consécutives aux affections du bulbe. 
— C'est là un sujet encore peu exploré. Cependant des faits, 
aujourd'hui en certain nombre, empruntés à l'histoire de la 
paralysie labio-glosso-laryngée et de la sclérose en plaques^ 
tendent à établir que, dans le bulbe comme dans lamoelleépi- 
nière, les lésions irritatives des faisceaux blancs n'ont pas d'in- 
fluence directe sur la nutrition des muscles; tandis qu'au con- 
traire celles qui portent soit sur les agrégats de cellules motrices 
étages sur le plancher du quatrième ventricule, soit sur les fais- 
ceaux de tubes nerveux émanant de ces agrégats, peuvent, 
ainsi que je l'ai démontré, déterminer dans la langue, le pha- 
rynx, le larynx, l'orbiculaire des lèvres, etc., une atrophie plus 
ou moins accusée des fibres musculaires -. 

1 Duchenne (de Boulogne). — De l'éledrisation localisée, 3e édition. 

- Comparez : Charcot. — Note sur un cas de paralysie glosso-laryngée, suivi 
cV autopsie, in Archives de Physiologie, 1869, pp. .356, 6.36, pi. XÏU. Obs. de 
Catherine Aubel. — Duchenne (de Boulogne) et JofTi'oy. De l'atrophie aiguë 
et chronique des cellules nerveuses de la moelle et du bulbe rachidien. {Arctiives 
de Physiologie, 1870, p. 498). 



72 ROLE DES CELLULES NEHVEl'SES MOTRICES 

L'exposé sommaire qui vient d'être présenté suffira, je l'es- 
père, pour mettre en relief le rôle remarquable que, suivant les 
recherches les plus récentes, les lésions de cellules nerveuses 
antérieures jouent dans la production des troubles trophiques 
musculaires consécutifs aux altérations de la moelle épinière. 
Dans la pathogénie de la paralysie infantile et des diverses 
formes de l'amyotrophie de cause spinale, ce rôle ne paraît pas 
douteux. Son influence est certainement moins nettement dé- 
montrée, mais cependantfort vraisemblable encore, pour ce qui 
concerne l'hématomyélie, la myélite aiguë centrale et, en un 
mot, toutes les affections irritatives de la moelle dans lesquelles 
l'axe gris se trouve intéressé. D'un autre côté, l'absence de 
toute participation des faisceaux blancs et des cornes posté- 
rieures de la substance grise, dans le développement des affec- 
tions musculaires dont il s'agit, est un fait qui s'appuie désor- 
mais sur des preuves suffisamment nombreuses. 

Cela étant reconnu, il y a lieu de rechercher, Messieurs, 
pourquoi la lésion des cellules nerveuses motrices entraîne avec 
elle celle des fibres musculaires, tandis que les altérations irri- 
tatives, même les plus profondes, des faisceaux blancs, n'ont 
aucune influence directe sur la nutrition des muscles. 

Relativement au premier point, on ne pourrait qu'imaginer 
des hypothèses plus ou moins plausibles, mais évidemment 
prématurées. 11 n'y a pas à invoquer ici les renseignements de 
la physiologie expérimentale ; ses procédés, inférieurs sous ce 
rapport à ceux de la maladie, ne sont pas assez délicats pour 
permettre d'atteindre isolément les celkiles nerveuses. Il faut 
donc se borner, pour le moment, à enregistrer les faits tels que 
nous les offre la clinique éclairée par l'anatomie pathologique, et 
à constater que, — comparables en cela aux nerfs périphériques, 
— les cellules nerveuses motrices ont le pouvoir, lorsqu'elles 
sont devenues le siège d'un travail d'irritation, de modifier à 
distance la vitalité et la structure des muscles. 



ROLE DES CELLULES NERVEUSES MOTRICES 73 

Pour ce qui est du second point, si Ton se reporte à ce que 
nous avons dit des effets de rirritation dos nerfs, il pourra 
sembler contradictoire, au preuiier abord, que la nutrition des 
muscles ne soit pas affectée lorque les faisceaux blancs de la 
moelle sont occupés par l'inflammation. Pour montrer que la 
contradiction n'est qu'apparente, il suffira cependant de rap- 
peler que, malgré l'analogie de composition, les cordons blancs 
ne sont nullement assimimilablesaux nerfs: l'expérimentation 
révèle, eu elTet, dans ceux-ci, des propriétés qu'on ne trouve pas 
dans ceux-là, et inversement. L'anatomie montre d'ailleurs que 
les tubes nerveux qui constituent les nerfs ne sont que pour une 
part très minine la continuation directe de ceux qui, par leur 
réunion, forment les faisceaux blancs. Ces faisceaux paraissent 
presque entièrement composés de fibres qui, nées soit dans l'en- 
céphale, soit dans la moelle elle-même, établissent, à lamanière 
des commissures, des communicalions eutre la moelle épinière 
et le cerveau, ou encore entre les divers points de l'axe gris 
spinal. Il était à prévoir, d'après cela, que, à beaucoup d'égards, 
les faisceaux blancs de la moelle, sous l'influence des lésions 
irritatives, se comporteraient autrement que les nerfs périphé- 
riques. 

Quand je me suis pioposé d'exposer devant vous. Messieurs, 
les principaux faits relatifs aux troubles trophiques qui se mon- 
trent consécutivement aux affections du système nerveux, j'es- 
pérais que ma tâche pourrait être menée à bonne fin dans l'es- 
pace de deux leçons. Mais, à mesure que j'avance dans cette 
exposition, l'importance et l'étendue de la question se manifes- 
tent dans toute leur évidence. Je suis loin d'avoir épuisé le 
sujet, malgré les développements dans lesquels je suis entré 
déjà ; j'ose espérer que nous n'aurez pas à regretter le temps 
que nous devrons encore lui consacrer. 



TROISIEME LEÇON 

Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la 
moelle épinière et du cerveau (suite). 



Sommaire. — Affections cuisinées dans la sclérose des cordons postérieurs : 
Éruptions papuleuses ou lichénoïdes. urticaire, zona, éruptions pustuleuses; 
leurs relations avec les douleurs fulgurantes ; elles paraissent relever de la 
même cause organique que les douleurs. 

Eschares à développement rapide (Decubitus acuius) dans les maladies du 
cerveau et de la moelle épinière. — Mode d'évolution de cette affection de 
la peau: Érythèmo, bulles, mortification du derme. — Accidents consécutifs 
ù la formation des eschares : a) Infection putride, infection purulente, 
embolies gangreneuses ; b) Méningite ascendante purulente simple, méningite 
ascendante ichoreuse. —Decubitus aigu dans l'apoplexie symptomatique des 
lésions cérébrales en foyer. Il se manifeste sur les membres frappés de 
paralysie, principalement à la région fessière ; son importance au point de 
vue du pronostic. — Décubiius aigu dans les maladies de la moelle 
épinière : il siège en général à la région sacrée. 

Arthropathies qui dépendent d'une lésion du cerveau ou de la moelle épinière. —A. 
Formes aiguës ou subaiguës : elles se montrent dans les cas de lésion Irauma- 
tique de la moelle épinière, dans lamyélite par compression (tumeurs, mal de 
Pott), dans la myélite primitive, dans l'hémiplégie récente, liée au ramollis- 
sement cérébral. Ces arthropalhies occupent les jointures des membres 
paralysés. — B. Formes chroniques: elles paraissent dépendre, comme les 
amyotrophies de cause spinale, d'une lésion des cornes antérieures de l'axe 
gris ; on les observe dans la sclérose postérieure (ataxie locomotrice) et 
dans certains cas d'atrophie musculaire progressive. 



Messieurs, 

Lorsque j'ai traité des Iroubl-es de la nutrition déterminés par 
les lésions des nerfs périphériques, je vous ai laissé pressenlir 
que ces affections consécutives se trouvaient représentées, pour 



AFFECTIONS CUTANÉES DANS L ATAXIE LOCOMOTRICE 7o 

la plupart, clans les cas de lésions portant sur l'axe spinal. A la 
vérité, il ne s'agit pas toujours ici d'une reproduclion servile ; 
en général même, les troubles trophiques de cause cérébrale 
ou spinale^ ainsi que nous aurons plusieurs fois l'occasion de le 
constater, portent avec elle le cachet de leur origine. Mais il est 
des circonstances oii la ressemblance entre les affections de 
cause centrale et celles qui dépendent d'une lésion des nerfs 
périphériques est tellement frappante, que la distinction peut 
en être des plus difficiles. Nous citerons comme exemple de ce 
genre certaines éruptions cutanées qui surviennent parfois 
dans le cours del'ataxie. 



Les affections cutanées auxquelles nous venons défaire allu- 
sion peuvent être groupées ainsi qu'il suit: a) éruptions papu- 
leuses ou lichénoïdes ; b) urticaire ; c) zona ; d) Eruptions pus- 
tuleuses, ayant de l'analogie avec l'ecthyma. 

Voici en quelques mots le résultat de mes observations à ce 
sujet. Il n'est pas rare de voir la peau des jambes et des cuisses 
se couvrir temporairement d'une éruption papuleuse ou liché- 
noïde, plus ou moins conflucnto à la suite des accès de douleurs 
fulgurantes spéciales à l'ataxie locomotrice. Chez une femme 
actuellement en traitement à la Salpôtrière, d'énormes plaques 
d'urticaire se produisent à chaque accès au niveau des points oîi 
siègent les douleurs les plus vives. Chez une autre, la peau de 
la région fessière droite s'est couverte d'une éruption de zona 
limitée au trajet des filets nerveux occupés par les fulgurations 
douloureuses. Une troisième malade, enfin, a présenté, dans 
des circonstances analogues, des phénomènes encore plus re- 
marquables. Cette femme, âgée de 61 ans, admise, il y a huit 
ans, à l'hospice, comme aveugle (atrophie scléreuse des nerfs 



76 LEUR RELATION AVEC LES DOULEURS FULGURANTES 

optiques), est aiijourcriiui atteinte d'ataxie locomotrice bien 
caractérisée. Chez elle, la maladie a évolué d'une manière 
très rapide, car les premiers accès de douleurs fulgurantes 
datent du mois de mars 1865, et déjà en juillet 1866, Tin- 
coordination était assez prononcée pour rendre la marche 
difficile. Un de ces accès, qui eut lieu en juin 1867, présenta 
une intensité exceptionnelle. Les douleurs, qui étaient vraiment 
atroces, parurent fixées, durant plusieurs jours, sur le trajet des 
rameaux cutanés des nerfs petit sciatique et releveurde l'anus 
du côté droit. Pendant ce temps, les parties correspondantes de 
la peau se couvrirent de très nombreuses pustules, analogues à 
l'eclhyma, dont quelques-unes devinrentle point de départd'ul- 
cérations profondes. De plus, uneeschare arrondie, ayantenvi- 
ron 5 centimètres de diamètre et qui intéressait le derme dans 
la presque totalité de son épaisseur, se produisit sur la région 
sacrée du côté droit, h quelques centimètres de la ligne médiane, 
immédiatement au-dessous de l'extrémité du coccyx. La cicatri- 
sation de la plaie, qui persista après félimination des parties 
sphacélées, ne fut complète qu'au bout de deux mois. Dans un 
autre accès, les douleurs fulgurantes suivirent la direction de 
la branche verticale du nerf saphène interne gauche, et mie 
éruption pustuleuse se développabientôt sur la peau des régions 
011 se distribue ce nerf. 

Un caractère commun à toutes ces éruptions, — et ce carac- 
tère est bien propre à faire voir qu'il ne s'agit pas, en pareil 
cas, d'éruptions banales, — c'est qu'elles se montrent de con- 
cert avec certaines exacerbations exceptionnellement intenses 
et tenaces des douleurs spéciales, en quelque sorle pathognomo- 
niques de la sclérose fasciculée des cordons postérieurs, et que 
Ton a coutume de désigner sous le nom de douleurs fulgurantes. 

Je relèverai cet autre caractère que les éruptions en question 
siègent d'habitude sur le trajet môme des nerfs envahis par la 
fulguration douloureuse. 



IRRITATION DES FAISCEAUX RADICULAIKES / / 

Vous voyez par ce qui précède que Texislence de ces érup- 
tions cutanées paraît intimement liée à celle des douleurs 
i'ugurantes, et il devient ainsi au moins très vraisemblable 
qu'une même cause organique préside au développement de 
celles-ci et de celles-là. 

Quelle est donc la raison de la présence des douleurs fulgu- 
rantes parmi les symptômes de la sclérose des cordons posté- 
rieurs ? Je ne veux pas entrer aujourd'hui dans de longs déve- 
loppements à propos de cette question que nous retrouverons 
par la suite ; il me suffira, pour le moment, de vous dire, que 
suivant toutes les probabilités, ces douleurs dépendent de Tir- 
ritation que subissent, dans leur trajet intra-spinal, ceux des 
tubes nerveux émanant des racines postérieures, qui, sous le 
nom de faisceaux radicnhiires internes [masses fibreuses inter- 
nes des racines postérieures) dans la nomenclature de Kolliker ^ , 
traversent dans une certaine étendue Taire des cordons posté- 
rieurs, avant de pénétrer dans les cornes postérieures de la 
substance grise. 

Il ne paraît guère possible de rattacher la production des 
douleurs fulgurantes à l'une quelconque des lésions suivantes: 
1" atrophie des racines postérieures avant leur entrée dans la 
moelle épinière ; 2° méningite spinale postérieure ; 3° sclérose 
des cornes postérieures de la substance grise ; 4° lésions irri- 
tatives des ganglions spinaux ou des nerfs périphériques ; car 
ces douleurs ont été rencontrées dans un certain nombre de 
cas d'ataxie oii Ton a pu s'assurer, après la mort, de Tabsencc 
de toute lésion du genre de celles qui viennent d'être énumé- 
rées. 

A l'appui de cette proposition, permettez-moi, Messieurs, 
devons rappeler les résultats de l'autopsie que nous avons 
faite, M. Bouchard et moi, d'une femme morte, dans cet 
hospice, pendant le cours de la première période de l'ataxie 

' Kollikiîr. — Histolo<iie luunaine^ première partie, p. 345, 3i6. 



78 l'ATUOGÉNlE DES DOULEURS FULGURANTES 

locomolrice progressive ^ Chez celte femme, les douleurs pa- 
roxystiques spéciales avaient existé, à un haut degré, pendant 
près de quinze ans, à Tépoque de la terminaison fatale causée 
par une maladie accidentelle. Jamais il ne s'était présenté aucun 
signe d'incoordination motrice. La malade marchait sans em- 
barras, sans mouvement de projection des jambes, sans frap- 
per le sol du talon, sans que l'occlusion des paupières modifiât 
son assurance. A l'autopsie, on constala que les racines posté- 
rieures avaient conservé les caractères de l'état normal, et à 
part quelques traces assez équivoques de méningite, les seules 
lésions appréciables qui furent rencontrées occupaient les cor- 
dons postérieurs et consistaient en une multiplication des 
noyaux de la névroglie avec épaississement des mailles du 
réticulum, mais sans altération concomitante des tubes ner- 
veux. Pour compléter la démonstration, je pourrais citer plu- 
sieurs faits du même genre dans lesquels les douleurs fulgu- 
rantes avaient été également très intenses, et où, lors de 
l'autopsie, je n'ai pu reconnaître l'existence d'altérations quel- 
conques, soit dans les cornes grises postérieures, soit dans les 
nefs périphériques, soit enfin sur les méninges spinales. 

D'après cela, ce serait dans Taltération irritative des faisceaux 
postérieurs de la moelle épinière qu'il faudrait chercher le 
point de départ des douleurs fulgurantes des ataxiques. Mais 
il est peu vraisemblable que toutes les parties de ces faisceaux 
puissent à cet égard être mises en cause indistinctement ; tout 
porte à croire, au contraire, que les fibres sensitives, issues 
des racines postérieures qui composent, pour une part, les 
faisceaux radiculaires iiiter nés, àoisQwi être seules incriminées. 
Ces fibres participeraient, de temps à autre, d'une façon pério- 
dique, à l'irritation dont les cordons eux-mêmes sont le siège 



1 Douleurs fulgurantes de l'ataxie. sans incoorcUnatlon des mouvements, 
sclérose commençante des cordons postérieurs de la moelle épinièrb. la 
Comptes rendus des séances et mémoires delà Société de biologie, année 186G. 



ZONA LIÉ AUX LÉSIONS DE L'ENCÉriIALE 79 

permanent ; et ainsi se produiraient ces crises d'élancements 
douloureux qui, suivant une loi physiologique bien connue, 
sont rapportées à la périphérie, bien qu'ils reconnaissent, en 
réahté, une cause centrale. 

Comment comprendre, d'un autre côté, l'apparition des érup- 
tions cutanées qui s'observent quelquefois chez les ataxiques, 
dans le temps même oii se manifestent les accès fulgurants 
d'une intensité anormale? Il est certain que les fibres nerveuses 
qui constituent \q^ faisceaux radiculaircs internes ne sont pas 
toutes sensitives ; il en est, entre autres, parmi elles, au moins 
un certain nombre, qui servent à l'accomplissement des actes 
réflexes; il en est d'autres, aussi, sans doute, c'est du moins 
ce que tend à démontrer l'apparition môme des éruptions 
cutanées en question — qui appartiennent au système des 
nerfs centrifuges et qui ont, sur l'exercice des fonctions nutri- 
tives de la peau, une influence plus ou moins directe. L'irrita- 
tion de ce dernier ordre de fibres — irritation plus difficile à 
mettre enjeu que ne l'est celle des fibres sensitives — devrait 
être invoquée pour expliquer, dans les cas auxquels je faisais 
allusion plus haut, tantôt la production des affections papu- 
leuses, tantôt celles des affections vésiculeuses, pustuleuses ou 
enfin gangreneuses. 

Les faisceaux postérieurs sont-ils les seuls départements de 
la moelle épinière, dont l'irritation soit capable de déterminer 
la production de semblables affections? Cette question pour le 
moment doit rester sans réponse. Tout ce qu'on peut dire 
c'est que ces éruptions n'ont pas été signalées encore, à moins 
qu'il n'y eût quelque complication, dans les cas de lésions 
irritatives limitées soit aux cordons antéro-latéraux, soit aux 
cornes antérieures de la substance grise ; et quant au rôle que 
pourraient jouer à cet égard les cornes grises postérieures, 
nous sommes, sur ce sujet, dans l'ignorance la plus complète. 

Par contre quelques faits ont été recueillis, qui tendraient 



80 ZONA LIÉ ALX LÉSIONS DE LENCÉrHALE 

à établir que le zona se développe quelquefois sous Tinfluence 
directe des lésions partielles de Tencéphale. Ainsi chez une 
\ieille femme atteinte d'hémiplégie, et dont l'histoire a été rap- 
portée par le docteur Duncan, une éruption de zona apparut 
sur la cuisse du côté paralysé ; la paralysie motrice était surve- 
nue à peu près en même temps que l'éruption et se dissipa en 
même temps qu'elle '. Chez un enfant, observé par le docteur 
Payne, le zona, qui répondait au trajet des branches superfi- 
cielles du nerf crural antérieur, se manifesta trois jours après 
le développement d une hémiplégie occupant le même côté du 
corps que l'éruption -. Ces faits, qu'on pourrait multipher, 
sont, sans aucun doute, fort dignes d'intérêt; malheureuse- 
ment, ils n'ont été relatés que d'une façon très sommaire, et il 
faut se garder, je crois, d'en tirer des déductions qui seraient 
peut-être prématurées. Je puis citer, en effet, un cas à beau- 
coup d'égards analogue aux précédents^ que j'ai observé ré- 
cemment à la Salpêtrière, et dans lequel le zona reconnaissait 
très vraisemblablement pour cause l'irritation d'un nerf péri- 
phérique. L'éruption vésiculeuse siégeait, cette fois encore, au 
membre inférieur du côté paralysé, oii elle suivait la distribu- 
tion des rameaux superficiels de la branche cutanée péronière. 
Elle s'était déclarée d'ailleurs en même temps que l'hémiplégie, 
et celle-ci, dont le début avait été brusque, se rattachait à la 
formation, dans l'un des hémisphères cérébraux, d'un foyer 
de ramollissement, déterminé lui-même par l'oblitération em- 
bolique d'une artère cérébrale postérieure. Quant au zona, 
voici, je pense, suivant quel mécanisme il s'était produit : un 
rameau artériel spinal '\ issu, sans doute ; d'une des artères 
sacrées latérales, fut trouvé, àTautopsie, obstrué par un caillot 
sanguin, et formant un cordon relativement volumineux, accolé 

• Journal ofcut. med,, etc. 69, Erasmus XVilson, 1868, octobre. 
"^ British mcd. Journal^ August., 1871. 

•* \}n û.e?, rami 7nedidlœ spinales, y o\v W.. Riidingcr. — ArtenenverziC'?/<ju/i;j, 
i?i dem Wirbelkanal, etc., in Verhreitwig des S7/mpathicu^,^. 2, Munchen, 1863. 



ZONA LIÉ AUX LÉSIONS DE L'ENGÉI'IIALE 81 

à Tune des racines spinales postérieures delà queue de cheval. 
Il est probable qu'à son passage à travers le trou sacré, cette 
arlériole, distendue à l'e.xcès par lethrombus, avait comprimé 
soit le ganglion spinal, soit une branche d'origine du nerf 
sciaLique, de manière à en déterminer Tirritation. — Une ulcé- 
ration végétante, qui siégeait sur Tune des valvules sigmoïdes 
de l'aorte, paraît avoir été le point de départ de tous les acci- 
dents que nous venons de signaler K 

' Voici (railleurs les principaux détails de ccUe ob^^orvalion, qui oiïi'cun bel 
exemple d'endocardite ulcéreuse, avec embolies multiples et état typhoïde . — Le 
nomn:ié Lacq,.., âgé de 22 ans, soldat, fut admis le 2S décembre 1S70, à l'ambu- 
lance de la Salpêtiièi'e (service des fiévreux). — 11 était en proie, paraît-il, à 
une fièvre intense depuis deux ou trois jours. — Le jour de l'admission, on 
nota ce qui suit: céphalalgie vive, douleurs de reins, diarrhée. Le malade ne 
peut ingérer la moindre quantité de liquide sans être pris de nausées et de vo- 
missements. Peau chaude, pouls très fréquent. On crut qu'il s'agissait là d'une 
fièvre typhoïde. — Pendant la nuit, délire bruyant. — Le lendemain 29, on 
constata l'existence d'une hémiplégie à peu près complète du côté gauche. Il 
n'y a pas de rigidité dans les membres paralysés ; paralysie faciale incomplète, 
également du côté gauche. Lesyeux sont constamment dirigés vers la droite, et 
il y a du nystagmus. Pouls 120, temp. rect. 40°, 5. — Sur la poitrine, les avant- 
bras, les cuisses, la peau présente un grand nombre de petites ecchymoses 
assez semblables à des piqûres de puces; — respiration fréquente, râles sibilants 
dans la poitrine. Ventre ballonné. — !Sur la face antéro-extcrne de la jambe 
gauche, paralysée, il existe une éruption de zona qui répond exactement à la 
dislribuUon des rameaux superficiels de la branche cutanée pérouièrc et du nerf 
musculo-cutané. Un premier groupe de vésicules se voit au-dessus et au-des- 
sous de la rotule ; un autre groupe plus nombreux est disposé suivant uneligne 
verticale qui descend jusqu'au niveau du tiers moyen de la jumbe. Un troi- 
sième groupe siège au cou-de-pieii, en avant et en dedans de la malléole externe. 
— L'éruption estassez développée. On note qu'il en existait déjà quelquesjégères 
traces la veille, c'est-à-dire dès avant le dcbutde Thémiplégie. — Le 30, l'éruption 
est en pleine efflorescence. — Le malade succombe à quatre heures de l'après- 
midi. 

Autopsie. Une des valvulessigmoïdes de l'aorte est ulcérée et couverte de végé- 
tations d'apparence fibrineuse, molles, rougeàtres. Les ganglions du mésentère 
sont un peu rouges et tuméfiés, mais il n'existe pas trace d'ulcérations ou d'é- 
ruptions dothiénentériqucs dans l'intestin grêle non plus que dansle grosintes- 
tin. — Ecchymoses nombreuses sur les plèvres viscérale et pariétale, le péri- 
carde, le péritoine. La rate et les reins offrent des infarctus à divers degrés de 
développement. —Hémisphère cérébral du côté droit : sur plusieurs points du 
lobe occipital, la pie-mère, vivement injectée, présente de larges suffusions 
sanguirtes. Le lobe lui-même est ramolli à peu près dans toute son étendue ; 
la substance cérébrale présente là une teinte grisâtre et, en un point, on ren- 
contre au milieu des parties ramollies un épanchemcnt sanguin du volume d'une 
amande. — L'artère cérébrale postérieure du même côté est complètement 
oblitérée par un thrombus. — La moelle épinière durcie par l'acide chromique 

GUARCOT, T. 1, ."(C édit. Ci 



g2 DÉCUBITUS AIGU 

On voit que, dans ce cas, la coexistence de riiémiplégie et 
de Téruplion vésiculeuse résultait, jusqu'à un certain point, 
d'une coïncidence fortuite. Quoi qu'il en soit, à défaut du zona, 
il est d'autres troubles trophiques de la peau, dont Texislence 
peut être rattachée quelquefois à l'influence d'une lésion encé- 
phalique. C'est un fait qui, je l'espère du moins, sera bientôt 
mis hors de doute. 

II. 

Eschares à développement rapide; Decubitus acutus. J'a- 
bandonne rapidement les éruptions de l'ataxie locomotrice, 
qui n'offrent, en somme, qu'un intérêt de second ordre, pour 
attirer votre attention d'une façon toute spéciale sur une autre 
affection de la peau, à laquelle revient un rôle très important 
dans l'histoire cHnique d'un bon nombre de maladies du cer- 
veau et de la moelle épinière. 

L'affection cutanée dont je vais vous entretenir se montre, à 
l'origine, sous la forme d'une plaque érythémateuse, sur la- 
queUe se développent rapidement des vésicules ou des bulles ; 
elle aboutit fréquemment très vite à la mortification du derme 
et des parties sous-jacentes. 

Elle occupe le siège, le plus habituellement; mais elle peut 
se développer aussi à peu près indifféremment sur toutes les 
parties du tronc ou des membres soumis dans le décubitus à 
une pression quelque peu durable. Une pression des plus lé- 

et examinée à l'aide de coupes minces, dans ses diverses régions, ne présente 
aucune altération appréciable. — A la queue de cheval, du côté çauche, on 
trouve, accolée à l'une des racines spinales postérieures qui donnent origine au 
plexus sacré, une artériole (rameau spinal, branche de l'artère sacrée latérale), 
distendue par un caillot sanguin. L'artère oblitérée, dont le volume égale celui 
d'une plume de corbeau, peut être suivie depuis le point où la racine a été cou- 
pée, non loin du trou sacré correspondant, jusqu'à la moelle ; sur celle-ci, elle 
peut être suivie encore dans toute l'étendue du renflement lombaire, où elle 
remonte le long du sillon médian postérieur, contrairement à la disposition que 
présente habituellement le plexus artériel spinal postérieur. 



DÉCUBITUS AIGU 83 

gères et de très courte durée suffit même pour la faire appa- 
raître dans certains cas. Enfin, il est d'autres cas encore, à la 
vérité très exceptionnels, oii elle paraît se produire sans l'in- 
tervention de la moindre pression ou de toute autre cause 
occasionnelle du même genre \ 

C'est là une affection bien différente de toutes les éruptions, 
d'ailleurs très variées, que l'on observe si communément au 
siège, chez les sujets qui, par le fait des maladies les plus di- 
verses, sont condamnés à séjourner au lit pendant un temps 
très long. Ces éruptions, tantôt érythémateuses, lichénoïdes, 
tantôt pustuleuses, ulcéreuses, tantôt papuleuses, ressemblant, à 
s'y méprendre, à des plaques muqueuses, sont en général occa- 
sionnées par le contact répété et prolongé de substances irri- 
tantes telles que les urines ou les matières fécales. Elles peuvent, 
de même que le décubitus aigu, devenir le point de départ de 
véritables escliares ; mais ce dernier se sépare nettement des 
premières par des caractères importants qui sont : en premier 
lieu, l'apparition, peu de temps après le début de la maladie 
primitive ou à la suite d'une brusque exacerbât! on, et, en se- 
cond lieu, une évolution très rapide. 

En raison de l'intérêt tout particulier qui s'y rattache, l'affec- 
tion dont il s'agit mérite certainement d'être désignée par une 
dénomination propre. L'un des rares auteurs qui en aient fait 
une étude spéciale, M. Samuel, a proposé, pour la caractériser, 
le nom de decubitus acutus, ou autrement dit, eschare à for- 
mation rapide -. 11 veut la distinguer ainsi du decubitus chro- 
nicus^ c'est-à-dire de la nécrose dermique, se produisant long- 
temps après l'invasion de la maladie qui en a été l'occasion. 
Nous vous proposons d'accepter cette appellation en vous 



1 Brown-Séquard. — Lectures on the central nerious System. Philadelp., 1868 
p. 248. — Couyba. — Des troubles trophiques, etc. Thèse de Paris, 1S71, p. 43. 

^Decubitus... Eschare [Ail. Wundliegeii] qui se forme au sacrum et ail- 
leur te. . Littré et Robin, Dictionnaire de médecine. Paris, 1863. 



84 SES CARACTÈRES 

faisant remarquer, toutefois, que la mortification de la peau 
n'est pas tout dans le decubitiisacutus. Elle répond, en somme, 
aux phases les plus avancées du processus morbide. Il peui 
arriver, en effet, que les vésicules ou les bulles se flétrissent et 
se dessèchent sans que la partie du derme sur laquelle elles 
reposent ait présenté la moindre trace de nécrose ; cela se voit 
principalement lorsqu'elles se produisent sur des points oi^i la 
pression n'a pu être que de courte durée, peu intense, et pour 
ainsi dire accidentelle, comme aux chevilles, à la face interne 
des genoux, des jambes ou des cuisses. Or, il importe de savoir 
reconnaître la signification de ces vésicules et de ces bulles, dès 
leur entrée en scène, car, même à cette époque, elles permet- 
tent, dans de certaines circonstances, de formuler presque à 
coup sûr le pronostic. 

11 m'a été donné, maintes fois, de suivre, pour ainsi dire jour 
par jour, heure par heure, l'évolution du decuhitus acutus^ dans 
les cas d'apoplexie consécutive à Fhémorrhagie ou au ramollisse- 
ment du cerveau que nous rencontrons si fréquemment dans cet 
hospice \ Je puis m'appuyer sur les observations que j'ai faites 
à cet égard, dans la description générale qui va suivre, car j'ai 
pu constater, d'un autre côté, que le décubitus aigu lié aux 
maladies du cerveau ne diffère pas essentiellement de celui 
qui se développe sous l'influence des lésions spinales. 

Quelques jours et parfois même quelques heures seulement 
après le début de l'affection cérébrale ou spinale, ou encore à la 
suite d'une brusque exacerbation de ces affections, il se mani- 
feste sur certains points de la peau une ou plusieurs plaques 
érythémateuses, d'étendue variable et à contours plus ou moins 
irréguliers -. La peau offre là tantôt une teinte rosée, tantôt une 

1 Charcot. — Note sur la formation rapide cfiine eschare h la fesse du côté 
paralysé dans Vhéniipiégie récente de cause cérébrale, Jn Archiv. de physiolog. 
ttornialect patholog.,i. l"^ 18G8, p. 308. 

- J'ai constaté anatomiqucment que, en pareil cas, le derme est infiltré de 
leucocytes, ainsi que cela a lieu dans l'érésipèle. 



SON MODE d'Évolution 85 

coloration d'un rouge sombre, violacée même, mais qui cède 
toujours, momentanément, sous la pression du doigt. Dans des 
circonstances assez rares et que, jusqu'ici, j'ai rencontrées à 
peu près uniquement dans les cas de lésions de la moelle épi- 
nière, il se produit en onfro, aux dépens du derme et des par- 
lies sous-jacentes, une tuméfaction d a pparence phlegmoneuse , 
qui peut s'accompagner parfois de douleurs vives, si la région 
n'était pas au préalable frappée d'anesthésie. 

Dès le lendemain ou le surlendemain, les vésicules ouïes 
bulles se développent vers la partie centrale de la plaque érythé- 
mateuse: elles renferment un liquide tantôt incolore et d'une 
transparence parfaite, tantôt plus ou moins opaque, rougeâtre 
ou de couleur brune. 

Les choses peuvent en rester là, ainsi que nous l'avons dit, 
et alors les bulles ne tardent pas à se flétrir et à se dessécher. 
Mais, d'autres fois, l'épiderme soulevé se déchire, se détache par 
lambeaux, et met à nu une surface d'un rouge vif parsemée 
de points ou de plaques bleuâtres, violacées, répondant à une 
infiltration sanguine du derme. Déjà, en pareil cas, le tissu 
cellulaire sous-cutané, et parfois même les muscles sous- 
jacents, sont, eux aussi, envahis par l'infiltration sanguine ; 
c'est un fait dont je me suis assuré plusieurs fois par l'au- 
topsie. 

Les plaques violacées s'étendent rapidement en largeur, et 
elles ne tardent pas à se confondre par leurs bords. Peu de 
temps après, il se produit, dans les points qu'elles occupent, 
une mortification du derme, d'abord superficielle, mais qui, 
bientôt, gagne en profondeur. L'eschare est dès lors constituée. 

Plus tard se développe un travail de réaction, d'élimination, 
suivi, dans les cas heureux, d'une période de réparation trop 
souvent entravée dans son développement. Je n'ai pas besoin, 
je pense, de m'appesantir sur ce point. 

Je viens de vous entretenir de détails minutieux, mais j'es- 



S6 SON MODE d'Évolution 

père vous amener à reconnaître quils ont bien leur intérêt. 
R. Brightles croyait assez dignes d'attention et assez peu connus 
pour qu'il ait cru devoir y insister dans ses Reports of médical 
Cases et juger utile de faire représenter, par des modèles en 
cire qui figurent sans doute encore aujourd'hui au musée de 
Guy's Hospital, les bulles du decuhitus acutiis observées dans 
un C9S de paraplégie de cause traumatique ^ Depuis lors, ce 
sujetn'a guère, que je sache, à quelques rares exceptions près^, 



• Il ne nous paraît pas hors de prjpos de rappeler ici les remarques dont 
R. Bright fait suivre les observations d'atTection de la moelle épinière avec f(Tj-- 
mation ;apide de bulles et d'eschares, qu'il a consig-nées dans ses Reports of 
médical Cases {Diseuses of the Bvain andyiervous System, t. II,London, 1831.)— 
Le premier fait concerne un ramolissement de la moelle, survenu sans cause 
extérieure appréciable, chez une femme de 21 ans, et occupant le renflement 
lombaire, immédiatement au-dessus de la queue de cheval. Voici les réflexions 
que le cas en question suggère à l'auteur : « Une circonstance curieuse, liée àla 
paralysie des extrémités inférieures, est bien mise en relief danscette observation; 
je veux parler de la tendance à la formation de vésicules ou de bulles, qui se 
montre dans les affections de ce genre. Ces vésicules, ces bulles apparaissent 
souvent dans l'espace d'une nuit, sur les parties les plus diverses des membres 
inférieurs, aux genoux, aux chevilles, au cou-de-pied, partout oii il s'est produit 
une pression accidentelle ou une irritation. Elles contiennent un liquide d'abord 
transparent, lequel devient opaque au bout de quelques jours. J'ai souvent pensé 
que cette connexité entre l'interruption de l'action nerveuse et la formation des 
bulles pouvait quelque jour éclairer la pathogénie de celte afl'ection singulièie 
qu'on désigne sous le nom d'Uej'pes Zoster et qui paraît être liée à quelque con- 
dition particulière, peut-être la dù^fe??.s/o72 des nerfs sensitifs (/oc. Ciï., p. 388.) » — 
Troisautres cas relatifs, celte fois, à des lésions traumatiques de la moelle (chute 
d'unlieu élevé, écrasement par une charrette, etc.), ont donné lieu aux remarques 
suivantes: «Deux de nosmalades sont morls des suites d'une inflammation de la 
vessie; chez l'un d'eux les parois de l'organe étaient le siège d'ulcérations et il 
s'était formé des abcès dans le tissu cellulaire circonvoisin. Deux jours après 
l'accident^ des bulles apparurent aux pieds et à la partie interne des genoux, là 
oîiexiste une pressionréciproque. Deux points méritent surtoutd'être notés dans 
ces observations. D'abord la lésion delà vessie. Celle-ci résulte de ce que l'or- 
gane a perdu en partie le pouvoir de résister aux causes d'excitation et aussi des 
modifications que subit l'urine longtemps retenue dans les parties les plus déclives 
de son réservoir. C'est là. une des causes les plus fréquentes de la terminaison 
fatale chezles paraplégiques. Il fautnoter, en second lieu, l'apparition des bulles 
sur lesmembres paralysés, circonstance à laquelle il a été fait allusion déjà dans 
les remarques précédentes. L'inaptitude à résister aux agents de destruction est 
aussimiseenlumière.danstouslescas, par laformation d'eschares profondes sur 
tous les points des parties paralysées, soumises à la pression. [Loc. cit , 
pp. 421, 422). 

2 Après R, Bright, il faut citer surtout B. Brodie. {Injuries of the spinal 
Chord, m Med. chir. Transactions, t. XX, 1837); et Brown-Séquard (/oc. cit.). 



AFFECTIONS CONSÉCUTIVES AU DÉCUBITUS AIGU 87 

arrêté Jes observateurs. Il serait injuste, toutefois, de ne pas 
reconnaître que, dans la fièvre typhoïde et le typhus, une af- 
fection culanée qui a la plus grande analogie avec celle qui 
nous occupe et qui peut-être dépend en partie de conditions 
analogues, a été, en France, minutieusement décrite par 
Piorry ^ et en Allemagne par Pfeiifer-. 

Mais revenons. Messieurs, au décubitiis provoqué parles ma- 
ladies des centres nerveux. Vous connaissez trop bien les ac- 
cidents que les eschares, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause, 
sont capables d'engendrer pour que je me laisse entraîner à 
vous présenter ici une description complète. Permettez-moi, 
cependant, de vous retracer en quelques mots les principaux 
d'entre eux, car vous devez vous attendre à les voir figurer 
souvent dans la période ultime d'un grand nombre d'affections 
du cerveau, et surtout de la moelle épinière. 

Les eschares, pour peu qu'elles aient acquis une certaine 
étendue, constituent, vousle savez, de redoutables foyers d'in- 
fection ; et, de fait, l'intoxication putride, marquée par une 
fièvre rémittente plus ou moins accentuée, est une des compli- 
cations qu'elles provoquent le plus communément. 

Tient ensuite V infection purulente, avec production d'abcès 
métastatiques dans les viscères; ce second cas paraît assez 
rare ^. 

Nous signalerons aussi les embolies ç/angréiieuses . Dans 



1 A. Tonzé. — Des dermopathies et des dermonécrosies sacro-coccyqiennes . 
Thèse de Paris, 1853. 

2 Kerchensteiners Bericht, in He/de nnd Pfei/fers Ze'itschrift filr rationnelle 
Medizin, Bd. V. — Voir aussi Wiinderlicli, Pathologie, t. II, p. 28:j. 

3 Bili'oth und \Vaecker:ing, in Langenbeck's Archiv. f. klin. Chir., Bd. I, 
1861, § 1, 470. Fracture de la sixième vertèbre dorsale, formation rapide d'une 
e-^chare au sacrum. Symptômes manifestes de pyémie; six ou huit abcès à la 
surface des reins. — Midderdorf. Kvnchenhruch, § 62. Fracture de la huitième 
vertèbre dorsale. Formation rapide d'eschare •, pyémie; abcès métastatique 
dans les poumons. 



88 AFFECTIONS CONSÉCLTIVES AU DÉCL'BITLS AIGU 

cette dernière variété, des thrombus imprégnés de l'ichor gan- 
greneux sont transportés à distance et donnent lieu à des mé- 
tastases gangreneuses qui s'observent principalement dans les 
poumons. C'est un point sur lequel nous avons insisté, M. Bail 
et moi, dans un travail publié en 1860 ^ Mais bien avant nous et 
bien avant même que la théorie de l'embolie n'eût été germa- 
nisée, M. Foville- avait émis l'opinion qu'un nombre assez 
considérable de gangrènes pulmonaires, observées chez les alié- 
nés et dans diverses affections des centres nerveux, sont cau- 
sées par le « transport dans le poumon, d'une partie du fluide 
qui baigne les eschares au siège ». 

Le travail de mortification tend à gagner de proche en proche 
et à envahir les tissus profonds. Le délabrement qui en résulte 
est quelquefois porté au plus haut point : ainsi les bourses sé- 
reuses trochantériennes peuvent être ouvertes, le trochanter 
dépouillé de son périoste, les muscles, les troncs nerveux, les 
branches artérielles d'un certain calibre mis à nu. Mais les 
accidents les plus redoutables sont ceux que déterminent la 
dénudation, les pertes de substance du sacrum et du coccyx, 
la destruction du ligament sacro-coccygien et l'ouverture con- 
sécutive du canal sacré ou de la cavité arachnoïdienne. En con- 
séquence de ces désordres, le pus etl'ichor gangreneux peuvent 
venir infiltrer le tissu cellulo-graisseux qui enveloppe la dure- 
mère, ou même, si cette dernière membrane est détruite en 
un point, pénétrer jusque dans la cavité de l'arachnoïde '\ 

De graves complications cérébro-spinales surviennent habi- 
tuellement, dans cet état de choses . elles peuvent être rame- 

1 De la coïncidence des (jancp-èncs viscérales et des affections gangreneuses 
extérieures, in Union médicale, 20 et 2S janvier 1860. 

2 Dict. deméd. et de chir. prat., t. Icr, p. IJoÙ. 

3 B. Brodie, loc. cit., p. 15.'}. — Velpeau. — Anatom. chirurgicale. — 
Ollivier (d'Angers), — Traité des mcdadies de la moelle cpinière, t. 1er, p. 3 14^ 
324, 3e édit. 1837. — Moynier. — De l'eschare au sacrum et des accidents 
qui peuvent en résulter [Moniteur des sciences médiccd.es et pharmnceutiqites. 
Paris, 1859.) — Lisfranc, Archives générales de médecine, 4^ année, t. XIV, p. 291 . 



AFFECTIONS CONSÉCUTIVES 89 

nées à deux chefs principaux. C'est tantôt une méningite as- 
cendante purulente simple ({u on oh'èQvsQ, lantôt une sorte de 
méningite ascendante ichoreiise dont Lisfranc et M. Baillarger 
ont rapporté plusieurs exemples remarquables. En pareil cas, 
un liquide puriforme, grisâtre, acre et félide imbibe les mé- 
ninges et la moelle elle-même, tantôt dans la parfie la plus in- 
férieure seulement, tantôt dans toule sa liauleur. Ce liquide se 
retrouve quelquefois à la base de l'encéphale, dans le quatrième 
ventricule, l'aqueduc de Sylvius et jusque dans les ventricules 
latéraux. Dans tous ces points, la substance cérébrale est teintée 
à sa surface et dans une certaine étendue en profondeur^, 
d'une coloration ardoisée, bleuâtre, laquelle, à plusieurs re- 
prises, a été considérée, bien à tort, comme constituant un des 
caractères de la gangrène du cerveau \ M. Baillarger a le pre- 
mier, je crois, reconnu la véritable nature de cette altération. Il 
s'agit là surtout d'un phénomène d'imbibition, de macération, 
de teinture. Remarquez que toujours, lorsque la méningite cé- 
rébrale ichoreuse a pour point de départ une eschare sacrée, 
la coloration ardoisée se retrouve dans toute l'étendue de la 
moelle épinière ; elle est là, constamment plus prononcée que 
dans l'encéphale, et d'autant plus qu'on s'éloigne moins de 
l'eschare. Au contraire, dans le cas où un ulcère sordide de la 
face, un cancroïde, après avoir détruit les os, aurait mis à nu 
la dure-mère, la coloration ardoisée provoquée par la macéra- 
tion ichoreuse pourrait, ainsi que je l'ai constaté plusieurs fois, 
rester limitée aux lobes antérieurs du cerveau, dans les régions 
correspondant au fond de l'ulcère. 

A ces complications que je ne puis qu'indiquer d'une manière 
très sommaire, il faut, avec Ollivier (d'Angers), rattacher les 
symptômes cérébraux ou cérébro-spinaux graves, assez mal 



1 Dubois (d'Amiens). — Mcmolrcs .,'e VAradémie de Médecine, f. XXVll, 
p. 58, 1805, 180G. 



90 l'ATllOGÉNlE DU DÉCUBITUS AIGU 

définis encore, qui terminent rapidement la vie, dans un grand 
nombre de cas de maladie de la moelle épinière. 

Nous devons, actuellement, entrer dans les détails, et vous 
faire connaître les principales circonstances dans lesquelles se 
produit le décubitus aigu, sous l'influence des lésions du cer- 
veau et de la moelle épinière, ainsi que les variétés de siège et 
d'évolution qu'il présente, suivantla nature ou le siège de lalé- 
sion qui en a provoqué l'apparition. Nous aurons à rechercher 
également si le mode de production de cette lésion trophique de 
la peau rentre dans la théorie générale à laquelle nous avons 
dû nous rattacher jusqu'ici. Dans ce buf, nous passerons suc- 
cessivement en revue les diverses affections du cerveau et de 
la moelle qui peuvent donner lieu au décubitus aigu. 

A. Du d^cubitus airju dans Tapoplexie sijmptomatique de 
lésions cérébrales en foyers. C'est surtout dans l'apoplexie con- 
sécutive à l'hémorrhagie intra-encéphalique, et au ramollisse- 
ment partiel du cerveau qu'on l'observe. Mais il peut se pro- 
duire encore dans l'hémorrhagie méningée, la pachyméningite, 
dans le cas, enfin, où des tumeurs intra-crâniennes donnent 
lieu à des attaques apoplectiformes. Les derniers événements 
m'ont fourni plusieurs fois l'occasion de l'observer chez des 
sujets atteints d'encéphalite partielle déterminée par des plaies 
de guerre ^ 



1 L'obli{?cance de mon collègue, M. Cruvcilhier, chirurg'ien de la Salpèlrière, 
me met à même de rapporter le fait suivant, que je cite à titre d'exemple du 
dernier genre : 

— Le nommé Ernst, Louis, soldat saxon, fut recueilli à Villiors, sur le champ 
de bataille, le 30 novembre 1870, et apporté à l'ambulance de la Salpêfrière, le 
soir môme, vers 9 heures. Une balle lui avait traversé le crâne de part en paît : 
un des orifices siégeait en haut du front, un peu à gauche de la ligne médiane ; 
l'auti-c ;i droite, vers la partie moyenne du pariétal. La subst:mce cérébrale faisait 
i.ssue sous forme dechampignon à traversée dernier orifice. La région tempor;de 
et la paupière supérieure du côté droit sont ecchymosées et tuméfiées; coma pro- 
fond. Le 3 décembre, somnolence; lemalade, quand onl'interroge vivement, pro- 



DÉCUBITUS DANS LES LÉSIONS DU CERVEAL' 91 

L'éry thème, dans tous les cas de ce genre, se manifeste habi- 
tuellement du deuxième au quatrième jour après l'attaque, ra- 
rement plus tôt, quelquefois plus tard. 11 affecte d'ailleurs un 
siège tout particulier. Ce n'estpasà la région sacrée, ainsi que 
cela a lieu si communément dans les cas d'affection spinale, 
qu'il se dévelope, non plus que sur un point quelconque des 
parties jnédianes, mais bien versle centre delarégion fessière, 




Fifi . 3. — Eschare de la fesse du côté parab/sé, da7i> un cas dlinnijdégie consrcutivc à l'hémorrhaqie. 
— n. Partie mortiliée ; — /j, Zone érythémateusc. 

et, le plus souvent, s'il s'agit d'une lésion unilatérale du cer- 
veau, exclusivement du côté correspondant à l'hémiplégie 
{Fig. 3). 



fère quelques sons inarticulés; il tire bien la langue quand on l'y invite, la dé- 
glutition s'opère sans embarras. On constate l'existence d'une hémiplégie à peu 
près complète, avec flaccidité des membres du côté droit. De temps ù autre, sans 
provocation, il se produit dans le membre supérieur de ce côté une sorte de 
contraction spasmodique qui porte momentanément le bras dans la pronalion. Le 



92 DÉCLîBlTL'S DANS LES LÉSIONS DU CERVEAU 

Le lendemain ou le surlendemain Féruplion huileuse, puis la 
lâche ecchymotique, apparaissent sur la partie centrale de la 
plaque érythémateuse, c'est-à-direà 4 ou 5 centimètres environ 
en dehors du sillon interfessier, et à 3 ou 4 centimètres au- 
dessous d'une ligne fictive qui partirait de l'extrémité supé- 
rieure de ce sillon en suivant un trajet perpendiculaire à sa 
direction. Enfin, la mortification du derme se produit sur ce 
même point, et elle s'étend rapidement en largeur, si les jours 
du malade se prolongent ; mais il est assez rare, en somme, 
que le décuhitus aigu des apoplectiques parvienne jusqu'à 
l'eschare confirmée. 

Il est peu commun également de voir, en outre de l'éruption 
fessière, des bulles ou des vésicules se développer au talon, à 
la face interne du genou et, en un mot, sur les divers points 



diaphragme paraît, lui aussi, êlre de temps en temps le siège de contractions 
analogues. La respiration, par moments irrégulière, est calme, sansstertor.il 
n'y a pas de déviation de la tête on des yeux. Les commissures labiales ne sont 
point déviées; la sensibilité paraît très émoussée sur tous les points du corps. 
Pas de vomissements. Pouls très fréquent, 140 ? — Le 4 décembre ('6<^ .jour), 
même état que la veille; seulement la somnolence est plus profonde qu'hier: 
c'est à peine si l'on obtient quelques contractions des muscles de la face en 
pinçant fortement divers points de la peau. Selles et urines involontaires. Peau 
chaude, couverte de sueur ; température axillaire, 41o. Uti commeticeuient d'es- 
chare s'est présenté sur la fesse du côté droit {côté ficiralysé) ; rien de semblable 
n'existe à gauche. Sur la cuisse droite, à la face interne, im peu au-dessous du 
f/enou, dans un point où le genou gauche, fléclii, paraît avoir .^ pendant la nuit, 
exercé une pression un peu prolongée, ou observe une bulle du volume d'une 
amande, remplie de liquide citrin, et entourée d'une aréole érythémateuse peu éte7i- 
due. Le genou gauche, dans le point où la pression a dû s'exercer, ne présente. 
lui, aucune trace d'érythème ou de soulèvement épiderraique. — Le malade 
succomba le 5. 

Autopsie. — Les deux hémisphères cérébraux, à leur partie moyenne et supé- 
rieure dans les points qui correspondent aux exirémités internes des circonvolu- 
tions marginales antérieure et postérieure, sont transformés en unebouillie tan- 
tôt rougeàtre, où l'on trouve çà et là de petits caillots disséminés, tantôt bleuâtres 
(coloration ardoisée). On reconnaît sur une coupe transversale que le ramollisse- 
ment pénètre dans le centre ovale de "Vieussens, jusqu'au voisinage des ventri- 
cules latéraux, qu'il n'atteint pas toutefois même à gauche oii le foyer d'encé- 
phalite est de beaucoup plus étendue qu'à droite dans toutes les directions. — 
Lescouches optiques et les corps striés sont part'aitementindemnes. Au voisinage 
des parties ramollies du cerveau, la dure-mère est recouverte d'une néo-mem- 
brane fibrineuse et purulente par places. — Le crâne est fracturé en pliisieurs 
points, au voisinage des orifices qui ont donné passage au projectile. 



DÉCUBIÏUS DANS LES LÉSIONS DU CERVEAU D.'] 

du membre inférieur paralysé qui peuvent être soumis à une 
légère pression. 

Je ne dois pas omettre de vous faire remarquer, chemin fai- 
sant, que, d'après mes observations, cette affection de la peau 
ne se montre que fort exceptionnellement dans les cas qui doi- 
vent se terminer d'une manière favorable; son apparition con- 
stitue, par conséquent, un signe du plus fâcheux augure ; c'est, 
on peut le dire, le decubitus o77îi?iosus imv excellence. Ce signe, 
je le répète, ne trompe guère, et comme il est possible d'en 
constater l'existence dès les premiers jours, il acquiert par là, 
on le comprend, une grande valeur dans les cas douteux. 
J^'abaissement (rès marqué de la température centrale au-des- 
sous du taux normal, constaté au début de l'attaque, à Faide 
de l'exploration thermométrique, est, à ma connaissance, le 
seul signe qui, dans les cas d'hémiplégie à invasion brusque, 
puisse, au point de vue du pronostic, rivaliser avec le précédent. 

Les circonstances dans lesquelles se développe le décubitus 
aigu des apoplectiques ne permet évidemment pas de faire in- 
tervenir, comme élément imiquc, l'influence de la pression 
exercée sur les parties oii il se manifeste. La pression, en effet, 
est égale pour les deux fesses, et l'éruption, nous l'avons vu, se 
produit exclusivement, ou du moins prédomine toujours sur la 
fesse du côté paralysé. Maintes fois, j'ai eu soin de faire reposer 
les malades sur le côté non paralysé, pendant la plus grande 
partie du jour, et cette précaution n'a d'aucune façon modifié 
la production de Teschare. D'ailleurs, quelle peut être, enpareil 
cas, l'influence d'une pression qui ne s'exerce que depuis deux 
ou trois jours? On ne saurait, non plus, invoquer le contact 
irritant des urines. IJans plusieurs cas, j'ai fait recueillir ce li- 
quide heure par heure, nuit et jour, à l'aide de la sonde, pen- 
dant tout le temps de la maladie, de manière h éviter, autant 
que possible, l'irritation de la peau du siège, et malgré tout, 
l'eschare s'est produite, suivant les règles indiquées. 



94 DÉCUBITUS AIGU DE CAUSE SI'IXALE 

Quelle peut être la cause organique de cette singulière lésion 
trophique? J'ai cru pendant longtemps que cette lésion devait 
être considérée comme un des effets de Thypérémie neuro-pa- 
ralytique, laquelle se révèle toujours, vous le savez, d'une fa- 
çon plus ou moins accusée, sur les membres frappés d'hémi- 
plégie de cause cérébrale, par une élévation relative de la tem- 
pérature. Mais cette hypothèse est, ainsi que nous le verrons, 
passible d'une foule d'objections. Les faits qui seront exposés 
plus loin rendent plus vraisemblable qu'il faut invoquer ici 
l'irritation de certaines régions de l'encéphale, qui auraient, 
dans l'état normal, une action plus ou moins directe sur la nu- 
trition de divers points du tégument externe. 

E. Du décubitus aigu de cause spinale. Lorsque le décubitus 
aigu se produit sous l'influence d'une lésion de la moelle épi- 
nière, il se manifeste dans la très grande majorité des cas, à 
la région sacrée — par conséquent au-dessus et en dedans du 
siège de prédilection des eschares de cause cérébrale : là, il 
occupe la ligne médiane et s'étend aux parties voisines, symé- 
triquement, de chaque côté. (/%. 4). Il peut se faire toutefois 
qu'un seul côté soit affecté, dans le cas, par exemple, oii une 
moitié latérale de la moelle est seule intéressée, et alors c'est 
fréquemment sur le côté du corps opposé à la lésion spinale que 
siège la lésion cutanée. 

L'influence des attitudes joue ici un rôle important. Ainsi, il 
est habituel, lorsque les malades sont, pendant une partie du 
jour, placés de façon à reposer sur le côté, devoir, en outre de 
l'eschare sacrée, de vastes ulcérations nécrosiques se déve- 
lopper aux régions trochantériennes. Il est assez commun 
d'ailleurs, — contrairement à ce qui s'observe dans les cas de 
lésions cérébrales, — que les divers points des membres para- 
lysés qui sont exposés à subir une pression même très légère 
et de courte durée, — les malléoles, par exemple, les talons, 



DÉCUBITUS AIGU DE CAUSE SPINALE 95 

la face interne des genoux, — offrent les lésions qui caractéri- 
sent le décubitus aigu. Les eschares peuvent se montrer en- 
core, à la vérité très raremeni, au niveau de la pointe des omo- 
plates, ou sur les régions olécrâniennes '. 




Flij. 4. — Eschare de la rr<jion sacrée dans lui cas de myélite partielle siégeant à la réfiioii dorsale de 
la moelle cpinière. — a, Partie mortifiée ; — ^, Zone érythémateiise. 



D'une manière très générale, on peut dire que les lésions 
spinales qui produisent le décubitus aigu sont aussi celles qui 
donnent naissance à l'atrophie musculaire rapide et aux autres 
troubles du môme ordre. Le développement à peu près simul- 
tané de ces diverses affections consécutives rend vraisemblable, 
déjà, qu'elles reconnaissent toutes une origine commune. Il im- 
porte de remarquer, toutefois, que cette règle est loin d'être 



1 W. Clapp. — Provinc. med. and Swfj. Joitrn., 1851, p. 322 et Gurlt, loc. 
cit., p. 110, n» 76. 



96 MYÉLITES TRAUMATIQUES 

absolue. En effet, certaines affections spinales ont pour carac- 
tère que toujours Tatrophie rapide des muscles se développe 
sans accompagnement d'eschares, etilenestd'autres,parcontre, 
oiiFescharepeut se produire sans que la nutrition des muscles, 
dans les membres paralysés, se montre affectée. C'est même là 
un fait fort intéressant au point de vue de la physiologie pa- 
thologique et que nous aurons soin de faire ressortir [Fùj- 4). 

a) Nous mentionnerons en premier lieu les lésions trauma- 
tiques de la moelle épinière, celles, en particulier, qui résultent 
de fractures ou de luxations de la colonne vertébrale. De nom- 
breux faits de ce genre rapportés par Bright ^ Brodie ^, Jef- 
freys ^ Ollivier (d'Angers) ^, Laugier ^, Gurlt ^ et quelques 
autres ^ montrent avec quelle rapidité les eschares sacrées 
peuvent se produire en pareil cas. Afin de bien fixer vos idées 
à cet égard, je vous demanderai la permission de rappeler briè- 
vement quelques-uns de ces faits. 

Dans un cas rapporté par le docteur AVood, de New-York % il 
s'agit d'une fracture du corps de la septième vertèbre cervicale, 
survenue à la suite d'une chute dans un escalier: la mort eut 
lieu quatre jours après faccident. Dès le deuxième jour, il exis- 
tait de la rougeur à la région sacrée, et une bulle s'était formée 
au niveau du coccyx. Il y eut de l'hématurie le troisième jour. 
— Une chute d'un lieu élevé détermina une diastase complète 



1 R.Bi'ii,-ht. — Reports of médical Cases, t. II, pp. 380, 432. London, 1821. 

^B. Brodie. — Medic. chir. Transact., p. 1 48, t. 11, 1836. 

3 Jefîreys. — Cases of fradured spine in Loudoa medic. and surrjical 
Journal. July, 1820. 

•4 Ollivier (d'Angers), toc. cit., t. I. 

^' S. Laugiei'. —Des lésions traumalif/ues de la moelle épinière. Tlièsc de 
concours. Paris, 1848. 

G E. Gnrlt. — Handh. dcr Lehre von den Knochenbriiclien., 2 Th. 1. Liefer. 
Ilamm., 1864. 

■^ Voy., sur ce sujet, un chapitre iritcrcssaul dans l'ouvray ; de M. Samuel, 
lùc. cit.., p. 239. 

** Gurlt, toc. cit. Tableau n» 97. 



MYÉLITES TRAUMATIQUES 97 

des sixième et septième vertèbres cervicales ; la mort survint 
soixante heures après la chute, et déjà, à cette époque, il exis- 
tait un décubitus très prononcé. Le fait appartient au docteur 
Biichner, de Darmstadt^ — Un des cas de JetTreys est relatif à 
une fracture de la quatrième vertèbre dorsale ; une eschare 
confirmée occupait la région sacrée, dès le quatrième jour. — 
L'eschare survint trois jours après Taccident, chez un individu 
dont Ollivier (d'Angers) a rapporté l'histoire, d'après Guersant, 
et qui avait reçu une balle dans le corps de la huitième vertèbre 
dorsale. 

Un second cas de JefFreys est particulièrement digne d'inté- 
rêt : le malade était tombé d'une échelle de vingt-cinq pieds de 
haut. A l'autopsie, on trouva le corps des septième et huitième 
dorsales brisé en plusieurs pièces et ayant éprouvé un grand 
déplacement. Le jour de la chute, la peau était froide, le pouls 
à peine perceptible. Toutes les parties au-dessus de la fracture 
étaient privées de la sensibihté et du mouvement. Le lendemain, 
érections continuelles ; « il survint des phlyctènes à la région 
du sacrum », et, ce même jour, « le malade recouvra sa sensi- 
bilité ». Je signale ce dernier trait à votre attention, parce que 
plusieurs auteurs ont voulu — bien à tort, vous le voyez, — 
faire jouer à l'anesthésie un rôle important dans la pathogénie 
du décubitus aigu de cause spinale. La persistance de la sensi- 
bilité dans les parties situées au-dessous de la lésion se trouve 
d'ailleurs signalée encore d'une façon plus ou moins expHcite 
dans un cas de Colliny -, relatif à une fracture de la septième 
vertèbre cervicale et où l'eschare se manifesta le quatrième 
jour, ainsi que dans un fait d'OHivier (d'Angers) 3, concernant 

* Giirlt, id., no S 6. 

2 Cité par Ollivier (d'Angers), loc. cit. 

■5 La sensibilité était également conservée dans le cas du docteur Buchner, 
cite plus haut, et ou l'eschare se produisit avant la fin du troisième jour. 

GlIARCOT, T, 1, Se édit . 7 



98 MYELITES TRAUMATIQUES 

une fracture de la douzième dorsale. L'eschare, dans ce dernier 
cas, fut constatée le treizième jour. 

Il estiniitile démultiplier ces exemples, cartousles chirurgiens 
s'accordent à reconnaître que la formation rapide d'escliares est 
un des phénomènes les plus communs à la suite des lésions spi- 
nales résultant des fractures avec déplacement des vertèbres. 
Suivant Gurlt, dont l'opinion à cet égard est fondée sur l'étude 
d'un très grand nombre d'observations \ c'est du quatrième au 
cinquième jour après l'accident que commencent à apparaître le 
plus fréquemment les premiers signes du décubitus aigu; mais 
ils peuvent, nous venons de le voir, se manifester beaucoup plus 
tôt, dès le deuxième jour et même plus tôt encore. Il semble — 
et c'est une remarque déjà faite par Brodie — que la production 
des eschares soit d'autant plus hâtive que la lésion traumatique 
porte sur un point plus élevé de la moelle. D'un autre côté, il ré- 
sulterait d'une statistique de J. Ashhurst, que les troubles de 
nutrition deviennent plus fréquents à mesure que la blessure 
descend plus bas. Ainsi, d'après cet auteur, les eschares n'ont 
été notées que trois fois à la suite des lésions de la région cer- 
vicale (1/41 p. 100), 12 fois (9,23 p. 100) pour la région dor- 
sale, tandis que pour la région lombaire la proportion s'est 
élevée à 12/100 (7 cas)-. 

Le priapisme, les convulsions cloniques plus ou moins inten- 
ses, survenant dans les membres paralysés, soit spontanément, 
soit en conséquence de provocations, les convulsions toniques 
se montrant par accès : tous ses symptômes, qui révèlent ha- 
bituellement un état d'irritation de la moelle épinière ou des 
méninges, se trouvent plusieurs fois mentionnés parmi ceux 
qui, dans les fractures de la colonne vertébrale, précèdent, 

1 Voir Gurlt. loc. cit.. p. 94. analyse de 2:0 cas. 

2 J. Ashhurst. — Injuries of fhe Spi/ie with an Anahjsis of iiearly four 
hundred Cases. Philadelphie, 1861. 



uému'ap.ai'Légip: tkacmatique 99 

accompagnent ou suivent de près la formation précoce des 
eschnres. 

En pareil cas, ainsi que nous l'avons vu, Tanesthésie des par- 
lies paralysées du mouvement n'est pas un fait constant, et 
quant h l'élévation remarquable de la température, dont les par- 
ties deviennent quelquefois le siège en conséquence de la para- 
lysie vaso-motrice S on ne saurait décider, quant à présent, si 
elle est alors présente, l'attention des observateurs ne s'étant 
pas portée sur ce point particulier. Nous signalerons, au con- 
traire, comme un symptôme qui se manifeste fréquemment 
dans le temps même où se produit le décubitus aigu, l'émis- 
sion d'urines sanguinolentes, alcalines et même purulentes, 
c'est un fait sur lequel nous aurons pms tard l'occasion de 
revenir. 

La nécroscopie. jusqu'à ce jour, n'a révélé, en général, relati- 
vement aux lésions spinales, rien qui soit particulier aux cas 
dans lesquels se produisent les eschares à développement ra- 
pide; plusieurs fois cependant, on trouve mentionnées, en 
pareille circonstance, des altérations de la moelle qui mettent 
hors de doute l'existence d'un processus inflammatoire : telles 
sont, par exemple, l'infiltraLion purulente ou même la forma- 
tion d'abcès au sein des parties ramollies, signalées dans plu- 
sieurs cas. 

à) L'étude des faits d'hémiparaplégie, consécutive à des bles- 
sures n'intéressant qu'une moitié latérale de moelle épinière, 



1 Dans un cas de fracture de la colonne vertébrale, à la région dorsale, ob- 
servé par J. Hutchinson,dèsle second jour après l'accident, la température prise 
aux deux pieds, au niveau de la malléole interne, s'élevait au delà de 38o G. A 
l'état normal, d'après les observations faites à London Hospital, parle docteur 
Woodman, le thermomètre placé entre les deux premiers orteils donne, en 
moyenne, 27o,.3 le maximum éiant 3io,.:; et le mimimun 210.0. — Voir J. Hut- 
chinson. — 0/2 Fractures of the Spine, in Lo?idon Hospital Reoorts, t. III, 1866.. 
p. '.m. Voir aussi H. Weber et Gu'l. In The Lancet, 27 jaa. 1S72, p. 117.' 
Glinical Society of London. 



100 UÉMIPARAPLÉGIE TRAUMATIQUE 

peut fournir des renseignements utiles concernantla pathogénie 
du décubitus aigu et de quelques autres troubles trophiques de 
cause spinale. On sait, par les travaux de iM. Brown-Séquard, 
qu'à la suite des blessures de ce genre, il se produit chez les 
animaux une paralysie du mouvement dans le membre inférieur 
du côté oîi siège la lésion spinale ; ce membre présente en outre 
un degré plus ou moins prononcé d'exaltation de la sensibilité 
tactile et il offre de plus une élévation notable de la température 
liée à la paralysie vaso-motrice. Le membre du côté opposé à la 
lésion conserve par contre sa température normale et ses mou- 
vements, tandis que la sensibilité tactile s'y montre très amoin- 
drieoumême complètement éteinte. Toutes ces particularités se 
reproduisent exactement chez Thommedans des circonstances 
analogues. Et chez lui, de même que chez les animaux, on peut 
voir survenir encore, dans les membres des deux côtés, divers 
troublestrophiques,lesquelsse manifestent presque toujours si- 
multanément et qui relèvent tous, d'ailleurs, manifestement, de 
la lésion spinale. Parmi les lésions de nutrition de ce genre obser- 
vées chez l'homme, nous signalerons surtout la diminution ra- 
pide de la contractilité électrique (faradique) des muscles, 
bientôt suivie de Fatrophie, une forme particulière d'arthro- 
pathie sur laquelle j'aurai à revenir dans un instant, et enfin 
le décubitus aigu. Chose remarquable, tandis que l'arlhropathie 
et l'atrophie musculaire siègent sur le membre du côté où la 
moelle est lésée, l'eschare semble se montrer de préférence, 
au contraire, ainsi que nous l'avons fait remarquer déjà, sur 
le membre du côté opposé où elle occupe la région sacrée et 
la fesse dans le voisinage immédiat de cette région. Cette dis- 
position particulière de l'eschare par rapport au siège de la 
lésion spinale serait, d'après ce qui m'a été dit par M. Brown- 
Séquard, un fait constant chez les animaux ; chez l'homme 
elle a déjà été constatée plusieurs fois. A titre d'exemple du 
genre, je citerai brièvement les faits suivants : 



HÉMIPARAPLÉGIE TRAUMATIQUE 101 

Un homme, âgé de Yingt-huit ans, dont l'histoire a été rap- 
portée par M. Viguès', reçut en arrière du thorax, entre la neu- 
vième et la dixième vertèbres dorsales, un coup d'épée, qui, à 
en juger d'après les symptômes, lésa principalement la moitié 
latérale gauche de la moelle épinière. Il se produisit immédiate- 
ment une paralysie du mouvement qui, d'abord étendue aux 
deux membres inférieurs, se montra, dès le lendemain, presque 
restreinte au membre inférieur gauche. Sur ce dernier membre, 
l'hyperesthésie est très manifeste; celui du côté droit présente 
au contraire, une obnubilalion très marquée de la sensibilité, 
tandis que les mouvements y ont en grande partie reparu. Les 
symptômes ahèrent s'améliorantrapidement jusqu'au douzième 
jour après l'accident. Ce jour-là on remarqua que, sans cause 
extérieure appréciable, le membre inférieur gauche^ toujours 
plus sensible qu a l'état normal avait augmenté de volume ; de 
plus, dans Tarticulation du genou il s'était accumulé une quan- 
tité de liquide assez considérable pour tenir la rotule éloignée 
des condyles de plus d'un centimètre. Deux jours après, on 
aperçut une eschare siégeant sur la partie latérale droite du 
sacrum et sur la fesse du même côté. 

L'observation recueilhe par MM. JofTroy et Salmon, dans le 
service de M. Gusco, et communiquée récemment à la Société 
de biologie ^, reproduit pour ainsi dire jusque dans ses moindres 
détails le fait, cité plus haut, de M. Yiguès. Dans celle-là comme 
dans celui-ci, on voit à la suite d'une lésion traumatique por- 
tant sur une moitié latérale de la moelle épinière à la région 
dorsale, la paralysie du mouvement survenir dans le membre 
inférieur correspondant au côté lésé ; ce membre présente une 
élévation notable de la température — fait non mentionné 
dans l'observation de Viguès, bien qu'il y existât vraisembla- 



Brown-Séqiiard. — Journal de la physiologie^ etc., t. III, p. 130 ; 1863. 
Gazette médicale de Paris, n^^ 6, 1, 8, 1872. 



102 HÉMIPARAPLÉGIE TRAUMATIOUE 

blement— et, déplus, une hyperesthésie manifeste, tandisque 
celui du côté opposé, indemne quant au mouvement, est le 
siège d'une diminution notable de tous les modes de sensibilité 
et a conservé la température normale. En outre — et c'est là 
le point que nous voulons faire ressortir surtout — peu de 
temps après l'accident, sans cause appréciable, une arlhropathie 
se développe dans le genou du membre paralysé, tandis que, 
au voisinage de la région sacrée, la fesse du membre, privé de 
sensibilité, mais non paralysé du mouvement, devient le siège 
d'une eschare^ 



1 En raison de l'intérêt qui s'y rattache, nous rappclleroas les principaux 
détails de cette observation : 

Le nommé Martin, âgé de 40 ans environ, a été frappé d'an coup de poignard, 
dans la nuit du 13 au 16 février 1871. L'arme a pénétré au niveau de la 3^ ver- 
tèbre dorsale. Le trajet de la plaie est dirigé de haut en bas, d'arrière en avant 
et de gauehe à droite. Le malade ayant été apporté immédiatement après l'acci- 
dent, on put constater qu'à ce moment déjà le membre inférieur gauche élait 
complètement paralysé du mouvement, tandisque le membre correspondantde 
l'autre coté ne présentait rien de semblable. — Le 16 février, au matin, on note 
ce qui suit: membre inférieur gauche, paralysie complète du mouvement. Le 
membre est dans la flaccidité complète, il n'y a pas trace de contracture, de 
rigidité, il n'est pas le siège de mouvements spasmodiqaes, de soubresauts. - 
Au contraire, la sensibilité paraît, sur ce même membre, exagérée dans la plupart 
de ses modes; le moindre conlact de la peau, surtout au voisinage du pied, 
provoque de la douleur: il en est de même de la pression. Un pincement lé- 
ger, le chatouillement, sont suivis de sensations douloureuses très sensibles. 
Enfin le contact d'un corps froid produit aussi des sensations douloureuses que 
le malade compare à celles qu'occasionnerait une série de piqûres. — Membre 
inférieur droit. Tous les mouvements volontaires sont parfaitement normaux: 
mais, par contre, la sensibilité est à peu près complètement éteinte. Analgésie 
complète; sensibilité au contact presque nulle. Le contact d'un corps froid s'ac- 
cuse par une sensation obscure de picotement. L'insensibilité n'est pas bornée, 
à droite, au membre inférieur, elle remonte jusqu'au niveau du mamelon. — 
Les urines et les matières fécales sont rendues involontairement. 

Le 24 février (8^ jour), on note les mêmes phénomènes que ci-dessus; mais, 
de plus, on constate que la jambe gauche (paralysée du mouvement) est plus 
chaude que la droite. Le malade accuse une sensation de constriction eu plu- 
tôt de compression à la base du thorax. 

5 mars (17^ jour.) Le malade accuse quelques troubles de la vision ; la pupille 
gauche est plus contractée que la droite : de plus, les vaisseaux de l'œil gauche 
sont plus volumineux, plus nombreux que ceux de l'œil droit. Les évacuations 
sont redevenues volontaires depuis deux jours. L'état des membres inférieurs 
n'est en rien modifié. 
\Zmars (25" jour.) La fesse droite est devenue depuis hier le siège d'une rou- 



IIÉMII'ARAPLÉGIE TRAUMATIQUE \0'S 

J'emprunte le fait qui va suivre à un intéressant travail de 
M. W. Millier \ Dans ce cas, Tarthropathie n'est pas signalée, 
mais on y trouve notée, par contre, une atrophie rapide des 
muscles du membre paralysé, précédée, de plusieurs jours, par 
une diminution très marquée de contractilité faradique. Sous 
tous les autres rapports, l'observation de M. Millier est en con- 
formité avec celles de M. Yiguès et de M. Joffroy. Il s'agit d une 
femme de viugt-un ans qui reçut dans le dos, au niveau de la 
quatrième dorsale, un coup de couteau ; l'instrument, ainsi que 
le démontra plus tard l'autopsie, avait divisé complètement la 
moitié latérale gauche de la moelle épinière à 2 millimètres au- 
dessus delà troisième paire dorsale. Le jour même de l'accident 
on constate une paralysie complète et une hyperesthésie du 
membre inférieur gauche ; le membre du côté opposé était anes- 
thésié mais non paralysé. Le second jour, on note que les mus- 
cles du membre paralysé et ceux de la partie inférieure de 
Tabdomen du côté correspondant ne réagissent pas sous l'ac- 
tion des excitations faradiques, tandis que sur les parties 
homologues du côté opposé, la contractilité électrique est restée 
normale. Le onzième jour, il s'est produit une eschare qui oc- 
cupe la région sacrée et s'étend sur la fesse du côté droit. Ce 
jour même, on remarque que le membre paralysé est notable- 
ment atrophiéet mesure, en circonférence, de 4 à5 centimètres 



g'curvive,Gtdéjà,eniinpointdelaplaffUG érylliématGiise,répiclerme s'est détaché. 

'14mar5. Le derme est dénudé sur la fesse droite au voisinage du sacrum dans 
rétendue d'une nièce de cinq francs : il est en outre ecchymose {deculntu^ acn- 
tus). — Déjîi,lc 24 février, on avait remarqué que les mouvements imprimés au 
j?cnou gauche (cùlé de la paralysie motrice) étaient un peu douloureux; aujour- 
d'hui, on note que cette articulation est tuméfiée, rouge, que de plus elle est le 
siège de douleurs spontanées s'exagérant par les mouvements {avthropathie 
spinale.) 

24 mars. Une ulcération, aujourd'hui recouverte de bourgeons charnus, s'est 
produite sur la fesse droite au niveau de la plaque ecchymosée- — Le gonfle- 
ment, la rougeur et la douleur ont à peu près complètement disparu au genou 
gauche. 

1 W. Millier. — Beitvœge zur pathologisch. Anatumie imd physiologie des 
menschlichen Rikkenmarkes. Leipzig, 1811. Obs. L 



104 HÉMIPARAI'LÉGIE TRAUMATIQUE 

demoins que le membre anesthésié.Lamortsurvintle treizième 
jour. A l'autopsie, les bords de la plaie spinale parurent tumé- 
fiés, d'une coloration rouge brun ; elle était recouverte d'une 
mince couche purulente. Au-dessous de la plaie, le cordon laté- 
ral gauche, dans toute sa hauteur, offrait les caractères anato- 
miques de la myélite descendante. 

L'apparition simultanée des divers troubles trophiques, si- 
gnalés dans ces observations et dans quelques autres du même 
genre, semble accuser une cause commune. Cette cause, suivant 
toute apparence, n'est autre que Textension , à certaines régions, 
du segment inférieur de la moelle, du travail phlegmasique ori- 
ginairement développé au voisinage immédiat de la plaie '. 

Cela étant admis, il paraîtra légitime, en se fondant sur les 
faits exposés dans la leçon précédente, de rapporter l'atrophie 
rapide et générale des muscles paralysés, notés dans le cas de 
M. Mûller, à l'envahissement de la corne antérieure de la sub- 
stance grise du côté correspondant à la blessure, dans toute 
retendue de la moelle d'oîi émanent les nerfs se rendant aux 
muscles paralysés ; Tenvahissement en question ayant pu se 
faire d'ailleurs, soit de proche en proche, par propagation des- 
cendante soit par la voie indirecte des cordons latéraux. Cette 
lésion delà corne antérieure, nous Tinvoquerons encore, dans 
un instant, pour exphquer le développement de l'arthropathie 
décrite dans les observations de Yiguès et de Joffroy. Pour ce 
qui concerne, maintenant, les eschares, leur apparition, ducôté 
opposé à la lésion spinale tend à établir que les fibres nerveuses 
dont l'altération provoque, en pareil cas, la mortification du 



1 Dans un autre travail, M. Ctiarcot a cherché à établir que, à la suite des 
blessures de lamoelle épinière, des lésions irritatives, telles que: hypertrophie 
des cylindres axiles, prolifération des myélocytes, etc., peuvent être reconnues 
à une certaine distance de la plaie spinale, au-dessus et au-dessous d'elle, 24 
heures à peine après l'accident. (Gliarcot. Sia- la tuméfaction des cellules ner- 
veuses motinces et des cylindres d'axe des tubes nerveux dans certains cas de 
myélite. —In Archiv. de physiologie, n» 1, 1872, p. 95. Obs. I.) 



MYÉLITES SPONTANÉES dOo 

iégument externe, ne suivent pas le môme trajet que celles qui 
influencent la nutrition des muscles et des jointures, etqu'elles 
s'entre-croisent, au contraire, dans la moelle, de la même ma- 
nière que les fibres préposées à la transmission des impressions 
tactiles. 

Un autre enseignement nous est fourni par les observations 
d'hémiparaplégie consécutive à une lésion unilatérale de la 
moelle épinière : c'est que le décubitus aigu peut se montrer 
indépendant de toute hypérémie neuroparalytique, puisque 
nous le voyons se former là, sur le côté du corps où les nerfs 
vaso-moteurs ne sont point affectés. 

c) Je mentionnerai actuellementle cas où lamyélite résulte, 
non pas, comme dans les faits qui précèdent, de la blessure ou 
del'attrition de la moelle épinière, mais bien d'une influence 
traumatique indirecte, telle pai* exemple qu'un effort dans l'ac- 
tion de soulever un poids ; le décubitus aigu peut, dans les cas 
de ce genre, se produire aussi rapidement que s'il s'agissait 
d'une fracture delà colonne vertébrale : c'est ce dont témoigne 
le fait suivant rapporté par M. Gull. 

Un homme de 2o ans, employé dans les docks de Londres, 
ressentit dans le dos, au moment où il soulevait un fardeau, une 
douleur subite. 11 put se rendre à pied à son domicile distant 
d'un mille. Le surlendemain matin, au réveil, les membres in- 
férieurs étaient complètement paralysés ; deux jours plus tard, 
c'est-à-dire quatre jours après l'accident, une eschare avait 
commencé à se former à la région sacrée, et l'urine qui s'écou- 
lait de la vessie était ammoniacale. Le malade succomba dix 
jours après le début de la paralysie. A l'autopsie, on reconnut, 
après un examen attentif, que les os et les ligaments de la co- 
lonne vertébrale ne présentaient aucune lésion; au voisinage 
des 5^^ et 6° vertèbres dorsales, la moelle épinière était trans- 
formée dans toute son épaisseur en un liquide épais, d'ap- 



106 MYÉLITES SPONTANÉES 

parence muco-purulente et de couleur à la fois brune et 
verdâtre ^ 

A Texemple des myélites traumatiques, la myélite aiguë 
spontanée détermine, elle aussi, très fréquemment, la forma- 
tion précoce d'eschares sacrées, principalement lorsque le début 
s'accuse brusquement et que l'évolution est rapide. Pour ne pas 
rentrera ce propos dans de trop longs développements, je me 
bornerai à indiquer quelques exemples relatifs à cet ordre de 
faits. L'escharea été signalée dès le o^ jour après le début de la 
paralysie dans un cas rapporté par M. Duckworth ^, le G"" jour 
dans un cas observé dans le service de M. Woillez, qui m'a été 
communiqué par M. Joffroy, le 9' jour dans une observation de 
M. Engelken ; le 12' jour dans un autre fait du môme auteur 3; 
enfin, dans un cas de méningo-myélite cervico-dorsale, publié 
par MM. Voisin et Cornil, l'eschare était constituée dès le 
6' jour \ Onpourrait aisément multiplier ces exemples. Le dé- 
cubitus aigu accompagne fréquemment aussi l'hématomyélie 
qui d'ailleurs, dans un certain nombre de cas au moins, paraît 
n'être qu'un accident de la myélite centrale, témoin le cas cité 
plus haut, de Duriau, où la mortification de la région sacrée 
était déjà prononcée quatre jours seulement après l'apparition 
des premiers symptômes ^. 

On peut voir survenir encore la mortification rapide du derme 
de la région sacrée, môme dans les maladies spinales à évolu- 
tion lente, lorsqu'une cause nouvelle d'irritation vive intervient 
tout à coup ou lorsqu'un processus d'inflammation aiguë se 
surajoute brusquement à la lésion initiale. Ainsi que les exa- 
cerbations de la myélite scléreuse partielle, l'irruption soudaine, 

1 XV. Gull. — Cases of Paraplegia, in Guj/s IJospifal Reports^ ISjS, p. 1S9, 
case XXII. 

2 The Lancet, 6 nov. 18G9, p. 638. 

3 Loc. cit. — Patliologie der acuten Myelitis. Zurich, 1SG7. 

4 Gaz. des Hôpitaux, iSGo, n» 2G. 

5 Union médicale, t. I, 1858, p. 308. 



PATHOGÉNIE DU DÉCUBITUS DE CAUSE SPINALE 107 

dans la cavité rachidienne,'du pus provenant d'un abcès, chez 
un sujet atteint de mal vertébral, ont pu à ma connaissance 
déterminer la formation rapide d'eschares. Le n\eme résultat 
se produirait également dans le cas oii une tumeur siégeant 
dans les parties centrales de la moelle provoquerait, par sa pré- 
sence, le développement d'une myélite aiguë. Il existe dans la 
science plusieurs exemples de ce genre \ 

Si les documents que nous venons de rassembler ne permet- 
tent pas de construire encore une théorie palhogénique du dé- 
cubitus aigu de cause spinale, ils suffisent cependant, si je ne 
me trompe, à faire reconnaître tout au moins les principales 
conditions du phénomène : évidemment, il faut rejeter au se- 
cond plan l'influence de la pression, celle aussi de la paralysie 
vaso-motrice, qui peut faire complètement défaut, ainsi qu'on 
Ta vu à propos de l'hémiparaplégie résultant de la lésion trau- 
matique d'une moitié latérale de la moelle. En somme, le fait 
dominant, toujours présent, c'est l'irritation vive d'une région 
plus ou moins étendue de la moelle épinière, se traduisant le 
plus souvent, anatomiquement, par les caractères de la myélite 
aiguë ou suraiguë, et cliniquement par l'ensemble des symptô- 
mes qui se rapportent à ce genre de lésion. Pour expliquer la 
production des troubles trophiques qui aboutissent à la morti- 
fication sacrée, ce n'est donc pas cette fois encore, l'absence 
d'action, mais bien l'irritation de la moelle épinière qu'il faut 
invoquer : et cette conclusion se trouve en conformité avec les 
résultats expérimentaux qui montrent que, chez les animaux, 
le développement d'ulcérations gangreneuses au sacrum ne 
survient pas à la suite des sections ordinaires de la moelle, mais 
seulement dans le cas oii l'inflammation est venue s'établir au 
voisinage de la lésion spinale. 

i Voir entre autres, Mac Dowcl's. — Case of Paraoler/iam Diihiin quaterly 
Journ., 1862. 



108 '^OLE DE LA SUBSTANCE GRISE 

Il n'est guère vraisemblable que toutes les parties consti- 
tuantes de la moelle épinière soient aptes, indistinctement, à 
provoquer sans l'influence des irritations le développement du 
décubitus aigu. La grande fréquence de cet accidentdans les cas 
d'hématomyélite aiguë centrale, oii la lésion occupe surtout les 
régions centrales de la moelle épinière^ semble désigner tout 
particulièrement la substance grise comme jouant à cet égard, 
un rôle prédominant, et ce rôle est partagé sans doute par les 
faisceaux blancs postérieurs, car nous savons que les irritations 
de certaines parties de cesfaisceaux ont pour effet de déterminer 
la production non seulement de diverses éruptions cutanées, 
mais encore, à la vérité, dans des cas rares, celle delà nécrose 
dermique *. 

D'un autre côté, il est parfaitement établi que toutes les par- 
ties de la substance grise ne doivent pas être ici incriminées in- 
différemment. En effet, certaines d'entre elles peuvent, nous 
l'avons fait pressentir déjà, subir les lésions irritatives les plus 
graves, sans que le décubitus aigu s'en suive jamais. Telles sont 
les cornes antérieures, dont les lésions, par contre, ont, vous le 
savez, l'influence la plus décisive sur la nutrilion des muscles, 
et probablement aussi, — nous allons le voir bientôt, — sur celle 
des jointures. C'est ainsi quel'eschare sacrée fait généralement 
défaut dans la paralysie infantile spinale et dans la paralysie 
spinale de l'adulte, affections qui sont caractérisées anatomique- 
ment par des lésions inflammatoires aiguës, systématiquement 
limitées à l'aire des cornes antérieures, tandis que les autres, 
ceux qui affectent la peau, relèveraient de lésions irritatives 
occupant, soit les parties centrales et postérieures de la subs- 
tance grise, soit encore les faisceaux blancs postérieurs. A ce 
point de vue particulier il y a lieu de reconnaître dans la moelle 
deux régions douées de propriétés très distinctes. Or, comme 

1 Voir p. 84. 



KOLI': DE LA SL'BSTANCE GUISE 109 

ces régions peuvent être affeclées soit séparément, soit simnl- 
lanément, il en résulte que, dans la clinique, le décubitus aigu 
et Fatrophie musculaire aiguë, tantôt se montreront isolés, 
tantôt au contraire coexisteront chez un même individu. 

Par tout ce qui précède, l'influence des lésions irritatives de 
la moelle épinière sur le développement du décubitus aigu 
nous paraît mise hors de doute. M. Samuel cependant a avancé 
une opinion contraire : il pense que la moelle épinière ne joue 
ici aucun rôle et que les ganglions spinaux ou les nerfs périphé- 
riques sont seuls en cause \ Nous ferons connaître ailleurs les 
arguments sur lesquels se fonde cette manière de voir ; mais, dès 
à présent, nous pouvons faire remarquer qu'elle est en contra- 
diction formelle avec les faits nombreux de myélite traumatique 
occupant un point élevé de la moelle, — la région cervicale, par 
exemple, ou la partie supérieure de la région dorsale, — faits 
dans lesquels le décubitus aigu survient à la région sacrée, et 
assurément sans participation directe des ganglions spinaux ou 
des nerfs périphériques. Les cas d'hématomyélite ou de myéhte 
spontanée centrale, suivis d'eschares précoces, sont également 
contraires aux vues de M. Samuel. 

Ce n'est pas à dire cependant que les lésions irritatives des 
nerfs périphériques, et peut-être aussi celles des ganglions spi- 
naux, ne puissent avoir quelquefois pour effet de déterminer la 
formation rapide d'eschares. Sans doute, les exemples publiés 
de nécrose dermique développée en conséquence de la piqûre, de 
la section incomplète, ou encore de la compression d'un nerf, 
sont assez rares ; mais plusieurs d'entre eux sont tout à fait con- 
vaincants ". A ce propos, je mentionnerai le cas d'une femme 



1 Loc. cit. p. ii)2. 

2 Voir, parmi les faits récemment publiés, un cas du docteur XV. A. Lanson 
{The Lancet^ 30 déc. 1871, p. 913), it deux cas du docteur Vitrac [l'nion mé- 
dicale de la Gironde, l. II, p. 127, ci Revue phot. des hôp., 1871.) 



110 LÉSIONS DES NERFS 

que j'ai observée récemment à la Salpêtrière. Elle portait dans 
le flanc gauche une énorme tumeur fibreuse qui comprimait, 
dans le bassin, les origines des nerfs sciatique et crural du mem- 
bre inférieur correspondant. Il en était résulté un étatparétique 
de ce membre, accompagné de douleurs vives suivant le trajet 
des principaux troncs nerveux. On s'aperçut un matin, peu de 
temps après l'apparition des symptômes de compression, qu\me 
eschare s'était développée rapidement sur la partie gauche, au 
voisinage de la région sacrée ; de plus, la face interne du genou 
gauche, dans un point que le genou droit avait comprimé pen- 
dant longtemps en raison de l'attitude que la malade avait gar- 
dée durant la nuit, présentait plusieurs bulles pemphigoïdes, 
remplies d'un liquide brunâtre, qui bientôt firent place à une 
eschare. Il ne s'était produit absolument rien de semblable au 
genou droit. C'est peut-être ici le lieu de rappeler que le zona 
spontané, qui, dans certains cas au moins, se rattache très vrai- 
semblablement à l'inflammation d'un nerf, peut, suivant une 
remarque de Rayer \ aboutir quelquefois à la mortification plus 
ou moins profonde du derme. J'ai été souvent témoin du fait 
chez les vieillards de cet hospice, et j'ai pu me convaincre plu- 
sieurs fois que la pression exercée sur les parties qu'occupe 
l'éruption ne joue pas là un rôle essentiel. Pour ce qui est rela- 
tif au décubitus aigu du siège, je suis très porté à croire que, 
dans un certain nombre de cas, il doit être rattaché à une lé- 
sion irritalive des nerfs de la queue de cheval. Un fait publié 
récemment par M. Gouyba, dans sa dissertation inaugurale, 
pourrait être cité, entre autres, comme un exemple de ce 



1 fiaycr. — Maladies de la peau, t. I, p. 333. 

2 Un jeune garde mobile reçut une balle aux avant-postes de Clamart. Le 
projectile avait pénétré près de l'extrémité antérieure de la dixième côte gauche 
et était sorti sur le côté droit de la colonne vertébrale, h. 1 ou 8 centimètres de 
l'épine, au niveau delà deuxième vertèbre lombaire. Il s'en suivit une parésie 
avec hyperesthésie vive des membres inférieurs. Une bulle qui fit bientôt place 



ABTIIBÛI'ATUIES SPINALES 111 



m. 



Des arthropathies de cause cérébrale et spinale. Les trou- 
bles de la nulrition consécutifs aux lésions des centres nerveux 
ont assez fréquemment pour siège les jointures. Les variétés 
que présentent ces affections articulaires, suivant la nature des 
lésions cérébrales ou spinales qui leur donnent naissance, m'ont 
conduit à établir deux catégories principales. 

A. La première comprend les arthropathies à forme aiguë ou 
subaiguë, accompagnées de tuméfaction, de rougeur et parfois 
de douleurs plus ou moins vives. Elle a été signalée pour la pre- 
mière fois, si je ne me trompe, par un médecin américain, le 
professeur Mitchell \ qui Ta observée dans la paraplégie liée 
au mal vertébral de Pott, oii cependant elle est, je le crois du 
moins, très rare ^. Elle se produit plus fréquemment comme 
conséquence d'une lésion traumatique de la moelle épinière, 
c'est ce dont témoignent suffisamment les faits mentionnés plus 
haut de M. Viguès et de M. Jofîroy '\ Un cas de commotion 



à une cschare se développa sur la fesse droite, le cinquième jour aprèsTaccident. 
L'escbare s'étendit alors progressivement de manière à recouvrir enfin toute la 
région du siège. La mort survint le dix-neuvième jour. — Jw^op.^^/e: Une masse 
purulente couvre les faces antérieure et postérieure de la moelle et s'étend depuis 
la queue de cheval jusqu'à la région cervicale. La moelle elle-même, examinée 
d'abord à l'état frais, puis après durcissement, sur des coupes transversales 
nombreuses, n"a présenté aucune altération ; au contraire, un certain nombre de 
tubes nerveux, dans les filets nerveux qui constituent la queue de cheval, offraient 
les caractères anatomiques de la dégénération granulo-graisseuse. — Gouyba: 
Thèse de Paris, 1871. Obs. XII, p. 53. 

1 Mitchell. — American Journal ofthemed. Se, t. VIII, p. 55, 1^31. 

2 M. Charcot a cependaut vu l'un des genoux devenir le siège d'une arthropathie 
subaiguë chez une femme atteinte de paralysie consécutive au mal de Pott. Ce 
fait a été consigné dans la thèse de l'un des internes, M. Michuud. (Sur la mé- 
ningite et la myélite dans le mal vertébral. Paris, 181i). 

:''p. 91 et 92. 



H2 ARTllKOrATUlES Sl'lNALES 

de la moelle, relaté par M. Gull, fournit une démonstration 
analogue '. 

L'inflammation aiguë ou subaiguë des jointures des membres 
paralysés peut survenir encore dans la mijélite spontanée ; à titre 
d'exemple de ce genre, je puis citer un cas recueilli par M. Gull - 
et un autre cas qui a été consigné par M. Moynier dans le Moni- 
teur des Sciences médicales pour 1859. Le second fait est rela- 
tif à un jeune homme de 18 ans qui, à la suite d'un séjour pro- 
longé dans un endroit humide, suivi de grandes fatigues, avait 
présenté tous les symptômes de la myélite subaiguë. La para- 
lysie du mouvement avait commencé à se prononcer dans les 
membres inférieurs, le 25 janvier; elle y était devenue complète 
le 9 février. Le 23 du même mois, la peau de la région sacrée 
présentait une plaque érythémateuse qui, le 5 mars, avait fait 
place à une eschare. Le 6 mars, une douleur vive s'est mani- 
festée au genou droit qui est tuméfié et donne la sensation de 
fluctuation. Il y a, en outre, tuméfaction douloureuse de l'arti- 
culation tibio-larsienne du môme côté. Le 9 mars, le genou 
avait déjà diminué de volume ; le même jour des eschares se 
sont manifestées aux talons. La mort survint le 27 mars. L'au- 
topsie a montré un foyer de ramollissement siégeant à 4 cen- 
timètres environ au-dessus de la queue de cheval. 

Enfin, dans un cas de myélite centrale chez un enfant^ ayant 
pris origine au voisinage d'un tubercule solitaire siégeant à la 
région cervicale de la moelle, M. Gull signale la formation d'un 
épanchement inlra-articulaire, occupant l'un des genoux, au 
moment où la paralysie commençait à envahir les membres 
inférieurs \ 

Il est remarquable de voir ces arthropathies, consécutives aux 
diverses formes aiguës ou subaiguës de la myélite , se développer 



^ Gull. — Giirfs Hospital Reports, 3° série, t. IV, 1858. Obs. XXXII. 
2 Gull. — Idem. Obs. XXVII. 
■i Gull, Iqc. cit. Cas XXXll. 



ARTIIROPATIIIES DES HÉMIPLÉGIQUES 113 

souvent, alors que les muscles des membres paralysés commen- 
cent à s'atrophier ou encore dans le temps même qu'une es- 
cliare se Corme rapidement au siège. 

Varthropathie des hémiplégiques^ décrite pour la première 
fois, je crois, en 1846, par Scott Alison \ plus tard par Brown- 



1 Scott Alison. — Arthrites occurring in the course of paraly sis, noie ltif3 h la 
Société médicale de Londi-es, le 16 janvier 1846. In TheLancet, t. I, p. 276, 1847. 
— C'est bien de l'arllirite des hémiplég-iqnes, telle que nous l'avons décrite 
(Arcfi. (te phi/siologie, t. 1), qu'il s'agit dans lanotedu docteur Alison; l'afTection 
a pour caractère de rester linnitée aux membres paralysés et de ne pas s'étendre 
aux articulations des membres restés indemnes ; les jointures affectées sont 
chaudes, tuméfiécsetdansquelquescas ellessontdouloureuses soitspontanément, 
soit seulement sous l'influence des mouvements. Le genou, le coude, le poignet, 
la main, le pied, sont les parties les plus fréquemment affectées. Cette forme 
d'arthrite parait se montrer surtout dans les cas où l'hémiplégie est consécutive 
à l'encéphalite ou au ramollissement du cerveau. — Deux observations, choi- 
sies parmi de nombreux cas du même g-enre et citées à titre d'exemples, mé- 
ritent d'être rapportées en quelques mots. 

Obs. I. Une femme de 40 ans, qui pendant longtemps avait joui d'une santé 
parfaite et n'avait jamais souffert d'aucune forme de maladie arthritique, fut 
atteinte tout à coup d'hémiplég-ie. — Quelques jours après, tuméfaction et cha- 
leur au niveau du poignet du côté paralysé et un peu plus tard le genou et le 
pied du même côté se gonflèrent à leur tour et devinrent douloureux. 11 n'y avait 
pas d'œdème. Les membres paralysés étaient un peu rigides. A l'autopsie, on 
trouva un ramollissement partiel du cerveau. Les bassinets étaient remplis de 
petits calculs d'acide urique. 

Obs. IL Un homme âgé de oi ans, peintre en bâtiments, qui, à plusieurs i-e- 
prises, avait éprouvé des accès de goutte, fut frappé d'hémiplégie à début subit. 
Peu après, le poignet, la main et le pied du côté paralysé devinrent chauds 
et tuméfiés. Les membres paralysés étaient l'igides. .\ l'autopsie, le cerveau 
paraît ramolli et l'on trouve un caillot sanguin volumineux dans un des ventri- 
cules latéraux. 

L'auteur cherclic à expliquer, ainsi qu'il suit, le développement de cette forme 
d arthrite chez les hémiplégiques: « Les relations qui existent, dit-il, à l'état 
normal entre les parties constituantes du sang et les tissus vivants sont profon- 
dément modifiées; il y a <ieux éléments à considérer: en premier lieu, une dimi- 
nution de la vitalité des parties paralysées, et en second lieu, la présence, dans 
le sang, d'agents morbides. Or, l'influence irritante de ces agents doit se faire 
sentir plus vivement sur les parties dont l'énergie vitale est amoindrie. A l'appui 
desathéorie, l'auteur fait ressortirque les deux sujets, dont il a raconté l'histoire, 
étaient vraisemblablement sous le coup de la diathèse urique: chez l'un, des cal- 
culs d'acide urique se rencontraient dans les bassinets; l'autre avait éprouvé au- 
trefois plusieurs accès de goutte [goutte saturnine). » Nous ferons remarquer à 
notre tour que, très certainement, ces deux cas sont, dans l'espèce, tout à fait 
exceptionnels, car le plus souvent — on peut s'en convaincre par la lecture des 
observations publiées dans notre travail (ylrc/i. de ptnjsioi., t. I) —l'arthrite sur- 
vient chez les hémiplcgi(jues, comme une C(>nséquence plus ou moins directe 

Ch.\rcot, t. 1, 5« édit. 8 



H4 ARTUROPATUIES DES HÉMll'LBGlOLES 

Séquard, et dont j'ai fait connaître les caractères anatomiques 
et cliniques, appartient, si je ne me trompe, à cette même caté- 



de la lésion cérébrale, en dehors de toute influence de la goutte, du rhuma- 
tisme ou de tout autre élut diathésique. 

Ainsi, tout enreconnaissantrexactitudedesdescriptionscliniquesde M. Alison, 
je ne saurais souscrire Ma théorie pathogénique qu'il a proposée. Je suis loin, 
toutefois, de vouloir nier que les articulations des membres paralysés dans Thé- 
miplégic de cause cérébrale ne soient, comme le veut M. S. Alison particulière- 
ment disposées h devenir un foyer d'élimination par dautresagents préalablement 
accumulés dans le sang. J'ai moi-même communiqué dans le temps, à la So- 
ciété de biologie, un fait, oii cette disposition particulière est bien mise en évi- 
dence. Une femme, âgée d'environ quarante ans, avait été frappée tout à coup 
d'hémiplégie adroite, trois ans avant son admission dans mon service. Les mem- 
bres paralysés étaient fortement contractures; de temps à autre, les diverses join- 
tures de ses membres, le genou surtout et le pied, étaient le siège de douleur 
et dégonflement. Le malade étant aphasique à un haut degré, il avait été impos- 
sible de savoir si autrefois elle avait été atteinte de goutte ou de rhumatisme. A 
l'autopsie, on trouva une vaste cicatrice ochreuse, vestige d'un foyer d'hémor- 
rhagie cérébrale situé en dehors du noyau extraventriculaire du corps strié. 
Dans la plupart des articulations des membres du coté droit, lesquelles avaient 
été le siège de l'hémiplégie, les cartilages diarthrodiaux étaient incrustés, vers 
leur partie centrale, de dépôts d'urale de soude tantôt cristallisé, tantôt amor- 
phe. Les jointures des membri^s du côté non paralysé ne présentaient rien de 
semblable. Quelques stries blanches, que l'examen microscopique et micro- 
chimique a démontré être constituées par de l'urate de soude, se rencontraient 
dans les reins. 

11 est incontestablement fort l'emnrquable de voir, dans cette observation, que 
le dépôt goutteux se forme exclusivement dans les jointures des membres pa- 
ralysés; mais, je ne saurais trop le répéter, les faits de ce genre forment 
exception et, en tout cas, ils n'ont rien de commun au pointde vue pathogéni- 
que avec l'arthrite ordinaire des hémiplégiques (Cas d'Hubert. Voir Bourne- 
ville. — Études cliniques et tkermoinétriques sur les maladies du système ner- 
veux, p. 58). 

— On doit à M. Brown-Séquard d'avoirappelé de nouveau l'attention surl'ar- 
Ihropalhie des hémiplégiques et d'eu avoir déterminé, mieux que ne l'avait fait 
M. Alison, la causeorganique. Voicicomment s'exprime, àce propos, cet auteur 
dans une leçon publiée dans le journal The Lancet {Lecture on tlie mode and 
origine ofsymptotns of diseuses ofthe Ijraiu. LecX. l,part. Il, The Lancet, july 13, 
l'^ei). Après avoir admis que les sensations pénibles, telles que celles de formi- 
calion, de picotement qui se produisent dans les membres paralysés, en consé- 
quence d'une lésion cérébrale, résultent généralement d'une irritation directe 
des libres nerveuses encéphaliques, il ajouta : «Ce sont là des sensations rapportées 
;i la périphérie, analogues à celles qui se développent dans les doigts de la main, lors- 
que le nerf cubital a été froissé au niveau du coude. 11 importe de ne pas les 
confondre avec les douleurs, quelquefois très vives, qui peuvent se manifester 
dans les muscles ou dans les articulations des membres paralysés. Les douleurs 
du dernier genre ne se révèlent guère que sous l'influence des mouvemenlsou 
de la pression exercée sur les membres; ou si elles se montrent parfois spontané- 
ment, elles sont néanmoins toujours exaspérées parla pression ou les mouvements; 
elles dépendent d'une inflammation subaiguë des muscles et des articulations 



ANATOMIE l'ATUÙLOGlOrjE 115 

gorie. Dans cette seconde variété, comme dans la première, les 
arthropathies sont limitées aux membres paralysés et elles occu- 
pent le plus souvent le membre supérieur ; c'est surtout à la suite 
du ramollissement cérébral en foyer qu'elles surviennent, plus 
rarement en conséquence de rhémorrhagie intra-encépha- 
lique. 

Elles se développent habituellement quinze jours ou un mois 
après l'attaque apoplectique, c'est-à-dire au moment de l'appari- 
tion de la contracture tardive qui s'empare des membres para- 
lysés, mais elles peuventsemontrer encore à une époque ulté- 
rieure. La tuméfaction^ la rougeur, la douleur articulaire sont 
quelquefois assez prononcées pour rappeler les phénomènes cor- 
respondants du rhumatisme articulaire aigu. Les gaines tendi- 
neuses sont d'ailleurs souvent affectées en même temps que les 
jointures. 

J'ai montré qu'il sagit là d'une véritable synovite avec végé- 
tation, multiplication des éléments nucléaires et fibroïdes qui 
constituent la séreuse articulaire, augmentation du nombre et 
du volume des vaisseaux capillaires qui s'y répandent. Dans les 
cas intenses, il se produit en outre une exsudation séro-fibri- 
neuse à laquelle se trouvent mêlés, en proportion variable, des 
leucocytes, et qui peut devenir assez abondante pour distendre 
la cavité synoviale. Les cartilages diarthrodiaux, les parties liga- 
menteuses n'ont paru jusqu'ici présenter aucune lésion conco- 
mitante, du moins appréciable à l'œil nu. Par contre, les gaines 



qui, bien ?i tort, est souvent rapportée ;i une atrection rhumatismale. Cette subin- 
tiummation qui survient ainsi dans diverses parties des membres paralysés est 
d'ailleurs, elle-même, la conséquence de l'irritation que subissent dans l'encé- 
phale les centres vaso-moteurs ou trophiques. » 

AvanlM. Brown-Séquard, et mèmeavant M. Scott Alison, plusieurs médecins 
avaient remarqué déjà l'arthrite des hémiplégiques, mais sans faire ressortir tou- 
tefoisl'intérêtquis'yattache. Consulter: — K. Dann, TheLancet,t.U,p. 235,1831 ; 
— Durand-Fardel, ^/^//rtf/'/e.î des vieillards, p. 131. Paris, 1854, observation de- 
là nommée Lemoine; — Valleix, Giiile du médecin p7-aticien, t. IV. 1853, 
p.:;i4; — Grisolle, Pathologie interne, 2^ édit.,t, II, p. 257. (Note de M.Charcot.) 



^^^ CARACTÈRES CLINIQUES 

synoviales tendineuses, au voisinage des jointures affectées, 
prennent part au processus inflammatoire et se montrent vive- 
ment hypérémiées ' . 

Il est inutile de faire ressortir Tintérêt qui s'attache à ces ar- 
thropathies, sous le rapport du diagnostic, le rhumatisme arti- 
culaire aigu ou subaigu étant une affection k laquelle se lient 
souvent certaines formes de ramollissement cérébral et qui. 
d'ailleurs, se manifeste aussi parfois à la suite de causes trau- 
maliques capables de déterminer un ébranlement des centres 
nerveux. D'un autre côté, beaucoup d'affections de la moelle 
épinière sont rattachées à tort à la dialhèse rhumatismale en 
raison de la coexistence de ces manifestations articulaires. Les 
caractères cliniques, qui rendraient facilement reconnaissables 
les arthropathies liées aux lésions des centres nerveux et permet- 
traient de les distinguer des arthrites rhumatismales, sont sur- 
tout : 

1« Leur limitation aux jointures des membres frappés de pa- 
ralysie ; 

2» L'époque en général déterminée à laquelle elles viennent 
dans les cas d'iiémiplégie à début brusque, figurer sur la scène 

morbide ; 

3» La coexistence d'autres troubles trophiques de même ordre, 
tels que les eschares à formation rapide et, lorsqu'il s'agit de la 
moelle épinière, l'atrophie musculaire aiguë des membres pa- 
ralysés, la cystite, la néphrite, etc. 

1 Clia.'COl. - Sur quelques a.lhnpathies qui puraissent dépendre ifw.e lésion 
du reroemc ou de In moelle épinière (Archiv. de phys,ol',;,w, t. 1, p. j.»0. -- 
P V li- 1 2 3 4, 5, 6. Paris, 1868.)-L'a,-lhropatbiedontiU'ag,lpa,-a.t 
ne dev'oi "pas'ètrèconiondueavec l'alTeclion articulaire quiaélé décrite, dans ces 
dernierstemps parM. HitzigdeBerlin, te/,.,',- einetei sekweren He,mplfq<en au/- 
TeZdeZ«ù!fleel.on^.i'ireho,e'sArchie.Bd.XL^^^^^ 

.e montre surtout lorsque riiémiplégie est relalivemeut de date ancienne et qne 
les"nalades marchent dejîi depuis quelque len.ps; elle occupe de préférence 
é^p",îe et résulterait principalement du déplaeemeut des surfaces articulaires 
occasionné par 11 paralysie des niusîles qui enveloppent la jointure. 



CARACTÈRES CLINIQUES 117 

13. Le type du deuxième groupe se rencontre dans l'ataxie lo- 
comotrice progressive. Permetlez-moi d'arrêter un instant votre 
attention sur cette espèce d'affection articulaire à laquelle j'at- 
tache un intérêt paternel et d'autant plus vif que la significa- 
tion que je lui ai donnée a trouvé beaucoup d'incrédules. Un 
mot d'abord sur les caractères cliniques de Varthropathie des 
ataxiques ^ . 

Elle se manifeste, en général, à une époque déterminée de 
Tataxie et son apparition coïncide, pour ainsi dire, dans beau- 
coup de cas, avec le début de l'incoordination motrice. Sans 
cause extérieure appréciable, on voit, du jour au lendemain, se 
développer une tuméfaction générale et souvent énorme du 
membre, le plus communément en dehors de toute douleur, de 
toute réaction fébrile. Au bout de quelques jours^ la tuméfaction 
générale disparaît, mais il reste au niveau de la jointure un 
gonflement plus ou moins considérable résultant de la formation 
d'une hydarthrose et quelquefois, en outre, d'une accumulation 
de liquide dans les bourses séreuses périarliculaires, La ponc- 
tion a plusieurs fois extrait de la jointure, ainsi tuméfiée, un 
liquide citrin, transparent. 

Une ou deux semaines après l'invasion, quelquefois beaucoup 
plus tôt, on constate l'existence de craquements plus ou moins 
accusés, révélant l'altération, déjà profonde à cette époque, des 
surfaces articulaires -. L'hydarthrose se résout bientôt, laissant 
après elle une extrême mobilité de la jointure. Aussi des luxa- 
tions consécutives se produisent-elles souvent, facilitées consi- 
dérablement par l'usure qu'ont subies les têtes osseuses. J'ai 
noté plusieurs fois une atrophie rapide des masses musculaires 
sur les membres où siôse l'affection articulaire. 



'O' 



' Chai'cot. — Sur quelques artlivopathies, etc., première partie [Arch. de 
phj/sioloqie, t. I, 1878.) 

•2 Dans quelques cas, les craquements ont précédé de plusieurs jours l'ap- 
parilioti de la tuméfaction générale du membre ; mais celle-ci est, dans la 
règle, le premier phénomène qu'on observe. 



118 CAHACTtRES CLINIQUES 

L'artliropatliie des ataxiques occupe le plus fréquemment les 
genoux, les épaules, les coudes ; elle peut siéger aussi à lahan- 
che. Les renseignem.ents anatomo-pathologiques qui la concer- 
nent sont encore très imparfaits. Cependant un caractère qui 
paraît constant, c'est l'usure énorme qui frappe, dans un très 
court espace de temps, les extrémités articulaires. Au bout de 
trois mois, la tête humérale que je vous présente et qui provient 
d'une femme chez laquelle nous avons pu étudier le début de 





lixlrémilé supérieure d'un liumérus «aiii et d'un humérus offrant les lésions do 
Jarthropathie des ataxiques. 



l'arthropatliie, était, comme vous le voyez, en grande partie dé- 
truite [Fig. o). Je vous ferai remarquer qu'on n'observe pas, sur 
cette pièce, au pourtour de la surface articulaire usée, les bour- 
relets osseux qui ne manqueraient pas d'exister s'il s'agissait 
là de l'arthrite sèche ordinaire ^ 

Je mets maintenant sous vos yeux, afin d'établir le contraste, 
une articulation du genou, provenant également d'une femme 
qui avait présenté les symptômes de rarlliropathie des ataxiques, 



' Comparez: Gharcot. — Ataxie locomotrice progressive. ArtJiropathie de 
l'épaule gauche, liésultafs 7iécroscopiques. In Archiv. de physiologie, t. II, 
p. 121, 1869. 



CARACTÈRES CLINIQUES U9 

mais chez laquelle l'affection de la jointure remontait à inio 
époque beaucoup plus éloignée. Outre l'usure des surfaces arti- 
culaires, qui, comme dans le cas précédent, est poussée très 
loin, vous reconnaissez ici la présence de corps étrangers, de 
stalactites osseuses, et, en un mot, de tous les accompagne- 
ments habituels à^V arthrite déformante. Ces dernières altéra- 
tions, je le répète^ faisaient absolument défaut chez la première 
malade. Je suis porté à croire, d'après cela, qu'elles ne sont 
nullement nécessaires et qu'elles se produisent d'une façon ac- 
cidentelle vraisemblablement surtout par le fait des mouve- 
ments plus ou moins énergiques que les malades continuent 
quelquefois à imprimer aux membres affectés. 

Je veux me borner, quant à présent, à cette indication des 
traits les plus généraux de l'arthropalhie desataxiques, car c'est 
là un sujet que je compte reprendre avec plus de développement 
par la suite. Ce qui sera dit suffira, j'espère, pour montrer que 
l'affection articulaire dont il s'agit est, elle aussi, l'expression 
de troubles trophiques relevant directement de la lésion du 
centre nerveux spinal. Voici, d'ailleurs, en quelques mots, les 
principaux arguments sur lesquels je fonde ma manière de voir. 

Je signalerai, en premier lieu, l'absence de toute cause trau- 
malique ou diathésique, du rhumatisme, de la goutte, par exem- 
ple, pouvant expliquer l'apparition de la maladie articulaire 
dans les cas que j'ai observés. M. R. Woikmann ' a émis l'opi- 
nion que l'arthropathie des ataxiques est tout simplement le 
résultat de la distension que subissent les ligaments et les cap- 
sules articulaires, en conséquence de la démarche maladroite 
particulière à ce genre de malades. Les faits, aujourd'hui nom- 
breux, dans lesquels notre arthropathie siège aux membres 
supérieurs et occupe soit l'épaule, soit le coude, montrent suf- 

1 CannstatCs Jahresbericht, 1868-1869 2^ Ed., p. 391. 



120 CARACTÈRES CLINIQUES 

fisamment que l'interprétation, proposée par Wolkmann, ne 
saurait avoir qu'une portée très restreinte. L'influence d'une 
cause toute mécanique ne peut être invoquée, du moins comme 
agent principal, môme dans les cas où l'artliropathie siège aux 
membres inférieurs. J'ai eu soin de faire remarquer, en effet, 
me fondant sur des observations cliniques, bien dos fois répé- 
tées, que Taffection articulaire dont il s'agit se développe en 
général à une époque relativement peu avancée de la sclérose 
des cordons postérieurs, et alors que l'incoordination motrice 
est encore nulle ou à peine accusée. 

Les caractères cliniques de notre arthropathie sont, d'un autre 
côté, véritablement spéciaux. Son début brusque, marqué par la 
tuméfaction générale du membre, les altérations rapides que 
subissent les surfaces articulaires, enfin son apparition à une 
époque pour ainsi dire déterminée de la maladie spinale à la- 
quelle elle se rattache, constituent autant de particularités qur 
l'on ne trouve réunies, si je ne me trompe, dans aucune autre 
affection articulaire. 

Mais voici un argument plus direct. Dans l'opinion où nous 
étions que l'artliropathie en question est une lésion trophique 
consécutive à l'affection de la moelle épinière, nous ne pouvions 
cependant songer à la rattacher aux altérations banales de 
Tataxie locomotrice progressive : sclérose des cordons posté- 
rieurs, méningite spinale postérieure, atrophie des racines pos" 
térieures des nerfs rachidiens. Un examen minutieux, fait dans 
plusieurs cas, nous avait démontré, d'un autre côté, qu'on ne 
pouvait invoquer une lésion des nerfs périphériques: c'est dans 
la substance grise des cornes antérieures de la moelle que nous 
croyons avoir trouvé le point de départ de cette complication 
singulière de l'alaxie \ 11 n'est pas très rare de voirla substance 



^ Voir Charcot et JofTroy. — Note sur une lésion de la substaiice grise de 
la moelle épinière, observée dans un cas d' arthropathie liée à Vataxie locomo- 
trice progressive. InArchiv. de physiologie^ t. III, p. 306, 1870. 



l'ATllOGÉNlE i21 

grise spinale affectée dans Tataxie locomotrice; mais, le [ilus 
souvent, la lésion porte alors sur les cornes postérieures. Or, il 
en était tout autrement dans deux cas d'ataxie locomotrice com- 
pliqués d'arthropathie où l'examen microscopique de la moelle 
a été fait avec soin ; les cornes antérieures de substance grise 
étaient, dans ces deux cas^ remarquablement atrophiées et dé- 
formées et un certain nombre des grandes cellules nerveuses, 
celles du groupe externe surtout, avaient diminué de volume, 
ou même avaient disparu sans laisser de traces. L'altération se 






i-f^^' ' ^ ^âàÈè§^, 







Fig. tj. — A, Corne aDtéi-ieure du rôté droit. — A", roi-ne antérieure du côté gaurlie. — 
1j, Commissure grise postérieure et ranal central. — C, Sillon médian antérieur. — «, o.\ 
Groupe de rellules a^nérieur externe. — b. b' , Groupe de rellules antérieur interne. — c, 
(jroupe de rellules' postérieur externe du rôti droit. Le groupe rellulaire correspondant 
fait, à gauche (c); à peu près défaut. 

montrait d'ailleurs exclusivement (J'ig. 6) sur la corne anté- 
rieure correspondant au côté du corps où siégeait la lésion arti- 
culaire. Klle affectait la région cervicale dans le premier cas où 
Tarthropathie occupait Tépaule ; elle siégeait un peu au-dessus 
de la région lombaire dans le second cas qui présentait un 
exemple d'artliropatbie du genou. Au-dessus et au-dessous de 
ces points, la substance grise des cordons antérieurs parais- 
sait exempte d'altérations. 

On pourrait se demander si cette altération d'une des cornes 
antérieures de la substance grise spinale, révélée par l'examen 



12:2 AHTJlROl'ATIllES DANS l'aMV(»TH< (l'illE rROGRESSl\E 

micrûscopiqu(% iiVst pas un résultat de Finertie fonctionnelle à 
laquelle le membre correspondant aura pu être condamné par 
\o fait de la lésion articulaire. Celle hypothèse devra être reje- 
tée, car d'un côté, dans nos deux cas, les membres où siégeaient 
les arlhropathies avaient conservé, en grande partie, lahberté 
de leurs mouvements et, d'un autre côté, la lésion de la sub- 
stance grise différait essentiellement ici de celle qui se produit 
après Famputalion d'un membre ou la section des nerfs qui 
s'y rendent. 

Par ce qui précède, j'espère avoir rendu au moins très vrai- 
semblable que, en s'étendant de proche en proche, jusqu'à cer- 
taines régions des cornes antérieures de la substance grise, le 
processus inflammatoire, primitivement développé dans les cor- 
dons postérieurs, a pu, chez nos deux malades, occasionner le 
développement de l'affection articulaire. Si, parla suite, les ré- 
sultats obtenus dans ces deux cas sont confirmés par de nou- 
velles observations, on sera naturellement conduit à admettre 
que les arthrites liées à la myélite, et celles qui se montrent en 
conséquence du ramollissement du cerveau, résultent, elles 
aussi, de renvahissement de ces mêmes régions de la substance 
grise de la moelle épinière. Dans le casoiiil s'agit du ramollis- 
sement cérébral, la sclérose descendante de l'un des cordons 
latéraux de la moelle pourrait être considérée comme le point 
de départ de la diffusion du travail inflammatoire. 

MM. Patruban ', Remak -, et tout récemment M. RosenthaH 
ont observé dans Vatrophie musculaire progressive des ar- 
thropathies, qui, parleurs caractères cliniques, se rapprochent 
beaucoup de l'arthropalhie des ataxiques. Il n'y a là rien qui 



• Pati'Libaii. — Zeltschrift fûrprakt. Heiikunde, 1862, n^ 1. 
- Remak. — Allgeuieine mediziiiiche central Zeilung, mars 1863, 20 si. 
■^ Rosenlhal. -- Lehrbuch der Nervenkrankheiten, p. 171. Wien, 1870. — 
Voir aussi Benediltt. — Éléktvotliévapie^ t. II, p. 384. 



AHTriHOI'ATlllKS DANS LAMYOTRÛPUIE l'KOGHESSlVE 123 

doive surprendre, si Ton songe qu'une lésion irritative, pri- 
mitive ou secondaire, des cellules nerveuses des cornes anté- 
rieures de la substance grise spinale, paraît êlre le point de 
départ de l'amyotropliie dans la majorité des cas qu'on désigne 
d'habitude, en clinique, sous le nom d'atrophie musculaire 
progressive. 

Je m'arrête ici, pour aujourd'hui, dans cette étude que je 
compte terminer, Messieurs, dans la prochaine conférence. 



QUATRIÈME LEÇON 



Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la moelle 
épinière et du cerveau suite et fin). — Affections des 
viscères. — Partie théorique. 



Sommaire . — Hypérémies et ecchymoses viscérales consécutives aux 
lésions expéiimentales de diverses parties de l'encéphale, et à l'hémor- 
rhng-ie intra-encéphalique. — Expériences de Schifî et de Brown-Sé- 
quard ; observations personnelles. — Ces lésions paraissent dépendre 
de la paralysie vaso-motrice ; elles doivent former une catégorie à part. 
— Opinion de Schrœder van der Kolk, relative aux rapports qui exis- 
teraient entre certaines lésions de l'encéphale et diverses formes de 
la pneumonie , la tuberculisation pulmonnire. — Hémorrhngies des cap- 
sules surrénales dans la myélite. — Néphrite et cystite consécutives 
aux afîeclions spinales irritativcs, à début brusque, traumatiques ou 
spontanées. — Altération rapide des urines dans ces circonstances ; 
elle se manifeste souvent dans le temps même où les eschares se dé- 
veloppent ?i la région sacrée; elle se rattache aux lésions des voies uri- 
naires qui, elles-mêmes, relèvent d'une influence directe du système nerveux. 

Théorie de la production des troubles trophiques consécutifs aux lésions du 
système nerveux. — Insuffisance de nos connaissances à cet égard. — Pa- 
ralysie des nerfs vaso-moteurs ; hypérémie consécutive ; elle ne produit 
pas de troubles trophiques. — Exceptions h la règle. — Irritation des nerfs 
vaso-moteurs; l'ischémie qui en résulte ne paraît pas avoir d'infliienc • 
marquée sur la nutrition locale. — Nerfs dilatateurs et nerfs sécréteurs ; 
recherches de Ludwig et de Cl. Bernard ; analogies entre ces deux ordres 
de nerfs. — Application à la théorie des nerfs trophiques. — Théorie 
de Samuel ; exposé ; critiques. — Conclusions. 



Messieurs, 
Le retentissement des lésions du système nerveux ne se fait 
pas sentir seulement sur les parties périphériques : sur la peau, 
les os, les muscles. Les viscères, eux aussi, peuvent être in- 
fluencés par ces lésions. 



ECCHYMOSES VISCÉRALES 125 

On sait que certaines altéralions de rencépliale, celles surtout 
qui portent sur les couches optiques, les corps striés, et en par- 
ticulier les diverses parties de l'isthme, que ces altérations 
soient le fait de rexpérimcntalion ou qu'elles se soient produites 
spontanément, sont parfois suivies de l'apparition de certaines 
lésions viscérales. 

Ainsi, dans quelques expériences de M. SchifT^ et de M. Brown- 
Séquard -, il est fréquent de voir survenir dans les poumons, 
Testomac et les reins, soit une simple hypérémie, soit de véri- 
tables ecchymoses consécutivement à l'irritation traumalique 
des couches optiques, de< corps striés, de la protubérance, du 
bulbe, etc. D'un autre côté, ainsi que je l'ai fait remarquer, rien 
n'est plus commun que de rencontrer chez l'homme, dans les 
cas d'apoplexie symptomatique du ramollissement du cerveau, 
mais surtout de l'hémorrhagie intra-encéphalique en foyer, des 
plaques congeslives, de véritables ecchymoses sur les plèvres, 
l'endocarde, la membrane muqueuse de l'estomac ^. 

Quelle est la raison de ces altérations singulières? M. Schiff 
n'hésite pas aies considérer comme les effets très simples delà 
paralysie des nerfs vaso-moteurs. 

Je suis, pour mon compte, très enclin à croire que, en général, 
le mode pathogénique est ici plus complexe. Cependant, l'in- 
fluence pour ainsi dire directe de l'hypérémie neuro-paralytique 
sur le développement des ecchymoses, chez les apoplectiques, 
semble bien établie par le fait suivant, que j'ai communiqué à la 
Société de biologie en 1868 : Une femme de la Salpêtrière fut 
frappée d'apoplexie avec hémiplégie du côté gauche et suc- 
comba quelques jours après. Les membres paralysés avaient 
présenté une élévation relative très prononcée de la tempéra- 

1 M. SchilT, — Gaz. hebdomadaire., t. I, p. 428. — Lezioai di Flsiokxjid speri- 
mentale sul systetno tiervoso encefalico, pages 287, 297,373. Firenze, 18G6. — Le- 
çons sur la phijsiologie de la digestion, t. II, p. t.iJ. Florence, 1867. 

2 Société de biologie, 1870. 

^ Comptes rendu-i de la Société de Biologie, 18 juin 1869. Paris, 187(). 



126 ECCHYMOSES VISCÉRALES 

ture. Al'aulopsie, on trouva dans riiémisphère droit un foyer 
hémorrhagique récent, occupant le corps strié. L'aponévrose 
épicrânienne présentait du côté gauche, c'est-à-dire frappé d'hé- 
miplégie, une teinte rouge vineuse, et, çà et là, de véritables 
ecchymoses. 

La coloration anormale, ainsi que les ecchymoses, s'arrêtaient 
brusquement à la ligne médiane. La moitié droite de l'épicrâne, 
au contraire, avait conservé sa pâleur habituelle : on n'y obser- 
vait pas traces de taches ecchymotiques. Des ecchymoses se 
voyaient dans l'épaisseur des plèvres^ de l'endocarde et de la 
membrane muqueuse de l'estomac \ 

Quoi qu'il en soit, les lésions viscérales dont il s'agit diffèrent 
par des caractères importants de celles qui font l'objet principal 
de nos études ; ce sont, nous l'avons dit, des hypérémies, des 
ecchymoses ; jamais les caractères de l'inflammation ne s'y 
surajoutent sans l'intervention d'une cause accessoire, ce qui 
n'est nullement nécessaire, vous le savez, dans le cas des lé- 
sions trophiques ordinaires. Il y a donc lieu, quant à présent, 
de ranger dans une catégorie à part, du moins provisoirement, 
ces congés tioij s et ces ecchymoses qui se montrent consécutive- 
ment à la lésion de diverses parties de l'encéphale. 

D'un autre côté, quelques auteurs, Schrœder van der Kolk 
entre autres, ont émis l'opinion que les diverses formes de la 
pneumonie, et même la tuberculisation pulmonaire, qui sur- 
viennent fréquemment, comme on sait, dans le cours de cer- 
taines affections encéphaliques, dérivent, en pareil cas, d'une 
influence exercée sur les poumons par les lésions du cerveau 
ou du bulbe. Mais il faut reconnaître que les faits sur lesquels 
repose cette prétendue connexité ne sont pas encore suffisam- 
ment démonstratifs -. 

1 Couiptes rendus de la Société de biologie, année 1868. Paris, 18G9, p. 213. 

2 Schrœder van der Kolk. — At'-ophij oflUe Braiii. Sydenliam Society, 1861. 
— L'uiileur fuit ressortir que, d'après la statistique publiée dans son Traité de la 



UÉxMORKUAGlES DES CAl'SLLES SURRÉNALES 127 

Les lésions spinales, de même que les lésions de l'encéphale, 
peuvent être suivies de la production d'ecchymoses viscérales. 
Il me suffira de rappeler que si, chez un cochon d'Inde, on 
lèse à l'aide d'un instrument piquant la moelle lombaire, il se 
produit quelquefois un épanchement de sang dans les capsules 
surrénales ^ J'ai cru devoir vous remettre en mémoire cette ex- 
périence de M. Brown-Séquard, parce que la pathologie humaine 
nous fournit des faits analogues. Tout récemment, mon ami le 
docteur Bouchard m'a fait part d'un cas de myélite aiguë ob- 
servée dans le service de M. le professeur Béhier, et prompte- 
ment terminée par la mort. A l'autopsie, outre les lésions de la 
myélite partielle, on constata, dans Tépaisseur des capsules sur- 
rénales, l'existence de foyers hémorrhagiques récents. 

Mais, je le répète, les lésions congestives et ecchymoliques 
paraissent être d'un ordre à part. En revanche, les affections 
des reins et de la vessie sur lesquelles je veux actuellement 
appeler votre attention, se rattachent, par l'ensemble de leurs 
caractères au groupe des lésions trophiques proprement dites. 

Vous n'ignorez pas que la néphrite et la cijstite sont des 
complications très communes des affections spinales irritatives, 



moelle éphiière, tous les épileptiques dont la langue était mordue ont succombé 
par suite de phtisie, de pneumonie, ou dans le marasme. 11 ajoute que, suivant 
Duraiid-Pardel, les sujets atteints de ramollissement du cerveau meurent presqui' 
toujours d'une affection pulmonaire et il cile à ce propos une statistique d'Engei 
{Prager Vierteljahrschr., VII. Jalir. Bd. IIL, laquelle plaide dans le même sens. 
II rappelle les expériences déjà anciennes dans lesquelles Schiffaurait vu, chez le 
lapin, des tubercules (?) se développer dans le lobe supérieur du poumon à la 
suite de la section du gang-lion du nerf vague {Wunderiich's Archiv, 6, Jahr. 8. 
belt. pp. 169 et suiv. )et fait remarquer entin que, parmi les observations rassem- 
blées par Brovvn-Séquard dans ses liecherches sur la phi/siologie de la protubé- 
rance annulaire [Journal de la phi/siologie, t.l), il en est un certain nombre où la 
phtisie et la pneumonie ont déterminé la mort. Cruveilhier, Andral, Piorry 
avaient depuis long-temps si^'ualé le rôle prédominant que jouerait, suivant eux. 
la pneumonie aiguë dans l'issue des apoplexies déterminées par le ramollisse- 
ment ou l'hémorrhagie du cerveau. D'après les observations que j'ai recueillies à 
la Salpêtrière, les inllammalions lobuiaires ou lobaires du poumon seraient 
moins fréquentes dans ces circonstances que ces médecins ne semblent le croire. 
^ Brown-Séquard. — Influence d'une partie de la moelle épinière sur lesenp- 
■•iules surrénales. In Comptes rendus de la Société deôiologie, 1851, t. 111, p. 146. 



J28 NÉPIIRO-CYSTITE 

à début brusque, quelles soient d'origine Iraumalique, ou au 
contraire spontanées. 

On a depuis longtemps reconnu qu'à la suite des fractures 
de la colonne verlébrale, avec lésion consécutive de la moelle 
épinière, les urines subissent fréquemment une altération ra- 
pide. Dupuytren a fait remarquer, vous le savez, qu'en 
pareil cas, les sondes mises à demeure pour remédier à la ré- 
tention d'urine, se recouvrent rapidement d'incrustations cal- 
caires \ Mais c'est à Brodie surtout qu'on doit d'avoir appelé 
Fattention sur les caractères que présente l'urine chez les indi- 
vidus atteints de paraplégie traumatique -. Dès le huitième, le 
troisième, le deuxième jour, il a vu les urines devenir alcalines, 
répandre une odeur ammoniacale, félide, au moment de l'émis- 
sion. Bientôt après, elles renferment des caillots sanguins, du 
muco-pus, des dépôts de phosphate ammoniaco-magnésien. On 
relèverait aisément dans les auteurs un très grand nombre de 
faits 011 les altérations de l'urine signalées par Brodie se sont 
produites, en efïet, dès les premiers jours qui suivent la para- 
plégie déterminée par une fracture de la colonne vertébrale^. 
L'autopsie fait constater dans ces cas les lésions plus ou moins 
prononcées de la néphro-cystite purulente \ 

Mais les lésions traumatiques de ce genre sont, en général, 
peu propres à mettre en lumière la relation qui existe entre 
l'inflammation des voies urinaires et les altérations de la moelle 
épinière. On peut toujours supposer, à la rigueur, qu'une chute, 
qu'une commotion assez violente pour produire une fracture 



1 Olliviei' (d'Angers), loc. cit., t. I, p. 372. 

■^ Bi'odic. - Medic. cliir. Trans., loc. cit. 

3 Voir Stanley, ler cas : Urines fortement ammoniacales dès le cinqnièmo 
jour; — 2c cas: urines ammoniacales le quatrième jour {Lond. Med. chir. Trans., 
t. XVIII, p. 1). — Jeffreys, urines ammoniacales et sang-uinolentes, le sep- 
tième jour (Ollivier (d'Angers), loc. cit., t. I, p. 322). 

^ Molendrinski. — Bruch des ziceiten Lendentrirbels, \i\ Langenbeclis Ârcliir. 
XI, Bd. 1869, p. 359. 



ALTÉRATIONS DE l'uHI.XE 1^<J 

de la colonne vertébrale, ont pu, du même coup, déterminer 
les lésions vésico-rénales. 

11 n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'une affeclion déve- 
loppée spontanément dans la moelle épinière, ou encore d'une 
blessure déterminée dans cet organe par un coup porté à l'aide 
d'un instrument aigu. Or, même dans les cas de ce genre, il 
est fréquent de constater, peu de temps après le début des 
premiers accidents paralytiques, une modification plus ou moins 
profonde dans la constitution des urines, liée à des altérations 
néphro-vésicales souvent très graves. Je me bornerai à men- 
tionner, à titre d'exemple, les faits suivants : 

Dans un cas, cité précédemment, d'hémiparaplégic produite 
par un coup de couteau, les urines se montrèrent alcalines dès 
le troisième jour; peu après, elles devinrent muco-purulentes. 
La mort survint le treizième jour. 

A l'autopsie, on trouva dans les reins, les uretères et la 
vessie, des lésions plilegmasiques très accentuées ^ Dans un 
cas analogue rapporté par M. Brown-Séquard, d'après le doc- 
teur Maunder-, les urines furent trouvées alcalines également 
fort peu de temps après l'accident. Les faits de cette espèce 
sont très intéressants en ce qu'ils montrent qu'une lésion uni- 
latérale, très circonscrite de la moelle épinière, suffît pour dé- 
terminer une affection plus ou moins grave et plus ou moins 
généralisée des voies urinaires. 

Également dans la myélite aiguë spontanée, à débutbrusque, 
et dans l'hématomyélie, l'apparition d'urines ammoniacales, 
sanguinolentes, muco-purulentes, peu de temps après l'appa- 
rition des symptômes paralytiques, est un fait qui s'observe 
fréquemment. Ainsi les urines étaient déjà profondément alté- 
rées dès le cinquième jour dans le cas de myélite aiguë que 



1 Cas de W. Mullci'. Voir : Leçon IIIc, p. IR3. 
- Journal de physiolofjie, t. VI, p. 152, l,StJ3. 

Gharcot, t. I, 5e édil. 



130 ALTÉRATIONS DE l'lRINE 

nous avons cité cV après le docteur Duckworlh ^ ; dès le sixième 
jour dans celui de M. Joffroy '. Elles étaient aaimoniacales le 
quatrième jour, dans le cas du docteur GuU ' ; sanguinolentes 
le troisième jour, et purulentes le neuvième, dans un cas de 
M. Mannkopf^. 

Dans le cas d'hématomyélie publié par M. Duriau% l'urine 
était ammoniacale et contenait des caillots sanguins le qua- 
trième jour ; elle présentait le même caractère le sixième jour 
et devint peu à peu purulente, dans un fait rapporté par Olli- 
vier (d^Vngers), d'après Monod ^ et où il s^agit d une hémipa- 
raplégie consécutive à la présence d'un foyer hémorrhagique 
occupant une moitié latérale de la moelle épinière. Vous trou- 
verez, dans l'ouvrage de M. Rayer, la description des lésions 
souvent très profondes des reins, des bassinets et de la 
vessie, auxquelles doivent être rattachées ces altérations de 

l'urine '. 

Plusieurs des observations qui viennent d'être citées con- 
tiennent un renseignement dont l'importance ne saurait vous 
échapper. Il y est dit que les urines, jusque-là restées normales, 
sontdevenues, ainsi que je l'annonçais, ammoniacales, sangui- 
nolentes ou muco-purulentes, dans le temps même où les es- 
chares se développaient à la région sacrée, où la contractilité 

1 Leçon II Is p. 106. 

2 Id., p. 106. 

3 Id., p. 105. 

4 Berliner Klin. Wochem-hrift, t. I, no 1, 1864. 

5 Leçon IIlS p. 106. 

Ollivier (d'Angers), loc. cit., t. II, p. 177. 

- Ravci'. — Traité des maladies des reins, t. I, p. 530 et suiv. » D'.'iprcs mes 
observations », dit Rayer, « dans les maladies de la moelle ùpiniere, lorsque 
rurine contenue dans la vessie est alcaline, elle Test, non par l'effet d'une décom- 
position difficile à expliquer sans le contact de l'air, et dans un court laps de 
temps, mais bien par un vice de sécrétion des reins, qui doit être attribué, dans 
la plupart des cas, à une irritation inflammatoire de ces organes. — Relativement 
à la description dos altérations des voies urinaires consécutives aux affections 
aiguës de la moelle, consultez : Engleken, loc. cit., p.l2. - Mannkopf. Bcric/d 
veher die Versammlunq zu Uannover, p. 259. El Berlin. Klin. Woch., t. 1. Com- 
parez : Rosenstein. —Nierenkranklieiten, 2e édit., p. 287. Berlin, 187(i. 



ALIÉIUTIONS DE l'UR1>'E 131 

électrique commençait à s'affaiblir dans les muscles des 
membres paralysés \ 

Comment comprendre ce développement si rapide de lésions 
inflammatoires des voies urinaires à la suite des affections 
aiguës, spontanées ou traumatiques de la moelle épinière? 
Évidemment on ne saurait faire intervenir, ici, du moins 
comme élément pathogénique unique, ou même prédominant, 
la rétention paralytique des urines. Il n'est guère possible non 
plus d'accorder une grande valeur à l'opinion ^ qui attribuerait, 
en pareil cas, l'altération des urines à l'introduction de sondes 
malpropres et portant des vibrions. En effet, l'introduction des 
vibrions dans la vessie ne saurait être qu'une circonstance 
aléatoire, tandis que l'apparition d'urines ammoniacales, san- 
guinolentes et purulentes, dans le cours de la myélite aiguë, 
est, au même titre que la production des eschares, un fait pour 
ainsi dire régulier. 

L'insuffisance notoire des conditions pathogéniques que nous 
venons d'énumérer rend au moins fort vraisemblable une ac- 
tion directe du système nerveux dans la production de Faffec- 
tion des voies urinaires qui nous occupe. Celle-ci reconnaîtrait 
donc pour cause, comme d'ailleurs les autres lésions Irophiques 
qui se manifestent souvent en même temps qu'elle, l'irritation 
de certaines parties du^centre spinal et plus particulièrement, 
sans doute, de la substance grise. 



PARTIE THÉORIQUE. 

Messieurs, dans la série d'études qui précède, nous avons eu 
mamtes fois l'occasion de reconnaître que le développement des 

' Ollivler (d'Angers) avait déjà noté que, dans la paraplégie traumatique, c'est 
lorsque les urines s'allèrent de bonne heure qu'on voii les eschares se former 
rapidement à la région sacrée. (Loc. cit., t. II, p. 37.) 

2 Traube. — Mimk. Berliner Klin. Wochemch., p. 19, 18Gi. 



132 rAiniE théuiuolk 

Iroubles tropliiques survcnaiil à la suite des lésions du système 
nerveux n'est pas, au moins en général, — contrairement aune 
opinion très répandue — le résultat de l'absence d'action des 
diverses parties de ce système ; loin de là, ces affections se- 
raient, le plus souvent, la conséquence de l'irritation que subis- 
sent, dans certaines conditions, soit les nerfs périphériques, 
soit les centres nerveux eux-mêmes. Nous sommes ainsi en 
possession d'une notion dont l'importance est capitale pour le 
pathologiste, et vous entrevoyez facilement, sans qu'il soit 
nécessaire d'insister, les déductions pratiques auxquelles elle 
pourra conduire. 

Mais, il faut reconnaître, après cela, que cette notion toute 
empirique marque seulement le premier pas vers la connaissance 
scientifique des phénomènes que l'observation nous a permis de 
constater. Car si nous savons le mode de Taltération initiale 
ainsi que son siège, il reste à déterminer d'abord par quelle 
voie celle-ci retentit sur les parties périphériques. 

Évidemment ce retentissement se fait par la voie des nerfs, 
mais c'est là encore, au point de vue de la théorie, une donnée 
insufûsante. Il faudrait s'efforcer de préciser davantage et de 
rechercher quel est, dans cet ensemble complexe, physiologi- 
quement au moins, qu'on appelle un nerf, l'élément par lequel 
s'opère la transmission et aussi quel est le mécanisme de cette 
transmission. 

J'aborde la question que je viens de soulever avec la certi- 
tude à peu près absolue de ne pouvoir y répondre par des argu- 
ments rigoureux. Peut-être Feussé-je évitée, désireux de ne 
point vous faire perdre un temps précieux, si je n'étais con- 
vaincu qu'il importe tout au moins de montrer l'inanité d'une 
théorie qui prétend la résoudre et qui règne aujourd'hui à peu 
près sans conteste. 

Vous n'ignorez pas, Messieurs, le rôle considérable que, de 
nos jours, on a fait jouer aux nerfs vaso-moteurs dans Texpli- 



THÉORIE VASO-MOTRICE 133 

cation des phénomènes pathologiques. Je suis bien loin de 
vouloir méconnaître que bon nombre de ces phénomènes relè- 
vent, en effet, directement, soit de la dilatation, soit de la con- 
traction des petits vaisseaux déterminées par une influence 
nerveuse. Mais en ce qui concerne spécialement les troubles 
trophiques qui font l'objet de nos études, j'espère qu'il ne sera 
pas difficile de montrer dans une courte discussion que la 
théorie vaso-motrice est tout à fait insuffisante. 

Pour en arriver là, je suis amené à vous remettre en mémoire 
quelques-uns des faits expérimentaux qui ont dévoilé les fonc- 
tions de ces nerfs centrifuges dont les dernières ramifications 
vont animer la tunique musculeuse des petits vaisseaux. Je rap- 
peherai, en premier lieu, les phénomènes qui s'observent lorsque 
ces nerfs sont paralysés par le fait d'une section complète, par 
exemple. 

La section des nerfs vaso-moteurs a pour effet immédiat de 
produire une dilatation paralytique des vaisseaux auxquels ils 
se rendent ^ De là résulte un étatd'hypérémie dïlQ 7ieuro-pmYi- 
lytique qui a été surfont bien étudiée dans le cas de la section 
du nerf grand sympathique du cou, mais qui se retrouve avec 
des caractères à peu près identiques, à la suite d'un grand nom- 
bre de lésions des centres nerveux ou des nerfs périphériques. 
Les conséquences de cette hypérémie sont, à notre point de vue, 
particulièrement dignes d'intérêt. Vous savez que la partie ré- 
pondant au nerf sectionné présente une élévation relative de la 
température, qui paraît résulter uniquement de l'afflux d'une 
plus grande quantité de sang. Vous savez qu'en outre, dans 
toute l'étendue du territoire hypérémie, il semble se produire 
une exaltation des propriétés vitales de tous les éléments, de 
tous les tissus. Tout au moins les nerfs tan t sensitifs que moteurs, 

' Consultez, sur la physiologie et la pathologie des nerfs vaso-moteurs, les L^- 
çons sur Tappa^'eil vaso-moteui\ faites par M. le prof. Vulpian^ recueillies par 
G. Carville. Paris, 1875. (Noie de la 2e édition.) 



13i HYPÉRÉMIE NEUHO -PARALYTIQUE 

les muscles eux-mêmes deviennent-ils plus excitables* et ces 
derniers, après la mort, conservent plus longtemps que de cou- 
tume, la contractilité qui leur est propre -. Néanmoins, malgré 
ces conditions nouvelles, — et c'est là un point qu'il importe 
surtout de mettre en relief — l'accomplissement des actes inti- 
mes de la nutrition ne paraît modifiée en rien d'essentiel. Ainsi 
dans les expériences de M. 011ier^ conformes à celles de M. Cl. 
Bernard, on ne voit point chez les jeunes animaux après la sec- 
tion du grand sympathique au cou, survenir: soit une accéléra- 
tion, soit une exagération dans l'accroissement des parties de la 
face soumises, même pendant plusieurs mois, à Thypérémie 
neuro-paralytique. Il ne paraît pas non plus que cette hypérémie, 
quelque intense et quelque prolongée qu'elle puisse être, ait 
jamais pour effet, — à moins de circonstances toutes particulières 
qui serontmentionnéesplusloin —de déterminer par elle-même 
le développement d'un travail inflammatoire, et si l'expérimen- 
tateur intervient à l'aide d'agents capables de provoquer l'in- 
flammation, le processus morbide déterminé par cette influence, 
évolue dans les parties hypérémiées, comme dans les condi- 
tions normales : il n'offre pas de caractères spéciaux, si ce 
n'est, toutefois, que les parties lésées tendent à se réparer 
plus promptement. 

A la vérité, relativement à ces derniers points, M. Schiff pro- 
fesse une opinion bien différente. Il affirme, en effet, que les 
altérations de luitrition naissent dans les parties hypérémiées 
par le fait de la paralysie des vaso-moteurs, sous Finfluence du 
plus léger irritant mécanique local * et que Finflammation revêt 



1 Brown-Séquard, — Lectures on Phijsiolorji/ and Pathology. Pliiladelphia, 
1860. 

2 Brown-Séquard, loc. cit. — Joseph, in Centralblatt, 1871, n'' 4G. 

3 Ollier. — Journal de physiologie^ t. VI, p. 108. 

'" Schifî. —Physiologie delà digestion, t. I, p. 235. — Lezioni di fisiologia- 
Pirenze, 1866, p. 3o. 



UYPÉRÉMIE NEURO-PARALYTIOUE 135 

là facilement le caractère destructif ^ Mais il se trouve à cet 
égard en contradiction formelle avec la majorité des obser- 
vateurs, entre autres avec MM. Snellen, Vircliow ^ et 0. 
Weber \ 

Tout récemment encore, M. Sinitzin, après l'extirpation du 
ganglion cervical supérieur d'un côté, aurait vu Tintroductiou 
d'un petit fil de verre dans la cornée de ce môme côté ne pro- 
duire qu'une réaction inflammatoire très légère, parfois même 
à peine sensible ; tandis que, du côté opposé, chez le même ani- 
mal, l'introduction du fil déterminait, au contraire une inflam- 
mation des plus vives avec infiltration purulente de la cornée, 
iritis, panoplitalmie, etc. ^ M. Claude Bernard avait d'ailleurs 
fait remarquer depuis longtemps déjà que l'ablation du ganglion 
cervical supérieur paraît retarder l'apparition des désordres de 
nutrition que détermine quelquefois dans l'œil la section de la 
tV paire ^ et, dans ses expériences, M. Sinitzin est arrivé aux 
mêmes résultats. Vous voyez d'après cela que, contrairement à 
l'opinion de M. Schitf, l'iiypérémie neuro-paralytique ne crée 
pas, dans les parties où elle siège, une disposition particulière 
à la production des troubles trophiques : il semble même qu'au 
contraire ces parties soient rendues plus résistantes à l'action 
des causes de désorganisation et que les désordres qui s'y 
produisent y soient plus vite réparés. 

Chez l'homme, à cet égard, les choses semblent ne pas diffé- 
rer de ce qu'elles sont chez les animaux ; du moins, on a vu 
plusieurs fois l'hypérémie neuro-paralytique persister pendant 
longtemps sur une partie du corps, à la face par exemple, sans 
qu'il s'en soit jamais suivi aucun trouble de la nutrition. 
M. Perroud a réuni un certain nombre de cas de ce genre dans 

1 Schiff. — Dif/estion, t. II, p. 423. 

2 Virchow. — Cell.patholog., 4^ édition, p. 158. 
■■'' 0. Weber. — Centralblatt, 186i, p. 148. 

^' Sinitzin. — Centralblatt, 1871, p. 161. 

■> ni. Bernard. — Système nerveux, i. II. p. 65, 1865. 



-130 UYI'ÉHÉMIE NEURO-PARALYTIQUE 

un mémoire lu, en 1864, à la Société de médecine de Lyon ; 
il suffit d'ailleurs de parcourir les nombreux travaux qui ont été 
publiés dans ces dernières années sur les Angioneuroses^ pour 
reconnaître que les troubles de nutrition sont un accompa- 
gnement plutôt rare de Thypérémie neuro-paralytique. 

Un nouvel argument peut être invoqué en faveur de la thèse 
que nous soutenons : L'élévation de la température, constatée 
à l'aide du thermomètre, est, nous l'avons dit, un phénomène 
indissolublement lié à l'existence des hypérémies partielles 
de cause neuro-paralytique. Cette hyperthermie locale de- 
vrait nécessairement exister dans les parties oii se mon- 
trent les lésions trophiques que nous avons décrites, si 
celles-ci relevaient réellement le Thypérémie neuro-para- 
lytique. Or, cela n'a pas lieu, d'une façon générale au moins. 
Si une élévation marquée de la température a été plusieurs 
fois constatée sur les régions du corps oîi se développait 
une éruption de zona consécutive à la névralgie ou à la né- 
vrite', on peut dire cependant que les lésions irritatives des 
nerfs périphériques, dans les conditions oii elles déterminent 
ordinairement les troubles trophiques, paraissent s'accompa- 
gner plutôt d'un abaissement du chiffre thermique. Cet abais- 
sement a pu être observé à toutes les périodes de l'affection du 
nerf; on l'a constaté aune époque voisine du début-, plus 
souvent dans les périodes avancées \ Pour ce qui a trait aux 



1 Horner, cité par 0. Wyss. [Avchiv der Heilkunde, 1871; voir la note p. o63.) 
— Gharcot, Néoralr/ie du nerf cubital. Éruptions de Zona sur le trajet du nerf 
affecté: examen thermométrique, dans la thèse de Mougeot. Paris, 1869, p. 111. 

2 Folet. — Cas de contusion du plexus brachial, observé par M. Lannelongne. 
{Étude sur la température des parties paralysées. Paris^ 1867, p. 7.) 

3 Ilutchinson, loc. cit. — Earle, in Med. chir. Transact., vol. VII, p. 173, 
1816; — Yellowly, ù/., t. 111; — W.-B. XVoodman in Sydenham Soc. Tans- 
lation of Wundeilich : On température in Diseuses, p. 132: — W. Mitchell, hi- 
juries of Nerves. Philadelphia, 1S72, p. 175. Dans deux cas de plaie du nerf avec 
fjlossy skin, la région occupée parla lésion trophique était de 1 a 2 degré plus 
chaude que la régiou correspondante du membre sain. Mais au-dessus de ce 
point, le thermomètre marquait sur le membic malade un degré de moins que sur 



IIYI'ÉKÉMIE NEURO-PARALYTIQUE 137 

lésions spinales, il est vrai que parfois les membres sur lesquels 
se développent les troubles trophiques — atrophie musculaire 
rapide, éruptions huileuses, eschares, — accusent une élévation 
plus ou moins prononcée delà température '. Mais d'autrefois, 
le plus souvent peut-être, ce phénomène fait défaut ; il en est 
ainsi dans la myélite partielle -, et dans la paralysie infantile ^ 
il en est de même dans les cas à évolution lente, comme l'a- 
trophie musculaire progressive, par exemple \ Vous voyez, 
d'après ce qui précède, que les troubles trophiques liés aux 
lésions irritatives des centres nerveux se trouvent, au moins 
dans un bon nombre de cas, dégagés de l'élévation de la tempé- 
rature qui devrait, je le répète, nécessairement se montrer tou- 
jours présente, s'ils reconnaissaient en réalité pour origine 
l'hypérémie consécutive à la paralysie des nerfs vaso-moteurs. 
L'hypérémie neuro-paralytique et la production des troubles 
trophiques sont donc, dans les conditions communes, des phé- 
nomènes indépendants l'un de l'autre. Mais, comme nous le 
faisions pressentir tout à l'heure, il est telle circonstance oii, 
contrairement à la règle ordinaire, la nutrition locale peut 
éprouver une atteinte sérieuse, par le seul fait que la partie se 
trouve soustraite à l'innervation vaso-motrice: c'est, l'expéri- 
mentation le démontre, lorsque l'organisme tout entier est 
soumis à l'influence de causes puissantes de débilitation. Ainsi, 
un animal vigoureux a depuis longtemps subi, d'un côté, la 
section du grand sympathique au cou ; cependant, jusque-là, la 
nutrition n'a nullement souffert dans les parties qui répondent à 



le membre sain. — H. Fischer. Uebev trophi^che StœningenJiach Nervenverlet- 
zungen an de7i Extreiniidten'in Berlin. K lin. \Voche7isch., I87t, n" 13. La tempé- 
rature des membres sur lesquels se produisent les troubles trophiques les plus' 
divers est d'abord plus élevée que sur les membres sains ; plus tard elle est rela- 
tivement abaissée, mais il y a beaucoup d'exceptions à cette règle. 

1 Levier, dans un cas d'hématomyélie, ioc. cit. 

•2 Mannkopf, Ioc. cit. 

3 Duchenne (de Boulogne), Ioc. cit. ;3e édition, p. 398. 

4 Landois und Mosler, in Beriincv Klinisch. Woc/iensch.., 1868, sa. 43. 



138 HYPÉRÉ.MIE NEURO-PARALYTIQUE 

la distribution périphérique du nerf coupé. L'animal tombe ma- 
lade ou on le prive de nourriture : alors le tableau change tout 
à coup, et Ton voit, dit M. Claude Bernard, des phénomènes 
inflammatoires se développer sur le côté de la face correspon- 
dant à la lésion expérimentale ; de ce côté, môme sansl'inter- 
vention d'un agent extérieur quelconque, la conjonctive, la 
membrane pituitaire, entrent rapidement en suppuration \ Il 
est permis de supposer que les animaux chez lesquels M. Schiff 
a vu des lésions trophiques survenir consécutivement à Thypé- 
rémie neuro-paralytique, sous l'influence du plus léger irritant 
mécanique, se trouvaient dans les conditions de débilitation 
signalées par M. Claude Bernard. Chez l'homme, le même con- 
cours de cironstances devait nécessairement déterminer des 
efîets analogues à ceux observés chez les animaux et Ton peut 
se demander si quelques-uns de nos troubles trophiques ne se 
produisent pas en réalité de cette façon. Tel est peut-être le cas 
du décubitus aigu des apoplectiques ; ici, en effet, l'état géné- 
ral est des plus fâcheux etl'eschare fessière occupe précisément 
le côté du corps qui, en vertu de la paralysie motrice, présente 
une élévation relative de la température, évidemment liée à 
l'hypérémie vaso-motrice -. Quoiqu'il en soit, cette interpréta- 
tion pathogénique ne saurait avoir qu'une application très 
limitée, car le décubitus aigu par lésion des centres nerveux 
peut se produire dans maintes circonstances, à la suite des lé- 
sions hémilatérales de la moelle épinière, par exemples, sur 
des parties du corps oii l'innervation vaso-motrice n'est pas vi- 
siblement affectée et en dehors de tout symptôme révélant une 
dépression profonde de l'organisme. 
• Il y a lieu de rechercher maintenant si l'irritation des nerfs 



1 Cl. Bernard. — Phy.nologie du système ncrveur^ t. II, p . o].j. Paris, i85S. 
Med. Times and Gazette, p. "Ï9, t. 11, 1861. 

2 Leçon IIlS p. 90. 

3 Leçon 111% p. lOo 



IRRITATION DES NERFS VASO-MOTEURS 139 

vaso-moleurspeiit rendre compte des phénomènes que n'expli- 
quent pas laparalysie de cesmêmes nerfs. Prenons d'abordrirri- 
tation expérimentale. L'ischémie partielle, plus ou moins accen- 
tuée, tel est le résultat le plus saillant de cette irritation; elle 
peut être poussée assez loin pour qu'unepiqûre pratiquée à la 
peau ne donne pas même une goutte de sang ^ Les parties 
danslesquelles le spasme vasculaire entrave ainsi la circulation, 
pâlissent et se refroidissent; l'activité vitale s'y amoindrit; 
l'excitabilité des muscles, celle des nerfs, descendent au-dessous 
du taux normal". On est naturellement porté à croire que des 
lésions nutritives profondes, accusées dans le sens de la nécro- 
biose ou du sphacèle, devraient nécessairement résulter de la 
prolongation d'un tel état. Mais il importe de remarquer qu'il 
s'agitlà, ordinairement, d'un phénomène temporaire, persistant 
au plus pendant quelques heures. Car, par le fait même de la 
prolongation de l'irritation, l'activité du nerf semble s'épuiser 
et l'hypérémie^ en général, succède bientôt à l'anémie Moute- 
fois, en reproduisant à de courts intervahes l'irritation des 
nerfs vaso-moteurs, on peut réussir à faire prédominer durant 
un certain temps l'état d'ischémie. Je ne crois pas pourtant 
que, par ce procédé, on soit parvenu jamais à produire expéri- 
mentalement une lésion trophique quelconque. M. 0. Weber 
qui, à l'aide d'un appareil ingénieux, dit avoir obtenu, pendant 
près d'une semaine, une irritation du grand sympathique cer- 
vical, pour ainsi dire permanente et marquée par un abaisse- 
ment de 2° C, n'a pas vu survenir, dans le côté correspondant 
de la face, la moindre trace d'un trouble de nutrition ^. Les faits 
relatifs à la pathologie humaine témoignent dans le même sens. 
Ainsi, il n'est pas rare de rencontrer dans certains casd'rt?z^/o- 



' Bi'own-Séquai'd. — Cowse of Lectures, etc., p. 147, Philadelphia. 

2 Brown-Séquard, loc. cit.,]). 142. 

3 Waller. — Proc. lio;/. Soc, Londoii, vol. II, 1S60-72, p. 80 et scq 
''' 0. XVeber. — Centmlhlatt, no 10, 186i, p. 147. 



140 ISCUÉMIE CONSÉCUTIVE — .NERFS DILATATEURS 

iieiiroses, chez les hystériques par exemple, une ischémie par- 
tielle Lrès prononcée el très persistante: les (roubles trophiques 
ne se monlrent cependant jamais en pareil cas \ Quant aux faits 
de gangrène spontanée qui ont été rattachés à un spasme vas- 
culaire, ils n'auraient pas, si j'en juge d'après mes observations, 
la signification qui leur a été prêtée, car, dans tous les cas de ce 
genre qu'il m'a été donné de rassembler, j'ai trouvé le calibre 
des vaisseaux rétrécipar le fait d'une altération des parois arté- 
rielles ou obstrué par un thrombus -. 

D'après tout ce qui précède, ce n'est pas, vous le voyez, à 
une affection, soit paralytique, soit irritative des nerfs vaso- 
moteurs proprement dits qu'il faudrait rapporter l'apparition 
des troubles trophiques qui surviennent en conséquence de 
lésions du système nerveux. 

L'expérimentation physiologique, dans ces dernières années, 
a fait connaître l'existence de filets nerveux centrifuges dont 
l'irritation a pour effet de produire la dilatation des vaisseaux 
et conséquemment Thypérémie de la région dans laquelle ces 
nerfs se dislribuent. Tandis que l'irritation des nerfs vaso-mo- 
teurs ordinaires produit l'ischémie, celle des nerfs dilatateurs 
détermine au contraire une hypérémie plus ou moins vive. 

La corde du tympan peut être considérée, à l'heure qu'il est, 
comme le prototype des nerfs dilatateurs. Mais des nerfs doués 
de propriétés semblables existent à la face ^, dans le pénis ''% 
dans l'abdomen ^. Il en existe vraisemblablement encore sur 
bien d'autres points du corps. 



1 Liégeois. — Société de Biologie, année 1S59, p. 274. — Cbapcot, in Mouvc- 
menl médicnl, 1872, nos 2o et 26; l'^ série, n» 1, nouv. série. 

2 Voir la tlièse de M. Benni. — Recherches sur quelques points i(e la fjan- 
fjrène spontanée. Paris, 1S67, obs. V, XI, XXII. 

Cl. Bernard. — Revue scientifique, t. Il, 2" série, 1872. — Scliiiï. — Di- 
gestion, t. I, p. 232. 

'î Nerfs érecteurs d'Eckliard : Beitra//e zur Anat. und Phijs., t. II. — 
Leven, Bericht der Sachs. Ges., 186G. 
Cl. Bernard, loc. cit. 



NERFS SÉCRÉTEURS i41 

On est loin d'elre fixé relalivemont au mode d'aclion de ces 
nerfs. Voici comment, dans lliypolhèse adoptée par M. Cl. Ber- 
nard, il feut expliquer Tafflux du sang artériel, si remarquable, 
qui se fait dans la glande sous-maxillaire, sous Tinfluence de la 
corde du tympan. Suivant Téminent physiologiste, Tirritalion 
de ce nerf se transmettrait aux petits amas ganglionnaires qui 
sont distribués en grand nombre sur les extrémités nerveuses 
intra-glandulaires. Ceux-ci réagiraient à leur tour par une sorte 
à' interférence nerveuse ' sur les filets nerveux du grand sym- 
pathique, nerf constricteur des vaisseaux, dontils paralyseraient 
l'action. Ainsi, la corde du tympan, et il faudrait, sans doute, en 
dire autant de tous les autres nerfs dilatateurs, jouerait, à l'égard 
des nerfs vaso-moteurs, à peu près le rôle d'un nerf d'arrêt. Par 
conséquent, vous le voyez, le résultat de l'action des nerfs dila- 
tateurs, ne serait, en définitive, d'après la théorie, que la para- 
lysie vaso-motrice. Or, s'il est vrai que la paralysie vaso-mo- 
trice, alors même qu'elle est poussée très loin, comme cela a 
lieu par exemple dans le cas de la section complète des nerfs 
vaso-moteurs, n'est pas la cause des troubles trophiques, il ne 
saurait évidemment en être autrement de cette môme paralysie 
produite sous l'influence de l'excitation des dilatateurs. Mais, 
ainsi que vous allez le reconnaître plus loin. Messieurs, le mode 
d'action des nerfs dilatateurs peut être envisagé à un point de 
vue tout différent. 

Je vous rappellerai les expériences fondamentales de Lud- 
wig relatives à l'influence de certains nerfs sur la sécrétion de 
la glande sous-maxillaire " ; malgré les critiques qui ont été 
faites des conclusions que ce physiologiste célèbre a tirées de 
ses expériences, ces conclusions ne paraissent pas avoir été 



' Cl. Bernard, loc. cit., p. 204. 

2 Ludwig-. — Mitth. der Zurich. Natu?'forsch.\8ï,\. — Zcilsclir. f.ral.med. n., 
f.,Bd. 1, p. 255.— Wiener med. Wochenschr., 1S60, X, n» 28, p. 483. Voir aussi 
les travaux publiés par Ludwig en collaboralion avec Bêcher, Kahn, Gianuzzi. 



[A2 HECUEHCUES DE LUDWIG 

ébranlées. Je vous demande la permission d'enlrer à ce propos 
dans quelques détails ; cela est tout à fait nécessaire pour le 
but que nous nous proposons. 

Lorsque Ton irrite le bout périphérique dunerfquise rend à 
la glande sous-maxillaire, nerf fourni, on le sait aujourd'hui, 
par la corde du tympan, on observe les phénomènes suivants : 
il se produit une sécrétion de salive très abondante ; la quantité 
peut en être si grande que, dans un court espace de temps, le 
volume de la salive rendue dépasse de beaucoup celui de la 
glande. Ce premier fait démontre qu il ne s'agit pas ici, tout 
simplement, d'un i)hénomène d'excrétion, d'expulsion de la 
sahve préalablement sécrétée. 

D'après les vues de StiUing et de Henle, dominantes h l'épo- 
que 011 Ludwig a fait connaître ses premières recherches, on 
pouvaitêlre tenté d'expliquer le phénomène sur lequel j'appelle 
votre attention, en admettant que le nerf glandulaire arrêté agit 
sur les veines de la glande et les fait se contracter. L'augmen- 
tation de la tension du sang consécutive à la contraction vei- 
neuse serait, dans cette hypothèse, la cause de l'accroissement 
de la sécrétion salivaire. Mais Ludwig a montré que la ligature 
des veines, sans irritation concomitante du nerf glandulaire 
n'augmente pas la sécrétion de la salive. Cette seconde hypo- 
thèse doit donc être éliminée, elle aussi. 

Mais peut-être l'irritation du nerf glandulaire qui a, vous le 
savez, pour effet d'amener la dilatation des artères, délermine- 
t-elle la sécrétion, par ce seul fait qu'elle exagère momentané- 
ment dans la glande l'afflux du sang artériel. Cet argument 
est invalidé par le résultat d'une expérience de Ludwig, laquelle 
montre que, pendant l'irritation du nerf, la pression manomé- 
trique dans le canal de Wharton est supérieure à la pression du 
sangdans les conduits artériels. D'ailleurs, l'hypersécrétion sa- 
livaire par irrilalion de la corde du tympan se manifeste encore 



HKCIIKHCIIKS DK LUDWIG 143 

après la ligalurc dos artères qui se rendent à la glande, sur un 
animal lue dliémorrhagie ou même sur une tête détachée du 
corps. Ajoutons enfin ce fait très remarquable que la salive et 
le sang veineux qui sortent de la glande sous-maxillaire, dans 
le temps où le nerf glandulaire est soumis aux excitations, 
présentent, comme Font montré MM. Ludwig et Spiess \ 
une température plus élevée que le sang artériel entrant dans 
la glande -. 

D'après l'ensemble de ces résultats, il paraît évident que Tin. 
fluence du système nerveux sur la sécrétion sous-maxillaire ne 
peut être expliquée par de simples phénomènes de dilatation ou 
de constriction des vaisseaux, et l'on est amené à reconnaître 
que le nerf glandulaire possède une double propriété puisqu'on 
outre de son influence sur les vaisseaux dont il détermine la 
dilatation, il exerce une action immédiate sur les parties de la 
glande qui accomplissent le phénomène cliimique de la sécré- 
tion, ou, autrement dit. sur les cellules sécrétantes. Cette in- 
fluence du nerf sur la sécrétion semble être d'ailleurs le fait 
fondamental, car elle se manifeste, en conséquence des excita- 
tions, alors môme que les effels de la dilatation vasculaire con- 
comitante se trouvent annihilés. Comme, d'un autre côté, il ne 
paraît pas qu'on puisse, expériuientalement, supprimer isolé- 
ment l'action sécrétoire, Faction dilatatrice persistant seule % il 



i Ludwig iind Spiess. — SifztmgsLer. d. v. ak. Math. Cl., 1857. B. d. 
XXV, p. 584. 

2 Voir à ce propos une leçon de M. Vulpian, publiée dans la Revue des 
cours scientifiques. 3^ année, 1865-1866, p. 741. 

3 Par des expériences toutes récentes, M. Heidcnhain serait arrivé cependant 
ù démontrer que, dans la corde du tympan, des fibres nerveuses différentes son 
afTectées à la sécrétion et à la circulation de la glande sous-maxillaire. Il aurait 
vu chez des chiens curarisés, après l'injection dans la veine jugulaire, d'une dose 
d'atropine capable de paralyser complètement le filet cardiaque du nerf vague, 
que l'excitation de la corde du tympan ne déterminerait plus la moindre sécré- 
tion. Néanmoins, il y avait une accélération du courant veineux sanguin, laquelle 
ne dilTérait pas notablement de Taccélération déterminée par l'irrilation de la 
corde, avant l'empoisonnement. [Archives de phijsiola;/ie, 4 juillet 1872.) 



144 TIIKOHIE DE l'aTTHACTIO-X 

est permis de supposer que celle-ci dérive de celle-là, à lilre 
de conséquence plus ou moins directe. 

Il y avait donc lieu de rechercher quel peut être le lien qui 
rattache à Texcitation des éléments sécréteurs déterminée par 
Texcitation du nerf, Thypérémie qui suit cette excitation. Plu- 
sieurs physiologistes ont pensé qu'il s'agit ici d'une attraction 
que les éléments sécréteurs de la glande exerceraient sur le 
sang; <( de sorte qu'à la force connue jusqu'à ce jour comme 
aidant le retour du sang en circulation vers le cœur et que l'on 
nomme vis à tercjo, il faudrait ajouter une nouvelle force 
rétractive en corrélation avec la nutrition intime des éléments, 
force que plusieurs auteurs ont appelée vis à f route '. » Est-ce 
là une conception purement théorique, sans appui expérimen- 
tal, et destinée seulement à masquer notre ignorance ? 11 n'en 
est rien; caries travaux de H. Weber, Schuler, Lister, etc. % 
renferment de nombreux faits expérimentaux propres à mettre 
en lumière cette attraction que les tissus peuvent exercer, 
dans de certaines conditions, sur le sang en circulation. Je 
citerai deux faits de ce genre pris pour exemples, et dans les- 
quels le phénomène peut être étudié en dehors de toute in- 
tervention du système nerveux. Je les emprunte à une leçon 
professée au Muséum par M. Yulpian, sur la théorie des sé- 
crétions ^ 

Si Ton coupe tous les nerfs d'un membre sur une grenouille, 
et si l'on détermine ensuite une excitation en plaçant une gout- 
telette d'acide azotique sur la peau d'une des lames membra- 
neuses interdigitales, il se produit en ce point, au bout d'un 
certain temps, une congestion plus ou moins vive. Le second 
fait est péremptoire: l'œuf, au quatrième jour de l'incubation, 
présente une vascularisation très net!e de la membrane ombi- 



1 Viilpian. — Hcmie des cours scient ifiqws, l. lll. p. li't. 
•-i X^oii' 0. Weber. — IJandhach der Chinc-r/te, t. I, p. 11 L 
^ Vulpian, loc. cit , p. 7i3. 



IRRITATION DES NERFS GLANDULAIRES 145 

licale. En ce moment, il ne saurait être question de la moindre 
influence nerveuse. Si Ton place une gouttelette de nicotine sur 
un des points de Taire vasculaire, il se fait autour de ce point 
une vascularisation tellement abondante que presque tout le 
sang vient s'y rendre. A la vérité, cette hypérémie, cette stase 
par irritation des tissus se présente, au premier abord, avec je 
ne sais quels dehors d'une conception métaphysique. Mais il y a 
longtemps qu'on a cherché à donner du phénomène une inter- 
prétation fondée sur les données physico-chimiques. Ainsi, dès 
1844, M. Draper ' avait rappelé que lorsqu'un tube capillaire 
contient deux liquides de nature différente, si l'un des liquides 
a plus d'affinité chimique pour la paroi du tube que l'autre 
liquide, il s'ensuit un mouvement, lequel s'opère de telle façon 
que le liquide dont l'affinité chimique est le plus intense pousse 
l'autre devant lui. Le sang artériel ayant plus d'affinité pour les 
tissus que le sang veineux saturé des produits de désintégra- 
tion, il doit s'ensuivre que le sang veineux sera repoussé. Il 
suffirait, dans cette hypothèse, pour accroître l'intensité du 
mouvement, d'activer le processus chimique de la nutrition, 
et c'est ici que pourrait intervenir Faction des nerfs. Les phé- 
nomènes de stase ont pu être expliqués d^une façon analogue, 
en faisant appel aux lois de l'osmose (stase sanguine par dif- 
fusion) ^ 

Quoi qu'il en soit, quelle que puisse être l'interprétation du 
phénomène, l'attraction que les tissus soumis à l'influence do 
certains agents exercent sur le sang, est, vous le voyez, un fait 
constaté expérimentalement, en dehors de l'action du système 
nerveux. Pour appliquer maintenant cette donnée au cas de 
la glande sous-maxillaire, il suffit de reconnaître que le nerf 
glandulaire, soumis aux excitations, amène dans les cellules 



1 Draper. — A treatise on the Forces loJiich produce, etc. New- York, 1844. — 
Savory. — Brislish and foreign Review, t. XVI, 1855, p. 19. 

2 0. Weber, lac. cit. 

Ch ARGOT, T. I, 56 édit. 10 



146 IRRITATION DES NERFS GLANDULAIRES 

sécrétantes une modification de la nutrition in lime : c'est en 
conséquence de ce changement qu'aurait lieu la dilatation vas- 
culaire. 

L'anatomie semble, du reste, jeter un jour nouveau sur la 
question en montrant que les terminaisons des nerfs glandu- 
laires pénètrent jusque dans les cellules sécrétantes '. M. Hei- 
denhain a même essayé de démontrer que la glande, dont les 
nerfs sont soumis à une irritation un peu prolongée, présente 
une constitution histologique différente, à quelques égards, de 
celle qu'offre la glande à l'état de repos. Les cellules anciennes 
dites muqueuses, paraissent, en effet, après l'irritation, rempla- 
cées par des cellules jeunes, de formation récente ^ Si les vues 
de M. Heidenhaiii venaient à être confirmées, il faudrait attri- 
buer au nerf une influence pour ainsi dire directe sur le déve- 
loppement des cellules glandulaires^. 

L'hypothèse qui vient d'être formulée, à propos des nerfs 
sécréteurs, peut s'étendre suivant toute vraisemblance aux 
autres nerfs, dans lesquels l'expérimentation physiologique a 
révélé la propriété de déterminer la dilatation des vaisseaux 
sous l'influence des excitations. Ces nerfs agiraient primitive- 
ment sur les éléments intervasculaires et y activeraient le mou- 
vement de composition et de décomposition nutritives. La dila- 
tation vasculaire s'ensuivrait, à titre de phénomène consécutif. 
A l'appui de cette vue, on peut invoquer, ici encore, les ensei- 
gnements de l'anatomie qui, dans ces derniers temps, serait 



1 E.-F.-W. Vûûgev. — Das Nervengewebe der Speicheldrnse/iin'S. Sirickers 
Hufidbiich, t. I, p. 313. 

2 Heidenhain. — Studien des physiologischea Instituts^ 3° Breslau, 1868, et 
Scricket-'s Handbuch, Iqc. cit., p. 330. 

•^ Suivant M. Ranvier {Traduction de Fvey, p. 437) fil M. Ewald [Jahresber. , 
t. I, 1870-187;, p. 5o) les résultats oblenus parM. Ileidenhain doivent être 
interprétés ainsi qu'il suit : Sous rinfluence de Tiri-itation des nerfs S'iandulaires, 
les cellules dites muqueuses perdraient tout simplement leur contenu de mucus 
et reprendraient l'aspect des cellules glandulaires pariétales. 11 n'y aurait donc 
pas ici, comme lèvent M. Heidenhain, formation de cellules nouvelles. 



TJIÉORIE DES NERFS ÏROPHIQUES 147 

parvenue à suivre, au moins chez la grenouille, des terminai- 
sons nerveuses jusque dans les nucléoles des corpuscules de 
la cornée, et les cellules conjonctives de la membrane cligno- 
tante ^ 

Il y a longtemps que M. Brown-Séquard a proposé cette inter- 
prétation - et M. Sckitr semble s'y rattacher lorsqu'il reconnaît 
que u la dilatation active paraît être étrangère aux tuniques 
propres des vaisseaux et s'efTectuer par l'intermédiaire des lis- 
sus intervasculaires '^ ». 

L'excursion que nous venons de faire dans le domaine physio- 
logique avait pour but de recueillir, chemin faisant, des docu- 
ments que nous pouvons maintenant mettre à profit. 11 s'agit en 
effet d'arrêter un instant votre attention sur la théorie dite des 
nerfs trophiques ^v\, vous le savez, à défaut des aulres hypo- 
thèses reconnues insuffisantes, a été quelquefois invoquée pour 
expliquer laproduclioii des lésions de nutrition développées par 
une influence du système nerveux. Or, dans cette théorie, telle 
du moins que l'a formulée M. Samuel, les nerfs supposés 
seraient pour ainsi dire construits sur le modèle des nerfs sé- 
créteursence sens que,àrexemple de ceux-ci, ils exerceraient, 
dans les conditions normales, une influence directe sur la nu- 
trition des parties oii l'on suppose que leurs terminaisons ul- 
times vont se rendre. Leur rôle physiologique serait non pas 
d'opérer directement, mais d'activer, dans la profondeur des tis- 
sus, les échanges qui constituent l'assimilation et la désassimi- 
lation élémentaires, de même que le rôle des nerfs sécréteurs 
estde mettreenjeu dansles cellules glandulaires une propriété 

1 Voir Khune : in Gaz. heldo-in., t. IX. noi:j, iS6-^', — Lig'manii. — Kndigumj 
dev Nerven im eigentlichen Gewebe und im hinteren Epithei dev Uornhaut des 
Frosches^'m Virchow''i Archic, 38^ Bd., p. 118, 1869 ; — Ebert, in Archio fur 
Micros. Anat.Mù. III. 

- Bi'own-Séquard. — lîesearches on Epilepsy, p. 70. — Central Nervous Si/s- 
f.em, pp. UH, 172, 17 i. 

3 M. Schiiï. — Leçons sur la digestion, t. I, p. 256. 



148 TnÉORlE DE M. SAMUEL 

immanente, tout à fait connexe aux phénomènes de la nutri- 
tion intime. On ne méconnaît donc nullement l'autonomie des 
éléments anatomiques dans Taccomplissement des actes nutri- 
tifs ; on propose seulement d'envisager les nerfs tropliiques, 
comme formant, par leur ensemble, un appareil de perfection- 
nement propre aux organismes supérieurs. 

Yoilà pour le côté physiologique. En ce qui concerne main- 
tenant les apphcations à l'interprétation des phénomènes pa- 
thologiques, il est aisé de concevoir qu'un résultat fréquent 
d'une irritation morbide produite sur des nerfs doués de pa- 
reilles propriétés serait de porter le trouble dans la nutrition 
intime des parties innervées et d y provoquer, à l'occasion, le 
développement consécutif d'un processus inflammatoire. La 
suppression d'action de ces nerfs n'aurait, au contraire, d'autre 
effet que d'amoindrir l'intensité du mouvement nutritif, et 
V atrophie circonscrite est citée comme un exemple des trou- 
bles tropliiques qui peuvent survenir de cette façon. 

Ce sont là les traits généraux de la théorie ; pour ce qui est 
des détails, il était à prévoir qu'une hypothèse créée par le be- 
soin d'expliquer des phénomènes encore peu connus, insuffi- 
samment étudiés à l'époque oii elle a été émise, devait vieillir 
rapidement. Cela est arrivé en effet : on ne saurait admettre 
aujourd'hui, par exemple, que les nerfs trophiques ont tous leur 
origine centrale dans les ganglions spinaux postérieurs ou dans 
les ganglions analogues des nerfs crâniens, car les cas sont 
nombreux, ainsi que vous l'avez vu, oii une lésion siégeant 
dans les parties centrales de la moelle épinière, ou même dans 
l'encéphale, provoque l'apparition de troubles trophiques 
dans les parties périphériques. 11 faudrait aussi tenir grand 
compte, à l'avenir, des faits, inconnus dans le temps oii le livre 
de M. Samuel a paru, et qui mettent hors de doute l'influence 
des lésions des cellules nerveuses antérieures sur le dévelop- 
pement des diverses espèces de myopathies. 



CRITIQUE DE LA THÉORIE 149 

Je n'ai jamais partagé le dédain a\ec lequel la théorie qui 
vient d'être brièvement exposée a été presque naturellement 
accueillie. Il m'a toujours paru que, malgré ses imperfections, 
elle était digne d'être recommandée à l'attention des médecins 
parce qu'elle explique mieux, ce me semble, les phénomènes 
qu'ils sont appelés à observer dans la pratique, que toutes les 
autres hypothèses invoquées jusque-là. Je suis bien loin de 
vouloir méconnaître, toutefois, la portée des objections qui lui 
ont été opposées. En premier lieu, l'existence des nerfs trophi- 
ques n'est pas, cela est certain, démontrée anatomiquement; il 
faut reconnaître de plus, que la plupart des expériences insti- 
tuées sur les animaux par M. Samuel, dans le but de mettre en 
lumière l'existence de ces nerfs, n'ont pas été heureuses. Les 
unes, reprises par d'autres observateurs, n'ont pas reproduit 
jusqu'ici les résultats annoncés ; les autres ont dû être aban- 
données comme entachées de nombreuses causes d'erreur ^ 
Mais tous les arguments dirigés contre la théorie n'ont pas 
autant de valeur que les précédents. Si l'on vouhiit condamner 
par exemple, Thypothèse des nerfs trophiques par ce seul fait 
qu'elle est inutile en physiologie, je ferais remarquer que l'utihté 
des nerfs sécréteurs n'a été reconnue qu'après coup. On serait 
nécessairement conduit à reconnaître aussi celle des nerfs tro- 
phiques, si l'expérimentation venait quelque jour se pronon- 
cer en leur faveur. Il est difficile de croire, d'un autre côté^ 
que le rôle joué par les nerfs sécréteurs soit absolument spéci- 
fique et sans autre exemple dans l'organisme. A ces nerfs on 
pourrait déjà comparer les nerfs dilatateurs, s'il est vrai qu'ils 
fonctionnent suivant le mécanisme indiqué tout à l'heure. On 
devrait en rapprocher encore, d'après les observations récentes 
de M. Goltz, les nerfs d'absorption, qui, suivant ce physiolo- 
giste, agiraient sur les cellules endothéhales des vaisseaux san- 

1 Voir Tobias [Virchow's Archiv, Bd. XXIV, p. 579) et 0. Weber, in Ce7i- 
tralblatt, 1864, p. 145. 



150 CHITIQUE DE LA TUÉORIE 

guins, de la môme façon que les nerfs de sécrétion agissent sur 
l'épithélium glandulaire. Nous ne voyons pas, en somme, qu'il 
existe aucun argument qui ne permette de décréter a priori 
que les nerfs trophiques ne viendront pas, un jour, prendre 
place dans ce groupe'. 

Quoi qu'il en soit, avant de s'attachera une théorie qui ne 
peut subsister sans mettre en jeu tout un système de nerfs dont 
l'existence est encore problématique, il faudrait nécessairement 
s'être assuré, par tous les moyens, qu'il est réellement impos- 
sible d'expliquer les phénomènes dont l'interprétation est pro- 
posée,^en faisant appel aux propriétés des différents nerfs déjà 
connus : car il faut se garder toujours d'enfreindre l'axiome de 
la logique : Haud multiplicanda entia absqiie iiecessitate. Or, 
la théorie vaso-motrice étant éliminée, il reste encore, sans 
doute, beaucoup à faire sous ce rapport. 

Il est une vue, entre autres, à laquelle on ne s'est par arrêté, 
que je sache, et qui mériterait peut-être d'être prise en consi- 
dération. Les expériences nombreuses et décisives, faites dans 
ces derniers temps, sur les réunions bout à bout de nerfs de 
fonctions différentes, tels par exemple que l'hypoglosse et le 
lingual -, ont mis hors de doute que les excitations, produites 
sur un point quelconque d'une fibre nerveuse sensitive ou mo- 
trice, se propagent aussitôt et simultanément dans le sens cen- 
tripète et dans le sens centrifuge. D'après cela, il est permis de 
supposer que les irritations pathologiques développées sur un 
nerf sensitif, soit à son origine centrale, soit sur un point de 
son trajet, retentissant dans la direction centrifuge jusqu'à 
l'extrémité terminale des filets nerveux, c'est-à-dire dans les 
papilles du derme, ou encore dans fépaisseur du réseau mu- 



1 Gollz in Pflûriev''s Aj-chiv, t. V, p. 53 et Journal of Analonv/ and Pkysio- 
Ijgy, 2^ série, no de mai 1872, p. 480. 
'^ Vulpian. — Physiologie dit système nerveux^ p. i90. 



CONCLUSIONS loi 

queux \ pourront, dans certains cas, provoquer là un travail 
phlegmasique. On comprendrait ainsi, par exemple, le déve- 
loppement assez fréquent d'éruptions huileuses ou pemphi- 
goïdes, du zona, en conséquence de lésions portant sur les 
faisceaux postérieurs do la moelle ou sur les racines spinales 
sensitives. Pour ce qui est des nerfs moteurs, je ne vois pas 
d'argument sérieux qui empêche d'admettre que les irritations 
pathologiques, portant sur les cellules nerveuses des cornes 
antérieures, seront transmises quelquefois jusqu'aux faisceaux 
musculaires, par la voie des filets nerveux qui transmettent à 
l'état physiologique les excitations volontaires. Un cerlain nom- 
bre au moins des troubles trophiques consécutifs aux lésions 
du système nerveux trouveront peut-être dans cette hypothèse 
leur explication sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à la 
théorie des nerfs trophiques. 

Nous sommes parvenus, Messieurs, au terme de cette discus- 
sion pathogénique et, ainsi que je le laissais pressentir dès le 
commencement, la question en litige attend encore une solu- 
tion. Je ne regretterais pas, néanmoins, les développements 
dans lesquels nous sommes entrés, si j'avais réussi, en mettant 
sous vos yeux les pièces du procès, à vous inspirer le désir de 
pénétrer plus avant dans une étude qui intéresse à un si haut 
degré la pathologie du système nerveux tout entière. 

^ Voir Langerhans — Virchow's Archiv. Bd. 44, et A. Biesadecki. — Stricker's 
lUmdbuch, p. 593. 



DEUXIÈME PARTIE 



Paralysie agitante et sclérose en plaques 
disséminées. 



CINQUIÈME LEÇON 

De la paralysie agitante. 



Sommaire. — Du tremblement en général. — Ses variétés. — Tremblement in- 
termittent. — Tremblement continu. Influence du sommeil, du repos et des 
mouvements volontaires. — Distinction établie par Van Swieten. — Opi- 
nion de M. Gubler. — Le tremblement d'après Galien. — Indépendance de 
la paralysie agitante et de la sclérose en plaques. — Recherches de Par- 
kinson. —Travaux français: MM. G. Sée, Trousseau, Gharcot et Vulpian. 

— La paralysie agitante prend droit de domicile dans les traités classiques. 
Caractères fondamentaux de la paralysie agitante. — C'est une maladie de la 

seconde période de la vie. — Ses symptômes. — Modifications de la mar- 
che. — Tendance à la propulsion et à la rétropulsion. — Début ; ses modes : 
il est lent ou brusque. — Période d'état. — Le tremblement respecte la tête 
et le cou. — Changements dans la parole. — Rigidité des muscles. — 
Attitude du tronc et des membres. — Déformations des mains et des pieds. 
Ralentissement dans l'exécution des mouvements. — Perversions de la sen- 
sibilité. — Crampes; sentiment général de tension et de fatigue ; besoin de 
déplacement. — Sensation habituelle de chaleur excessive. — Température 
dans la paralysie agitante. — Influence do la nature des convulsions (stati- 
ques ou dynaaiiques). 

Période terminale. — Confinement au lit. Troubles de la nutrition. — Affai- 
blissement de l'intelligence. — Eschares sacrées. — Maladies terminales ; 
elles diffèrent de celles de la sclérose en plaques. — Durée de la paralysie 
agitante. 

Résultats nécroscopiques. — Inconstance des lésions dans la paralysie agitante: 
fixité des lésions dans la sclérose en plaques. — Lésions du pont de Varole 
et de la moelle allongée (Parkinson, Oppolzer). — Physiologie pathologique. 

Étiologie. — Causes extérieuses : Émotions morales vives ; — action du froid 
humide, longtemps prolongée ; — irritation de certains nerfs périphériques. 

— Causes prédisposantes. — L'âge joue un certain rôle : la paralysie agi- 
tante se montre plus tard que la sclérose en plaques. — Sexe. — Hérédité. 

— Influence de la race. 



Messieurs, 
Ceux d'entre vous qui, ce malin, ont parcouru nos salles, se 



156 DU TREMBLEMENT E.\ GÉNÉRAL 

sont étonnés peut-être d'y trouver réunies, en aussi grand 
nombre, des femmes chez lesquelles le tremblement paraît 
constituer le symptôme prédominant ou tout au moins le plus 
saillant de la maladie dont elles sont atteintes. Cette réunion de 
malades d un genre à part, je l'ai provoquée à dessein. Par là, 
j'ai voulu vous mettre à môme de reconnaître, à l'aide d'une 
étude comparative, certaines nuances, ou même des différences 
tranchées que l'observation des cas isolés ne permet pas de 
saisir aussi facilement. 

Au premier abord, vous avez pu penser qu'un spectacle mo- 
notone s'offrait à vos regards. En effet, si Ton se contente d'un 
coup d'oeil superficiel, le phénomène tremblement chez toutes 
ces femmes paraît identique ou peu s'en faut ; une seule chose 
frappe, c'est l'intensité et le siège variables que présentent les 
oscillations rythmiques des membres. Mais une observation 
plus recucilhe vous a bientôt permis de démêler, sous cette 
uniformité apparente, des traits distinctifs qui, d'abord, vous 
avaient complètement échappé. 

Ainsi, pour ne parler que du fait le plus évident, vous avez 
pu remarquer que parmi nos malades, les unes ne tremblent 
que dans le temps même où elles exécutent un mouvement 
d'ensemble à l'aide de leurs membres, connue dans l'acte de 
porter un verre à la bouche pour ijoire, ou encore lorsqu'elles 
veulent se lever de leur siège pour marcher. Dans ce dernier 
cas, toutes les parties du corps peuvent être ébranlées par des 
secousses énergiques rendant difficiles et parfois impossibles 
la station verticale et la marche. En revanche, quand elles sont 
au repos et qu'aucune émotion ne vient les affecter, ces mêmes 
femmes, qu'elles soient assises ou couchées, offrent l'attitude 
la plus naturelle ; les différentes parties de leur corps ne sont 
aucunement agitées, et si vous les observiez seulement dans 
de telles conditions, vous ne soupçonneriez certes pas le mal 
dont elles sont atteintes. 



VARIÉTÉS DU TREMBLEMENT 157 

Au contraire, dans une seconde série de cas, le tremblement 
est continu, permanent; il agite les membres sans cesse, sans 
trêve, et si les mouvements intentionnels l'exagèrent par mo- 
ment, le repos ne le fait pas disparaître. En réalité, pendant la 
veille, lorsque TatTection est intense, il n'y a pas de relâche 
pour ces malades : quelle que soit la position qu'elles prennent, 
assises ou couchées, toujours elles tremblent. Le sommeil seul 
met momentanément un terme à l'agitation spasmodique de 
leurs membres ; mais à peine le réveil a-t-il lieu que le trem- 
blement reparaît et reprend bientôt toute son intensité. 

A ne tenir compte que de cette première distinction, établie 
d'après l'influence du repos ou des mouvements volontaires, 
sur la production du tremblement, il est permis déjà, vous 
le voyez, de ramener à deux chefs principaux les cas qui nous 
occupent. 

Un premier groupe comprendra ceux oii le tremblement ne 
se manifeste qu'à l'occasion d'un mouvement intentionnel, 
tandis que les malades chez lesquels le tremblement est un 
symptôme constant, ou qui, tout au moins, ne s'efface guère 
que durant le sommeil, constitueront le second groupe. Il faut 
remarquer d'ailleurs que chacun de ces groupes, loin de former 
un ensemble homogène, embrasse des espèces morbides assez 
nombreuses et de nature très diverse, malgré l'analogie que 
leur impose la communauté du symptôme. 

La distinction que je m'efforce de faire ressortir auprès de 
vous est, à mon avis, de la plus haute importance dans l'histoire 
des maladies chroniques du système nerveux qui s'accompa- 
gnent de tremblement. De nos jours, elle a été à peu près uni- 
versellement méconnue, et, si je ne me trompe, c'est en vainque 
vous en chercheriez la trace dans nos auteurs classiques. 
Cependant, et M. Guéneau de Mussy l'a fait remarquer avec 
justesse dans une leçon chnique publiée récemment par la 



158 VARIÉTÉS DU TREMBLEMENT 

Gazette des Hôpitaux \ les médecins da siècle dernier 
l'avaient prise en considération, et en avaient parfaitement 
compris la valeur. 

Van Swieten, entre autres, a expressément reconnu les 
deux espèces de tremblement ; bien plus, il s'était efforcé de 
rattacher chacune d'elles à une condition physiologique parti- 
cuhère. Permettez-moi, à ce propos, de vous signaler le com- 
mentaire sur Faphorisme 625, vous y trouverez une interpré- 
tation physiologique du symptôme tremblement, interprétation 
qui est loin d'être dénuée d'intérêt, même pour le lecteur mo- 
derne. 

Ainsi, d'après Van Swieten, le tremblement qui persiste pen- 
dant le repos au lit résulte d'une irritation qui s'exerce d'une 
manière intermittente, rythmique, sur les centres nerveux. 
Ce serait donc là un phénomène convulsif, — tremor 
coactus. 

Par contre, le tremblement qui se manifeste exclusivement 
pendant l'exercice des mouvemenis volontaires dépendrait 
d'un défaut de stimulus, résultant de Tinsuffisance du fluide 
nerveux, dont la fonction est de faire contracter les muscles 
sous l'influence de la volonté. Ce serait là, par conséquent, un 
tremblement paralytique, — tremor a debilitate. 

Une interprétation des phénomènes, qui ne s'éloigne pas 
radicalement de la précédente, a été donnée, il y a quelques 
années, par l'un des rares auteurs modernes qui ont su main- 
tenir la distinction des deux espèces de tremblement. M. Gubler 
reconnaît que, dans certains cas, le tremblement consiste, non 
pas en une succession de mouvements contraires, soustraits à la 
volonté, mais bien en contractions et relâchements alternatifs 
des muscles qui sont en jeu, soit pour exécuter le déplacement 
d'un membre ou la translation du corps entier, soit pour con- 

' Gazette des hôpitaux, 1868, 



PARALYSIE AGITANTE ET SCLÉROSE EN PLAQUES 159 

server aux parties leur altitude naturelle ^ Ici, les contractions 
musculaires, au lieu de se développer comme dans les conditions 
normales, graduellement, sans secousses et d'une manière in- 
sensible, se font, au contraire, par saccades, et comme par un 
courant interrompu, avec des intervalles de repos. Cet état pa- 
thologique qui, suivant M, Gubler, pourrait être désigné sous le 
nom à'astasie musculaire^ se sépare nettement de l'état dans 
lequel ce ne sont pas seulement les contractions commandées 
par Tattitude du corps ou par la volonté qui, se faisant par 
saccades, déterminent le tremblement. Dans ce dernier cas, il 
existe réellement des contractions involontaires et sans but, 
excitées incessamment par un stimulus interne. 

Il faut d'ailleurs que cette catégorisation soit bien naturelle, 
car elle est fort antérieure à Yan Swieten ; Galien l'avait éta- 
blie. Lui aussi distinguait en effet deux espèces de tremble- 
ment: l'un qu'il désigne sous le nom derpsaoç [tremor]^ — c'est 
le tremblement paralytique; l'autre qu'il appelle TraÀaoç (pal- 
pitation), — c'est le tremblement clonique, spasmodique, con- 
vulsif^ 

Mais le point de vue physiologique ne doit pas nous arrêter 
plus longuement, car nous ne saurions entrer, quant à pré- 
sent, dans une discussion qui serait prématurée. Qu'il nous suf- 
fise d'avoir mis en relief des caractères que l'observation la plus 
simple, indépendamment de toute préoccupation théorique, 
permet de reconnaître. C'est pour ne les avoir pas pris en con- 
sidération que les deux affections qui doivent faire l'objet de 
nos premières études cliniques, \d.paralijsie agitante et la sclé- 
rose en plaques disséminées, sont restées jusqu'à ce jour con- 
fondues sous une même rubrique, bien qu'elles soient, à tous 
égards, parfaitement indépendantes l'une de l'autre. Toutes 



• Archives générales de médecine, o^ série, t. XV, 1860, p. 702. 
- G.-V. Swieten. — Commentaria , t. II, p. 167. Paris, 1771. 



160 IIISTORIOL'E 

deux, à la vérité^ comptent le tremblement parmi les symptô- 
mes les plus importants; mais, dans la première, les oscilla- 
tions rhythmiques des membres sont à peu près permanentes, 
tandis que, dons la seconde, elles ne surviennent qu'à l'occa- 
sion des mouvements voulus. Nous venons de signaler un trait 
distinctif qui permettrait déjà déposer entre les deux affections 
une ligne de démarcation tranchée. Toutefois, ce n'est pas le 
seul, tant s'en faut, que nous aurons à faire valoir, ainsi que 
vous le recconnaîtrez par la suite. 

La paralysie agitante^ qui nous occupera tout d'abord et 
dont je vous ai présenté plusieurs exemples bien caractérisés, 
a été la première inscrite dans les cadres nosologiques. Son 
histoire, néanmoins, ne remonte pas très loin. La première 
description régulière qui en ait été donnée date seulement 
de 1817 ; elle est due à un auteur anglais, Parkinson, qui l'a 
présentée dans un petit ouvrage intitulé : Essay on the shaking 
Palsy. Depuis cette époque, la paralysie agitante a été maintes 
fois mentionnée en Angleterre et en Allemagne ; mais, en 
France, elle était restée à peu près ignorée jusque dans ces der- 
nières années, car, si je ne me trompe, elle se trouve signalée 
chez nous pour la première fois d'une manière explicite par 
M. G. Sée, dans son mémoire sur la chorée, oii elle figure 
parmi les maladies qui peuvent être confondues avec la danse 
de Saint-Guy. 

En 1859, M. Trousseau, dans ses Leçons sur la chorée^ réu- 
nit dans un tableau succinct les principaux traits de la paralysie 
agitante. Trois ans plus tard, M. Yulpian et moi nous avons 
publié un travail sur ce sujet, dans la Gazette hebdomadaire ^ . 
Nous venions d'arriver à la Salpêtrière. Voulant nous éclairer 
sur la nature et les caractères de cette maladie, que nous étions 

1 Gazette hebdomadaire, 1861, p. 765, 816 et 1862, p. 54. 



UISTORIQUE 16i 

appelés à observer sur une grande échelle, nous fûmes frappés 
de l'insuffisance des détails contenus dans les auteurs. Ceci nous 
conduisit à réunir les faits que nous avions sous les yeux, et, 
les joignant à des observations empruntées aux recueils étran- 
gers, nous avons tracé une histoire assez complète, pour l'épo- 
que, de la paralysie agitante. 

A partir de là, cette maladie acquiert droit de domicile dans 
les ouvrages classiques. Dans la seconde édition de ses Leçons, 
Trousseau y consacre d'assez longs développements. Elle figure 
dans la dernière édition du livre de M. Grisolle, dans VEncy- 
clopédie de Reynolds ' ; mais, dans toutes ces descriptions, et la 
nôtre n'échappe nullement à ce reproche, il existe une confu- 
sion absolue entre la paralysie agitante et la sclérose en pla- 
ques. La ligne de démarcation entre ces deux maladies a été 
indiquée par moi, si je ne me trompe, pour la première fois, 
dans la thèse de M. Ordenstein ^ Il importe donc d'établir un 
parallèle entre ces deux affections, en les comparant l'une à 
Tautre sous le triple rapport des symptômes, des causes et des 
lésions. Pour cela, nous ferons appel aux documents précités et 
aux observations nombreuses que nous avons rassemblées dans 
cet hospice. Il vous sera facile de retrouver sur les malades 
que j'ai réunis dans les salles, les caractères sur lesquels je 
vais insister. 

CARACTÈHES FONDAMENTAUX DE LA PARALYSIE AGITANTE. 

La paralysie agitante, dégagée, Messieurs, deséléments étran- 

1 J. Reynolds. -- A System of Medicine, t. II, p. 184. Art. Paralysis aqi- 
^a?25, par W.-R. Sanders. 

2 Sur la paralysie agitante et la sclérose en plaques généralisées. Thèse de 
Pans, 1868. Gohn, cependant, avait remarqué que, dans deux cas d'induration 
multiple du cerveau et de la moelle, le tremblement ne se manifestait qu'à la 
suite de mouvements que le malade voulait exécuter, mais jamais à fétat de 
repos, ni durant le sommeil. {Ein Beitrlig zur Lehre der Paralysis a ait ans. 
In. Wiener med. Wochensch., mai 1860). 

Gh ARGOT, T. I, 5c é dit. Il 



162 SYMPTOMES DE LA PARALYSIE AGITANTE 

gers est, quant à présent, une névrose en ce sens qu'elle ne 
reconnaît aucune lésion qui lui soit propre. Dans les diverses 
relations qui en ont été publiées, on voit mentionnées des lé- 
sions disparates. Quelques-unes appartiennent à la sclérose en 
plaques disséminées ; les autres, par leur multiplicité, par leur 
variabilité même, viennent encore appuyer notre opinion, à 
savoir que, jusqu'ici, la paralysie agitante ne reconnaît aucune 
lésion matérielle déterminée. 

Elle frappe des sujets déjà avancés en âge, surtout ceux qui 
ont plus de 40 ou 50 ans. Cette limite, toutefois, n'est pas abso- 
lue, car M. Duchenne (de Boulogne) nous a communiqué un 
fait relatif à un jeune homme âgé de 16 ans. Quoi qu'il en soit, 
elle trouve sa place naturelle dans les maladies de la seconde 
période de la vie. Mais ce serait aller trop loin que de la consi- 
dérer comme une maladie sénile. 

Souvent les causes restent inconnues. Cependant, des don- 
nées étiologiques, deux méritent d'être signalées: IMe froid 
humide, tel que celui qu'entraîne l'habitation prolongée dans 
une chambre mal aérée, dans un rez-de-chaussée bas et obscur, 
etc. ; 2'' les émotions morales vives. Cette dernière cause paraît 
assez commune. L'une des malades que vous avez vues fut 
atteinte dans les circonstances suivantes. Son mari, garde mu- 
nicipal, faisait partie des troupes qui combattaient les insurgés 
en juin 1832. Ayant vu le cheval de son mari revenir seul à la 
caserne, elle fut vivement impressionnée, craignant un mal- 
heur. Le jour môme, elle se mit à trembler, et le tremblement, 
qui était primitivement locahsé à la main droite, s'est étendu 
et a gagné successivement les autres membres. J'aurai l'occa- 
sion de vous citer d'assez nombreux exemples du même genre. 

Les symptômes de la paralysie agitante n'ont pas tous une 
égale valeur. Le plus saillant consiste dans un tremblement 



SYMPTOMES DE LA PARALYSIE AGITANTE 163 

existant même au repos, d'abord limité à un membre, puis se 
généralisant peu à peu, tout en respectant cependant la tête. 
A ce phénomène s'ajoute tôt ou tard une diminution appa- 
rente de la force musculaire. Les mouvements sont lents et 
paraissent faibles, bien que l'expérience dynamométrique dé- 
montre que cette diminution n^est pas réelle. Cette impuissance 
motrice paraît tenir en partie, nous le verrons, à la rigidité 
dont les muscles sont le siège. 

Un symptôme curieux qui vient compliquer la situation, 
quelquefois d'assez bonne heure, dliabitude à une époque de 
la maladie assez éloignée du début, c'est la perte de la faculté 
de garder l'équilibre pendant la progression. On remarque, en 
outre, chez quelques malades, une tendance k h 2)ropidsio?i ou. 
à la rétropulsion : sans éprouver de vertige, le malade est, 
dans le premier cas, poussé en avant ; on dirait qu'il est forcé 
de prendre une allure rapide, et ce n'est qu'à grand'peine qu'il 
lui est possible de s'arrêter, obligé qu'il est de courir après un 
centre de gravité qui lui échappe. 

Une attitude particulière du corps et des membres, la 
fixité du regard, l'immobilité des traits du visage, doivent en- 
core être signalés parmi les symptômes les plus importants de 
la maladie. 

Lik inarche ie la paralysie agitante est lente, progressive. Sa 
durée est longue (parfois elle compte une trentaine d'années). 
Le terme fatal survient ou par les progrès de l'âge ou par le fait 
d'affections intercurrentes soit accidentelles, soit occasionnées 
par le marasme, le confinement au lit, etc. Dans le premier cas, 
il s'agit d'une maladie aiguë, d'une pneumonie, par exemple ; 
dans le second, la mort arrive par une sorte d'épuisement ner- 
veux ; la nutrition s'altère, le malade perd le sommeil, il se 
forme des eschares qui terminent la scène morbide. 

Tels sont, Messieurs, les caractères les plus généraux de la 



164 DÉBUT DE LA PARALYSIE AGITANTE 

paralysie agitante. Mais, afin de mieux vous faire saisir leur 
signification, il convient d'entrer plus avant dans Tétude des 
symptômes, de faire voir comment ils naissent, s'accroissent 
et s'enchaînent aux divers âges de la maladie. A cet effet, 
et pour mettre plus de clarté dans notre description, nous 
établirons plusieurs périodes que nous caractériserons les 
unes après les autres. Examinons en premier lieu la manière 
dont se fait le début. Les observations nous apprennent 
que la paralysie agitante se développe tantôt lentement, 
progressivement, tantôt au contraire d'une façon presque 
soudaine. 

A. Début lent. Dans l'immense majorité des cas, le début est 
insidieux, la maladie s'annonce comme légère et bénigne. Le 
tremblement est circonscrit à un pied, à une main, au pouce. 
Ce symptôme, en apparence si peu inquiétant, reste isolé 
pendant longtemps. Il offre, d'ailleurs, des caractères qu'il 
importe de connaître et sur lesquels nous insisterons. Les 
mains sont-elles prises? on voit ses divers segments osciller 
les uns sur les autres, animés d'un mouvement presque pa- 
thognomonique. Le malade rapproche les doigts du pouce 
comme pour filer de la laine ; simultanément, le poignet se 
fléchit par secousses rapides sur Tavant-bras, celui-ci sur le 
bras. 

Ace moment de la maladie, le tremblement peut n'être que 
passager, transitoire. Il éclate alors qu'on s'y attend le moins, 
le malade étant au repos le plus complet d'esprit et de corps, et 
fréquemment, sans qu'il en ait conscience. 

La marche, même s'il s'agit des membres supérieurs, l'action 
de saisir un poids, de le soulever, de prendre la plume et 
d'écrire, un effort quelconque de la volonté, suffisent souvent 
à cette époque pour suspendre le tremblement. Plus tard, il 
n'en sera plus ainsi. Du reste, en même temps qu'il gagne en 



DÉBUT BRUSQUE 165 

intensité et en persistance, le tremblement envahit pour ainsi 
dire de proche en proche — non sans observer dans sa pro- 
gression certaines règles — les parties jusque-là demeurées 
indemnes. Si, par exemple^ il a d'abord affecté la main droite, 
au bout de quelques mois, de quelques années, ce sera le tour 
du pied droit; la main gauche ensuite, puis le pied gauche, 
seront pris successivement. 

L'envahissement croisé est plus rare. J'ai vu cependant, au 
moins deux fois, le membre supérieur droit, puis le membre in- 
férieur gauche être affectés l'un après l'autre. Il est beaucoup 
plus commun de voir le tremblement borné durant longtemps 
aux membres d'un seul côté du Q>OY^?>(foî'me hémiplégique) , ou 
encore aux deux membres inférieurs {forme paraplégique) , La 
tête est toujours à peu près respectée à toutes les époques du 
mal, même dans les cas les plus intenses, et c'est là un carac- 
tère que nous devrons, par la suite, mettre en relief, car le con- 
traire se remarque souvent dans la forme cérébro-spinale de 
la sclérose en plaques. 

Je dois appeler toute votre attention sur un mode de début 
progressif qui, pour être exceptionnel, n'en est pas moins 
digne d'intérêt. Le tremblement n'est pas absolument le pre- 
mier phénomène constaté. Il est possible qu'il soit précédé tan- 
tôt d'un sentiment de fatigue très remarquable, tantôt de dou- 
leurs rhumatoïdes ou névralgiques, parfois des plus vives, et 
occupant le membre ou les régions du membre, qui bientôt 
seront pris, mais secondairement, d'agitation convulsive. Je 
pourrais vous citer plusieurs faits de cette espèce, et il n'est 
pas rare qu'en pareil cas on puisse invoquer une cause trauma- 
tique, une piqûre, comme l'a vu Romberg, ou, ainsi que je l'ai 
observé, une contusion violente ayant porté son action sur 
le membre qui, ultérieurement, a été affecté de douleurs et 
de tremblement. La paralysie agitante qui éclate de cette 
façon se comporte d'ailleurs, dans son évolution ultérieure, 



166 PÉRIODE d'État 

comme à l'ordinaire, et ses progrès se font suivant les mêmes 
lois. 

^. Début brusque. Lorsque, à la suite d'une cause morale, 
d'une terreur profonde, le tremblement est survenu tout à 
coup, il occupe tantôt un seul membre, tantôt, et dès l'origine, 
tous les membres à la fois. Après avoir persisté quelques jours, 
il est possible qu'il s'amende ou même disparaisse. Mais plus 
tard, consécutivement à une série d'amendements et d'exacer- 
bations alternatifs, il s'établit enfin d'une manière définitive. 
C'est là, du moins, ce que nous avons observé très nettement 
dans plusieurs cas. 

La durée de cette phase initiale varie, quel qu'ait été le mode 
de début, de un à deux ou trois ans environ. 

G. Période détat. Lorsque la paralysie agitante a acquis son 
parfait développement, le tremblement, outre qu'il envahitplu- 
sieurs membres, se montre, au moins dans les cas intenses, à 
peu près incessant. Son intensité, toutefois, n'est pas la même 
à tous les instants. Diverses circonstances, naguère sans in- 
fluence sur lui, à présent l'exagèrent. Telles sont les émotions 
morales, l'exercice des mouvements volontaires. On observe, 
de plus, des espèces de crises, de paroxysmes, éclatant sponta- 
nément, sans cause appréciable. En revanche, le sommeil na- 
turel, le sommeil provoqué parle chloroforme, annihilent tou- 
jours momentanément les secousses convulsives. 

C'est surtout à cette époque de la maladie que les caractères 
particuliers du tremblement apparaissent dans tout leur jour ; 
c'est alors aussi que l'on voit parfois les oscillations ryth- 
miques et involontaires de diverses parties de la main rappeler 
l'image de certains mouvements coordonnés. Ainsi, chez quel- 
ques malades, le pouce se meut sur les autres doigts comme 
cela a lieu dans l'acte de rouler un crayon, une boulette de pa- 



FORME DU TREMBLEMENT ; PHYSIONOMIE 167 

pier ; chez d'autres, les mouvements des doigts sont plus com- 
plexes encore et rappellent l'acte d'émietter du pain ^ Je vous 
ai présenté des exemples de ce genre. Ce sont là, si je ne me 
trompe, des particularités qui appartiennent en propre au trem- 
blement de la paralysie agitante ; je ne crois pas qu'on les ren- 
contre dans aucune autre espèce de tremblement. Elles ont été 
bien reconnues par M. Gubler [toc. cit.), qui, attaché en qua- 
lité d'interne à la Salpêtrière, avait pu y étudier la maladie sur 
un ffrand nombre de malades. 







o3 ^y^ 



Fi'h 7. 



La tête et le cou, nous le répétons, restent indemnes ; c'est 
la règle. Loin d'être agités, les muscles de la face sont immo- 
biles, le regard a même une fixité remarquable, et les traits 
nous ofFrent une expression permanente de tristesse, parfois 
d'hébétude. Le nystagmus, qui figure si souvent dans la symp- 
tomatùlogie de la sclérose en plaques disséminées, n'existe pas 
dans la paralysie agitante. Les muscles de la mâchoire, eux 
non plus, ne participent point à l'agitation convulsive. Néan- 
moins il n'est pas très rare de voir la langue, même lorsqu'elle 



^ Le tremblement impose à l'écritupe des caractères qui ont quelque chose 
de spécial. Quand lafFection est au début, l'écriture, au premier abord, semble 
normale ; mais si on l'examine ?i la loupe, on y distingue des parties plus accu- 
sées, plus larges que d'autres. Plus tard, vers la période d'état, par exemple, 
les altérations de l'écriture sont beaucoup plus prononcées et partant très évi- 
dentes. La figure 7 représente le spécimen de l'écriture d'une malade que 
nous avons observée à l'hôpital Saint-Louis, en 1869. Les jambages des lettres 
sont très irréguliers et très sinueux, et ces irrégularités, ces sinuosités n'ont 
qu'une amplitude très limitée (Bj. ( Voir I'Appendice, n» 3). 



168 MODIFICATIONS DE LA PAROLE 

reste renfermée dans la cavité buccale, être animée d un trem- 
blement assez accusé et qui augmente lorsqu'elle est tirée hors 
de la bouche. Parfois les lèvres sont accolées Tune contre 
Tautre, comme serrées, de telle sorte que le rebord muqueux 
n'est plus visible et que la surface cutanée paraît plissée * . Il n'y 
a pas d'embarras réel de la parole, mais le discours est lent, 
saccadé, la parole brève, et il semble que la prononciation de 
chaque mot coûte un effort considérable de la volonté. Si l'agi- 
tation du corps (ist excessive, il peut arriver que la parole soit 
tremblante, entrecoupée, comme elle l'est chez les individus 
qui, peu habitués à l'équitation, sont montés sur un cheval 
lancé au trot. Toutefois, on ne saurait voir évidemment dans 
ces deux cas^ qu'un phénomène de transmission "K Souvent, 

1 Tous ces caractères se trouvent très accusés chez Perd. .., Marie-Anne, qui 
est encore dans le service de M. Gharcot (salle de St-Alexandre, no 9). La tête, 
fixée en quelque sorte sur la colonne cervicale, est un peu inclinée en avant. Les 
traits de la face sont pour ainsi dire sans expression ; les plis du front, égaux des 
deux côtés, sont très accentués; les paupières sont moins mobiles que chez les 
personnes saines, ce qui tient à une sorte de contraction des muscles sourciliers, 
contraction qui paraît être habituelle et exagère les plis du front. Lorsqu'on de- 
mande à la malade de fermer les paupières, elle y parvient sans elTort, dit-oUe, 
mais alors les paupières supérieures sont animées de petits mouvements convul- 
sifs qui sembleraient plutôt faire supposer qu'il faut une certaine force pour les 
tenir abaissées. En etï'et, si on veut les faire maintenir dans cette position à me- 
sure que l'expérience se prolonge, les mouvements convulsifs (sorte de clignote- 
ment rapide) a'igmentent et l'occlusion cesse d'être complète. Les globes ocu- 
laires regardent directement en avant ; il n'y a pas de nystagmus. Lorsque, pour 
étudier la sensibilité de la pupille à la lumière, on essaie tour à tour d'ouvrir et 
de fermer les paupières, on éprouve, dans l'exécution de ce dernier acte, une 
résistance due aux mouvements convulsifs des paupières supérieures, mouve- 
ments que la malade ne saurait maîtriser. Le regard est en quelque sorte sans 
expression. 

Les lèvres sont rapprochées et un peu saillantes en avant, comme s'il y avait 
une contraction qui les maintienne l'une contre l'autre ; il s'ensuit que les sillons 
naso-labiaux sont peu creusés, ainsi que les sillons jiigo-mentonniers. La lèvre 
supérieure est immobile ; la lèvre inférieure est animée d'un tremblement très 
fin principalement au niveau des commissures labiales. La malade est obligée de 
faire un effort pour ouvrir la bouche ; elle ne l'ouvre qu'imparfaitement et ne 
pewt pas la maintenir ouverte pendant quelques minutes. Elle paraît se rendre 
compte de cet accolement ordinaire, i^ermancnt pour ainsi dire, des lèvres, quand 
elle dit : ( Elles se collent ensemble, mes lèvres» (H.). 

- Nous citerons encore, à propos de laparole, un fragment de l'observation de 
Perd.. . Chez elle, la parole a commencé à devenir difficile il y a deux ans, et 
depuis un an, l'embarras de l'élocution s'est accru considérablement. Quand la 



ATTITUDE DE LA TÊTE, DES MEMBRES, ETC. 169 

enfin, les malades semblent parler entre les dents. La déglu- 
tition est facile, peut-être ralentie; fréquemment dans les cas 
un peu anciens la salive accumulée dans la bouche s'écoule in- 
volontairement au dehors. Les muscles delà respiration ne pa- 
raissent point partager le désordre convulsif des membres. Di- 
sons cependant que quelques malades éprouvent un sentiment 
d'oppression presque constant. 

Nous appuierons actuellement sur un trait qui, croyons- 
nous, a échappé à Parkinson ainsi qu'à la plupart des auteurs 
qui l'ont suivi : nous voulons parler de la rigidité que subis- 
sent, à une certaine époque de la maladie, les muscles des 
membres, du tronc, et le plus souvent ceux aussi du cou. Quand 
ce symptôme s'annonce, les malades accusent des crampes 
suivies de raideur d'abord passagère, puis plus ou moins dura- 
ble, et s'exagérant par exacerbations. En général, les muscles 
fléchisseurs sont affectés les premiers et toujours au plus haut 
degré. La raideur musculaire, devenue permanente, impose à 
ces malades, dans beaucoup de cas, une attitude toute particu- 
lière. Ainsi, la tête, en vertu de la rigidité des muscles anté- 
rieurs du cou (Parkinson l'avait remarqué déjà), est fortement 
inclinée en avant, et on la dirait fixée dans cette position, car 
ce n'est pas sans efforts que les malades parviennent à la por- 
ter en haut, à droite ou à gauche. Le tronc lui-même est pres- 
que toujours, dans la station debout, un peu penché en avant. 
(V. Pl. I et IL) 



malade parle, elle a du tremblement des lèvres et l'émission des premières syl- 
labes se fait assez péniblement ; la parole est tremblante, surtout au début, et 
peu à peu, à mesure que la phrase s'avance, les mots sont moins tremblants et 
prononcés d'une voix plus forte. La malade semble parler entre ses dents ; les 
lèvres s'écartent îi peine : les mâchoires sont comme accolées l'une contre l'autre. 
La lang-ae est animée d'un tremblement uniforme, général, même lorsqu'elle est 
dans la cavité buccale, et quand elle est allongée, le tremblement augmente. La 
malade prétend qu'elle ne peut laisser longtemps la langue au dehors de la bou- 
che : « Elle rentre, dit-elle, malgré moi. •) La bouche est souvent remplie de sa- 
live, et Perd. .. attribue à ce phénomème une partie de sa difficulté à s'expri- 
mer (B.). 



ilO ATTITUDE DES MEMBRES SUPÉRIEURS 

L'attitude des membres supérieurs mérite d'être relevée. 
Habituellement les coudes sont tenus faiblement écartés du 
thorax, les avant-bras étant légèrement fléchis sur les bras ; les 




Fig. 8. — Attitude habituelle dans les ras de paralysie agitante un peu prononcée. 
— Attitude d'une main qui tient une plume pour écrire. 

mains, fléchies sur les avant-bras, reposent sur la ceinture 
(Planche I) ^ A la longue, les mains, en raison de la rigidité 
permanente de certains muscles, offrent des déformations 




H</. 9. — Déformations des doigts de la main simulant celles du rhumatisme articu- 
laire chronique primitif, 

qu'il est bon de connaître, parce que, dans maintes circons- 
tances, elles ont rendu le diagnostic difficile. La plupart du 
temps, le pouce et l'index sont allongés et rapprochés l'un de 
l'autre, comme pour tenir une plume à écrire ; les doigts, mé- 
diocrement inclinés vers la paume de la main, sont déviés en 



1 Cette planche représente la malade Gav... dont nous rapportons l'obscr- 
vatiiDn à TAppendice n» 1. L'inclinaison, déjà très prononcée quand 
M. P. Richer a fait son dessin, s'est encore accusée depuis cette époque. De 
plus, elle présente aujourd'hui une tendance à s'incliner en môme temps sur la 
droite. Cette inclinaison latérale existe aussi chez une autre malade du service 
d M. Gharcot, nommée, Bau... [Note delà 2e édition.) (Voir Pl. II.) 



ATTITUDE DES MEMBRES INFÉRIEURS 171 

masse vers le bord cubital [Fig. 8). Us montrent en outre, dans 
leurs diverses articulations, une série de flexions et d'exten- 
sions alternatives, de manière à rappeler, jusqu'à sy mé- 
prendre, certains types de déformations observés dans le rhu- 
matisme chronique progressif [Fig. 9 et 10). La distinction 
cependant est d'ordinaire facile, pour peu que l'on soit pré- 
venu. Il n'y a pas, en effet, dans la paralysie agitante, la 



'^% 




Pig_ 10. — Déformations des doigts de la main, simulant celles du rhumatisme artiru- 
laire chronique primitif. 

tuméfaction et la rigidité articulaires, non plus que les bour- 
relets ossetix et les craquements que l'on observe dans le 
rhumatisme noueux. 

Aux membres inférieurs, la rigidité est quelquefois assez 
prononcée pour donner l'idée d'une véritable paraplégie avec 
contracture. Chez deux femmes que je vous présentais tout à 
l'heure, ces membres, vous l'avez vu, sont rigides et dans la 
demi-flexion, on nelesflécliitounelesétendquavecune certaine 
difficulté. Les genoux sont rapprochés l'un de l'autre par un 
mouvement d'adduction : les pieds sont raides, étendus et dirigés 
en dedans, simulant la malformation désignée sous le nom de 
pied bot varus éqiihi ; les orteils sont relevés et recourbés de 
façon à figurer une griffe, à cause de l'extension des phalanges 
et de la flexion concomitante des phalangines. Pourtant ces 
femmes ont encore la faculté de mouvoir volontairement leurs 
membres inférieurs, avec peine et lenteur il est vrai ; elles sont 
même capables, vous l'avez vérifié, de marcher tant bien que 



172 PARALYSIE AGITANTE SANS TREMBLEMENT 

mal, sans aide ni appui. Je vous ai fait remarquer, Messieurs, 
que, en opposition avec ce qui a lieu dans la paraplégie vraie, 
avec contracture^ il n'exisle pas, chez nos malades^ ces tré- 
mulations tétaniques, spontanées ou provoquées par certaines 
attitudes, trémulations qui caractérisent l'une des variétés de 
Tépilepsie spinale. Ces derniers phénomènes, au contraire, 
s'observent, en général, dans la paraplégie qui accompagne 
fréquemment la sclérose en plaques disséminées, et c'est là un 
caractère distinctif que nous aurons à faire valoir pour le 
diagnostic. 

Ainsi que l'a noté avec raison M. Benedikt, dans son traité 
récent à'Electrothérapie, la rigidité habituelle d'un certain 
nombre de muscles contribue certes, pour une bonne part, à 
rendre les mouvements laborieux ; mais ce n'est pas là, croyons- 
nous. Tunique cause que Ton doive invoquer : toujours est-il 
que c'est elle qui, déterminant l'altitude générale, fait que les 
malades, comme recoquevillés sur eux-mêmes, paraissent se 
déplacer tout d'une pièce ; que leurs jointures ?>Qmh\en{ soudées. 
si je puis me servir de cette expression triviale, mais assez 
juste du reste, que j'emprunte à un malade ; c'est elle aussi qui 
tient la tête et le front inclinés en avant, et cette dernière cir- 
constance entre assurément pour une part dans la tendance 
qu'ont les malades à tomber en avant lorsqu'ils marchent. 

Messieurs, il est des cas, rares à la vérité, dans lesquels la 
rigidité musculaire est un symptôme des premiers temps de la 
maladi-e^ etréellementprédominant. J'ai observé récemment un 
exemple qui rentre dans cette catégorie. Le malade avait à 
peine remarqué le tremblement, d'ailleurs peu intense chez lui^ 
ethmité à une des mains. Il avait cependant, à un haut degré 
déjà, l'attitude du corps et des membres, la difficulté dans les 
mouvements, enfin la démarche caractéristiques ^ Ces cas son 

1 Le cas suivant, que nous résumons, appartient à cette catégorie des fait^ ex- 



PARALYSIE AGITANTE SANS TREMBLEMENT 173 

exceptionnels. Le plus communément, la rigidité musculaire ne 
se montre ou ne s'accuse profondément que dans les phases 



ceptionnels.— Guill...,âg'ée de cinquante-troisans Csalle Saint-Alexandre nolO). 
Après avoir éprouvé pendant quelque temps de la céphalalgie, des douleurs 
lancinantes erratiques, un sentiment de constriction à l'épigaslre, elle s'aper- 
çut, il y a quatre ans, que les diverses jointures du membre supérieur droit 
devenaient raides, A ce phénomène s'ajoutait de la faiblesse. La raideur etl'af- 
faiblissement g-agnèrent successivement le membre inférieur droit, le bras gau- 
che, puis la jambe correspondante. En 1870, apparut la tendance à la propul- 
sion et à la rétropulsion. Ainsi, lorsque la malade montait à son logement, 
elle était poussée en avant et ne s'arrêtait qu'en s'appuyant avec les mains sur 
un corps résistant : « Sans cette précaution, dit e!Ie, je caracolais. » 

Aujourd'hui, son état est le suivant : Tête un peu inclinée en avant; cou raide. 
Les plis du front sont très accusés, surtout au-dessous des sourcils, qui sont re- 
levés, ainsi que les paupières supérieures; delà, une sorte d'hébétude empreinte 
sur la physionomie. La parole est libre. Dans la marche, qui se fait à petits pas, 
la malade a les bras accolés au corps, les avant-bras fléchis et les mains réunies 
comme pour se soutenir. Pris dans leur ensemble, les doigts sont légèrement 
fléchis, ramassés ; la main entière est inclinée vers le bord cubital. Toutes les 
jointures sont raides, à des degrés différents ; la raideur prédomine à droite. 
Sensibilité conservée. — Pendant la nuit, sensation de froid qui, partant de 
l'épaule, descend jusqu'au poignet et revient par accès d'une durée de cinq à 
six minutes. Les membres, principalement le membre supérieur droit, parais- 
sent lourds. Lorsque la malade veut se lever de sa chaise, et qu'on l'empêche 
de s'aider des objets voisins, elle saisit les montants avec les mains pour avan- 
cer le bassin ; elle place ensuite ses mains plus bas sur les côtés de la chaise, 
et, après quelques efforts et une sorte de balancement, elle parvient à se lever. 

Le sommeil, en général, est court. Durant la nuit, Guill... ne garde sur elle 
que le drap et un mince jupon qu'elle melsur ses genoux parce qu'ils sont froids. 
Avec une couverture, elle aurait « trop chaud et c'est trop lourd ». Notons en- 
core un besoin incessant de changer de position. A peine est-elle assise depuis 
quatre ou cinq minutes qu'elle demande h être soit plus avancée sur son siège, 
soit mise de côté, etc. ; quelques instants après, elle désire qu'on écarte ses 
jambes, qui ont de la tendance à l'adduction ; bientôt elle prie qu'on l'aide à 
se lever, etc. Tous ces symptômes suffisent pour démontrer qu'on a affaire, ici, 
k la paralysie agitante. Cependant, et bien que la maladie remonte à quatre 
années, le tremblement est à peu près nul ; il n'occupe que la main droite, où 
il est apparu seulement depuis trois mois. On voit, par là, qu'il est possible de 
reconnaître la paralysie agitante en l'absence même du tremblement. (B.) — Il 
en fut encore ainsi chez un malade que M. Charcot a vu il y a quelque temps 
(1872). Cet homme, âgé de 50 ans, a été atteint de la maladie de Parhinson 
à la suite d'une émotion vive occasionnée par les tentatives que firent, pendant 
la Commune, les fédérés pour l'incorporer dans leurs bataillons. Chez lui, tous 
les symptômes, et en particulier l'attitude, étaient présents, mais le tremble- 
ment faisait encore défaut. Enfin, M. Gowers a donné communication à 
M. Charcot de l'observation recueillie par lui à l'Hôpital national des^ épilep- 
tiques et des paralytiques de Londres, d'une femme, Ann Phillips, âgée de 
47 ans, chez laquelle tous les symptômes de la paralysie agitante existaient, 
moins le tremblement, qui est à peine apparent dans les mouvements. (B). (iNote 
de la 2° édition). (Voyez I'Appeni-ice, n^ 2). 



174 DÉMARCUE ; FORCE DYNAMOMÉTRIQUE 

avancées de la paralysie agitante. Or, lorsqu'elle commence à 
se manifester, les malades ont senti depuis longtemps, dans 
l'exercice des mouvements, une gêne notable qui a une autre 
cau-e. 

Vous reconnaîtrez aisément, chez quelques-uns des malades 
que je vous ai présentés, cet embarras dans Taccomplissement 
des mouvements, qui ne dépend ni du tremblement ni de la rigi- 
dilé musculaire, et un examen quelque peu attentif vous per- 
mettra de constater que, chez eux, fait significatif, il y a plu- 
tôt ralentissement dans V accomplissement des mouvements 
qu affaiblissement réel^^% puissances motrices. Le malade est 
encore capable d'accomplir, malgré le tremblement, la plupart 
des actes moteurs, mais il apporte à les réaliser une lenteur 
extrême. Nous signalions le fait, il y a quelques instants, en ce 
qui concerne la parole ; entre la pensée et l'acte, il s'écoule un 
temps relativement considérable. On croirait que, chez lui, 
l'influx nerveux ne puisse être mis en jeu qu'après des efforts 
inouïs et en réalité les moindres mouvements déterminent une 
fatigue extrême. Cet ensemble de phénomènes a souvent été 
pris pour l'indice d'un véritable affaiblissement paralytique. 
Néanmoins, il vous sera maintes fois loisible de vous assurer 
que, dans les cas oii la maladie n'est pas parvenue aux dernières 
limites, la force musculaire est remarquablement conservée. A 
diverses reprises le fait a été vérifié à l'aide du dynamomètre ; 
dans quelques circonstances môme, on a vu, phénomène singu- 
lier, le membre le plus agité et le plus affaibli en apparence, être 
celui dans lequel ]a force dynamométrique était le mieux con- 
servée ^ 



1 Nous avons étudié l'état de la force dynamométrique chez six malades du 
service de M. Charcot. Voici les résultats obtenus: loPerd.. . ; 8 explorations; 
moyenne .\ droite, 60 ; à gauche, 42, — 2" Guil. . . ; 9 explorations, moyenne à 
droite, 07 ; à gauche, 63. — 3" Berr... ; 13 explorations, moyenne à droite, 
59,6; à gauche, 41, 4. — 4° Gav... ; 5 explorations , moyenne à droite, 39,6 ;à 
gauche, 43, 4. — 5o Beau. . . ; 5 explorations ; moyenne à droite, 65,5 ; à gauche, 



PHOl'ULSION ET RÉTROPULSION 173 

Un mot encore sur la démarche particulière aux malades at- 
teintes de paralysie agitante. Vous avez vu quelques-unes de nos 
malades se lever avec lenteur et avec peine de leur siège, hési- 
ter durant quelques secondes à se mettre en marche, puis, une 
fois lancées, prendre malgré elles l'allure d'une course rapide. 
Plusieurs fois, elles ont été menacées de tomber lourdement en 
avant. Cette tendance à courir d'une manière irrésistible lient- 
elle exclusivement à ce que le centre de gravité se trouve dé- 
placé par l'inclinaison de la tête et du tronc? Cette explication, 
admissible peut-être dans quelques cas, ne l'est pas dans tous. 
En effet, par opposition aux malades dont nous venons de par- 
ler, il en est qui, dans la marche, tendent à reculer ou à se ren- 
verser en arrière, bien qu'elles aient le corps manifestement 
penché en avant. D'ailleurs la propulsion, de même que la rétro- 
pulsion, n'est pas absolument liée à l'attitude inclinée du corps, 
car on la voit quelquefois à une période peu avancée de la ma- 
ladie, alors que l'inclinaison ne s'est pas encore produite ^ En- 



42,3. — 6<5 Dan..., 5 explorations; moyenne adroite, 41,4 ; ;i gauche, 33,3. Si 
l'un compare ces chifîres <\ la moyenne 85, que nous ont fournie cinq personnes 
du même àg-e que nos malades, on constate que, dans la paralysie agitante, loin 
d'être conservée, la force dynamométrique serait au contraire diminuée. Il est 
d'autant plus difficile d'expliquer les divergences qui existent entre l'opinion 
ancienne et nos faits, que cette diminution de la force dynamométrique csi aussi 
réelle chez deux de nos malades, à une période relativement peu avancée de la 
paralysie agitante, que chez la plus ancienne. Dans ces trois cas, enfin, l'afîai- 
blissement dynamométrique est plus marqué dans le côté où prédomine le trem- 
blement. (B.) 

1 Ces phénomènes sont très apparents chez une malade du service de M. Charcot, 
couchée au n» 22 de la salle Saitit- Alexandre. Cette femme est parvenue à une 
période plus avancée de la paralysie agitante que les deux malades citées dans les 
notes précédentes, sans toutefois être alitée. On retrouve chez elle tous les symp- 
tômes de la maladie ; mais, nous relèverons, dans son histoire, simplement ce 
qui a trait à la propulsion et à la rétropulsion. Supposons la malade assise ; on 
lui ordonne de se lever et de marcher. Que voyons-nous? Elle hésite pendant 
quelques instants, puis elle incline le tronc en avant, et, après s'être comme ba- 
lancée, tout d'un coup elle se lève. Mais alors elle ne part pas; il semble, qu'au- 
paravant, elle ait besoin de s'équilibrer : elle est en quelque sorte incertaine, 
ayant le tronc incliné en avant, enfin elle se décide. Lente tout d'abord, la 
marche progressivement s'accélère, et, après un parcours de dix mètres, elle se 
précipite de telle sorte que si la malade ne rencontrait, à un moment donne, soit 



176 BESOIN INCESSANT DE DÉPLACEMENT 

fin, ce ne sont pas là des phénomènes constants, nécessaires ; 
assez souvent même, ils font défaut et figurent dans le tableau 
symptomatologique de maladies auties que la paralysie agi- 
tante, dans certaines lésions du cerveau, par exemple. Il est 
juste de reconnaître que, dans ce dernier cas, ils sont liés sou- 
vent aux vertiges, tandis que dans la paralysie agitante les 
mouvements de propulsion ou de rétropulsion ne surviennent 
pas à l'occasion d'un sentiment vertigineux. 

Les symptômes que je viens de passer en revue ne sont pas, 
Messieurs, les seuls qui méritent de fixer votre attention. La 
paralysie agitante n'est pas seulement une maladie des plus 
tristes en ce qu'elle prive le malade de Tusage de ses membres 
et qu'elle le réduit tôt ou tard à une inertie à peu près absolue : 
c'est encore une affection cruelle par suite des sensations péni- 
bles qu'éprouve le malade. Ordinairement, et à part les cas de 
névralgie dont nous vous avons entretenus, il ne s'agit pas de 
souffrances vives, mais de sensations désagréables, d'un ordre 
spécial. Ce sont des crampes, ou mieux un sentiment presque 
permanent de tension, de traction dans la plupart des muscles. 
C'est en outre un sentiment de prostration, de fatigue qui s'ac- 
cuse surtout après les paroxysmes de tremblement ; enfin c'est 
un malaise indéfinissable qui se traduit par un besoin incessant 
de changer de position. Assis, les malades sont, à chaque ins- 
tant, obligés de se lever; debout, après quelques pas, ils veulent 
se rasseoir. Ce besoin de déplacement, de changement se mon- 



un banc, soit un mur, un lit, etc., etc., elle tomberait brusquement : La.propul- 
sion, ici, est donc aussi nette que possible. 

La rétropulsion échappe quelquefois parce que, pour qu'elle soit signalée par 
les malades, 11 faut que celles-ci, par une circonstance spéciale, aient été obligées 
démarcher à reculons. Eh bien, il est un moyen très simple de la mettre en évi- 
dence et que M. Charcota employé dans ce cas : la malade étant debout, il suffit 
de la tirer^ même légèrement, à Timproviste, par sa jupe, pour que, aussitôt, elle 
marche en arrière et que le mouvement rétrograde se précipite très vite et soit 
promptcment dangereux, si on ne prend des précautions. (B.) 



SENSATION HABITUELLE DE CHALEUR 177 

tre principalement au lit, pendant la nuit, chez les inflrmes qui 
sont incapables de se servir elles-mêmes. Les femmes qui sont 
chargées de surveiller ces pauvres malades vous le diront : il 
faut les coucher tantôt sur le côté gauche, ou sur le droit, tantôt 
sur le dos. Une demi-heure, un quart d'heure sont à peine 
écoulés qu'il faut renouveler la position, et si l'on ne répond 
pas immédiatement à leur désir, elles poussent des gémisse- 
ments qui témoignent assez du malaise profond qu'elles ressen- 
tent. Malgré ces troubles divers, la transmission des impres- 
sions sensitives cutanées n'est nullement altérée dans la 
paralysie agitante. Le froid, le chaud, le plus léger frôlement, 
le pincement, etc., sont perçus avec leurs caractères normaux 
et la rapidité voulue. 

Mais une sensation très pénible encore qu'éprouvent les ma- 
lades et que je n'ai trouvée mentionnée dans aucune descrip- 
tion, c'est une sensation habituelle de chaleur excessive, qui 
fait que^ au cœur de l'hiver, vous les voyez se découvrir au lit 
et ne conserver sur eux, pendant le jour, que les vêtements les 
plus légers. Tous les cas de notre service déposent en faveur de 
cette assertion. Cette sensation de chaleur, particularité digne 
d'être notée, bien que la raison n'en puisse pas être donnée, se 
fait spécialement sentir à la région épigas trique et sur le dos. 
Toutefois, les membres, la face, peuvent aussi en être le siège. 
Elle n'a pas à tout moment la même intensité. Elle paraît attein- 
dre son maximum à la suite de paroxysmes de tremblement et 
s'accompagne souvent, en semblable occurrence, d'une sécré- 
tion abondante de sueur qui oblige parfois à changer de linge ; 
mais elle se montre aussi, d'une manière très accusée, chez 
des malades qui ne suent pas et dont le tremblement est peu 
accentué. 

La connaissance de ce fait m'a, de longue date, conduit à 
chercher si la température centrale était modifiée chez ces 
malades. Or, l'expérience m'a prouvé que, quel que fût le 

Gharcot, t. 1, ;jc édit. 12 



178 TEMPÉRATURE 

degré de cette sensation subjective et aussi celui du tremble- 
ment, la température restait au terme physiologique (37%5 au 

rectum). 

Vous ne serez pas étonnés, Messieurs, de voir des contractions 
musculaires aussi énergiques et aussi générales que le sont 
celles qui se manifestent dans certains cas de paralysie agi- 
tante ne pas donner lieu pourtant à une accumulation de cha- 
leur des parties centrales. Il s'agit là de contractions musculaires 
dynamiques. Or, vous le savez, les contractions musculaires 
statiques seules, ainsi que l'a fait remarquer M. Béclard, occa- 
sionnent une élévation de la température appréciable au ther- 
momètre. A ce point de vue, ainsi que nous avons essayé de 
l'établir, M. Ch. Bouchard et moi, dans un travail communiqué 
à la Société de biologie\ les convulsions peuvent être rangées 
sous deux chefs : les unes statiques, c'est-à-dire avec prédomi- 
nance des contractions toniques, font monter la température 
d'une manière plus ou moins prononcée, tels sont le tétanos, 
rattaque épileptique ; les autres, dynamiques, ou avec prédo- 
minance des mouvements cloniques, n'affectent pas la tempé- 
rature d'une façon notable. Des explorations thermométriques, 
que nous avons plusieurs fois répétées dans la paralysie agi- 
tante et dans quelques cas de chorée avec agitation excessive, 
nous ont paru mettre ce dernier point hors de doute -. 

A ce propos, il serait mtéressant de rechercher si, dans la 

1 Sur les variations de la température centrale qui s'observent dam certaines 
affections convulsives et sur la distinction qui doit être établie à ce point de vue 
entre les convulsions toniques et les convulsions cloniques. In Mémoires de la ^c.- 
ciété de Biologie, 1866. 

2 Cinq cas nouveaux viennent corroborer cette asscrlion. Cinq explorations 
faites chez Ber... ont donné comme température moyenne, 37o,48, et trois ex- 
plorations pratiquées chez Guil . . . 37o,6. - Dan . . , 3 explorations le matm, 3 iO,3 ; 
- 4 explorations le soir, 37o,8. - Grav..., 2 explorations le malni, 37o ; 4 ex- 
plorations le soir, 370,6. - nau. . ., 3 explorations le matm, 37M ; 4 explora- 
tions le soir, 370,45. Le pouls, chez la première, était à 9 0, chez la seconde a 86; 
chez la troisième à 84 et chez la cinquième à 80. Le nombre desinspn-ations, dans 
ces cas, était normal. (B.). 



PÉRIODE TERMIiNALE 179 

paralysie agitanle, de môme que cela a lieu, d'après M. Bence- 
Jones, dans la chorée et le delirium treme?is, affections dans 
lesquelles il y a une grande dépense musculaire, les urines pré- 
sentent, dans leur constitution chimique, quelque modification 
importante et en particulier une augmentation de la proportion 
des sulfates. C'est là un desideratum que nous nous proposons 
de combler quelque jour \ 

Messieurs, les symptômes que nous avons décrits persistent 
tels quels durant un temps plus ou moins long; puis, tôt ou 
tard, on voit survenir une période qui précède l'issue fatale, et 
que l'on pourrait appeler période terminale. L'affection pour- 
suivant sa marche, la difficulté des mouvements augmentant, 
les malades sont obligés de rester toute la journée sur leur 
chaise ou même de garder tout à fait le Ht. Alors la nutrition 
souffre, surtout celle du système musculaire. Il peut survenir, 
et je l'ai constaté deux fois, une véritable atrophie graisseuse 
des muscles. A un moment donné, l'intelligence s'obscurcit, la 
mémoire se perd. Les forces générales sont prostrées, les ma- 
lades deviennent gâteux, des eschares apparaissent au sacrum. 
En pareil cas, les malades succombent par les seuls progrès de 
leur affection, par une sorte d'épuisement du système nerveux, 
et il est parfaitement exact, ainsi que l'ont annoncé plusieurs 
auteurs, qu'à cette période terminale, on voit souvent diminuer 



1 Des recherches ont été faites à ce point de vue par M. P. Regnard, dans le 
laboratoire de la Sorbonne, sur les urines de deux malades de M. Charcot. Chez 
toutes deux, l'urine, contenait une proportion à peu près normale d'urée, mais une 
momdre proportion d'acide sulfurique qu'à l'état physiologique : la moyenne de 
14 dosages a donné, pour Y urée, 19 grammes 50 ; pour Y acide sulfurique, i gr. 25 
au heu de 2 gr. Il suit de ces analyses que l'excrétion des sulfates serait dimi- 
nuée dans la paralysie agitante^ contrairement à l'opinion avancée par M. Bence- 
Jones, à propos de la chorée. D'ailleurs, dans cette affection même, Lehman et 
Griiner ont toujours trouvé une diminution des sulfates. Vogel est arrivé, de son 
côté, aux mêmes résultats, et il pense qu'il faut attribuer les conclusions oppo- 
sées de Bence-Jones à l'insuffisance du procédé d'analyse qu'il a employé. (Note 
de la 2e édition.) ^ i^ J ^ 



180 ANATOMIE PATHOLOGIQUE 

et même cesser le tremblement, quelque intense qu1l fût aupa- 
ravant ^ A l'autopsie, on ne rencontre d'ordinaire aucune 
lésion viscérale importante, capable d'expliquer la mort. On 
n'observe point, entre autres, les lésions de la pneumonie 
caséeuse ou de la phtisie tuberculeuse qui, nous le verrons, 
mettent fin si habituellement à l'existence des femmes atteintes 
de scléroses en plaques ou d'ataxie locomotrice progressive. 

Cependant, tel n'est pas peut-être le genre de mort le plus 
habituel de cette maladie. En efïet, la terminaison finale 
arrive fréquemment par le fait d'une maladie intercurrente. 
Trois fois, Trousseau a vu la mort survenir à la suite d'une 
pneumonie ; j'ai noté la même chose chez plusieurs sujets 
atteints de paralysie agitante. Cette complication tient-elle à 
l'habitude qu'ont ces malades de se découvrir, même par les 
saisons les plus froides, en raison des sensations de chaleur 
i:ilé:-icure qu'ils éprouvent? Nous ne saurions l'affirmer. 

N'oublions pas, Messieurs, que, d'une façon générale, la 
paralysie agitante est une des affections graves du système 
nerveux dont la durée est la plus longue. Elle peut durer 
trente ans ; les symptômes delà troisième période seuls, ainsi 
que j'en ai été témoin, peuvent se prolonger pendant quatre 
ou cinq années. 

Si j'ai insisté avec minutie sur la description symptomatolo- 
gique de la paralysie agitante, c'est qu'elle constitue, encore 
aujourd'hui, à peu près toute l'histoire de cette affection. 

Les rares autopsies pratiquées jusqu'à présent chez des indi- 
vidus supposés atteints de paralysie agitante, sont susceptibles 
d'être rangées en trois groupes. Le premier renferme les cas 

1 Chez une malade du service (Latouil..., Marie-Françoise), dont l'observa- 
lion recueillie par nous, est consignée in extenso dans la thèse de M. Clave- 
leira, le tremblement a complètement disparu l'avant- veille de la mort. {De La 
paralysie agitante, 1812, p. 35.) (B.) 



ANATOMIE l'ATHOLOGIQUE 181 

dans lesquels on n'a rencontré aucune lésion appréciable, 
malgré les explorations les plus attentives. Il existe plusieurs 
faits de ce genre consignés dans les auteurs. J'ai observé, pour 
mon compte, trois cas de paralysie agitante bien caractérisée, 
dans lesquels les résultats de l'autopsie ont été complètement 
négatifs. D'autrefois, on trouve mentionnées, dans les nécrop- 
sies, des lésions banales, en particulier l'atrophie cérébrale 
sénile ; or, celle-ci peut exister, comme on le sait, sans qu'il y 
ait jamais eu le moindre tremblement. 

Le second groupe comprend les observations publiées par 
quelques auteurs, Bamberger, Lebert, Skoda, par exemple, 
sous le tilre de paralysie agitante et dans lesquelles ont été 
rencontrées des lésions qui appartiennent vraisemblablement 
à la sclérose en plaques. Tels sont les cas de Bamberger, 
Lebert, Skoda. S'agissait-il vraiment de la paralysie agitante 
ou avait-on sous les yeux le tableau clinique de la sclérose en 
plaques ? Le fait est parfaitement établi, au moins pour l'obser- 
vation de Skoda. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce point. 

Enfin, le dernier groupe conlient l'observation de Parkinson 
et celle d'Oppolzer. Dans l'observation de Parkinson, que cet 
auteur a transcrite du reste de seconde main, il y avait, paraît- 
il, une augmentation de volume, avec induration du pont de 
Varole, de la inoelle allongée et de la portion cervicale de la 
moelle ; en outre, les nerfs de la langue, ceux du bras, étaient 
comme tendineux. Ce dernier détail nécroscopique et d'autres 
encore qu'il est inutile de relever, nous semblent jeter des 
doutes légitimes sur la valeur de ce fait au point de vue ana- 
tomo-pathologique . 

Quant au cas du professeur Oppolzer, il n'est guère plus con- 
cluant, à notre avis, en dépit de l'importance qu'on a voulu lui 
accorder. A l'autopsie, on découvrit aussi une induration du 
pont de Yarole et de la moelle allongée, attribuée, après examen 
microscopique, à une hyperplasie, une prolifération du tissu 



182 PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE 

conjonctif. Quels sont les caractères de cette hyperplasie? A cet 
égard, la relation est muette. Il n'est nullement question, dans 
le texte allemand, de l'atrophie des éléments nerveux, non plus 
que des caractères de la dégénération graisseuse, deux lésions 
signalées, on ne sait trop pourquoi, dans la version adoptée, 
dans sa leçon clinique, par Trousseau. 

Les considérations qui précèdent vous montrent. Messieurs, 
que la lésion de la paralysie agitante est encore à trouver K 

La physmlogie pathologique n'est guère plus avancée que 
l'analomie. Bientôt, je pense, j'aurai l'occasion de vous faire 
reconnaître la vérité de cette assertion. Je n'insiste pas, pour 
rinstant sur ce sujet, j'ai hâte de terminer l'histoire clinique 
de la paralysie agitante, en vous exposant ce que nous savons 
relativement à l'étiologie et à la thérapeutique de cette affec- 
tion. Ni l'une ni l'autre ne comportent de longs développements, 
la thérapeutique moins encore peut-être que l'étiologie ; car, 
jusqu'à ce jour, il n'est aucune substance, aucune méthode de 
médication à laquelle on puisse faire honneur, je ne dirai pas 
d'une guérison, mais même d'un amendement sérieux dans un 
cas bien authentique de paralysie agitante. 

Etiologie. A. Parmi les causes extérieures à l'individu, 
deux surtout méritent d'être invoquées légitimement dans un 
assez grand nombre de cas. C'est, en premier lieu, l'influence 



1 Depuis que celte leçon a été faite (1868), M. Ghaicot a eu l'occasion de 
pi-atiquer trois autopsies nouvelles ; les lésions qu'il a rencontrées sont de deux 
espèces : les unes, constantes dans ces trois cas (oblitération du canal central 
de la moelle par la prolifération des éléments épithéliaux qui tapissent l'épen- 
dyme ; — prolifération des noyaux qui entourent l'épendyme; ~ pigmentation 
des cellules nerveuses, très prononcée, principalement dans les cellules de la 
colonne vésiculeuse de Clarke); les autres, particulières à deux de ces cas (mul- 
tiplication des corps amyloïdes) ou à l'un deux (plaque scléreuseà la face posté- 
rieure du bulbe). Dans le cas le plus net, on ne constatait aucune lésion de la 
protubérance ni du bulbe. (Voir pour plusde détails : Joffroy, Société de biologie, 
1871.) 



CAUSES EXTÉRIEURES 183 

des violents ébranlements du système nerveux : l'effroi, la ter- 
reur, une fâcheuse nouvelle apprise tout à coup, etc. Les 
exemples à l'appui fourmillent dans la science, et les faits que 
nous avons recueillis nous-même nous obligent à ne pas con- 
server le moindre scepticisme sous ce rapport. 

Des femmes de la Salpêtrière, atteintes de paralysie agitante, 
interrogées par nous, beaucoup ont vu leur maladie prendre 
naissance au milieu des commotions politiques qui ont agité 
notre pays. Qu'il nous suffise de citer la femme d'un gendarme, 
à laquelle nous avons déjà fail allusion plusieurs fois, une 
femme actuellement couchée au n"2 de la salle Saint-Alexandre, 
qui se mit à trembler avec une émotion violente^ occasionnée 
par les événements de décembre 18oi. En dehors des faits qui 
nous sont personnels, nous relaterons : 1° un cas de M. Hillai- 
ret (rapporté dans notre mémoire) ayant trait à un père qui vit 
tuer son fils sous ses yeux ; 2° un autre publié par Oppolzer, 
concernant un bourgeois de Vienne, effrayé par l'éclatement 
d'une bombe à ses côtés ^ ; enfin, un troisième, consigné par 
Van Swieten dans ses écrits. 11 s'agissait, dans ce dernier cas, 
d'un homme réveillé subitement par un coup de tonnerre épou- 
vantable. Multiplier les exemples serait facile, mais n'ajoute- 
rait rien à ce que nous venons de dire. Ce qu'il importe de sa- 
voir, c'est que, chez tous ces malades, le tremblement suivit 
immédiatement ou presque immédiatement l'influence de la 
cause. Celle-ci, qu'on le sache encore, n'impose aucun carac- 
ère spécial à la maladie. 

1 Dans un travail publié en 1873 [Berliaer Klin. ^yocllPmdlrift, no 24, p. 278, 
etc.), M. 0. Kolîts relate un certnin nombre de cas de maladies nerveuses, obser- 
vées à Strasbourg, et que les malades eux-mêmes font, remonter à la frayeur que 
leur a causée le bombardement de la ville . L'auteur, qui s'étend avec complai- 
sance sur cet événement désastreux, nous apprend que le nombre des bombes 
lancées sur Strasbourg, en .31 jours s'élève à 193,722. soit, d'après son calcul, 
0,240 par jour, 269 par beure, ou 4 ?i 5 par minute. Parmi les faits pathologi- 
ques qu'il cite, trois paraissent relatifs à la paralysie agitante (2 femmes âgées, 
l'une de ot ans et l'autre de 61 ans et un homme âgé de 56 ans). (Note de la 2^ 
édition. (B.). 



i84 CAUSES EXTÉRIEURES 

Notons, en second lieu, Y action du froid humide longtemps 
prolongée, action qui, aux yeux de quelques auteurs, suffit 
pour faire admettre l'origine rhumatismale. Toutefois, une cir- 
constance importante plaide contre cette explication : c'est que 
les formes du rhumatisme articulaire aigu ou chronique se 
montrent rarement soit avant l'éclosion de la maladie, soit pen- 
dant son cours. Tout au plus remarque-t-on parfois, dans les 
cas 011 l'influence étiologique du froid a pu être invoquée, des 
douleurs rhumatoïdes ou névralgiques vagues. Nous pourrions 
citer, à ce propos, une femme que nous vous avons montrée, et 
dont la démarche rappelle celle des grands pachydermes. Cette 
femme, qui fabriquait des gaufres, a demeuré pendant plus de 
dix ans dansun rez-de-chaussée très humide, et la description 
qu'elle donne de cette habitation malsaine nelaisse aucun doute 
à cet égard. De plus, elle se trouvait exposée, en raison de 
son métier, à des refroidissements fréquents. 

Il est des cas oîi cette cause est loin d'avoir joué, à notre 
avis, le rôle qu'on lui attribue. Tel est celui de Romberg, con- 
cernant un homme qui, en 1813, fut détroussé par les Cosaques 
en temps de neige. Faut-il invoquer ici l'influence du froid ou 
celle de la terreur? 

Nous signalerons enfin une troisième cause, passée sous si- 
lence parla plupart des médecins qui ont écrit sur la paralysie 
agitante, à savoir Y irritation de certains nerfs périphériques, 
en conséquence d'une blessure ou d'une contusion. Un fait de 
Doar, relevé par Haas en 1852 et cité par M. Sanders, appar- 
tient peut-être à ce groupe étiologique. Il a trait à une fille de 
19 ans qui s'enfonça une épine sous l'ongle du pied droit. Elle 
ressentit sur-le-champ une vive douleur, et bientôt elle eut un 
tremblement qui, d'abord circonscrit au pied blessé, se gé- 
néralisa progressivement. Le tremblement, par la suite, dispa- 
rut, dit-on, d'une façon complète. C'est là une terminaison 



INFLUENCE DE l'aGE, DU SEXE, ETC. 185 

bien exceplionnelle qui nous autorise à douter qu'il se soit agi, 
dans ce cas, de la paralysie agitante. 

La femme d'un de nos confrères de la province, que j'ai 
observée, se contusionna violemment la cuisse gauche en tom- 
bant d'une voiture. Au bout de quelque temps, il survint dans 
le membre blessé une douleur vive occupant le trajet du nerf 
sciatique, et, peu après un tremblement se déclara dans toute 
l'étendue de ce membre. D'abord passager, ce tremblement 
devint plus lard permanent, et s'étendit enfin aux autres 
membres. 

Il est permis de rapprocher du fait précédent celui d'une 
sage-femme atteinte aussi de paralysie agitante. Celte malade, 
que j'ai observée à la Salpêtrière, éprouva, pendant plusieurs 
années, une douleur violente localisée sur le parcours des nerfs 
de la jambe et du pied. Ces parties furent prises les premières 
de tremblement. Cette douleur, qui s'était développée sponta- 
nément, et qui, parfois, était intolérable, résista aux moyens 
les plus énergiques. Elle persista jusqu'à la mort de la malade, 
dont l'autopsie, malheureusement, n'a pu être pratiquée. 

B. Nous venons d'indiquer les cas dans lesquels l'influence 
d'un élément étiologique peut être invoquée; mais il en est 
d'autres qui, malgré les recherches les plus attentives, ne con- 
duisent à aucun résultat. On en est réduit alors à l'examen des 
influences prédisposantes, qu'il nous reste maintenant à passer 
en revue. 

Relativement à Vâge, nous devons faire remarquer que la 
paralysie agitante n'est pas, ainsi qu'on l'a avancé, une maladie 
delà vieillesse. Elle débute, à la vérité, après 40 ans, plus tard, 
par conséquent, que la sclérose en plaques disséminées. Tou- 
tefois, cette règle n'est pas absolue : on pourrait citer quelques 
cas 011 la maladie s'est montrée de bonne heure, à 20 ans, par 
exemple, comme dans un fait qui nous a été communiqué par 



186 INFLUENCE DE L"i1ÉRÉD1TÉ, ETC. 

M. Duchenne (de Boulogne) ^ — Le sexe ne paraît exercer au- 
cune action pathogénique : la paralysie agitante est aussi com- 
mune chez l'homme que chez la femme. 

Nous ne possédons pas de renseignements précis sur Y héré- 
dité. La paralysie agitante n'est point, à l'instar de l'ataxie lo- 
comotrice dans certaines circonstances, et de l'atrophie mus- 
culaire progressive, une maladie de famille. Les observations 
qui ont pu faire croire le contraire se rapportent à des trem- 
blements partiels n'ayant nulle tendance à se généraliser, ren- 
trant plutôt dans la classe des tics convulsifs. 

Il y a quelques raisons de penser que la race anglo-saxonne 
(Angleterre, Amérique du Nord) estpréférablement affectée de 
cette maladie. Les récits que j'ai entendu faire aux médecins 
de ces pays, mon expérience personnelle, et surtout les ren- 
seignements qui m'ont été fournis par mon ami, M. Brown- 
Séquard, viendraient à l'appui de cette opinion. 

Mais, même dans ces pays, la paralysie agitante n'est pas 
très coimnime. M. Sanders, dans une statistique comprenant 
l'Angleterre et le pays de Galles, et s'étendant de I800 à 1863, 
a relevé 2O0 cas de mort par paralysie agitante, c'est-à-dire 
en moyenne par an (14 hommes, 8 femmes). Bisons, enfin, 
que cette maladie figure au cinquième rang à côté de Fataxie 
locomotrice, sur le tableau étiologique des infirmités traitées à 
la Salpêtrière. 

Thérapeutique. Un mot, en terminant, Messieurs, sur les 

1 M. Fioupe a publié dans le Journal de médec'aie et de chirurgie pratiques 
(p. 389, 1874), l'observation d'une jeune fille du service de M. Siredey qui fut 
frappée de paralysie agitante à Tàge de 15 à 16 ans. « Vers la fin du siège de 
Paris, elle s'était réfugiée un jour dans une cave pour se soustraire aux pro- 
jectiles, lorsqu'un obus vint faire à ses côtés 3 ou 4 victimes. Saisie d'une vio- 
lente frayeur, elle perdit connaissarxe et quand, au bout de quelques instants, 
elle revint à elle, on ne tarda pas à s'apercevoir que son bras droit était animé 
d'un léger tremblement qui gagna peu de temps après le membre inférieur du 
même côté. » Elle offre aujourd'hui tous les symptômes qui caractérisent la para- 
lysie agitante : physionomie, attitude spéciale delatête, fixité du regard, du Ironc, 
démarche, propulsion, rétropulsion, tremblement, etc. (B.) (Note de la 2^ édition.) 



TRAITEMENT 187 

moyens thérapeutiques. La paralysie agitante guérit quelque- 
fois, cela est incontestable. Est-ce spontanément ou grâce aux 
agents mis à contribution ? La dernière hypothèse, pour la ma- 
jorité des cas heureux, est probable, car les médicaments 
auxquels on voudrait faire honneur de cette action médicatrice 
ont, dans d'autres cas, complètement échoué. Ellioston a donné 
le sons-carbonate de fer, Brown-Séquard le chlorure de ba- 
ryum;iQ\x% les deux ont enregislré un succès et, à côté des 
essais négatifs, M. Duchenne (de Boulogne) a vu également un 
de ses malades guérir. Ces citations montrent que la paralysie 
agitante n'est pas incurable. Mais nous devons reconnaître que 
nous ignorons quels sont les moyens employés dans ce but par 
la nature. 

On a tout ou à peu près tout essayé contre cette maladie. 
Parmi les médicaments qui ont été préconisés, et que j'ai admi- 
nistrés sans fruits, je n'en énumérerai que quelques-uns. La 
strychnine j vantée par Trousseau (Journal de Beau], m'a paru 
plutôt exaspérer le tremblement que le calmer. Vlergot de sei- 
gle, la belladone, prescrits en raison de leur pouvoir anti-con- 
vulsif, ne m'ont pas donné de résultats bien avantageux. J'en 
dirai autant de V opium, qui, au contraire, augmente l'excitabi- 
hté réflexe et que Ton supposait capable de modérer le trem- 
blement, en diminuant les douleurs. Dans ces derniers temps, 
j'ai employé \ hyoscij aminé ; quelques malades, par elle, se 
trouvaient soulagées ; son action, d'ailleurs, est simplement 
palliative. 

Ogle a donné sans bénéfice la fève de Calahar. Quant au ni- 
trate d'argent, il nous a toujours semblé exagérer l'état con- 
vulsif, et cela est d'autant plus remarquable, que, dans la sclé- 
rose en plaques, il produit quelquefois un amendement assez 
marqué, et diminue l'intensité du tremblement ^ 

' M. Eiilemburg' a récemment recommandé l'injection hypodermique d'une 



188 TRAITEMENT 

Enfin, nous mentionnerons l'emploi de V électricité, qui, selon 
quelques médecins, aurait procuré plusieurs guérisons. Ce n'est 
pas l'électricilé statique, ni les courants interrompus, qu'il con- 
vient de faire intervenir. Ces moyens, avantageux, dit-on, dans 
la chorée, seraient demeurés impuissants contre la paralysie 
agitante ; c'est du moins ce qui ressort de la pratique de 
M. Gull. Il faut se servir des courants constants, tels qu'on les 
obtient à l'aide d'une pile. Il n'est pas nécessaire, Messieurs, de 
rappeler aujourd'hui que les effets physiologiques et thérapeu- 
tiques diffèrent singulièrement suivan t que l'on fait appel à l'une 
ou Tautre de ces deux espèces do courants. Quoi qu'il en soit^ 
il existe deux faits, au moins, dans lesquels ce mode de traite- 
ment paraît avoir été heureux. Le premier appartient à Remack, 
le second à Russell Reynolds. Il serait donc bon, l'occasion se 
présentant, d'avoir recours aux courants continus. 



solution composée d'une partie é'arseniate de potasse et de deux parties d'eau 
[Berliiier Klin. Wochensch., nov. 1872). Ce mode de traitement, employé par 
nous dans le service de M. Çharcot, n'a donné aucun résultat satisfaisant [Pro- 
grès 7?2e^., 1874, p. 245). — Nous avons aussi prescrit le bromure de camphre chez 
deux malades du service de M. Gharcot, atteintes de paralysie agilanlc depuis 
plusieurs années. Dans les premières semaines, il y a eu un amendement de 
quelques-uns des symptômes, mais cet amendement n'a pas persisté. Peut-être 
serait-il bon de recourir à cet agent thérapeutique dans des cas moins avan- 
cés. (B.) (Note de la 2e édition.) 



SIXIÈME LEÇON 



De la sclérose en plaques disséminées. — Anatomie 
pathologique. 



SoMMAiiiE. — Historique de la sclérose en plaques disséminées : Période fran- 
çaise ; — Période allemande ; — Nouvelles recherches françaises. 

Anatomie pathologique macroscopique. — Aspect extérieur des plaques de 
sclérose. — Leur distribution : cerveau, cervelet, protubérance, bulbe, 
moelle épinière. — Plaques de sclérose sur les nerfs. — Formes spinale, 
céphalique ou bulbaire, cérébro-spinale. — Caractères des plaques : couleur, 
consistance, etc. 

Anatomie microscopique. — Notions d'histologie normale concernant la moelle 
épinière. — Tubes nerveux.— Névroglie : sa distribution. — Couche cor- 
ticale du réliculum. — Caractères de la névroglie. — Influence de l'acide 
chromique. — Capillaires artériels. 

Caractères histologiques des plaques de sclérose. — Coupes transversales: 
zone périphérique ; — zone de transition : — région centrale. — Coupes lon- 
gitudinales. — Altérations des vaisseaux. — Examen des plaques de sclérose 
à l'état frais. — Lésions histologiques consécutives à la section des nerfs. — 
Granulations graisseuses sur les coupes de plaques scléreuses à l'état frais. 
— Modifications des cellules nerveuses. — Mode de succession des lésions. 



Messieurs, 

J'ai insisté dans noire dernière réunion sur la distinction qu'il 
convenait d'établir entre les diverses espèces de tremblement. 
Je vous ai dit tout d'abord qu'on pouvait les diviser en deux 
groupes : l'un dans lequel le tremblement ne survient qu'à 
l'occasion des mouvements voulus. Puis, partant de cette no- 
tion, je vous ai cité comme exemple de tremblement du premier 
groupe, la paralysie agitante dont je vous ai tracé l'histoire. 



190 SCLÉROSE EN PLAQUES — HISTORIQUE 

Chemin faisant, j'ai relevé quelques-uns des caractères qui per- 
mettent de distinguer aujourd'hui cette maladie d'une autre 
afTection jusque alors confondue avec elle, la sclérose enplaqiies 
disséminées. 

C'est à cette affection, qui nous fournit un spécimen du trem- 
blement du second groupe, c'est-à-dire n'apparaissant que dans 
cerlaines conditions, que nous allons consacrer cette leçon et les 
suivantes. Anatoniiquement, la sclérose en plaques disséminées 
est une espèce pathologique nettement déterminée ; clinique- 
ment, c'est autre chose, et, à cet égard, nous aurons bien des 
lacunes à combler. Commençons par quelques mois d'histo- 
rique. 

HISTORIQUE. 

On trouve la sclérose en plaques mentionnée pour la pre- 
mière fois dans V Atlas danatomie pathologique de M. Cru- 
veilhier (1830-1842), ce livre admirable qui devrait être consulté 
plus souvent par tous ceux qui veulent éviter le désenchante- 
ment des découvertes tardives, de seconde main, en anatomie 
pathologique. C'est dans les 22^ et 23' livraisons que vous ver- 
rez figurées les lésions de la sclérose en plaques. A côté, vous 
pourrez lire les observations cliniques auxquelles elles se rat- 
tachent. Je profite de cette circonstance pour vous recommander 
la lecture d'un chapitre remarquable sur les paraplégies. Avant 
cette époque, nulle part ailleurs, à ma connaissance, il ny a 
trace de la sclérose en plaques. 

Après M. Cruveilhier, Carswell, dans rarliclc AtropJnj àc son 
Atlas (1838), a fait dessiner des lésions qui se rapportent à la 
sclérose en plaques. Mais cet auteur, qui a puisé surtout les 
matériaux de son ouvrage dans les hôpitaux de Paris, ne re- 
late à ce propos aucun fait clinique. Même aujourd'hui, je ne 
crois pas que la sclérose en plaques soit connue en Angle- 



UISTORIOUE '191 

terrée Je ne la trouve indiquée dans aucun des livres clas- 
siques publiés dans ce pays, non plus que dans le précieux re- 
cueil de M. Gull ^ • 

Ainsi, jusque-Jà, les documents principaux avaient été ras- 
semblés en France. A partir de celte époque, pendant une pé- 
riode de plusieurs années, on laisse cette question dans un oubli 
à peu près complet, et c'est en Allemagne qu'il faut aller pour 
rencontrer de nouveaux jalons. Ludwig Tlirk a publié, en 
18oo, des exemples de lésions se rattachant évidemment à la 
sclérose en plaques; toutefois, le côté physiologique seul a 
frappé son esprit ^ ; Rokitansky les indique dans son traité"^; Fre- 
richs ^, Yalentiner*^ rapportent deux observations. Rindfleisch'', 
Leyden^, Zenker^, fournissent, à leur tour, quelques éléments 
Il la solution du problème. Des desiderata restaient à combler, 
de nouvelles recherches étaient indispensables. C'est à la Salpê- 
trière que la sclérose en plaques attira de nouveau chez nous 
ratlention. Dès 1862, M. Yulpian et moi nous en constations des 
exemples. M. Bouchard, se fondant sur des faits réunis par nous 
à la Salpêtrière, revint sur ce sujet dans un travail lu au Con- 
grès médical de Lyon. 

Dans rénumération qui précède, nous avons surtout tenu 
compte des travaux ayant traita l'anatomie pathologique, nous 
proposant dinsister plus tard sur ceux qui contiennent des dé- 



1 Cette leçon a été faite en 1868. 

2 Cases of Paraplefjia, in Giq/s Hospital Rep., I806-I808. 

3 Beobach(u7i;/e)i vJjp.r das Leitungsvermorien des menschlichen Rilckcnmarks. 
(Sitzun^sberichte dei* Kaïs. Akaclemie der Wissenschaften, mathem. naturvv. 
Glass, t. XVI, I800, p. 229). 

^ Lehrbuch der pathologischen Anatomie, 18.j6, Zweiter Band, p. 488. 

5 Haesei^'s Archiv. Band^ X. 

c Uehe?^ die Sclérose des Gehirns und Riuikemnarks [Deutsche Klinik^ 18;iG, 
no 14). 

^ HistoLogische Détail zu der grauen Degeneration vonHir?i und RUckenrncu'k. 
[Virchovf s Archiv. B. XXVI, Heft und 6, p. 474). 

8 Ueber graue Degeneration des Riickenmarks. {Deutsche Klinik, n^ 13, 1867). 

9 Ein Beitr/jge zur Sclérose des Hims und Ruckenmarks. [Zeifschrift fur rat. 
Medizin. B. XXIV, Heft, 2 und 3.) 



192 AXATOMIE PATHOLOGIQUE 

tails cliniques. Aux renseignements que nous donneront les au- 
teurs précités, nous en ajouterons d'autres puisés dans des ob- 
servations inédites, et, pour faciliter la compréhension de nos 
études, nous mettrons sous vos yeux les pièces anatomiques 
que nous avons conservées. 

ANATOMIE MICROSCOPIQUE. 

Lasclérose en plaques disséminées, je vous l'ai dit. Messieurs, 
n'est pas une atTection exclusivement spinale. Elle envahit le 
cerveau, la protubérance, le cervelet, le bulbe aussi bien que la 
moelle. Nous allons donc énumérer les altérations que l'on dé- 
couvre, dans les cas les plus accentués, sur ces divers segments 
du sysième nerveux: d'abord extérieurement, puis sur des 
coupes. 

Il s'agitlà, Messieurs, d'une altération relativement grossière 
et il est surprenant qu'elle ait pu pendant si longtemps passer 
inaperçue. Sur les planches que je vous montre et oii les alté- 
rations sont fidèlement reproduites, vous voyez la moelle épi- 
nière tachetée de plaques grisâtres, à contours plus ou moins 
réguliers, mais, en tout cas, nettement circonscrites et qui tran- 
chent vivement sur les parties voisines (Voy. Planches V et Yl). 

Tantôt discrètes, tantôt confluentes, ces plaques ou ces ta- 
ches, ainsi que vous pouvez facilement le constater, sont dissé- 
minées sans règle apparente et comme au hasard sur tous les 
points de la moelle. Le bulbe lui-même n'est pas épargné, tant 
s'en faut. (Voy. Pl. III, Fig. 1 et 3). Souventaussi diverses par- 
ties de l'encéphale sont atteintes. 

Mais nous ne pouvons nous en tenir à ce simple aperçu et il 
nous faut entrer dans les détails d'une description plus régu- 
lière. Tout d'abord nous devons dire (\\iqV examen pureinent 
extérieur ne donnerait de la lésion qu'une idée très incomplète. 



DISTRIBUTION DES PLAQUES DE SCLÉROSE 193 

Les plaques, les taches, dont nous venons de parler, ne sont 
pas superficielles ; elles constituent de véritables noyaux ou 
foyers qui pénètrent dans la profondeur des tissus. Souvent 
même, la coupe seule révèle l'existence des plaques cachées 
intérieurement. 

Examinons en premier lieu \ encéphale. L^aspect général du 
cerveau proprement dit n'a subi aucune modification dans sa 
forme et nous pouvons ajouter ni dans sa couleur, car les 
plaques sont très rares sur la substance grise des circonvolu- 
tions. Il n'en est plus de même en ce qui concerne les parties 
centrales. En effet, nous trouvons des plaques surtout sur les 
parois des ventricules (Pl. VII), dans la substance blanche du 
centre ovale, le septiim lucklum, le corps calleux (Pl. YIl) et 
enfin dans certaines régions de la substance grise (Couches 
optiques, corps striés. Pl. IV et Vil, Fig. 1 et 2). 

Le cervelet ne présente d'habitude que des plaques inté- 
rieures, occupant spécialement le corps rhomboïdal. (Pl. 111, 
Fig. \ et 2). 

Le bulbe^ Vi protubérance et les diverses circonscriptions de 
risthmesont très fréquemment le siège des plaques de sclérose, 
lesquelles, là, sont à la fois périphériques et profondes. Sur le 
bulbe, les plaques affectent isolément ou simultanément les 
olives, les pyramides, les corps restiformes et la région posté- 
rieure 011 sont étages les noyaux d'origine des nerfs bulbaires. 
Pour ce qui a trait à la protubérance, les plaques siègent en gé- 
néral à la face antéro-postérieure. Si nous remontons plus haut, 
nous voyons afFectés et les tubercules mamillaires et les pédon- 
cules cérébraux (Pl. III, Fig. 1 et 3 ; Pl. VIII, Fig. 1 ào). 

Nous arrivons maintenant à la moelle. A travers la pie-mère, 
on aperçoit souvent des taches grises, prenant par le contact 
de Tair une teinte rosée analogue à celle de la chair de saumon. 
Mais c'est principalement après l'ablation de cette membrane, 
ablation qui s'effectue sans peine, que l'on aperçoit bien leslé- 

Gharcot. T. ], oc édil. 13 



194 PLAQUES DE SCLÉROSE (mOELLE ÉPlNlhiRE, NEUFS) 

sions. Elles intéressent toutes les régions de la moelle (cervi- 
cale, dorsale et lombaire) ; elles envahissent indistinctement 
les différents cordons, sans respecter les sillons et portent aussi 
bien sur la substance grise que sur la substance blanche. (Pl. 

VetYI). 

Les nerfs eux-mêmes n échappent pas à la sclérose. On les 
voit quelquefois sortir, à leur origine, d'une plaque de sclérose 
et se montrer parfaitement sains ; d'autres fois, on trouve sur 
leur trajet des plaques scléreases en tout semblables à celles 
des centres nerveux, du moins sur les portions de ces nerfs voi- 
sines des centres : les observations de MM. Ynlpian et Liou- 
ville, souvent répétées depuis, ne laissent pas de doute à cet 
égard. Les nerfs crâniens qui ont offert des plaques de sclérose 
sont les nerfs optiques, olfactifs et de la o*^ paire. Quant aux 
nerfs rachidiens, nous savons seulement que des plaques ont 
été vues sur les racines postérieures et antérieures ; mais nous 
ignorons s'ils ont été lésés sur leur parcours extra-spinal. (Voy. 
Pl. m, Fig. 1 et 3, a, h). 

Je n'insisterai pas plus longuement, Messieurs, sur cette to- 
pographie des plaques scléreuses ; toutefois, je ne puis me dis- 
penser d'appeler toute votre attention sur l'intérêt qui s'y at- 
tache. 

Vous voyez, en effet, les plaques siéger sur des régions très 
diverses des centres nerveux, suivant les cas, et il est clair, 
qu'à ces variétés de siège devront répondre des désordres fonc- 
tionnels bien différents. C'est à cela que la maladie doit en 
grande partie son caractère protéiforme. Nous reviendrons sur 
ce point. Pour le moment, remarquez que ces différences de 
siège motivent des divisions importantes que nous retrouve- 
rons en clinique. Tantôt les plaques occupent exclusivement la 
moelle {forme spinale) \ tantôt elles prédominent dans l'encé- 
phale (forme céphaliqneoM bulbaire); enfin, l'existence simul- 



CARACTÈRES EXTÉRIEURS DES PLAQUES DE SCLÉROSE 195 

Uiiiée de plaques dans Tencéphale etlamoelle répond kVà forme 
cérébro-spinale. 

Pour en finir avec Tanatomie à Toeil nu, il ne me reste plus 
qua indiquer les principaux caractères que présentent les 
plaques considérées individuellement. 

Quelquefois, les plaques sont saillantes et comme turges- 
centes ; d'autres fois, elles sont de niveau avec les parties avoi- 
sinantes ; enfin, elles sont parfois déprimées lorsqu'elles ont 
une date ancienne. 

Elles ont une coloration qui rappelle à peu près celle de la 
substance grise dont il est difficile de les distinguer ; mais, au 
contact de fair, elles prennent une couleur rosée et l'on voit s'y 
dessiner des vaisseaux abondants. 

Ces plaques ont une consistance ferme et donnent des sur- 
faces de section nettes et d'oii s'écoule un liquide transpa- 
rent. 

Telle est. Messieurs, au point de vue de fanatomie simple, 
la sclérose en plaques généralisées ; il nous faut entrer mainte- 
nant dans des détails histologiques minutieux. 

Pour mener à bonne fin cette entreprise, qui se rapporte à 
des faits d'une exposition laborieuse, je réclamerai à la fois et 
toute votre attention et toute votre indulgence. 



ANATOMIE 3UCR0SC0PIOUE. 

La méthode à suivre est simple. Nous devons partir des con- 
ditions normales ; celles-ci une fois connues, il sera plus aisé 
d'en faire dériver les conditions morbides. La connaissance 
préalable des caractères de l'état normal, en ce qui concerne 
les oj'ganes elles élémentsdontnous voulons étudier les altéra- 
tions, vous estsans doute familière, et nous pourrions, à la ri- 
gueur, entrer de plein pied dans l'examen des lésions intimes. 



196 ANATOMIE MICROSCOPIQUE 

Toutefois, vous le savez, Faiiatomie histologique des centres 
nerveux est, sous quelques rapports, toute nouvelle ; bon 
nombre des questions qu'elle soulève sont encore en litige ; et 
cependant, pour l'intelligence des lésions pathologiques, il n'est 
pas indifférent d'avoir sur ces questions une opinion plus ou 
moins motivée. Ces considérations nous engagent à vous re- 
mettre en mémoire, au moins sommairement, certains faits 
fondamentaux d'anatomie normale. D'ailleurs, nous nous occu- 
perons surtout de la moelle épinière, organe moins complexe et 
d'un abord plus facile que ne l'est le cerveau. Mais, afin déli- 
miter le champ de nos études, nous ne nous arrêterons pas à 
décrire les éléments nerveux proprementdits, tubes ou cellules ; 
nous n'insisterons pas non plus sur leurs rapports réciproques 
ni sur le mode de groupement qu'ils affectent pour constituer 
ce que l'on nomme la substance blanche et la substance grise. 
Nous nous proposons de concentrer votre attention sur la 
gangue conjonctive qui, de toutes parts, enveloppe ces élé- 
ments. Un grand intérêt s'attache à l'histoire de cette gangue 
conjonctive, principalement pour le pathologiste, car c'est à 
elle qu'il faut attribuer le rôle capital dans certaines altéra- 
tions des centres nerveux et en particulier dans les cas qui nous 
occupent ^ 



I. 



A. il sera, je crois, avantageux d'inaugurer cette étude par 
examen de tranches minces, transparentes, pratiquées trans- 



' On sait que les premières études sur la gangue conjonctive de la moelle 
épinièi-e remontent à 1810 et sont dues à Keuffel ; mais ce que Ton sait moins 
c'est que Cruveilhier, dans son ai'licle Apoplexie, du Dictionnaire de médecine 
et de chirurgie prati(/i(es, publié en 1820, a mentionné « le tissu cellulaire 
séreux extrêmement délié qui unit et sépare les fibres cérébrales et qui forme 
une trame excessivement ténue ». {Lac. cit., p. 209.) 



NOTIONS d'histologie NORMALE 197 

versalement sur des tronçons de moelle convenablement durcis 
dans une solution d'acide chromique, et colorées parle carmin. 
Le carmin est ici un réaclif précieux. Grâce à lui, certains élé- 
ments, qui ont la propriété de se colorer, sous son influence, 
d'une teinte plus ou moins vive, sont par là mis en relief, alors 
que les autres conservent leur aspect ordinaire. Ainsi les cel- 
lules ganglionnaires, leur noyau, leur nucléole et aussi les pro- 
longements de ces cellules se colorent fortement sous l'influence 
de ce réactif. La gangue conjonctive se colore également dans 
tous les points de son étendue, à la vérité d'une manière bien 
moins prononcée ; et, pour ce qui a trait aux tubes nerveux, 
seul le cylindre d'axe prend la couleur du carmin, tandis que 
l'enveloppe de myéline résiste complètement à son action. 

Tous les détails que ce mode préparatoire met en relief vous 
pourrez les sui\re sur laplanche, d'après Deiters\ que je vous 
présente ; vous les retrouverez ensuite facilement sur les très 
belles coupes que je vais faire passer sous vos yeux et que je 
dois à l'obligeance de notre confrère M. Lockart-Glarke. Il con- 
viendra d'examiner ces pièces d'abord à l'aide d'un faible gros- 
sissement. 

Sur les préparations comme sur la planche, les parties qui 
appartiennent à la substance blanche de la moelle vous parais- 
sent sans doute, au premier abord, presque entièrement com- 
posées de petits corps régulièrementarrondis, sortes de disques 
placés côte à côte et à peu près de même diamètre. Ce sont les 
tronçons cylindriques très minces, résultant de la section des 
tubes nerveux, lesquels tubes sont là, dans cette partie de la 
moelle, disposés pour la plupart suivant le grand axe de l'or- 
gane, et, comme sont les prismes d'une chaussée basaltique, 
parallèlement les uns aux autres. Au centre des disques qui. 



' 0. Deitei's. — U/itersuch. ûher Gehirn iind Riickenmarh . Braunskewieg". 
Planche III, fig. 12. 



198 DE LA XÉVROGLIE 

dans le reste de leur étendue, sont constitués par la myéline 
non colorée, d'aspect brillant, translucide, figure comme mi 
point, ou mieux, comme un petit globule, le cylindre d'axe co- 
loré en rouge. 

Un examen un peu plus attentif fait constater bientôt que 
les disques en question ne sont pas exactement conligus, et 
qu'ils sont, au contraire, plus ou moins nettement séparés les 
uns des autres, par une substance d'apparence homogène, 
que le carmin colore légèreuK^nt et qui semble combler, à la 
manière d'un ciment, tous les vides que les éléments ner- 
veux laissent entre eux. Cette substance n'est autre que la 
gangue conjonctive, comme nous l'appelions tout à Theure, 
ou autrement dit, la névroglle (Virchow), le réticidum (R61- 
liker). En étudiant ce mode de répartition et d'agencement 
sur les diverses parties de la coupe, vous reconnaîtrez aisé- 
ment qu'elle entre pour une part très importante dans la masse 
de l'organe. Remarquez en premier lieu qu'elle forme, à la 
partie périphérique de la coupe, un anneau, ou mieux, une 
zone, d'une certaine épaisseur et où les tubes nerveux font 
absolument défaut. Cette zone est recouverte à l'extérieur et 
enveloppée, pour ainsi dire, par la pie-mère, aveclaquelle elle 
ne contracte que de faibles adhérences ; elle est d'ailleurs par- 
faitement distincte, quant à sa structure, de cette dernière 
membrane, qui est composée de tissu conjonclif fibrillaire, et, 
par conséquent, tout autrement que la névroghe. Elle a été 
décrite avecsoin parBidderetpar Frommann, qui la désignent 
sous le nom de couclie corticale du réticulum (Rindenschicht) ; 
nous verrons plus tard qu'elle présente parfois, au point de 
vue pathologique, un intérêt incontestable ^ 

Du bord interne de cette zone ou couche corticale, on voit 



1 C Frommann. — Untemidi, iiher die normale und patholorj. Anatom. 
des Bûckenmarkes. léna, 1804. 



DE LA NÉVHÛGLIE 191) 

naître et se détacher, de distance en dislance, des cloisons qui 
se dirigent vers le centre de la moelle, qu'ils partagent en com- 
parlimenls triangulaires à peu près égaux, dont la base est à la 
périphérie et dont le sommet se perd dans la substance grise. 
Ces cloisons donnent elles-mêmes naissance, chemin faisant, à 
des traclus secondaires, puis tertiaires, qui se subdivisent aussi 
à leur tour. Leurs ramifications s'enchevêtrent, se croisent et 
s'anastomosent de manière à produire un réseau à mailles d'iné- 
gale dimension. De ces mailles, les plus larges réunissent, sous 
forme de faisceaux, huit, dix tubes nerveux, ou même un plus 
grand nombre, tandis que les plus étroites n'en renferment, le 
plus souvent, qu'un seul. La disposition réticulée dont il s'agit 
devient surtout évidente dans les points de la préparation, oià, 
par suite de la distribution des tubes nerveux, le squelette con- 
jonctif persiste seul. 

Plus encore peut-être que dans la substance blanche, la né- 
vroglie joue, dans la substance grise, un rôle important; il est, 
en effet, des régions de celle-ci qu'elle constitue d'une manière 
presque exclusive ; tels sont, par exemple, les bords du canal 
centralje cordon de l'épendyme. Elle est prédominante aussi 
dans cette partie des cornes postérieures connue sous le nom de 
substance gélatineuse de Rolande ; dans la commissura posté- 
rieure qui, en conséquence, prend dans sa presque totaiïté, une 
teinte rosée sur les préparations traitées par le carmin, tandis 
que la commissure antérieure, au contraire, en raison des nom- 
breux tubes nerveux à direction transversale qu'elle contient, 
est beaucoup moins affectée par le réactif. Dans la substance 
grise, d'ailleurs, de même que dans la substance blanche, la 
névroglie présente la structure réticulée ; seulement, dans le 
premier cas, les intricalions beaucoup plus multipliées des 
trabécules forment des mailles notablement plus serrées et font 
voir l'apparence d'un tissu spongieux. Dans ces deux condi- 
tions, du reste, elle sert de support aux vaisseaux sanguins. 



200 DE LA NÉVROGLIE 

B. 11 convient actuellement de rechercher, à l'aide de grossis- 
sements plus puissants, quelle est la constitution histologique 
de cette gangue conjonctive dont nous ne connaissons encore 
que les apparences les plus extérieures. S'agit-il là du tissu con- 
jonctif ordinaire (tissu lamineux fibrillaire)? Non, assurément : 
tout le monde s'entend sur ce point. Mais en dehors de cette no- 
tion purement négative, presque tout reste liligieux dans l'his- 
toire histologique de la névroglie. Toutefois, une opinion tend 
ici à prévaloir, et cette opinion, si j'en juge d'après des impres- 
sions fondées sur des observations personnelles , se rapprocherait 
beaucoup de la réalité. D'après cette manière de voir, la névro- 
ghe serait faite, comme le stroma des glandes lymphatiques, par 
exemple, suivant le type du tissu conjonctif simple réticulé 
(Kolliker); c'est-à-dire qu'elle serait essentiellement composée 
de cellules étoilées, en général pauvres en protoplasma, portant 
des prolongements grêles, plusieurs fois ramifiés, et dont les 
branches communiquent les unes avec les autres, de manière à 
relier en un seul système les diverses cellules et à les rendre 
pour ainsi dire solidaires (Kolliker \ Max Schultze, From- 
mann "). Dans cette forme de tissu connectif, il n'existe que fort 
peu de substance amorphe dans les mailles du réticulum, et 
la substance intermédiaire fibrillaire, qui est l'un des carac- 
tères fondamentaux du tissu lamineux, fait ici complètement 
défaut. 

Voyons maintenant ce que l'observation directe permet de 
reconnaîlre sur des coupes minces de la moelle, durcies par 
l'acide chromique et colorées par le carmin. Comme dans le cas 
du stroma des glandes lymphatiques que nous prenions, il y a 
un instant, pour exemple, il importe ici de distinguer en premier 
lieu des cellules et en second lieu un réseau de trabécules 



Kolliker. — Gev^eheU-Iwe^W^ édif. Leipzig-, 1861, i- UlS. 
Loc. cit. 



DE LA NÉVROGLIE 201 

fibroïdes qui relient ces cellules entre elles. 11 s'agira d'abord de 
ce que Ton voit dans la substance blanche. 

Les points du réticulum où plusieurs trabécules se rencon- 
trent forment çà et là des renflements ou nœuds plus ou moins 
épais, situés à peu près à égale distance les uns des autres. Or, 
chacun de ces nœuds, ceux surtout qui se font remarquer par 
leur grande dimension, présentent vers leur partie centrale un 
corpsfiguré^ arrondi ou légèrement ovalaire, plus vivement co- 
loré par le carmin que ne le sont les parties avoisinantes. Ces 
corps sont des noyaux, à contour net, finement grenus, dépour- 
vus de nucléoles et mesurant en moyenne de 0""',004 à 0°"^,007. 
Ils se montrent solubles dans l'acide acétique qui les fait se 
contracter dans tous les sens et diminue leur diamètre quelque- 
fois de moitié; on les connaît sous le nom de myélocites (Gh. 
Robin) ^ ou de noijaux de la névroglie (Virchow)". Une 
mince couche de protoplasma, sans apparence cellulaire 
distincte, entoure le plus souvent ces noyaux (myélocites, 
vari-été noyau) qui, d'autres fois, au contraire, sont renfer- 
més dans une véritable cellule arrondie ou étoilée (myélo- 
cites, variété cellule), et munis de prolongements plus ou moins 
nombreux (de 3 à 10, d'après Frommann), plus ou moins allon- 
gés ^ Les prolongements paraissent faire corps avec les trabé- 
cules du réticulum qui les constituent, pour ainsi dire, sans 
ligne de démarcation appréciable ; dans le cas oii la forme cel- 
lulaire n'est pas distincte, les noyaux, nus ou recouverts seule- 
ment d'une mince couche de protoplasma, apparaissent comme 
des centres d'oîi naissent les trabécules du réticulum et d'oii 
elles irradient pour se porter dans diverses directions. 



' Robin. — Proçircaïune du cours dliisioloyie, 1S64, p, 46. — Dlctirmn. ency- 
clopédique, 2e série, t. I, l''c part , art. Larnineux, p. âcSi. 

2 Virchow. —Die Krankhaft. Geschimlste, 1 864-1865, t. II, p. 127. 

3 Voir sur ce sujet : Hayem et Magnaii. — Journal de la physiolo(jie, etc., 
no 1, 1876. — Hayem. — Études sur les diverses formes d'encéphalite, 1868. 



202 DE LA NÉVHOGLIE 

Les trabécules doivent être étudiées à leur tour et considérées 
indépendamment dos connexions qu'elles peuvent avoir soit avec 
les noyaux, soit avec les cellules qui occupent les nœuds duréti- 
culum; leur texture varie quelque peu selon que Ion examine 
des coupes transversales ou des coupes longitudinales. Dans le 
premier cas, elles simulent de minces cloisons homogènes, bril- 
lantes, d'aspect fibroïde. En s'anastomosant, elles forment des 
mailles dont les plus étroites sont assez larges encore pour conte- 
nir un tube nerveux. S'agit-il de coupes longitudinales? On voit 
les trabécules se ramifier presque à Tinfîni et produire un réseau 
à mailles beaucoup plus fines. Ce réseau est d'ailleurs disposé 
sous forme de cloisons qui séparent les uns des autres les tubes 
nerveux et les entourent à la manière d'une gaîne. Les vides 
qui existent çà et là, entre les gaines et les tubes nerveux, sem- 
blent comblés par une petite quantité d'une matière amorphe, 
finement grenue. Nulle part on ne rencontre, dans l'état normal, 
au milieu de ces trabécules, les minces fibrilles, qui font partie 
intégrante du tissu lamineux. 

Dans la substance grise, la névroghe est faite sur le même 
plan général ; seulement les mailles du réseau fibroïde, surtout 
dans les points oii les éléments nerveux manquent, y sont plus 
serrées que dans la substance blanche et de là résulte l'aspect 
spongieux que nous avons déjà mentionné. Ajoutons que les 
cellules étoilées se montrent plus nombreuses que partout 
ailleurs dans certaines régions de la substance grise et qu'elles 
sont parfois tellement développées qu'il devient fort difficile de 
les distinguer des cellules nerveuses ; mais nous aurons l'oc- 
casion d'insister sur ce point. 

Un réseau fibroïde dense, à mailles étroites, des cellules 
nombreuses se retrouvent aussi dans les parties des faisceaux 
blancs oii n'existent pas de tubes nervjnix, dans la couche cor- 
ticale (Rindenschicht), par exemple et dans les grandes cloisons 
qui y prennent leur origine. 



DE LA XÉVRoGLlE 203 

Si l'on s'en rapporte à la description qui précède, la névro- 
glie mérite incontestablement d'être rattachée au type du tissu 
conjonctit réticulé, dont nous rappelions tout à Theure les ca- 
ractères essentiels. 

Mais cette description a été tracée principalement, — vous 
ne l'avez pas oublié, d'après des observations faites sur des 
fragments de moelle qui ont subi, pendant un temps plus ou 
moins long, l'action de l'acide chromique. Or, les résultats 
obtenus à l'aide de ce mode de préparation sont-ils à l'abri de 
la critique? Telle n'est pas l'opinion de quelques auteurs, 
parmi lesquels il faut citer, au premier rang, des maîtres tels 
que Henle et Ch. Robin \ Suivant eux, le réticulum fibroïde, 
décrit plus haut, n'aurait pas d'existence réelle ; ce serait un 
produit de l'art. A l'état frais, avant l'intervention des réactifs, 
les espaces intermédiaires aux tubes nerveux seraient remplis, 
non par des trabécules solides formant par leur agencement 
les mailles d'un réseau, mais tout simplement par une matière 
amorphe, molle, grisâtre, finement grenue, au sein de laquelle 
les myélocites seraient comme suspendus. 

Cette matière ayant la propriété de se durcir, sans perdre de 
son volume, sous l'influence de l'alcool et de divers acides, de 
l'acide chromique en particulier, c'est à cette circonstance 
qu'elle devrait de se présenter, sur les préparations traitées par 
ce dernier agent, sous la forme d'un appareil réticulé. A ces 
objections ont été opposés des arguments, ou pour mieux dire 
des faits, dont quelques-uns ont, croyons-nous, une valeur à 
peu près absolue. On reconnaît qu'il existe à l'état normal, 
interposée aux éléments nerveux, — à la vérité en faible pro- 
portion, — de la matière amorphe possédant les caractères qui 
viennent d'être indiqués (Kolliker) ; on reconnaît également 

' Dict. encydopcdirpœ, !oc. cit. 



20 i DE LA NÉVROGLIE 

que, sur les pièces fraîches, le réticulum est moins nettement 
dessiné que sur les pièces durcies par les acides. Mais il n'en 
est pas moins vrai que, même à Fétat frais, les coupes fines de 
la substance blanche de la moelle, placées dans le sérum iodé 
et dilacérées sous le microscope, laissent voir nettement sur 
leurs bords les tractus fibroïdes du tissu conjonctif (Kolliker, 
Frommann. Schultzo). Ce résultat, facile à obtenir dans les 
conditions normales, s'accuse encore mieux dans certaines 
circonstances pathologiques oîi les dispositions normales se 
montrent exagérées, sans être encore foncièrement modifiées 
(Virchow). 

C'est ce qui a lieu, entre autres, ainsi que nous le dirons, 
dans la myélite interstitielle subaiguë, et dans la sclérose pro- 
prement dite, lorsque l'altération n'a pas encore dépassé les 
premières phases de son évolution. 

De tout cela on a conclu, — et nous croyons la conclusion 
légitime^ — que, dans l'espèce, l'acide chromique n'a pas d'au- 
tre effet que de mettre mieux en relief la texture réticulée de 
la gangue conjonctive de la moelle épinière. Cette disposi- 
tion préexi-te; elle ne se produit pas de toutes pièces sous 
l'action du réactif. 

Pour en finir avec les remarques que j'ai cru devoir vous 
présenter relativement à l'hislologie normale du centre nerveux 
spinal, je n'ai plus qu'un mot à ajouter touchant une particula- 
rité anatomique qu'offrent les plus petits vaisseaux, principale- 
ment les capillaires artériels, dans l'épaisseur de cet organe. 
Ils possèdent comme les artérioles intra- encéphaliques, cette 
tunique surnuméraire que l'on désigne communément sous le 
nom de gaîne lymphatique ou encore de gaine de Robin. Un 
espace libre, rempli par un liquide transparent, oîi flottent 
quelques éléments figurés, sépare, vous le savez, cette 
gaîne de la tunique adventice. Vous reconnaîtrez bientôt l'in- 



UISTOLOGIE PATHOLOGIQUE 205 

térèt qui s'attache à cette disposition analomique lorsqu'il 
s'agira d'interpréter cerlaines lésions'. 



II. 



Après ces préliminaires, il nous devient facile. Messieurs, 
d'aborder l'étude des altérations histologiques delà moelle dans 
]di sclérose en plaques. La description de ces altérations, que 
nous allons vous présenter, sera surtout fondée sur les résultats 
des investigations auxquelles nous nous sommes livrés depuis 
longtemps, M. Vulpian et moi. Nous aurons en outre plusieurs 
fois l'occasion de mettre à profit, après contrôle, les recherches 
faites antérieurement, ou depuis lors, sur le même sujet, par 



i Depuis le moment où cette leooii a été faite, de nombi-eux Icavaux ont été 
publiés sui- la structure de la névroglie. (Voir à ce sujet une revue critique de 
Gombault : Archives de phi/sio/or/ie, 1873, p. 458.) — Dans un important tra- 
vail, M. Ranvier, dont les travaux ont tant contribué à la connaissance du 
tissu conjonclif, a montré que les cellules, décrites par Golgi et BoU, ne sont 
probablement que des artifices de préparation. Le lissu conjonctif des centres 
nerveux ne s'éloigne guère de la structure de celui des autres régions. (Ranvier. 
— Sto' les éléments conjoyictifs de la moelle épùiière. In Comptes rendus de 
V Académie des sciences^ décembre 1878.) La névroglie se compose de petits 
faisceaux conjonclifs de 0'"'",Ofll à 0"im,002 de diamètre. '< Ils ne s'anastomo- 
sent pas entre eux, dit M. Ranvier, mais en quelques points, ils s'entre-croisent 
au nombre de 4, ;j. G, 7, 8 et même plus. Au niveau de cet entrecroisement, 
il y a souvent un noyau rond ou ovalaire, muni de petits nucléoles, aplati et 
entouré d'une zone granuleuse. Avec un bon objectif à immersion, donnant un 
grossissement de 600 à 800 diamètres, il est facile d'apprécier tous ces détails 
et de reconnaître dans la zone granuleuse une lame de protopiasma qui, avec 
le noyau, constitue une petite cellule plate de ti su conjonctif. Au-dessous et 
au-dessus de cette cellule, les petits faisceaux s- poursuivent. Il ne me paraît 
pas douteux, ajoute M. Ranvier, que cet ensemble ait élé pris pour une cellule 
ramifiée, mais c'est là une erreur qui, j'en suis sûr, sera abandonnée de tous ceux 
qui suivront exactement la même méthode. » Sur d'autres points des mêmes 
préparations, on peut observer des cellules plates isolées ou bien des entre- 
croisements sans cellules, di^spositions qui ne laissent aucun doute sur l'interpré- 
tation des faits précédents. On s'étonnera moins des opinions contradictoires 
émises sur la névroglie, si on se rappelle les nombreuses discussions qu'a sou- 
levées la structure du tissu conjonctif des organes périphériques, structure qui 
n'a été mise en lumière que par des recherches récentes. (Note de la2e édition.) 



:20(J HISTOLOGIE l'ATllOLOGIOLE 

Valentiner ', Rinclfleisch -, Zenker ^, et surloul par Frommann-^ 
qui, à propos de l'examen d'un petit fragment do moelle, aécril 
un gros livre accompagné de planches remarquables et riches 
en documents précieux. 

Nous décrirons en premier lieu ce que Ton peut observer : 
{''sur des coupes transversales; 2° sur des coupes longitudinales, 
provenant de fragment;- de moelle durcie par Tacide chromique ; 
nous décrirons ensuite, d'après l'examen de pièces fraîches, 
quelques particularités non reconnaissables sur les coupes dur- 
cies. Dans ces deux cas, la coloration des parties produites à 
l'aide de la solution ammoniacle de carmin sera, comme pour 
les recherches relatives à l'état normal, un auxiliaire d'une 
grande utilité, et qu'il sera bon de mettre en œuvre. 

A. Lorsque l'on examine à l'œil nu un tronçon de moelle 
portant une plaque de sclérose, il semble que les parties ma- 
lades se séparent des parties saines d'une manière heurtée, 
sans transition, par une ligne de démarcation nettement tran- 
chée. Or, c'est là une illusion. L'étude microscopique, en effet, 
permet de constater, même à de faibles grossissements, que les 
parties saines, en apparence, qui confinent au noyau scléreux, 
présentent, dans un rayon d'une certaine étendue, des traces 
d'altération déjà fort évidentes. Si l'on franchit la limite appa- 
rente du tissu sain, les lésions se montrent plus accentuées et 
elle se prononcent progressivement, de plus en plus, à mesure 
que Ton approche de larcgion centrale de la plaque, région où 
elles acquièrent leur plus haut degré de développement. En pro- 
cédant ainsi des parties périphériques vers les parties cen- 



• Valenlinor. — Deutsch Klinik., 1Sj6, p. 149. 

- Rinclfleisch. — Virchoiv's Archiv. 1863, t. XXVI, p. 474. 

3 Zenker. — Zeitscli. (1er ration. Mediz., 1865. Bd. XXIII 3. Heih., p. 226. 

^ Frommann. — 2 Iheil. lena, iS67. — Voir aussi : Rokitansky ; Sitzimgsber. 
— H. M. Klasse, t, XllI. 18al, p. 136 ; — Gharcot : Soc. de biologie, 1868 ; 
Bouchard . Soc. anat.^ 1868 ; — Hayem . Études, etc., loc. cit., p. 121. 



lliSTOLOGlE PATUULOG10UI-: 207 

traies, on est conduit à reconnaître l'existence de plusieurs 
zones concentriques, répondant aux phases principales de l'al- 
tération K 

«) Dans la zo?ie périphérique, on observe ce qui suit: les 
trabécules du réticulum se sont notablement épaissies ; quel- 
quefois, elles ont acquis un diamètre double de ce qu'il est dans 
l'état normal. En même temps, les noyaux qui occupent les 
nœuds du réticulum sous devenus plus volumineux ; parfois ils 
se sont multipliés, et l'on en peut compter deux, trois, rare- 
ment plus, dans chaque nœud-; la forme cellulaire se montre 
là plus distincte par suite de Tépaississement des trabécules; 
les tubes nerveux paraissent plus distants les uns des autres ; 
en réalité, ils ont surtout diminué de volume, et cette sorte 
d'atrophie s'est faite aux dépens du cylindre de myéline, car le 
cylindre d'axe a conservé son diamètre normal ou même il s'est 
hypertrophié. La matière amorphe, qui recouvre de toutes 
parts les fibres du réticulum, paraît plus abondante que dans 
Fétat sain ^. 

0) Les tubes nerveux, dans la deuxième zone, que l'on pour- 
rait appeler zone de transition, sont devenus encore plus grêles. 
Beaucoup d'entre eux semblent avoir disparu ; en réalité, ils se 
sont seulement dépouillés de leur cylindre de myéline et ne sont 
plus représentés que par le cylindre d'axe qui, à la vérité, a 
parfois acquis des dimensions relativement colossales \ Quant 
aux trabécules du réticulum, elles offrent des altérations non 
moins remarquables. En effet, elles ont plus de transparence, 
leurs contours sont moins accusés : enfin, en certains endroits. 



1 Charcot. — Société de Biologie, 1868. 

- Parfois quelques-uns de ces noyaux présentent vers leni- partie moyenne 
un étranglement qui semble indiquer un commencement de scission. 
•^ Frommann, 1 theil, pi. II, fig-. 1 elpassim. 
^ F'rommann, Gharcot. 



1>0H HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE 

— et c'esl là un fait vraiment fondamental — elles sont rem- 
placées par des faisceaux de longues et minces fibrilles, iovi 
analogues à celles qui caractérisent le (issu conjonctif ordi- 
naire (tissu lamineux). Ces fibrilles sont disposées parallèlement 
au grand axe des tubes nerveux : c'est pourquoi on n'en aper- 
çoit guère, sur les coupes transversales, que les extrémités qui, 
par leur réunion, figurent un pointillé très fin. Elles tendent, 
nous l'avons dit, à se substituer aux fibres ou trabécules du 
réticulum ; mais, en outre, elles envahissent les mailles qui 
contiennent les tubes nerveux, à mesure que ceux-ci s'amoin- 
drissent en se dépouillant de leur myéline, et, en consé- 
quence, l'aspect réticulé ou alvéolaire si distinct que présente 
à l'état normal la gangue conjonctive tend à s'effacer de plus 
en plus ^ 

c) C'est — vous le savez — dans la région centrale de la 
plaque scléreuse que l'on observe les altérations les plus pro- 
noncées. Ici, toute trace de réliculum fibroïde a disparu ; on ne 
rencontre plus ni trabécules ni formes cellulaires distinctes ; 
les noyaux sont moins nombreux, moins volumineux qu'ils ne 
fêlaient dans les zones périphériques ; ils se sont rétrécis dans 
tous les sens, paraissent comme ratatinés et ne prennent plus 
sous l'influence du carmin une coloration aussi foncée -; on les 
retrouve, çà et là, formant parfois de petits groupes dans les 
intervalles que laissent entre eux les faisceaux de fibrilles. 
Celles-ci, d'ailleurs, ont tout envahi ; elles comblent maintenant 
les espaces alvéolaires d'où la myéline a totalement disparu. 
Néanmoins les cylindres d'axe, derniers vestiges des tubes ner- 
veux, persistent encore en certain nombre, entremêles aux 
fibrilles ; mais ils n'ont plus, en général, ce volume relative- 



1 Frommann, 1 llu'il., lue. cit., pi. IV, li^--. 1, 
- Fi'omnuinn, Cliaixol. 



HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE 209 

ment énorme qu'ils avaient quelquefois dans les premières 
phases de l'altération; la plupart même se sont amoindris à tel 
point qu'ils ressemblent, à s'y méprendre, aux filaments fibril- 
laires de formation nouvelle dont nous apprendrons cependant 
tout à l'heure à les distinguer. 

Tel est, Messieurs, le dernier terme du processus morbide, 
dans la forme de sclérose qui nous occupe; et cette persistance, 
pour ainsi dire indéfinie, d'un certain nombre de cylindres 
axiles au milieu des parties qui ont subi, au plus haut degré, la 
métamorphose fîbrillaire, est, — remarquez-le bien, — un 
caractère qui paraît appartenir en propre à la sclérose en pla- 
ques ; elle ne s'observe certainement pas, du moins au même 
degré, dans les autres variétés de l'induration grise, soit qu'il 
s\^gisse de la sclérose spinale descendante, consécutive aux 
lésions du cerveau, ou de celle qui, occupant primitivement les 
cordons postérieurs, est considérée à juste titre comme le sub- 
stratum anatomique de l'ataxie locomotrice progressive. 

B. Les résultats de l'examen des coupes longitudinales con- 
firment, dans leur ensemble, les données qui viennent de vous 
être exposées ; je puis donc vous épargner de plus longs détails, 
et me borner aux remarques suivantes qui vous feront mieux 
connaître, sous quelques rapports, le tissu fibrillaire de forma- 
tion nouvelle. C'est sur les coupes de ce genre que l'on saisit 
bien les caractères de ce tissu, que l'on peut le mieux appré- 
cier la direction longitudinale des fibriUes, leur aspect bril- 
lant qui les fait ressembler aux fibres élastiques, leur agence- 
ment sous forme de faisceaux légèrement ondulés et toujours 
parallèles. En dilacérant ces faisceaux, on reconnaît que les 
fibrilles qui les composent sont extrêmement ténues, qu'elles 
sont opaques, lisses, qu'elles se divisent et s'anastomosentrare- 
ment, tandis qu'elles s'entrelacent, au contraire, et s'intriquent 

Charcot, t. 1, 5e édit. 14 



210 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE 

fréquemment de manière àfîgurer une espèce de feutrage, qu'en- 
fin elles se colorent à peine sousTinfluence du carmin [Fig. i\). 
Ces derniers caractères les difFérencient suffisamment des cyv 




Fiij. 11. — Elle i-eprésente une préparation frairlie. pl'r^^enaIlt du i^eutie d'une plaque 
scléreusc. colorée par le carmin et traitée par dilacération. Au centre, vaisseau capillaire 
portant plusieurs noyaux. A droite et à gauche, cylindres d'axe, les uns volumineux, les 
autres d'un très petit diamètre, tous dépouillés de leur myéline. Le vaisseau capillaire 
et les cylindres d'axe étaient fortement colorés par le carmin. Les cylindres d'axe ont des 
bords parfaitement lisses, ne présentant aucune ramification. Dan-^ Tintcrvalle des cylin- 
dres d'axe, minces fibrilles de formation récente, à pou près parallèles les unes aux autres 
dans la partie droite delà préparation, formant à gauche et au centre, une sorte de réseau 
résultant, sait de l'enchevètreraent, soit de l'anastomose des fibrilles. Celles-ci se distin- 
guent des cylindres d'axe : lo par leur diamètre qui est beaucoup moindre ; 2" par les 
ramifications quelles offrent dans leur trajet ; 3o parce qu'elles ne se colorent pas par 
le carmin. — Çà et l't. noyaux dissiminés. Quelques-uns paraissent en connexion avec 
les fibrilles conjonctives ; d'autres ont pris une forme irrégulière, due à l'action de la 
solution ammoniacale de carmin . 



lindres d'axe qui, d'ailleurs, sont en général plus volumineux, 
translucides et ne se ramifient jamais. Elles peuvent aussi se 
distinguer aisément des fibres du réticulum avec lesquelles elles 
se trouvent quelquefois entremêlées en ce que ces dernières 
sont plus épaisses, plus courtes et constamment hérissées sur 



HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE :2ll 

leurs bords de prolongements rameux ; elles diffèrent enfin des 
fibres élastiques que l'on trouve si souvent mêlées au tissu con- 
jonctif ordinaire par un caractère important: elles se gonflent 
sous l'influence de l'acide acétique et forment une masse hya- 
line, transparente, ce qui n'a pas lieu pour lesfibres élastiques'. 

Peut-on entrer plus avant dans l'étude de ces fibrilles et 
chercher à saisir leur mode de formation ; se produisent-elles, 
par exemple, comme le veut M. Frommann, en partie dans 
l'épaisseur môme des fibres du réticulum qu'elles doivent rem- 
placer bientôt, en partie aux dépens des cellules et des noyaux 
de la uévroglie ? Naissent-elles, au contraire, comme d'autres le 
pensent, soit de la matière amorphe préexistante, soit d'un 
blastème nouvellement formé? Y a-t-il là, en d'autres termes, 
métamorphose ou substitution? La question, croyons-nous, doit 
rester encore indécise ; tout ce que nous pouvons dire à cet 
égard, c'est que les fibrilles nous ont semblé parfois prendre 
racine dans la substance des noyaux ou des cellules, et que ce- 
fait, sil était confirmé, pourrait être invoqué à l'appui de la 
thèse soutenue par M. Frommann. 

Je ne puis passer sous silence les altérations diverses que 
subissent les vaisseaux sanguins qui traversent les plaques de 
sclérose, altérations qui peuvent être bien étudiées sur les 
coupeslongitudinalesaprèsdurcissement par l'acide chromique. 
A l'origine, c'est-à-dire dans les zones périphériques, les parois 
de ces vaisseaux, même ceUes des plus fins capillaires, se 
montrent plus épaisses et renferment un plus grand nombre de 
noyaux qu'à l'état normal. Plus près du centre de la plaque, les 
noyaux se sont multipliés encore et, de plus, la tunique adven- 
tice se trouve remplacée par plusieurs couches de fibrilles en 
tout semblables à celles qui se sont développées simultanément 
dans l'épaisseur du réticulum -. Enfin, au dernier terme, les 

1 Valentincr, Zenker, loc. cit. -— Vulpian. — Cours de la Faculté, 1868. 
^Vulpian. — Cours de la Faculté, 



il 2 HISTOLOGIE l'ATIlOLOGIQUE 

parois sont devenues tellement épaisses que le calibre du vais- 
seau s'en trouve notablement rétréci \ 

Je dois signaler aussi, en passant, la présence habituelle d'un 
certain nombre de corps amyloïdes au milieu du tissu fibrillaire. 
Mais je dois faire remarquer, en même temps, comme un fait 
singulier, que ces corps sont toujours moins abondants dans 
la sclérose en plaques que dans les autres variétés de l'indu- 
ration grise. 

C. Ce n'est pas toujours sans difficulté que Ton parvient à 
retrouver, sur les pièces qui n'ont pas été préparées par l'acide 
chromique, tous les détails que je viens de vous faire connaître. 
Par contre, les pièces fraîches offrent cet avantage qu'elles 
permettent de constater certaines altérations, qui passeraient 
certainement inaperçues si l'on s'en tenait exclusivement à 
l'examen des pièces durcies. Je fais allusion ici h l'existence de 
globules et de granulations d'apparence graisseuse ou médul- 
laire que l'on rencontre à peu près constamment ^ en nombre 
plus ou moins considérable, dans l'épaisseur des parties scléro- 
sées, à l'état frais, et qui ne tardent pas à disparaître sans laisser 
de traces, lorsque la préparation a séjourné quelque peu dans 
l'acide chromique. Or, Messieurs , la présence de ces granulations 
graisseuses se rattache à une phase importante du processus 
morbide ; je veux parler de la destruction des tubes nerveux. 
Toutefois, avant d'entrer dans les développements relatifs à ce 
point, je crois utile de prendre les choses d'un peu plus loin et 
de vous remettre en mémoire, par une description sommaire oii 
je veux chercher surtout des termes de comparaison, les modi- 
fications de structure que subissent les nerfs périphériques alors 



1 Frommann, loc. cit. 

2 Le fait est du moins signalé par tous les auteurs qui ont examiné des pièces 
fraîches (Valentiner, Rindfleisch). 11 n'a manqué dans aucun des cas que j"ai 
examinés dans les mêmes circonstances. Voyez aussi Rokitansky, in Berichi 
fier Akad.der Wissench, zu Wie7i, t. XXIV, i8o7. 



UISTOLOGIE PATHOLOGIQUE 213 

que, par une section complète, ils ont été séparés des centres 
nerveux. 

Au préalable, je vous rappellerai que, dans les nerfs périphé- 
riques, les tubes nerveux sont essentiellement constitués, 
comme dans la moelle épinière, par un cylindre de matière 
médullaire ou myéline et par un cylindre d'axe ; mais qu'ils 
possèdent, en outre, une gaine conjonctive, lagaînedeSchwann 
qui, d'après les recherches les plus récentes *, paraît ne pas 
exister sur les tubes plus grêles des centres nerveux, ou ne s'y 
montrer tout au moins qu'à l'état rudimentaire '^ Vous recon- 
naîtrez dans un instant que cette particularité anatomique, 
insignifiante en apparence, n'est pas dénuée d'intérêt au point 
de vue qui nous occupe. 

Yoici maintenant l'indication des phénomènes sur lesquels 
j'ai voulu appeler particulièrement votre attention : huit ou dix 
jours après la section du nerf, il se produit une sorte de coagu- 
lation de la substance médullaire du tube nerveux, en petites 
masses plus ou moins irrégulièrement globuleuses, à bords 
ondulés, sombres, présentant un double contour et ayant con- 
servé, par conséquent, tous les caractères optiques de la myé- 
line. Les jours suivants, la segmentation faisant de nouveaux 
progrès, la gaîne de Schwann de chaque tube nerveux 
renferme bientôt, non plus des masses irrégulières de myéline, 
mais bien des gouttes présentant l'aspect et les caractères 
microchimiques de lagraisse. Ces gouttes, d'abord assez grosses, 
deviennent progressivement^ par suite de la division qui con- 
tinue à s'y opérer, de plus en plus petites, et finalement elles 
sont remplacées par des granulations très fines ressemblant à 
une poussière qui remplirait la gaîne conjonctive. Des granu- 



^ Frey. — Uandbuch dev Uistologie, etc., 2^ édit., p. 354, Leipzig. — 
Schultze, Deretinœ structura, 1867, p. 22. — Kolliker. — Gewebelehre, 5^ édit. 
1867, t. IV, p. 257. 

2 Vulpian. — Leçons sur la pkysioloyie^ etc., p. 316. 



214 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE 

lations plus pâles, de nature protéique, se trouvent en certaine 
proportion mêlées aux précédentes ; enfin, globules et granu- 
lations disparaissent, et la gaîne de Schwann, revenue sur 
elle-même, se plisse si bien que, lorsqu'on examine un certain 
nombre de fibres nerveuses juxtaposées, ainsi altérées, on 
croirait voir, sur le champ du microscope, un faisceau de tissu 
conjonctif filamenteux. Que devient pendant ce temps le cy- 
lindre d axe ? Composé surtout de matière protéique, il résiste 
longtemps à l'action des causes qui ont détruit la myéline, 
car on le retrouve encore parfois, dans la gaîne, plusieurs 
semaines ou même plusieurs mois après la section du tronc 
nerveux \ 

En résumé, dans les conditions de nouvelle nutrition oii se 
trouvent placés les tubes nerveux par suite de la section du 
nerf, la matière médullaire se coagule, puis se désagrège et 
donne naissance, d'un côté, à des molécules protéiques, de 
l'autre, à des corpuscules qui conservent d'abord les apparences 
de la myéline, mais qui, en conséquence d'une modification 
ultérieure, présententbientôt tous les caractères des gouttelettes 
ou des granulations graisseuses ". 

Revenons maintenant aux plaques de sclérose. Nous avons 
à étudier là des phénomènes pour le moins fort analogues à 
ceux dont je viens de vous entretenir. 

Dans l'épaisseur du foyer sclérosé, sur les pièces fraîches, 
on rencontre à peu près constamment, nous l'avons dit déjà, 



* Voyez : Vulpian. — Leçons sur la physiologie du syst. nerv., p. 237. 298 ; 
— Rindfleisch, Le/ir6?<cA der pathologisch. Gewebelehre, p. 10 et 20, 1866. 

2 Suivant Robin, la myéline est une substance particulièrement riche en 
principes gras, et sous ce rapport elle peut être rapprochée du contenu des 
vésicules adipeuses {Journal de l'anatomie, 1868, no 3, p. 309). — Walter 
(Virchow's Archiv, 20, 426) a émis l'opinion qu'elle est constituée par un amal- 
game ou mélange de corps gras et de corps albuminoïdes qui ne feraient que 
se dissocier dans le cas de la dégénération des tubes nerveux. Sur ce sujet, 
voyez encore Rindfleisch, lac. cit., p. 20, § 52. 



UISTOLOGIE PATUOLOGIQUE 215 

et souvent en proportion considérable, des globules ou 
granules, offrant, d'une manière générale, l'apparence des 
corps gras ; ces globules se présentent sous deux aspects prin- 
cipaux : les uns figurent des masses relativement volumi- 
neuses, dont les bords sombres, sinueux, dessinent, soit la 




Fiq. 12. — Plaque de sclérose d l'riatfraix- — fl, gaino lymphatique d'un vaisseau distendue par 
des gouttelettes graisseuses volumineuses. — b. vaisseau coupé transversalement. La tu- 
nique adventice est séparée de la gaîne lymphatique par un espace vide, les gouttelettes 
graisseuses qui distendaient la gaîne ayant disparu. — c, c. gouttelettes graisseuses, grou- 
pées en petits amas disséminés çà et là dans la préparation en dehors des vaisseaux. 

forme d'un globule oval aire irrégulier, soit celle d'une massue, 
quelquefois d'un rein {Fig. 12). Ils offrent comme la myéline, 
dont il se rapprochent du reste encore par d'autres caractères, 
un double contour. Les autres sont de véritables gouttelettes 
ou granulations graisseuses, tantôt libres, tantôt agglomérées 
de manière à constituer des amas confus ou des agrégats 
cohérents, autrement dit des corj«.9 granuleux dépourvus de 



216 HISTOLOGIE PATEOLOGIQUE 

noyau et de membrane enveloppante ^ Des molécules pro- 
téiques se trouvent mêlées, par places, à ces diverses granula- 
tions. Tous ces produits ressemblent exactement, vous le 
voyez, à ceux qui résultent de la désagrégation delà myéline, 
dans le cas de la section d'un cordon nerveux. 

Poursuivons les analogies : sur les coupes longitudinales que 
je vous présente, on voit, en certains points, les granulations 
graisseuses disposées sous forme de longues traînées parallèles 
à la direction des tubes nerveux - ; sur les coupes transversales, 
elles constituent çà et là de petits amas séparés en îlots, qui 
correspondent assez exactement au siège des alvéoles. Â. la 
vérité, le plus habituellement, les granulations ont franchi les 
limites de celle-ci et se sont répandues dans les tissus voisins. 
Mais cela n'a rien qui puisse surprendre lorsque l'on sait que 
les tubes nerveux de la moelle sont dépourvus de cette gaine 
celluleuse ougaîne de Schwann, qui, dans les nerfs sectionnés, 
contient de toutes parts les produits de la désagrégation de la 
myéline. Les mailles du réticulum et les interstices des fibril- 
les offrent d'ailleurs des voies faciles par lesquelles les gouttes 
de myéline, ainsi que les granulations graisseuses, pourront 
s'infiltrer et se répandre au loin ^ 

En dernier Heu, nous ferons remarquer que les masses d'ap- 
parence médullaire et les granulations graisseuses ne se ren- 
contrent jamais au centre de la plaque de sclérose, c'est-à-dire 



1 En outre de ces corps granuleux proprement dits (Fettkornchen Agglome- 
ratej, on peut trouver, dans les plaques de sclérose, des corps granuleux ayant 
un noyau qui se colore par le carmin et une membrane d'enveloppe (Fettkorn- 
chen Zellen) ; ces derniers ne sont autres que des cellules de la névroglie ayant 
subi la dégénération granuleuse. — Voir sur la distinction à établir entre les 
diverses espèces de corps granuleux : I. Poumeau, Thèse de Paris, 1866. — 
Rokitansky, Bericht der Akad. d. Wiss. zu. Wien., t. XXIV, 18.j7. - Wedl. 
— Rudim. of path. Histology, p. 292. London, 185.0. 

~ 11 n'est pas rare de rencontrer, au milieu des fibrilles, des cylindres d'axe 
en partie dénudés, mais auxquels adhèrent encore de places en places des 
masses globuleuses ayant l'apparence de la myéline. 

•■* Gharcot. — Société de Biologie^ 1868. 



HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE 217 

dans les régions où la métamorphose fibrillaire et le travail de 
destruction des tubes nerveux sont terminés. Au contraire, 
elles occupent toujours les parties les plus extérieures de la 
plaque \ ou, autrement dit, les zones périphériques ou de 
transition. Or, sur ces points, vous le savez, le processus mor- 
bide est en pleine activité : c'est là, en efTet, que, comprimé 
de tous côtés et étoutTé par les Irabécules du réticulum qui se 
sont épaissies, et plus tard, par les faisceaux fibrillaires qui 
tendent à envahir les alvéoles, lecyhndre médullaire s'amoin- 
drit progressivement, puis disparaît, le tube nerveux n'étant 
plus représenté finalement que par le cylindre d'axe. L'accu- 
mulation des gouttelettes médullaires ou graisseuses et la des- 
truction du cylindre de myéline ont donc lieu simultanément; 
on peut même ajouter qu'elles procèdent du même pas, puis- 
que celle-là cesse de se produire lorsque celle-ci est définiti- 
vement accomplie. Évidemment la coexistence des deux 
phénomènes ne saurait être fortuite, et tenant compte de tout 
ce qui précède, il nous paraît légitime de conclure que les cor- 
puscules médullaires et graisseux en question ne sont autres 
que les débris, les détritus provenant de la désagrégation des 
tubes nerveux". 

Que deviennent, par la suite, ces granulations graisseuses? 
Elles disparaissent vraisemblablement par voie de résorption; 
vous savez qu'on n'en retrouve plus les traces dans les parties 
centrales des foyers scléreux. C'est ici le lieu de signaler à votre 
attention un phénomène qui se rattache, sans aucun doute, au 
phénomène de cette résorption. Ainsi que vous pourrez le 
constater sur les préparations que je vais faire passer sous 
vos yeux, dans les parties où se rencontrent les produits 
de la désagrégation des tubes nerveux, les gaînes lympha- 

1 Charcot. — Société de biologie, 1S6S. 
. 2 Cette opinion a été formulée déjà très nettcmejit par Rokitansky, en 1858. 
(^Betncht, etc., /oc. c?7., 18o7,) 



218 DÉGÉNÉRATION JAUNE DES CELLULES 

tiques des petits vaisseaux renferment dans leur cavité, en 
proportion variable, soit des granulations graisseuses, soit 
même, bien que plus rarement, des corpuscules présentant les 
caractères de ]a myéline. En certains points, ces divers pro- 
duits sont tellement abondants que les gaines lymphatiques 
sont distendues à l'excès ; les vaisseaux paraissent alors avoir 
acquis un volume double ou triple de ce qu'il est à l'état nor- 
mal, et ilsse dessinent sous forme de petites traînées blanches, 
visibles à l'œil nu, sur le fond gris de la plaque sclérosée. 
Cependant les tuniques elles-mêmes de ces vaisseaux n'of- 
frent pas d'autres altérations que celles qui ont été indiquées 
plus haut et qui n'ont certainement aucun rapport avec la 
dégénération athéromateuse. En somme, il s'agit là d'une 
infiltration graisseuse consécutive des gaines lymphatiques et 
nullement d'une lésion primitive des parois vasculaires. Le 
même phénomène se retrouve dans le ramollissement céré- 
bral par oblitération artérielle, dans la plupart des formes de la 
sclérose primitive et secondaire, et, en un mot, dans des affec- 
tions des centres nerveux très diverses, mais qui ont toutefois 
ceci de commun, qu elles déterminent la dégénération grais- 
seuse des tubes nerveux. Le véritable caractère de ce phéno- 
mène paraît avoir été soupçonné par GuU ^ et par Billroth -, 
mais il a été mis en lumière surtout par M. Bouchard, dans 
ses belles études sur les dégénérations secondaires de la moelle 
épinière ^ 

La description, qui vient de vous être présentée, de Talté- 
ration scléreuse en plaques disséminées est surtout relative à la 
substance blanche, mais elle peut s'appliquer également, d'une 
manière générale au moins, à la substance grise. Dans les 

1 Cases of Paraplegia. In Guy's Hospifal Reports, 3o sér., 1858, t. IV. 

2 Arch. der Heilkunde, 3 jahr., p. 47. 

3 Bouchard. — Arch. gén. de méd., mars et avril 1S66 ; -thèse de Paris, 
1867, p. 44. 



NATURE DE LA LÉSION 219 

deux substances, en effet, la névroglie est faite sur le môme 
modèle, et les altérations qui s'y produisent ne diffèrent pas 
essentiellement. Aussi ne donnerai-je, d'après les observations 
que j'ai pu faire, une mention spéciale qu'aux modifications 
qu'éprouvent les cellules nerveuses, lorsque, par suite de l'en- 
vahissement de la substance grise, elles se trouvent comprises 
dans l'aire d'une plaque de sclérose. Ces cellules ne sont pas le 
siège d'une prolifération nucléaire, conlrairement à ce qui a 
lieu dans les mêmes circonstances pour les cellules conjonc- 
tives dont les noyaux se multiplient habituellement, et c'est 
même là un caractère qui, au besoin, conduirait à distinguer 
l'un de l'autre les deux ordres d'éléments ; elles subissent 
une altération particulière qu'on pourrait désigner du nom de 
dé génération jaune ^ en raison de la coloration ocreuse, parfois 
assez prononcée, qu'elles présentent ; elles cessent d'être vive- 
ment colorées par le carmin comme dans l'état normal ; le 
noyau et le nucléole paraissent formés d'une substance d'aspect 
vitreux, brillante. Il en est de même du corps de cellule qui, 
en outre, semble composé de couches concentriques. Enfin, 
une atrophie, capable d'amener une diminution de volume re- 
lativement considérable, s'empare de toutes les parties de la 
cellule en même temps que des prolongements cellulaires se 
flétrissent et disparaissent ^ 

Dans l'encéphale, et aussi sur les nerfs optiques et olfactifs, les 
plaques de sclérose présentent essentiellement le môme carac- 
tère que dans la moelle, et nous ne croyons pas qu'il soit utile 
d'entrer, à cet égard, dans de nouveaux détails. 

Parvenus au terme de cette étude, nous pouvons essayer de 
rétablir, dans l'ordre naturel de leur succession, les phéno- 
mènes qui composent l'altération dont il s'agit, et chercher 

1 Frommann, loc. cit. Vulpian. — Cours de la Faculté, 1868. — Gliarcot. 
— Soc. de Biolog., 186S. 



220 NATURE DE LA LÉSION 

ainsi à reconnaître le mode pathologique suivant lequel cette 
altération se constitue. 

Incontestablement la multiplication des noyaux et l'hyper- 
plasie concomitante des fibres réticulées de la névroglie sont 
le fait initial, fondamental, l'antécédent nécessaire ; l'atrophie 
dégénérative des éléments nerveux est secondaire, consécutive; 
elle a déjà commencé à se produire lorsque la névroglie fait 
place au tissu fibrillaire, bien qu'elle marche alors d'un pas 
plus rapide. L'hyperplasie des parois vasculaires ne joue ici 
qu'un rôle accessoire. 

En quoi consiste l'affection do la névroglie qui marque le 
début de cette série de désordres ? Il est facile d'y retrouver 
tous les caractères de l'irritation formatrice. Mais, après avoir 
reconnu que la sclérose en plaques est une myélite ou une encé- 
phalite interstitielle chronique primitive et unilobulaire, il nous 
restera à déterminer les caractères histologiques qui la distin- 
guent des autres formes de la sclérose des centres nerveux, et 
aussi de plusieurs espèces de myélite ou d'encéphalite qui, 
prenant également leur point de départ dans la névroglie^ n'a- 
boutissent pas néanmoins à la métamorphose fibrillaire. Nous 
entreprendrons en temps opportun de remplir cette tâche. Pour 
le moment, Messieurs, nous avons hâte de laisser l'anatomie 
pathologique pour la clinique, et de vous montrer par quel 
appareil de symptômes se révèle la sclérose en plaques des 
centres nerveux *. 



1 Dans une note publiée dans les Archives de physiologie (1873, p. Vô), un 
des élèves de M. Charcot, M. Debove, est venu modifier les idées générale- 
ment admises sur l'histologie de la sclérose en plaques. D'après ses recherches, 
les parties sclérosées seraient formées de fibrilles et de cellules plates, en tout 
semblables aux cellules du tissu conjonctif ordinaire. 11 est arrivé à cette démons- 
tration par le procédé des injections interstitielles. 

Ces faits n'étaient guère d'accord avec ce que l'on croyait savoir de la struc- 
ture de la névroglie (voir la note p. 205). lorsque M. Ranvier démontra que le 
tissu conjonctif des centres nerveux ne diffère pas essentiellement de celui des 
autres organes : la seule particularité frappante est, suivant M. Ranvier, le 
petit diamètre des faisceaux fibrillaires. (Note de la 2^ édition.) 



SEPTIÈME LEÇON 

De la sclérose en plaques disséminées. 
Sy mptomatologie . 



Sommaire. — Diversité d'aspect de la sclérose en plaques disséminées, au 
point de vue clinique. — Causes d'erreurs de diagnostic. 

Examen clinique d'un cas de sclérose en plaques. — Du tremblement; modi- 
fications qu'il impose à l'écriture : caractères qui le font distinguer du trem- 
blement de la paralysie agitante, de la chorée, de la paralysie générale et 
de l'incoordination motrice de l'ataxie. 

Symptômes céphaliques. — Troubles de la vue : diplopie, amblyopic, nystag- 
mus. — Embarras de la parole. — Vertiges. 

Etat des membres inférieurs. — Parésie. — Rémissions. — Absence de trou- 
bles de la sensibilité. — Immixtion de symptômes insolites : symptômes 
tabéliques ; atrophie musculaire. — Contracture permanente. — Epilepsie 
spinale. 



Messieurs, 
Nous avons décrit minutieusement, dans la leçon précédente, 
les lésions anatomiques de la sclérose multiloculaire des centres 
nerveux. Laissant donc de côté cette partie de son histoire, 
nous allons chercher aujourd'hui à vous faire connaître l'appa- 
reil de symptômes par lequel elle se révèle. 



I. 



A. Il est remarquable qu'un état morbide qui possède un 
substratum anatomique aussi saisissant, aussi accusé, et qui, en 
somme, n'est pas rare, ait échappé durant un temps si long à 
l'analyse clinique. Rien n'est plus simple cependant, j'espère 



222 FORME CÉRÉBRO-SPINALE 

VOUS le montrer, que de caractériser, au lit du malade, l'affec- 
tion dont il s'agit, du moins lorsqu'elle se présente dans son 
type de complet développement. 

Si Ton recherche quelles ont été les causes qui ont pu retar- 
der l'apparition de la sclérose en plaques disséminées dans les 
systèmes nosologiques où elle doit prendre place à côté des 
autres formes, mieux connues, de la sclérose primitive des 
centres nerveux, il convient de signaler en premier li'eu la 
diversité d'aspects sous lesquels, dans la clinique, il est pos- 
sible de la rencontrer ; c'est là, en réalité, une affection poly- 
morphe par excellence. 

L'étude anatomo-pathologique pouvait déjà faire pressentir 
qu'il en serait ainsi. Vous vous rappelez que les plaques ou les 
îlots occupent quelquefois exclusivement la moelle ; que d'au- 
tres fois ils prédominent dans les hémisphères et le bulbe ; qu'il 
est enfin des cas dans lesquels ils sont répandus à la fois dans 
tous les départements des centres nerveux. Ces variétés de siège 
nous ont conduit à reconnaître, aupointde vue anatomique, les 
trois formes suivantes: forme céphalique, forme spinale, 
forme mixte ou cérébro-spinale. Il était aisé de prévoir qu'à 
chacune de ces formes répondrait un ensemble symptomatique 
particulier. 

B. Concentrons tout d'abord, si vous le voulez bien, notre 
attention sur la forme cérébro-spinale : c'est d'ailleurs à tous 
égards la plus intéressante, celle que vous aurez à observer le 
plus souvent dans la pratique. Eh bien, même considérée dans 
ce seul type, l'affection peut prendre des masques très variés. 
Permettez-moi de vous citer à l'appui de cette assertion une 
anecdote que meracontaittoutrécemmentun de mes collègues. 

Un médecin des plus distingués, mais peu familiarisé encore 
avec la symptomatologie de la sclérose en plaques, était venu 



CAUSES d'erreurs DE DIAGNOSTIC 223 

le visiter dans le service de clinique dont il est actuellement 
chargé. Pour lui faire honneur, mon cohègue présenta à ce 
médecin un cas de la maladie nouvelle ; c'était un fort beau 
spécimen de la forme cérébro-spinale. Le malade quittant son 
lit fit quelques pas dans la salle. « C'est un ataxique^ s'écria le 
visiteur. — Peut-être, réphqua mon collègue ; mais que pensez- 
vous des mouvements rythmiques dont la tête et les membres 
supérieurs sont agités? — C'est juste, fit le visiteur. Il y a en 
outre de la chorée ou peut-être de \fi parahjsie agitante. » Le 
malade fut ensuite interrogé. Il répondit aux questions avec un 
embarras très marqué dans la prononciation, en scandant les 
syllabes d'une manière toute spéciale, et souvent l'émission des 
mots était précédée d'un léger tremblement des lèvres. « Je 
comprends, répartit le médecin, vous avez voulu m'embarrasser 
en me présentant un cas des plus complexes. Voici maintenant 
des symptômes qui appartiennent à la jjaralysie générale. 
N'allons pas plus loin; voire malade réunit peut-être en lui la 
pathologie nerveuse tout entière. » 

Or, Messieurs, je le répète, il s'agissait tout simplement 
d'un cas, à la vérité très complet, de la forme cérébro-spinale 
de la sclérose en plaques. 

(^.Ldi paralysie agitante est surtout la maladie avec laquelle 
cette forme de la sclérose en plaques a été le plus longtemps, et 
est encore, sans doute, le plus fréquemment confondue. Aussi^ 
est-ce pour ce motif, à l'époque oii nous nous efforcions de faire 
sortir la sclérose en plaque du chaos des myélites chroniques, 
que nous engageâmes M. Ordenstein, alors notre élève, à oppo- 
ser dans un parallèle cette affection à la paralysie agitante, afin 
de mieux faire ressortir les contrastes ^ . On sait comment M. Or- 



1 Sur la paralysie agitante et la sclérosa m plaques généralisées. Thèse de 
Paris, 1867. 



224 CAUSES d'erreurs de diagnostic 

denstein s'est acquitté de cette tâche, et je n'hésite pas h déclarer 
que sa dissertation marque un progrès sérieux dans la clinique 
des maladies chroniques du système nerveux. 

Dans ces derniers temps, M. Baerwinkel, médecin distingué de 
Leipzig, après avoir rapporté un exemple très intéressant, du 
reste, de sclérose cérébro-spinale, mais oii le tremblement paraît 
avoir fait défaut, ainsi que cela se voit quelquefois, semble insi- 
nuer que M. Ordenstein s'est créé à plaisir des difficultés qui 
n'existent pas en réalité, pour se donner la facile satifaction de 
les surmonter. Selon lui, il n'y aurait aucune analogie entre les 
deux maladies. M. Baerwinkel aura sans doute oublié que dans 
le CanstatCs Jahresbericht, il a donné, il y a une dizaine d'an- 
nées, l'analyse d'un cas observé à la clinique de Skoda, cas dans 
lequel le diagnostic Paralysie agitante avait été porté pendant 
la vie et que, à l'autopsie, on trouva des plaques de sclérose 
disséminées dans toutes les parties de l'axe cérébro-spinal. L'ob- 
servation paraît avoir été recueillie avec une grande fidélité: il 
y est dit, et c'est là un point qui mérite bien d'être relevé, que le 
tremblement, contrairement à ce qui a lieu dans la paralysie agi- 
tante ordinaire, ne se montrait que lors des mouvements volon- 
taires pour cesser à l'état de repos \ 

M. Baerwinkel n'est pas non plus sans avoir pris connaissance 
du fait relaté par M. Zenker dans le journal de Henle : ce fut 
encore l'autopsie qui révéla dans ce cas l'existence de la sclé- 
rose multiloculaire^. Pendant la vie, le professeur Hasse avait 
étabhle diagnostic : paralysie agitante et néanmoins on insiste, 
dans la description symptomatologique, sur la nature du trem- 
blement qui ne se produisait que sous l'influence des émotions 
ou à l'occasion des mouvements volontaires. 

Ces exemples suffisent, je pense, pour vous montrer que, 

1 Wien. med. Halle, III, 13, 1862. 

2 Zenker. — Zeitschrift fur Mediz. Band III, Reilhe, 1865, p. 22S. 



DU TREMBLEMENT 225 

malgré Topinion de M. Baerwinkel, la confusion est possible 
puisqu'elle a élé faite par des cliniciens dont l'habileté est au- 
dessus de toute discussion. 

Cela posé, je suis le premier à reconnaître que les masques 
divers pris par la sclérose en plaques sont des masques grossiers 
et qu'aujourd'hui, alors que les travaux récents ' ont éclairé le 
diagnostic, il n'est guère permis de s'y laisser prendre. Mais il 
est temps, Messieurs^ de vous mettre à même de distinguer les 
caractères à l'aide desquels on peut séparer la sclérose en 
plaques cérébro-spinale des maladies qui s'en rapprochentà des 



degrés variables. 



IL 



Yousn'ignorez pas. Messieurs, ce que valent ces symptoma- 
lologies faites à grand renfort d'éloquence, loin du lit des 
malades. Elles ne parviennent guère, quoi qu'on fasse, qu'à 
%ire naître des images sans relief et qui ne laissent, en gé- 
néral, dans l'esprit de l'auditeur, qu'une empreinte vague et 
passagère. 

Afin d'éviter autant que possible de tomber dans le vice que 
je viens de signaler, je vais procéder devant vous à l'examen 
méthodique d'une malade qui offre réunis, dans leur plus parfait 
développement, tous les symptômes de la sclérose en plaques 
cérébro-spinale. 

Mhe Y..., âgée de trente-un ans, est atteinte depuis huit ans 
environ de l'affection qui fait l'objet de la présente étude. 
Admise à la Salpêtrière il y a trois ans, elle m'a été léguée par 

^ Bourneville : De la sclérose en plaques, revue ciùtique [Mouv. niéd.^ 18G8. 
p. 149..., 327) ; — Le cas du D^ Pendock [Ibib., p. 368, 376, 423, 469, 483). — 
Bourneville et L. Guérard: De la sclérose en plaques disséminées. Paris, 1860. 
— Bourneville : Nouvelle étude sur quelques points de la sclérose en plaques 
disséminées. Paris, 1869. 

CiiARCOT, T. I, .jc édit. la 



^26 DU TREMBLEMENT 

M. Vulpiaii, lorsqu'il a quitté cet hospice, et il m'a remis en 
même temps à son sujet une observation très détaillée et des 
plus précieuses. Le début, disons-nous, remonte à huit années, 
c'est donc là un cas déjà ancien. Je v nis parlerai tout à l'heure 
des différentes péripéties qui ont signalé les phases antérieures 
de l'évolution des symptômes. Pour le moment, je veux me 
borner à l'analyse des phénomènes de l'état actuel. 

Un symptôme qui vous a sans doute tous frappés dès le 
premier abord, lorsque vous avez vu la malade entrer, soutenue 
par un aide, c"estsans conteste le tremblement rythmique tout 
spécial dont sa tête et ses membres étaient, pendant la marche, 
violemment agités. 

Yous avez constaté également que, lorsque la malade se fut 
assise sur une chaise, le tremblement a disparu aussitôt d'une 
manière complète dans les membres supérieurs et inférieurs, 
mais en partie seulement à la tète et au tronc. J'insiste sur ce 
dernier point en vous faisant remarquer que la nouveUe atti- 
tude prise par la malade est loin d'équivaloir, pour les mus- 
cles du tronc et du cou, à un repos absolu. D'ailleurs, il faut 
tenir compte de l'émotion qui joue ici incontestablement un 
certain rôle. J'aurai l'occasion de vous présenter Mlle V..., au 
lit, et abandonnée à un repos complet cette fois ; vous pourrez 
vous assurer alors de l'absence de toute trace de tremblement 
dans les diverses parties du corps. Pour faire reparaître l'agi- 
tation rythmique dans tout le corps, il va suffire d'engager la 
malade à se lever de son siège. Pour la faire reparaître seu- 
lement d'une manière partielle, dans un des membres supérieurs 
par exemple, je vais la prier de porter à sa bouche un verre 
préalablement rempli d'eau, une cuiller, etc. Vous pouvez 
reconnaître que, dans ces divers actes prescrits par la volonté, 
le tremblement est d'autant plus prononcé que le mouvement 
exécuté a plus d'étendue. Ainsi, quand la malade veut porter 
à sa bouche le verre rempli d'eau, l'agitation rythmique de la 



DU TlîEMBLEMENT ^2:27 

main et de l'avant-bras est cVabord, au moment de la préhension 
du vase, à peine accusée ; mais elle s'exagère progressivement 
à mesure que celui-ci s'approche des lèvres : c'est au point qu'à 
l'instant où le but va être atteint, les dents sonl, comme vous le 
voyez, choquées avec violence par les parois du verre et le 
liquide projeté au loin. Ce grand désordre ne se manifeste, je le 
répète, que danslecasdemouvementsd'une certaine amplitude. 
S'il s'agit de petits ouvrage, de coudre, d'effiler du linge, les 
oscillations sont au contraire presque nulles. Il y a quelque 
temps la malade pouvait écrire encore assez distinctement; les 
caractères étaient tremblés, il est vrai, mais du reste parfai- 
tement lisibles ^ 

En résumé, \q tremblejnoit àowi il s'agit ne se manifeste 
quà l'occasion clés mouveinents intentionnels dune certaine 
étendue ; il cesse d'exister lorsque les muscles sont aban- 
donnés à un repos complet. Tel est, Messieurs, le phénomène 
que j'ai été conduit à considérer comme un des caractères 
cliniques les plus importants de la sclérose en plaques cérébro- 



1 Nous l'cpi'oduisons ci-après deux spécimens de l'écritai-e d'une malade, nom- 
mée Leru..., qui a succombé, dans le service de M. Giiarcot, à la sclérose en 
plaques. Cette femme est entrée h la Salpêtrière, le 24 septembre 1864 . En mai 
1865, M. Gharcot recueillit le fragment suivant de son écriture. (Pi(}. 13,) 



i-^P . . /^'^' 










Fin. 13. 



A partir du mois de juin^ Leru... fut mise au traitement par le nitrate d'ar- 
yent (d'abord 2 milligrammes, puis 4). Sous l'influence de cette médication, le 
tremblement diminua d'une manière notable, ainsi que l'on peut en juger d'après 
la Fi'jure 14. Notons que, en mai 186.H, la malade était très fatiguée après avoir 



228 DU TREMBLEMENT 

spinale. Certes, je ne prétends pas qu'il sVagisse là cVun 
symptôme palhognomonique : je n'ignore pas, en effet, qu'mi 
tremblement, se présentant avec des caractères à peu près 
semblables, s'observe quelquefois dans des affections autres que 
la sclérose en plaques, par exemple dans l'intoxication mer- 
curielle, dans la méningite chronique cervicale avec sclérose de 
la couche corticale de la moelle, dans la sclérose primitive ou 
consécutive des cordons latéraux, etc. Ce n'est pas, nous le 
verrons, un symptôme constant. Mais ce que je tiens, dès à 
présent, à faire ressortir, c'est que, dans la sclérose en plaques, 
lorsqueaucune complication n'estintervenue, le tremblement, si 
peu qu il existe, se présente toujours avec les caractères que je 
lui ai assignés. En somme, c'est là un symptôme qui, à lui seul, 



écrit les trois lignes dont nous donnons le fac-siniile, tandis que, en octobre, 
elle était capable d'écrire facilement une dizaine de lignes. Nous avons choisir 
une partie de la première ligne et de la dcrnièi-e. 

D'après les spécimens que nous possédons, il est assez difficile de se former 



'ê \^ i 



^ ^ 'V^^ ^^-"-^-7^ fi^-TV^^Î^^ ^-SY^/f^^Q^^-^"^^:^ 




Éi- ^ç ^cAA^/^^, 




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<^J^y/^\xz.-u- e^-O^ CA^ «^t 




Y- 



l-iy. n. 



une opinion sur les caractères de Técritui-e des malades atteints de sclérose en 
plaques. Le plus souvent, d'ailleurs, nous avons observé les malades à une épo- 
que avancée de leur affeclion : alors, il est ?i peu près impossible d'obtenir 
autre chose qu'un griffonnage sans signification, d'autant plus que l'on n'a 
pas de termes de comparaison. (B.) (Voyez TAppendice, n» IIÎ.) 



DU TREMBLEMEXT 229 

permettrait déjà de séparer cliniquement la sclérose multilo- 
culaire des centres nerveux de quelques affecLions qui s'en 
rapprochent assez pour que la confusion soit possible. Je vais 
entrer à ce propos dans quelques détails. 

Le iremhlemewt de la. pa/aiy sic a^/.'linte existe aussi bien à 
l'état de repos des membres, que lorsque ceux-ci sont mis en 
mouvement par la volonté. Je vous présente une femme chez 
laquelle le tremblement persiste, depuis longues années, sans 
cesse et sans trêve, dans l'état de veille. 11 ne s'arrête que 
lorsque cette malheureuse est plongée dans un sommeil profond. 
Il est des cas oii, dans la paralysie agitante, le tremblement se 
montre seulement par intermittence ; mais, chose remarquable, 
c'est en pareil cas plutôt alors que les membres sont dans le 
repos qu'il se manifeste, pour cesser lorsque ceux-ci sont mis 
en mouvement par la volonté. Vous pouvez reconnaître chez 
une seconde malade, que j'offre à votre observation, ce carac- 
tère particulier du tremblement de la paralysie agitante. Yous 
observerez en outre, chez ces deux femmes, que la tête ne 
prend point part au tremblement, ou, si elle paraît agitée par 
des oscillations, celles-ci lui sont évidemment communiquées ; 
il s'agit là d'une transmission des secousses dont les membres 
et le torse sont le siège. L'absence du tremblement de la tête me 
paraît être un fait à peu près général dans la paralysie agitante : 
j'ajouterai que, dans cette affection, les secousses du trem- 
blement sont beaucoup moins étendues, plus réguhères, plus 
rapides, plus serrées, si je puis parler ainsi, que dans la sclérose 
multiloculaire ; dans celle-ci, les oscillations sontplus amples et. 
se rapprochent, à beaucoup d'égards, des gesticulations de la 
chorée ; cette analogie est tellement marquée que, avant la 
publication des travaux qui l'ont fait admettre dans la clinique 
usuelle, la sclérose en plaques a été quelquefois désignée sous 
les noms de chorée rythmique, paralysie choréiforme. 



230 INCOORDINATION MOTRICE 

Il est toujours facile cependant de dislinguer les mouvements 
désordonnés et bizarres de la chorée proprement dite des oscil- 
lations rythmiques de la sclérose multiloculaire. Remarquons 
en premier lieu que, dans celle-ci, s'il s'agit par exemple du 
membre supérieur, dans l'acte de porter la main à la bouche, 
la direction générale du mouvement persiste en dépit des 
obstacles occasionnés par les secousses du tremblement y 
secousses qui, comme nous le disions il y a un instant, s'exa- 
gèrent cependant à mesure que la main approche du but \ 
atteindre. Au contraire, dans la chorée, \'di direction générale 
du mouvement serait, dans l'accomplissement de ce même acte, 
troublée, dès ïoricjine, par des mouvements contradictoires, 
d'une étendue tout à fait disproportionnée, et qui font manquer 
le but. Ajoutons que les mouvements de la chorée se montrent 
tout à coup, inopinément, alors que les membres sont dans un 
état de repos complet ; ainsi, en dehors de toute intervention de 
la volonté, vous voyez le choréique tirer la langue, faire une 
grimace, lever brusc{uement un de ses membres, etc. Or, 
jamais pareille chose ne s'observe dans la sclérose multilo- 
culaire. 

Lorsque, dans Vataxie locomotrice progressive (sclérose des 
cordons postérieurs), les membres supérieurs sont affectés, il 
s'y produit, à l'occasion des actes intentionnels, des mouvements 
incoordonnés qui rappellent jusqu'à un certain point les gesti- 
culations de la chorée et le tremblement de la sclérose multilo- 
culaire. Voici à l'aide de quels caractères la confusion pourra 
être évitée. 11 faut noter tout d'abord que, dans l'incoordination 
des ataxiques, il n'existe pas, à proprement parler, de trem- 
blement, de secousses rythmiques, mais bien des gestes plus 
ou moins désordonnés, plus ou moins brusques, plus ou moins 
étendus. Étudiez avec soin, chez la malade que je vous présente, 
les mouvements de la main, dans l'acte de la préhension d'un 



FRÉQUENCE DU TREMBLEMENT 231 

objet de petit volume, et vous y reronnaîtrez des particularités 
vraiment spécifiques. Vous verrez comment, au moment de 
saisir Tobjet, les doigts s'écartent démesurément et s'étendent 
à l'excès en s'inclinant vers le dos de la main. Puis l'objet est 
saisi tout à coup, sans mesure, d'une manière presque convul- 
sive par une flexion brusque et disproportionnée de tous les 
doigts. Cela appai'ticnt à l'alaxie ; jamais vous n'observerez rien 
de semblable dans la sclérose en plaques, .l'ajoute en dernier 
lieu — et ce dernier trait est vraiment décisif — que, dans 
l'ataxie, l'occlusion des yeux a toujours pour effet d'exagérer 
d'une manière très prononcée l'incoordination des mouve- 
ments, tandis qu'elle ne modifie en rien les secousses rythmi- 
ques de la sclérose multiloculaire. 

Xous ne devons pas oublier toutefois que quelques-uns des 
symptômes de l'ataxie se trouvent entremêlés quelquefois 
avec ceux de la sclérose en plaques, quand les îlots scléreux 
occupent, dans certaines régions de la moelle, une assez grande 
étendue, en hauteur, des cordons postérieurs. Un fait, dont 
l'histoire se trouxe consignée tout au long dans V Atlas d'ana- 
tomie pathologique de M. Cruveilhier, peut être cité à titre 
d'exemple de ce genre '. Il s'agit de la nommée Paget. La ma- 
lade, pour saisir et diriger une épingle, avait besoin du secours 
de la vue , sans quoi l'épingle s'échappait des doigts . A l'autopsie, 
on trouva une des plaques de sclérose occupant les colonnes 
postérieures- dans une assez grande étendue du renflement 
cervical. Mais je ne veux pas insister, pour l'instant, plus lon- 
guement sur ce point que nous aurons plus d'une fois l'occasion 
de mentionner à nouveau. 

Nous nous sommes occupés jusqu'ici, à peu près exclusive- 
ment, du tremblement en tant qu'il occupe les membres supé- 

1 Cruveilhier. — Atins fV anatomie palhulofiiqur^ livraison 38, Pi. I et II. 



232 FRÉQUENCE DU TREMBLEMENT 

rieurs ; mais nous savons déjà qu'il peut agiter la tête, le tronc, 
les membres inférieurs. Il se présente sur ces divers points 
avec tous les caractères que nous avons signalés à propos des 
membres supérieurs, c'est-à-dire que, absent pendant le repos 
complet, ce tremblement se manifeste à l'occasion des mouve- 
ments intentionnels, ou dans les attitudes qui ne peuvent être 
maintenues qu a Taide d'une tension active et pins ou moins 
énergique de certains muscles ou groupes de muscles. 

Pour compléter ce qui est relatif à ce symptôme, nous devons 
entrer dans quelques détails. — C'est là, Messieurs, ainsi que je 
l'ai depuis longtemps proclamé, un symptôme à peu près cons- 
tant, dans la forme cérébro-spinale de la sclérose en plaques. 
Il ne faut pas oublier toutefois qu'il existe des cas exceptionnels 
relatifs à cette forme, et oii — circonstance tout à fait inexpli- 
cable jusqu'ici — le tremblement n'a pas figuré dans l'ensemble 
symptomatologique. J'ai observé pour mon compte plusieurs 
faits de ce genre. Mais il ne faut pas oublier, Messieurs, que 
le tremblement peut avoir existé, à un degré plus ou moins 
prononcé, à une certaine époque de la maladie, et avoir disparu 
dans le temps où le sujet se présente à notre observation. Il 
importe donc, à cet égard, d'interroger avec le plus grand soin 
les malades chez lesquels ce symptôme paraît faire défaut. 

Il est de règle que le tremblement disparaît alors que les 
membres sont immobilisés^ à une époque plus ou moins avan- 
cée de la maladie, par la contracture permanente. S'il est vrai 
que le tremblement se montre quelquefois presque dès le début, 
il faut reconnaître toutefois que c'est un symptôme tardif. Enfin, 
Messieurs, il est très fréquent, presque habituel, que le treni- 
blement ne dure pas aussi longtemps que la maladie elle-même ; 
il s'amoindrit à mesure que les sujets s'affaiblissent, et il s'efface 
parfois complètement à l'époque de la terminaison fatale. 



SYMPTOMES CÉPHALIQUES 233 



m. 



Vous connaissez main tenant, Messieurs, un des symptômes 
les plus originaux et les plus importants de la sclérose en pla- 
ques généralisées. Une étude plus approfondie et plus circon- 
stanciée du cas que nous avons sous les yeux va nous permettre 
de recueillir bien d'autres indices non moins précieux. Nous 
allons découvrir, chez notre malade, tout un groupe de symp- 
tômes que j'ai proposé d^ a^^elev cép/iaiiques , par opposition aux 
symptômes spinaux. Ce groupe comprend certains troubles de 
la vue, de la parole et de l'intelligence. 

A. Occupons-nous d'abord des troubles de la vision. Ce sont 
la diplopie, l'amblyopie et surtout le nystagmus. 

a) La diplopie^ de même que cela a lieu dans l'ataxie locomo- 
trice, est un phénomène du début, en général tout à fait transi- 
toire, mais qui mérite d'être signalé en passant. 

h) Vamblyopie est au contraire un symptôme durable, et 
d'ailleurs plus fréquent, de la sclérose en plaques cérébro-spi- 
nale; je crois pouvoir affirmer que très rarement, en opposi- 
tion à ce qui s'observe dans la sclérose postérieure, elle aboutit 
à une cécité complète \ C'est là une particularité digne de 
remarque, surtout si Ton songe que, après la mort, des plaques 
de sclérose occupant toute Tépaisseur du cordon nerveux ont été 
trouvées sur les nerfs optiques, dans le cas oîîi, pendant la vie, 
on avait constaté un simple alTaiblissement de la vue'-. Cette 



1 Dans une observation rapportée par M. Magnan [Archiv. de p/uj^iolor/ie, 
t. JI, p. 795), il y avait atrophie papillaire de? deux yeux avec cécité complète. 

2 fibsorration de la nomracc Aspusic Lîyr, communiquée par M. Vulpian. 



234 TROUBLES DE LA VUE 

disproportion apparente entre le symptôme et la lésion consti- 
tue un des arguments les plus puissants que Ton puisse invo- 
quer pour montrer que la continuité fonctionnelle des tubes 
nerveux n'est pas absolument interrompue, bien que ceux- 
ci, dans leur trajet à travers les plaques de sclérose, soient 
dépouillés de leur gaine de myéline et réduits au cylindre 
d'axe. 

L'examen ophtalmoscopique, en général rendu très difficile 
par suite de l'existence du nystagmus, fait reconnaître, en 
pareil cas, tantôt une intégrité à peu près complète de la papille 
du nerf optique alors même que l'amblyopie est cependant très 
accentuée, tantôt mie lésion partielle, tantôt enfin dans les cas 
rares oîi la cécité est complète ^ une atrophie totale (coloration 
d'un blanc nacré, extrême ténuité des vaisseaux, etc.) avec ou 
sans excavation de la pupille. 

Tout se borne chez Mlle V...à une amblyopie assez pro- 
noncée des deux yeux. L'examen ophtalmoscopique n'a permis 
de reconnaître ici aucune lésion bien déterminée. Un fait qui 
mérite d'être relevé, c'est que, chez elle, les apparitions 
d'éclairs, d'étincelles, ont précédé l'affaiblissement de la vue. 
J'ai noté le même phénomène dans plusieurs autres cas d'am- 
blyopie liée à la sclérose multiloculaire. 

c) Le nystagmus est un symptôme d'une assez grande impor- 
tance diagnostique puisqu'il s'observe environ dans la moitié 
des cas. On ne le rencontre, que je sache, que très excep- 
tionnellement dans l'alaxie. Yous pouvez reconnaître qu'il 
existe chez Mlle V... accusé à un haut degré. 11 s'agit là, vous 
le voyez, de petites secousses, qui font osciller simultanément 



Cette observation est rapportée m extenso dans un travail de M. H. Liouvilie 
intitulé : Observations détaillées de deux cas de sclérose en îlots multiples et 
disséminés du cerveau et de la moelle épinière. {Mémoires de la Société de lAo- 
logie, 1868, p. 231.) 
1 Observation citée par M. Magnan. 



EMBARRAS DE LA PAROLE 235 

les deux globes oculaires de droite à gauche, puis de gauche à 
droite, ou inversement. Il est des cas oii le nystagmus fait 
défaut tant que le regard reste vague sans direction précise, 
mais se manifeste tout à coup, d'une manière plus ou moins 
prononcée, aussitôtque les malades sont invités à fixer attenti- 
vement un objet. 

B. Un symptôme phis fréquent encore que ne l'est le nystag- 
mus, — presque constant dans la sclérose multiloculaire céré- 
bro-spinale, puisque nous le trouvons signalé vingt fois sur 
vingt-trois cas que nous avons analysés, — c'est un embarras 
particulier de la parole que vous pouvez étudier chez notre 
malade, dans son type de complet développement. 

La parole estlente, traînante, par moments presque inintelli- 
gible. Il semble que la langue soit devenue « trop épaisse » et 
le débit rappelle celui des gens avinés. Une étude plus attentive 
fait reconnaître que les mots sont comme scandés : il y a une 
pause entre chaque syllabe, et celles-ci sont prononcées lente- 
ment. Il y a de l'hésitation dans l'articulation des mots, mais, à 
proprement parler, rien qui ressemble au bégayement. Cer- 
taines consonnes, les /, les^;, les ^, sont particulièrement mal 
prononcées. 

Il existe chez Mlle Y. . . , ainsi que vous pouvez le constater, 
une certaine lenteur dans les mouvements de la langue ; vous 
reconnaissez même que, tirée hors de la bouche, elle est agitée 
d'un tremblement très manifeste. Il ne faudrait pas croire que 
ce soit là un phénomène constant et plusieurs fois j'ai reconnu 
que la parole pouvait être embarrassée à un haut degré, sans que 
la langue présentât la moindre trace de tremblement. Toujours 
d'ailleurs, du moins d'après mes observations, la langue con- 
serve son volume normal et jamais je ne l'ai vue ridée à sa 
surface, comme cela s'observe dans certains cas de paralysie 
labio-giosso-laryngée avec atro[)hiedes muscles linguaux. 



256 SYMPTOMES GÉPHALIQUES .* VERTIGE 

D'abord à peine appréciable, l'embarras de la parole s'aggrave 
progressivement pendant le cours de la maladie jusqu'à ren- 
dre parfois le discours à peu près incompréhensible. — Il est 
des cas oîi on le voit s'aggraver tout à coup, comme par accès, 
pour s'amender ensuite temporairement. 

En somme, l'embarras de la parole qu'on observe dans la 
sclérose cérébro-spinale se rapproche, à beaucoup d'égards, du 
symptôme correspondant de la paralysie générale progressive. 
Je crois même que, dans bien des cas, en dehors du secours 
fourni par la considération des phénomènes concomitants, la 
distinction serait à peu près impossible. Ajoutez que le rappro- 
chement peut être rendu plus étroit encore par cette circon- 
stance que, dans la sclérose multiloculaire, de même que dans 
la paralysie générale, l'émission des mots est parfois précédée 
— ainsi que vous pouvez vous en assurer chez notre malade — 
par une légère contraction, comme convulsive, des lèvres. 

Quoi qu'il en soit, ce trouble dans l'articulation des mots sur 
lequel j'appelle votre attention est un symptôme très imporlant 
de la sclérose multiloculaire. Il peut conti'ibuer puissamment à 
fonder le diagnostic, principalement dans les cas, exceptionnels 
d'ailleurs, oh le tremblement de la tête et des extrémités supé- 
rieures fait défaut. 

A ce symptôme peuvent s'adjoindre successivement, surtout 
dans les périodes avancées de la maladie, certains troubles de la 
déglutition, de la circulation et même delà respiration. Ce son^ 
là des symptômes de paralysie bulbaire procjressive qui doi- 
vent donner l'éveil parce qu'en s'aggravant d'une manière ra- 
pide ils ont quelquefois déterminé tout à coup, presque inopi- 
nément, la terminaison fatale. En raison de l'intérêt qui s'y 
rattache au point de vue du pronostic^ ils seront l'objet d'une 
étude spéciale. 

C. Environ dans les trois quarts des cas, le vertige est un des 



SYMPTOMES PSYCHIQUES 237 

phénomènes qui marquent le début de la sclérose muUiloculaire 
des centres nerveux. Autant qne j'en puis juger d'après les 
renseignements qui m'ont été donnés paries malades que j'ai 
inlerrogés à ce sujet, il s'agit là en général d'tm vertige gyra- 
toiro. 11 semble que tous les objets tournent avec une grande 
rapidité et que l'on subit soi-même un mouvement circulaire : 
menacé de perdre l'équilibre, le malade s'attache aux corps en- 
vironnants. Le plus souvent ce vertige revient par accès de 
courte durée; quelquefois cependant il persiste presque sans 
interruption, durant un certain temps, surajouté au tremble- 
ment et à l'état paralytique des membres ; il contribue parfois, 
pour une bonne part, à rendre la station ou la marche titubante, 
presque impossible. Il ne faut pas confondre la titubation avec 
l'incertitude de la démarche qui se rattache à la diplopie ; cette 
dernière cesse d'exister dès que le malade tient fermé l'un de 
ses yeux. 

Le vertige dont il s'agit est un symptôme d'autant plus inté- 
ressant qu'il n'appartient ni à l'ataxie locomotrice, ni à la 
paralysie agitante et qu'il peut par conséquent aider au dia- 
gnostic. 

D. La plupart des malades, atteints de sclérose multiloculaire 
que j'ai eu l'occasion d'observer, ont présenté, aune certaine 
période de l'affection, un faciès YrdLimeni particulier. Le regard 
est vague, incertain ; les lèvres sont tombantes, entr'ouvertes ; 
les traits expriment l'hébétude, quelquefois même la stupeur. 
A cette expression dominante de la physionomie correspond 
presque toujours un état mental qui mérite d'être signalé. Il y a 
un atfaiblissement marqué de la mémoire ; les conceptions sont 
lentes ; les facultés intellectuelles et affectives émoussées dans 
leur ensemble. Ce qui paraît dominer chez les malades, c'est 
une sorte d'inditTérence presque stupide à l'égard de toutes 
choses. Il n'est pas rare de les voir tantôt rire niaisement, sans 



238 ÉTAT DES MEMBRES INFÉRIEURS 

aucun motif *, et lanLôt, au contraire, fondre en larmes sans 
plus de raison. — Il n'est pas rare non plus de voir éclater, au 
milieu de cet état de dépression mentale, des troubles plis\ chi- 
ques qui revêtent Tune ou l'autre des formes classiques de 
Taliénalion mentale. 

Un des malades de Valenliner, habituellement mélancolique, 
était de temps à autre atteint du délire des grandeurs. Un 
homme, dont l'histoire a été rapportée tout récemment par le 
docteur Leube^, se croyait destiné à devenir roi ou même em- 
pereur; il disait posséder un grand nombre de bœufs, des 
chevaux, de belles habitations, etc. Il devait, disait-il, épouser 
bientôt une « comtesse », etc. '^. 

Mlle Y... a été prise, il y a quelques semaines, d'un vérita- 
ble accès de lypémanie. Elle avait des hallucinations de la vue 
et de l'ouïe : elle voyait des personnages effrayants et entendait 
des voix qui la menaçaient « de la guillotine ». Elle était con- 
vaincue que nous voulions l'empoisonner. Pendant vingt jours, 
elle a refusé toute espèce de nouriture, et nous nous sommes 
vus contraints de l'alimenter, pendant tout ce temps-là, à l'aide 
delà sonde œsophagienne. Aujourd'hui, ces accidents ont à peu 
près complètement disparu. Néanmoins, les voix se font enten- 
dre encore de temps à autre. — Vous voyez la malade être prise 
pendant notre examen d'un rire convulsif qu'il lui est impossible 
de modérer et auquel bientôt vont succéder les larmes. 



1 Une. makiilo du service do M. Çhai-cot, dont nous aurons .-i reparler par la 
suite, Dr.... Hortense, est prise très fréquemment, et sans motif, d'accès de 
rire qu'elle ne saurait maitriser. Sujette déjà avant sa maladie à des mouve- 
ments de colère, elle a remarqué avec peine qu'ils augmentaient depuis le 
début de son affection. (B.) 

2 Ueber midiipleinselformifie Sidérose des Gehirus: uinlHih-kfnmarks. {Deutsc/i. 
Avchiv. 8 Bd. I lioft. Leipzig-, 1870, p. 14.) 

3 Une des iiialades, Aspasie B..., observée par M, Liouville dans le service 
de M. Vnlpian, avait des hallucinations. — Rosine Spitale, dont nous avons 
résumé l'histoire (Bourneville et Guérard, loc. cit., p. 92), d'après M. Valen- 
tiner, était tombée, plusieurs mois avant la terminaison fatale, dans une véii- 

able stupidité. (B.) 



PAHÉSIE DES MEMBRES 239 



IV. 



Pour en finii', Messieurs^ avec réLudo descn[»live du cas que 
je vous ai présenté comme un type de la sclérose multilocu- 
laire des centres nerveux, il me reste à diriger votre attention 
sur l'état des membres inférieurs. 

Vous avez pu remarquer que Mlle V... ne peut se lever de 
son siège, se tenir debout, essayer de faire quelques pas, si 
elle n'est pas fortement soutenue par deux aides. 11 est aisé de 
reconnaître que la cause de cette impuissance motrice est 
surtout la rigidité, comme tétanique, qui s'est emparée des 
membres inférieurs et qui, déjà très prononcée lorsque la 
malade est couchée ou assise, "s'exagère encore, au plus 
haut point, lorsqu'il s'agit pour elle de se lever ou jg 
marcher. 

Cette contracture des membres inférieurs qui, aujourd'hui, 
est permanente, ne s'est manifestée chez V... que très récem- 
ment : elle est, en effet, un symptôme des périodes avancées 
de la maladie. Toujours, dans l'évolution du processus morbide, 
elle est précédée, de longue date, par un état parétique, offrant 
quelques traits particuliers que je vais essayer de vous faire 
connaître d'abord. 

En ce qui concerne ce point parliculier, l'histoire clinique 
de Mlle V... a été traversée par certains accidents qui, sans 
être absolument exceptionnels, ne sont pas, toutefois, dans 
la règle. Aussi dois-je l'abandonner pour un instant, me 
réservant de la reprendre tout à l'heure. Dans la descrip- 
tion qui va suivre, je vais faire appel aux détails consignés 
dans un certain nombre d'observations que j'ai réunies et où 
la période parétique s'est développée suivant les conditions 
normales. 



210 l'AHÉSII'} DES MEMBRES 

Parésie des nieiubves, — Il s'agit là d'un atîliiblissemciit 
plus ou moins prononcé des puissances motrices des membres 
(]ui se manifeste fréquemment dès le début de la maladie, et 
auquel il ne s'atljoiiit, 1(* plus ordinairement, aucun trouble 
marqué de la sensibilité. 

En général, l'un des membres inférieurs est atîecté en 
premier lieu et seul tout d'abord. Il paraît lourd, difficile à 
mouvoir; le pied tourne dans la marche, au moindre obstacle, 
ou le membre entier ilccliit tout à coup sous le poids du corps. 
J.'autre membre se prend à son tour tôt ou tard ; cependant, 
comme la parésic progresse le plus souvent avec une extrême 
lenteur, elle pernK^t aux malades, pendant longtemps encore, 
de marcher tant bien que mal et de vaquer à leurs occu- 
pations ; mais un jour vient enfin oii, par l'aggravation de 
la paralysie motrice, ils peuvent être confinés au lit. Les 
membres supérieurs sont envahis, eux aussi, soit simulta- 
nément, soit Tun après Tanins communément à une époque 
éloignée du début. Souvent, à l'origine, il y a dans ce 
symptôme des rémissions: ainsi, il n'est pas rare de voiries 
membres inférieurs affaiblis reprendre, pour un temps, leur 
énergie première. Ces rémissions peuvent même se reproduire 
parfois, à d(>u\ ou trois reprises. Je signale cette particularité 
à votre attention, parce qu'elle ne se retrouve certainement 
pas au même degré dans les autres maladies chroniques de 
la moelle épinière. 

Je dois revenir un instant^ pour y insister, sur l'absence déjà 
notée des troubles de la sensibilité. Les malades se plaignent 
bien, parfois, de fourmillements, d'engourdissements, siégeant 
dans les membres affaiblis, mais ces symptômes sont presque 
toujours passagers et peu accusés. D'ailleurs, il est facile de 
constater que la sensibilité cutanée est, sur les membres 
affectés, presque toujours conservée dans tousses modes. Les 
douleurs en ceinture, les crises fulgurantes, qui jouent un 



SYMPTOMES INSOLITES 241 

rôle si prédominant dans les premières périodes de l'ataxie 
locomotrice progressive, font ici défaut. Il en est de même de 
la perte de la notion de position des parties, laquelle appartient 
également à l'ataxie. Elle n'existe pas dans la sclérose multilo- 
culaire régulière et les malades atteints de cette dernière 
affection peuvent, les yeux fermés, déterminer avec précision 
l'attitude qui a été imprimée à leurs membres. L'occlusion des 
yeux n'a pas non plus d'influence marquée sur la station 
debout ni sur la démarche. Celle-ci est incertaine, embarrassée, 
litubante, en raison composée de la faiblesse musculaire et du 
tremblement qui, tôt ou tard, ne manquent pas de s'y ajouter; 
les pieds, tenus écartés pour élargir la base de sustentation, 
traînent péniblement sur le sol dont ils ont de la peine à se 
détacher. Quand la titubation est très prononcée, les malades 
sont menacés de tomber à chaque instant, et ils se laissent 
choir, en effet, fort souvent. Les membres inférieurs ne sont 
pas lancés en avant, sans mesure, convulsivement, comme cela 
a lieu si ordinairement dans la sclérose des cordons postérieurs. 
Les sphincters ne prennent part que très rarement à l'affaiblis- 
sement des muscles des membres, — ce qui établit un contraste 
avec beaucoup d'affections spinales oii l'on voit, au contraire, 
de très bonne heure, des troubles de la vessie et du rectum 
venir se joindre aux autres symptômes. Enfin, pour compléter 
le tableau, nous devons faire ressortir l'absence habituelle de 
troubles trophiques musculaires dans la paraplégie liée à la 
sclérose multiloculaire. Les muscles affaiblis conservent, 
pendant fort longtemps, presque jusqu'au dernier terme, leur 
relief et leur consistance : soumis à l'exploration faradique, ils 
ne présentent, à aucune époque, de traces d'un affaiblissement 
notable de la contractilité électrique. 

Immixtion de sijmptomes insolites. — Je viens de men- 
tionner, chemin faisant, un certain nombre de symptômes que 

Charcot, t. 1, .■)<= édit. 16 



242 SYMPTOMES ATAXIQUES 

j'ai pris soin d'élaguer parce qu'ils n'appartiennent pas au 
type régulier de la maladie. Il importe de vous faire connaître 
maintenant, en manière de correctif, que ces symptômes 
s'entremêlent pourtant, dans certains cas, avec les phéno- 
mènes ordinaires de la sclérose multiloculaire, et s'accusent 
même parfois à tel point que Terreur deviendrait peut-être 
inévitable pour un observateur non prévenu. Sous ce rapport^ 
l'observation de V... peut nous fournir des renseignements 
précieux. J'y relève, à cet effet, quelques détails qui ont été 
consignés à la date du 24 mars 1867, c'est-à-dire il y a plus de 
trois ans. A cette époque, oii la parésie et le tremblement 
étaient d'ailleurs déjà assez prononcés dans les membres infé- 
rieurs pour que la malade fût dans l'impossibilité de marcher 
autrement que soutenue par deux aides, on a noté ce qui suit: 
Pendant la marche, les pieds sont un peu projetés « comme 
chez les ataxiques ». — Lorsque les yeux sont clos, il y a 
« exagération de la titubation, perte de l'équilibre, et la chute 
aurait lieu si la malade n'était pas fortement maintenue ». — 
Aux membres inférieurs « la sensibilité tactile a diminué d'une 
manière notable ». La malade ne sait pas indiquer, les yeux 
fermés, l'attitude qui a été imprimée à ses membres. — Elle y 
éprouve de temps à autre de violentes crises de douleurs 
fulgurantes. On constate enfin l'existence d'une douleur en 
ceinture. 

Vous venez de reconnaître, dans cette énumération, la série 
presque tout entière des phénomènes qui servent à caractériser 
cliniquement l'ataxie locomotrice progressive. Quelques-uns 
d'entre eux se retrouvent aujourd'hui chez notre malade, 
mais, en général, cependant, notablement atténués ou relé- 
gués au second plan. Est-ce à dire que même à l'époque oii ils 
semblaient prédominer, ils fussent de nature à embarrasser 
sérieusement le diagnostic? Non, certes, et j'ai la convic- 
tion que, dans tous les cas du môme genre, vous éviteriez de 



SYMPTOMES ATAXIQUES 243 

prendre le change en tenant compte des observations sui- 
vantes. 

Le fait même que la parésie des membres inférieurs, qui 
n'existe pas dans la sclérose postérieure, ou qui ne s'y montre 
tout au moins que dans les phases avancées, se trouverait 
mêlé aux symptômes ataxiques ou surtout les précéderait, 
vous mettrait déjà sur la voie. Vous auriez de plus à enregistrer 
certainement la coexistence de quelques-uns des symptômes 
qui n'appartiennent qu'à l'induration multiloculaire, savoir : 
le tremblement des ç^\\x^m\i^?>,X embarras de la parole Aq?> 
vertiges^ nijstagmus, etc. Il importe de bien comprendre, 
d'ailleurs, la raison qui fait que les symptômes ataxiques se 
manifestent quelquefois dans le cours de l'induration multilo- 
culaire, ainsi que je l'annonçais un peu plus haut. Il ne s'agit 
pas là, suivantjnoi, d'une combinaison des formes élémentaires 
de deux maladies — Tataxie locomotrice progressive et la 
sclérose en plaques cérébro-spinale. Pour mon compte, je n'ai 
jamais rencontré, sur le cadavre, la coexistence de l'induration 
grise multiloculaire avec la sclérose fascicidée postérieure, et 
sans nier que cette association puisse exister, je la crois au 
moins infiniment rare. Il est assez commun, au contraire, que 
les plaques scléreuses qui, dans la règle, siègent principale- 
ment sur les cordons antéro-latéraux, franchissent les sillons 
postéro-latéraux et empiètent sur les cordons postérieurs. 
Quelquefois mêmeje les ai vues, devenues confluentes, occuper 
une bonne partie de l'épaisseur de ces cordons, dans toute 
rétendue d'une des régions de la moelle épinièrc, de la région 
lombaire, par exemple. Or, dans tous les cas du dernier genre, 
les symptômes ataxiques s'étaient, pendant la vie, manifestés à 
des degrés divers. Je ne doute pas qu'une disposition semblable 
ne doive rendre compte un jour des douleurs fulgurantes, de 
l'incoordination motrice et, en un mot, de tous les phéno- 



244 AMYOTROPUIE 

mènes du même ordre qui se trouvent consignés dans l'obser- 
vation de Mlle V...'. 

Des symptômes insolites d'un autre genre peuvent se sur- 
ajouter encore aux symptômes réguliers de la sclérose multilo- 
culaire. J'ai vu, dans plusieurs cas, d'ailleurs parfaitement ca- 
ractérisés de cette affecfion, survenir une atrophie de certains 
muscles ou groupes de muscles rappelant, tant par son siège 
que par son mode d'envahissement, l'atrophie musculaire à 
marcheprogressive.il m'a été donné de reconnaître deux fois 
la raison anatoraique de cette complication nouvelle : dans ces 
deux cas, le processus irritatif dont les foyers de sclérose sont 
le siège, s'était communiqué, en certaines régions delà moelle, 



i Les observations de sclérose en plaques dans lesquelles les cordons posté- 
rieurs sont intéressés de manière à occasionner quelques-uns des symptômes de 
l'ataxie locomotrice sont assez nombreuses. Nous rappellerons en premier lieu 
le cas de Paget, consigné par M. Gruveilhier dans son Atlas;— puis les trois 
faits que nous avons rapportés avec détails dans notre mémoire. Le premier con- 
cerne une femme nommée Broisat, qui est morte dans le service de M. Cliarcot 
{Sclérose en plaques occupant surtout les cordons postérieurs) ; les deux autres, 
peut-être plus caractéristiques en ce sens que les symptômes et les lésions de 
îa sclérose en plaques et de l'ataxie locomotrice étaient plus accusés, sont em- 
pruntés à Friedreich. Enfin, nous résumerons brièvement un autre fait que 
nous avons observé, durant le siège, dans le service de M. Marrotte. 

11 s'agit d'une femme Legr... Joséphine, âgée de 46 ans, dévideuse de soie, 
malade depuis deux ans. Elle offrait les symptômes suivants au point de vue de 
l'ataxie locomotrice : difficulté de la marche, les yeux étant fermés •, notion de 
position des membres inférieurs en grande partie perdue; fréquentes douleurs 
fulgurantes dans les genoux et les jambes ; douleurs en ceinture. Mais, à côté 
de ces phénomènes, on notait : un affaiblissement paralytique assez considérable 
des membres inférieurs ; la conservation des différents modes de la sensibilité 
aux membres inférieurs et supérieurs; l'intégrité de la vision. — Cette femme a 
succombé à une pyélo-cystite compliquée d'eschares au sacrum. — Autopsie: 
plaques scléreuses sur le nerf moteur oculaire externe gauche et sur les nerfs 
optiques; — plaques de sclérose sur la protubérance, le pédoncule cérébelleux 
supérieur du côté droit, etc.; — plaques de sclérose à la surface des ventricules 
latéraux, dans l'intérieur du centre ovale et à la face antérieure du bulbe et dans 
le 4e ventricule. — Sur la moelle nous avons trouvé : 1" une plaque de sclérose, 
longue de dix centimètres, occupant le cordon postérieur gauche; — 2° une 
autre, mais moins étendue en largeur et en hauteur, sur le cordon postérieur 
droit; — 3° au-dessous, une autre plaque assez circonscrite, occupant les deux 
cordons postérieurs ; — 4° enfin, sur les faces antéro-latérales de la moelle 
existaient plusieurs petites plaques de sclérose. (B). 



CONTRACTURE DES MEMBRES 245 

aux cellules nerveuses des cornes antérieures de la substance 
grise et ces cellules, en conséquence, avaient subi des altéra- 
tions profondes. Or, d'après les recherches que je vous ai expo- 
sées, il n'est guère douteux que l'amyotrophie progressive, 
qu'elle soit protopathique ou au contraire consécutive, relève 
le plus souvent d'une lésion irritative des grandes cellules dites 
motrices K 

Contracture permanente des membres. — Épilepsie spi- 
nale. — Il est temps de revenir maintenant à la contracture des 
membres inférieurs qui, chez Y. . . , constitue aujourd'hui un phé- 
nomène permanent et que vous pouvez étudier dans son type 
le plus parfait. C'est là, Messieurs, un symptôme habituel des 
phases avancées de la sclérose multiloculaire ; il ne succède pas 
d'emblée, sans transition, à la parésie. Aune certaine époque de 
la période parétique, on voit se reproduire, soit spontanément, 
soit sous l'influence de certaines excitations, des espèces d'ac- 
cès pendant lesquels les membres inférieurs se raidissent dans 
l'extension en môme temps qu'ils s'accolent pour ainsi dire l'un 
à l'autre. Les accès, qui durent quelques heures, et parfois 
quelques jours, sont d'abord séparés par des intervalles plus ou 
moins longs. Plus tard, ils se rapprochent et, à un moment 
donné, la contracture permanente se trouve définitivement éta- 



1 Erbstein a relaté {Deutsches Arctiiv fw Klinische Medicin, t. X, fasc. 6, 
p. 595), Thistoire d'un malade qui a succombé à la sclérose en plaques (forme 
bulbo-spinalc), chez lequel on avait observé pendant la vie V atrophie de la por- 
tion antérieure de la languit. L'examen histolog-ique fit voir, plus tard : 1° de 
nombreux foyers de dégénérescence, non seulement interposés entre les fais- 
ceaux d'origine de l'hypoglosse, mais les intéressant aussi et interrompant par 
conséquent leur continuité. Une coupe permit de découvrir que le noyau du 
grand hypoglosse était remplacé par un îlot de tissu sclérosé ; 2» les fibres 
musculaires de la partie antérieure de la langue avaient subi la dégénérescence 
graisseuse ; la lésion avait envahi quelques-uns des faisceaux musculaires de 
la base de l'organe. -- Chez une malade nommée Vincent, qui a succombé ?i 
une sclérose en plaques, M. Gharcot a observé une atrophie des muscles de 
réminence thénar. La paume de la main offrait une excavation au fond de 
laquelle on voyait les tendons des muscles fléchisseurs. (B.) 



246 ÉI'ILEI'SIE SPINALE 

blie. Lorsque les choses en sont à ce point, voici ce qu'on ob- 
serve : les membres inférieurs, de même que cela avait lieu lors 
des accès, sont dans l'extension ; les cuisses sont étendues sur 
le bassin, les jambes sur les cuisses ; les pieds offrent l'attitude 
du pied bot varus équin ; les genoux sont, de plus, tellement 
serrés Tun contre l'autre qu'on ne peut les écarter sans un 
grand effort. Les deux membres inférieurs sont très générale- 
ment affectés simultanément et au même degré ; leur rigidité 
est parfois si prononcée qu'en soulevant l'un d'eux, le malade 
étant au lit, on soulève en même temps la moitié inférieure 
du corps tout d'une pièce. Ce n'est que dans des cas rares, et 
seulement aux phases ultérieures de la maladie, que la flexion 
de la cuisse et de la jambe prédomine sur l'extension. La con- 
tracture permanente peut s'emparer, — le fait est d'ailleurs 
assez exceptionnel — des membres supérieurs qui, eux aussi, 
sont alors en général dans l'extension forcée, et restent ainsi 
étroitement appliqués de chaque côté du tronc. Il s'agit là. 
Messieurs, d'un spasme qui occupe simultanément et à peu 
près au même degré les muscles antagonistes, car il est presque 
aussi difficile, les membres étant fléchis, de les étendre, que 
de les fléchir lorsqu'ils sont étendus. 

Lorsqu'on saisit dans la main l'extrémité de l'un des pieds et 
qu'on l'étend un peu brusquement sur la jambe, il se produit 
presque aussitôt dans toute l'étendue du membre correspondant 
une sorte de tremblement convulsif qui rappelle la trémulation 
déterminée par l'intoxication strychnique. Cette trémulation, 
qu'il faut bien se garder de confondre avec le tremblement par- 
ticulier qui survient à l'occasion des mouvements voulus, ne 
reste pas toujours bornée au membre dont le pied a été étendu ; 
elle se propage quelquefois au membre du côté opposé : l'agita- 
tion peut se montrer alors, parfois, assez intense pour se com- 
muniquer à tout le corps et même au lit oîi repose le malade. 
Elle persiste chez certains sujets pendant plusieurs minutes ou 



ÉfMLEPSIE SPINALE 247 

même beaucoup plus longtemps, après la cessation de l'excita- 
tion qui l'a mise en jeu. On peut la faire cesser tout à coup, 
ainsi que l'a montré M. Brown-Séquard et comme je l'ai plu- 
sieurs fois observé après lui, en saisissant à pleine main l'un des 
gros orteils du malade etlefléchissantsubitementetavecforce. 
Immédiatement après cette manœuvre, la rigidité tétanique et 
le tremblement convulsif cessent dans les deux membres qui, 
momentanément, deviennent « parfaitement souples et pliables 
comme après la mort, avant l'apparition de la raideur cadavé- 
rique ^ ». La faradisation, le pincement de la peau de la jambe, 
plus rarement le massage du membre inférieur, l'impression 
du froid, le chatouillement de la plante du pied, peuvent faire 
naître la trémulation convulsive. Celle-ci se développe aussi, 
tantôt spontanément, du moins en apparence, tantôt sous Tin- 
fluence des efforts que fait le malade pour vomir, pour aller à la 
selle, pour se dresser dans son lit ou pour en descendre et mettre 
le pied à terre. La marche, que n'interdit pas toujours d'une 
façon absolue la rigidité permanente, — les malades s'avancent 
alors sur la pointe du pied, sans que le talon touche à terre, — 
provoque aussi le tremblement convulsif. Enfin, ce tremblement 
peut encore se produire temporairement, de concert avec la 
rigidité, même pendant le cours de la période parétique sous 
rinfluence d'un ou de plusieurs des modes d'excitation qui 
viennent d'être passés en revue. 

Messieurs, le phénomène dont je viens d'esquisser les prin- 
cipaux caractères n'est autre que Vépilepsie spinale, décrite 
par M. Brown-Séquard. — Nous l'observons chez Mlle Y... dans 
la forme que j'ai proposé d'appeler tonique. — Cette forme, 
qui est celle qu'on observe le plus habituellement dans l'indu- 
ration grise multiloculaire, peut être opposée à la forme salla- 

1 Brown-Séquard. — Archives de physiologie, t. I, p. 1.j8. 



248 ÉPILEPSIE SPINALE 

^oeV^^ laquelle prédomine au contraire dans l'ataxie locomotrice 
progressive et dans quelques autres affections spinales. 

La contracture permanente des membres et Tépilepsie spinale 
ne doivent pas nous arrêter plus longtemps. Ces symptômes, 
en effet, n'appartiennent pas exclusivement, tant s'en faut, à 
la sclérose multiloculaire des centres nerveux. Ils seront donc 
étudiés à part, d'une façon générale et dans leurs rapports 
avec les diverses affections de la moelle épinière oii ils peuvent 
se manifester. 



HUITIÈME LEÇON 

o 

Des attaques apoplectiformes dans la sclérose en pla- 
ques. — Des périodes et des formes. — Physiolo- 
gie pathologique. — Étiologie. — Traitement. 



Sommaire. — Attaques apoplectiformes. — Leur fréquence dans la sclérose 
en plaques disséminées. — Considérations générales sur les attaques apo- 
plectiformes dans la paralysie générale et dans les cas de lésions cérébrales 
en foyer de date ancienne (hémorrhagic et ramollissement du cerveau). — 
Pathogénie des attaques apoplectiformes : insuffisance de la théorie de la 
congestion. — Symptômes : État du pouls ; élévation de la température cen- 
trale. — Cas d'attaques apoplectiformes chez d'anciens hémiplégiques. — 
Importance de la température au point de vue du diagnostic. 

IJes périodes dans la sclérose en plaques. — Première, seconde et troisième 
périodes. — Symptômes de paralysie bulbaire. — Des formes et de la durée 
de la sclérose en plaques. 

Physiologie pathologique. — Relation entre les symptômes et les lésions. 

Etiologie. — Influence du sexe et de l'âge. — Hérédité. — Affections ner- 
veuses antérieures. — Causes occasionnelles : action prolongée du froid 
humide ; traumatisme. — Causes morales. 

Pronostic. — Traitement. 



Messieurs, 
Je me propose aujourd'hui d'appeler en premier lieu votre 
attention sur certains accidents cérébraux qui peuvent venir 
compliquer la symptomatologie de la sclérose en plaques céré- 
bro-spinale. Il s'agit à^ attaques apoplectiformes qui se présen- 
tent quelquefois à plusieurs reprises dans le cours de la maladie 
et qui, parfois, terminent la scène. Ces attaques ne se sont pas 
produites,jusqu'ici, chez Mlle V..., dont l'histoire clinique est 
d'ailleurs si complète à beaucoup d'égards ; mais rien ne permet 



250 ATTAQUES APOPLECTIFORMES 

d'affirmer qu'elles ne surviendront pas quelque jour. En effet, 
ce n'est pas là une complication rare : je la trouve signalée dans 
un cinquième environ des faits que j'ai rassemblés et je l'ai, 
pour mon compte, observée au moins dans trois cas K 

L'ensemble symptomatique qui constitue les attaques en 
question n'appartient pas en propre à la sclérose multiloculaire. 
Il se présente dans nombre d'affections qui intéressent à la fois 
plusieurs points de l'axe cérébro-spinal, en particulier dans la 
paralysie générale progressive. C'est même dans cette dernière 
maladie que les attaques congestives — ce nom sert à les dési- 
gner assez communément, du moins en France, — ont été sur- 
tout étudiées en raison de leur fréquence. On les rencontre là 
sous les formes assez variées qu'elles peuvent revêtir. Aussi la 
description de ces attaques dans la paralysie générale progres- 
sive a-t-elle motivé de nombreuses divisions et subdivisions. 
Mais, en somme, toutes les variétés de forme que l'observation 
clinique a fait reconnaître, — je ne veux envisager ici que 
les attaques de quelque intensité, — peuvent être ramenées, 
si je ne me trompe, à deux types fondamentaux, à savoir: 
\^ les attaques apoplectifoî^mes (pseiido-apopîexi/ des méde- 
cins anglais) ; 2° les attaques convuhives ou épileptif ormes . 
Les caractères des deux types peuvent d'ailleurs s'entremêler 
et se confondre dans un même accès. Seul le premier type a 
été rencontré, quant à présent, dans la sclérose en plaques ; 
mais il n'est pas douteux qu^en se multipliant, les observations 
relatives à cette affection permettront un jour de compléter le 
tableau. 

Parmi les autres maladies organiques des centres nerveux 
dans lesquelles on observe fréquemment les attaques épilepti- 
formes ou apoplectiformes, je me bornerai à signaler certaines 



1 Observation III du mémoire de M. Vulpian, communiquée par M. Gharcot; 
— Observation de la nommée Byr (Gharcot) ; — Observation de Nicolas, pré- 
sentée à la Société de Biologie, par M. Joiîroy. 



ATTAQUES APOI'LECTIFORMES 251 

ésions cérébrales en foyer ^^ date ancienne et accompagnées 
d'hémiplégie permanente. Telles sont Vhémorrhagie cérébrale 
et le ramollissement du cerveau, lorsqu'ils ont occupé les 
régions de l'encéphale dont la lésion a pour effet de déterminer 
presque à coup sûr les altérations cérébro-spinales connues sous 
le nom de scléroses fasciculées descendantes. 

Entre ces lésions partielles du cerveau et la paralysie géné- 
rale progressive, il semble au premier abord qu'il n'existe aucun 
point de contact. Voici cependant, Messieurs, un trait qui les 
rapproche : les observations de M. Magnan et celles de M. West- 
phal ont fait voir que, dans la paralysie générale, aux lésions de 
la périencéphalite se surajoute très souvent une altération sclé- 
reuse, tantôt diffuse, tantôt fasciculée, qui occupe à la fois les 
pédoncules cérébraux, la protubérance, le bulbe et certaines 
régions de la moelle épinière. Or, ces lésions cérébro-spinales, 
tant en raison de leur mode de distribution que par la nature 
même du processus morbide, méritent d'être assimilées aux 
scléroses fasciculées descendantes consécutives à l'hémorragie 
ou au ramollissement du cerveau. Nous savons, d'un autre côté, 
que, dans la sclérose multiloculaire, les plaques scléreuses oc- 
cupent non seulement la moelle épinière (V. PI. V et YI) et le 
cerveau proprement dit (PL III, IVet Yll), mais, en outre très ha- 
bituellement, les diverses parties de l'isthme de l'encéphale et, 
en particuher, le bulbe (PI. III, Fig. 1 et 3, PI. VIII). Vous voyez 
par là que l'existence de lésions irritatives disséminées un peu 
partout dans l'axe cérébro-spinal, mais toujours présentes dans 
l'isthme est un caractère commun à toutes les affections en appa- 
rence si disparates auxquelles se surajoutent les attaques dites 
congestives. Je signalerai surtout à votre attention l'existence 
constante de la lésion bulbaire, laquelle, très vraisemblable- 
ment, est un élément prédominant dans la production de ces 
attaques. 

Quoi qu'il en soit, Messieurs, il s'agit là d'altérations perma- 



252 ATTAQUES APOPLECTIFORMES 

nentes, à évolution lentement progressive. Elles ne sauraient, 
par conséquent, sans le concours d'autres lésions^ expliquer le 
développement d'accidents qui se produisent le plus souvent 
presque subitemenl et peuvent disparaître très rapidement sans 
laisser de traces. Je n'ignore pas que beaucoup de médecins 
font intervenir ici, aujourd'hui encore, une congestion sanguine 
partielle, une fluxion qui, suivant les besoins de la cause, se 
porterait sur telle ou telle partie de l'encéphale. Je ne saurais, 
pour mon compte, souscrire à cette hypothèse. Pour justifier 
mon scepticisme à cet égard, j'invoquerai d'abord les souvenirs 
de ceux d'entre vous qui, dans cet hospice, sont attachés aux 
services d'ahénés. Combien de fois n'ont-ils pas été désappoin- 
tés en ne rencontrant pas, à l'autopsie, la lésion congestive sur 
laquelle ils comptaient ? Mais j'invoquerai surtout les observa- 
tions que j'ai été à même de recueillir dans le champ habituel 
de mes études. Maintes fois j'ai eu l'occasion de voir succomber 
à la suite d'attaques, soit épileptiformes, soit apoplectiformes, 
des sujets atteints depuis longtemps d'hémiplégie parle fait du 
ramollissement oudeFhémorragie intra-encéphaliques. Or, en 
pareil cas, quelque attention que j'aie apportée à l'autopsie, il 
m'a toujours était impossible de découvrir, soit dans les centres 
nerveux, soit dans les viscères, une lésion récente congestive, 
œdémateuse ou autre^ pouvant expliquer les symptômes graves 
qui avaient marqué la terminaison fatale ; je n'ai rencontré ja- 
mais que les lésions anciennes — foyers ocreux, plaques jaunes 
ou foyers d'infiltration celluleuse — qui tenaient l'hémiplégie 
sous leur dépendance et les dégénérations secondaires du méso- 
céphale et de la moelle qui sont la conséquence de ces lésions 
partielles des hémisphères. Je crois en somme que, dans l'état 
actuel de la science, l'absence de lésions propres est, anatomi- 
quement parlant, un trait commun à ces attaques, quelle que 
soit d'ailleurs la forme qu'elles affectent et la maladie à laquelle 
elles se rattachent. 



RÉSULTATS TUERMOMÉTRIQUES 253 

En ce qui concerne \^ symptomatologie des attaques apoplec- 
tiformes et épileptiformes, pour ne point entrer dans les détails 
d\nie description en règle, je me bornerai, Messieurs, à rele- 
ver les particularités suivantes. La scène s'ouvre en général 
inopinément, sans prodromes bien accentués, tantôt par une 
obnubilation rapide et plus ou moins prononcée des facultés 
intellectuelles, tantôt parun coma profond survenant toutàcoup. 
Il s'y adjoint, dans certains cas, des convulsions qui rappellent 
celles de l'épilepsie ordinaire, mais qui se localisent toutefois, 
en général, à un côté du corps [attaques épileptiformes). D'au- 
tres fois, les convulsions font déhui [attaques apopiecti formes) . 
Dans les deux cas, il est fréquent de voir se développer, dès 
Torigine, une hémiplécjie plus ou moins complète, tantôt avec 
flaccidité, tantôt, mais plus rarement, avec rigidité des mem- 
bres paralysés. Les symptômes peuvent s'accuser progressive- 
ment dans l'espace de quelques jours et conduire à la mort. 
Celle-ci s'annonce en général par le développement rapide 
à'eschares à la région sacrée. Si, au contraire, le malade doit 
survivre, la disparition des accidents ne se fait pas longtemps 
attendre ; l'iiémiplégie est le seul symptôme qui persiste pen- 
dant quelque temps encore, mais elle se dissipe elle-même, 
tôt ou tard, sans laisser de traces. 

Les attaques se produisent habituellement plusieurs fois, en 
général à de longs intervalles, pendant le cours de la maladie. 
En ce qui a trait à la sclérose en plaques, elles ont été notées 
trois fois dans l'observation III du mémoire de M. Yulpian, trois 
fois dans le fait de Zenker ^ et jusqu'à sept fois dans celui de 
M. Léo^ Toujours ces accès ont laissé après eux une aggrava- 
tion notable et persistante de tous les symptômes de la maladie 
primitive. 



^ Bourneville et Guérard, loc. cit., p. 112. 
2Mjrf.,p. 112. 



254 OBSERVATIONS 

L'esquisse que je viens de vous présenter, Messieurs, serait 
par trop imparfaite, si je ne signalais pas à votre attention les 
troubles de la circulation et de la caloriiîcation qui, en règle 
générale, se manifestent dans le cours des attaques. Le /joz^/s 
se montre toujours plus ou moins accéléré, mais de plus, et 
c'est là le point important, la Umpérature des parties centrales 
s'élève rapidement; elle peut dans les premières heures qui 
suivent l'invasion atteindre 38^,5 ou même 39°. Il est fréquent 
qu'au bout de 12 ou 24 heures, elle s'élève jusqu'à 40'' et se 
maintienne à ce chiffre pendant quelques heures, sans que la 
situation soit pour cela nécessairement compromise. Mais si le 
malade doit survivre, la température décroît bientôt rapide- 
ment. Un chiffre au-dessus de W amène presque toujours la 
terminaison fatale. 

Ces modifications de la température centrale ont été étudiées 
par M. Westphal dans les attaques épileptiformes et apoplecti- 
formes de la ^paralysie générale progressive ; je les ai retrou- 
vées dans les attaques qui surviennent chez les sujets atteints 
^hémiplégie ancienne^ consécutive à Xhémorragie ou au 
ramollissement du cerveau. Afin de mieux fixer vos idées, à 
ce sujet, je crois utile de vous présenter très sommairement 
les détails de deux observations relatives aux cas du dernier 
genre. 

Le premier fait concerne une femme âgée de 32 ans, atteinte 
d'une hémiplégie du côté droit, datant de l'enfance. Il y avait 
atrophie générale, rigidité et raccourcissement des membres, 
paralysie, ainsi que cela se voit généralement en pareil cas. 
Cette femme était sujette à des attaques épileptiformes. Elle 
fut amenée à l'infirmerie quelques heures après le début d'une 
attaque plus intense que d'habitude. Le soir même de son 
entrée, la température était au-dessus de 38" ; le lendemain 
elle avait atteint 40". Les accès devinrent subintrants : ils se 



OBSERVATIONS 200 

répétèrent environ une centaine de fois par jour. Des eschares 
se formèrent rapidement à la région sacrée et la mort survint 
le sixième jour. L'exploration rectale donna ce jour-là 42^,4. A 
l'autopsie, on trouva, à la surface de l'hémisphère cérébral du 
côté gauche, une dépression considérable répondant à une 
plaque jaune, vestige d'un vaste foyer de ramollissement. L'hé- 
misphère était de plus atrophié dans son ensemble. On ne put 
découvrir aucune trace d'une lésion récente, soit dans les cen- 
tres nerveux, soit dans les viscères. 

Le second cas est celui d'une femme de 61 ans, atteinte 
d'hémiplégie droite consécutive à une hémorrhagie cérébrale 
datant de deux ans. Cette femme avait éprouvé déjà plusieurs 
attaques épileptiformes, ou apoplectiformeS;, en général d'ail- 
leurs assez légères. Un jour survint un accès épileptiforme 
intense et prolongé, suivi d'état apoplectiforme. Deux heures 
après le début des accidents, la température du rectum était 
de 38°, 8 ; cinq heures plus tard, elle s'élevait à 40°. Le lende- 
main, malgré la cessation des convulsions, la température était 
de 41 degrés et le surlendemain, jour de la mort, elle attei- 
gnait 42°,5. L'autopsie fit reconnaître deux foyers ocreux, l'un 
siégeant dans le corps strié, l'autre dans l'épaisseur d'une cir- 
convolution. 11 n'existait aucune lésion récente, capable d'expli- 
quer les accidents qui avaient déterminé la mort. 

11 ne m'a pas été donné encore de suivre jour par jour, et 
aux diverses époques de la journée, l'évolution de la tempéra- 
ture centrale dans un cas â! attaque apoplectiforme survenant 
chez un sujet atteint de sc/cro^e en plaques. Néanmoins, on 
peut relever dans plusieurs observations des résultats partiels, 
qui ne permettent pas de douter que, même sous ce rapport, 
les choses se comportent exactement dans la sclérose multilo- 
culaire, comme dans la paralysie générale progressive et dans 



256 TIIERMOMÉTRIE 

les cas de lésions en foyer des hémisphères. Ainsi la malade, 
dont l'histoire a été rapportée par M. Zenker, fut prise veçs la fin 
de sa vie d une attaque apoplectiforme avec hémiplégie du côté 
droit. Or, le même jour de.l'attaque, le pouls étant à 136, la 
température atteignait 39°, 6. Le lendemain le thermomètre 
marquait40°. Le surlendemain la paralysie s'était amendée et la 
température était retombée au chiffre physiologique. Chez le 
nommé Nolle, observé par M. Léo, une attaque apoplectiforme 
se déclara dans la soirée. Le lendemain matin, de bonne heure, 
le pouls donnait 4 44 et la température était à 38°, 5. Cette atta- 
que, la septième que le malade eût éprouvée, devait dans la 
nuit même se terminer par la mort. Dans le cas de N..., dont 
l'histoire a été recueillie dans mon service par M. Joffroy, cinq 
heures seulement après Finvasion d une attaque apoplecti- 
forme, avec perte incomplète de la connaissance et résolution 
générale des membres, la température rectale était à 40°, 3, le 
poulsà120.Lelendemain, les accidents apoplectiformes s'étaient 
dissipés et en même temps le pouls ainsi que la température 
étaient revenus à l'état normal ^ 

Si je me suis arrêté avec quelque insistance sur les modifi- 
cations que subit la température du corps, dans les attaques 
apoplectiformes et épileptiformes de la paralysie générale et de 
quelques autres affections cérébro-spinales, c'est qu'à mon sens 
on trouve là un caractère qui peut, dans certains cas, être mis 
à profit pour le diagnostic. Il n'est pas nécessaire, je pense, d'en- 
trer dans de longs développements pour faire ressortir combien 
il est difficile, en présence d'un malade qui vient d'être frappé 
d'apoplexie, avec ou sans accompagnement de convulsions, de 
décider, d'après la seule considération des symptômes exté- 
rieurs, s'il s'agit &qY apoplexie vraie, résultant de la formation 

» Société de Biolofjie, t. I, :j« série, 1869-1870, p. 14d . 



SCÉROSE EX PLAQUES : PÉHIODES 257 

actuelle- d'un foyer cérébral soit d'hémorragie, soit de ramollis- 
sement, Qu au contraire d'une simple attaque congestive. Eh 
bien , l'examen de la température centrale fournirait en pareille 
occurrence un renseignement décisif. J'ai démontré, en effet par 
des observations répétées ^ que, dans l'apoplexie vraie, princi- 
palement lorsqu'elle se rattache à l'hémorragie cérébrale, la 
température s'abaisse constammentquelques instants après l'at- 
taque et se maintient ensuite, en général, pendant vingt-quatre 
heures au moins, au-dessous du taux normal, alors même qu'il 
se produit des accès convulsifs, intenses et répétés. Or, nous 
venons de voir que, dans les attaques dites congestives, la tem- 
pérature s'élève au contraire, dès l'invasion des premiers symp- 
tômes, au-dessus du chiffre physiologique et tend à s'élever 
encore progressivement pendant toute la durée de l'accès. 

DES PÉRIODES ET DES F0R3IES DANS LA SCLÉROSE EN PLAQUES. 

Messieurs, après avoir considéré un à un les éléments divers 
qui composent la symptomatologie de la sclérose multiloculaire 
lorsqu'il s'agit d'un cas complet et parvenu déjà à une période 
avancée de son cours, il convient de montrer, par une vue d'en- 
semble, comment se groupent et s'enchaînent ces éléments aux 
diverses phases et dans les diverses formes de la maladie. Celle- 
ci, en effet, ne se présente pas, tant s'en faut, revêtue de tous 
ses attributs à toutes les époques de son évolution. A l'origine, 
elle peut n'être constituée que par la réunion de deux ou trois 
symptômes, et, de plus, il est des cas oii, jusqu'à la terminaison 



1 Gharcot. — Note sur la température des parties centrales dans l'apoplexie 
liée à Vhémorrhagie cérébrale et au ramollissement du cerveau. In Comptes- 
rendus des séances de la Société de Biologie, t. IV, 4® série, 1867, p. 92. — 
Voyez aussi Cliarcot. — Leçons sur la tkermométrie clinique, publiées dans la 
Gazette hebdomadaire ; 1869, p. 324, 742, 8'1. — Boiirneville.— Éludes clini- 
niques et thermoniétriques sur les maladies du système nerveux. Paris, 1870-73. 

Charcot, t. I, 5e édit. 17 



258 PREMIÈRE PÉRIODE 

fatale, le tableau symptomatologique reste incomplet^ Or, c'est 
surtout lorsque la maladie en est encore à une époque voisine 
de son début ou lorsqu'elle revêt une forme imparfaite, qu'il 
importerait d'apprendre à la reconnaître aux moindres indices. 
(Voir r Appendice, n" IY.) 

J'ai proposé d'établir, dans le développement progressif delà 
maladie, trois périodes: la première s'étend de Tinstant oii 
apparaissent les premiers symptômes jusqu'à l'époque oii la 
rigidité spasmodique des membres réduit le malade à une im- 
puissance presque absolue. La seconde comprend tout le temps, 
habituellement fort long encore, durant lequel le malade, con- 
finé au lit ou pouvant à peine faire quelques pas dans sa cham- 
bre, conserve néanmoins l'intégrité de ses fonctions organiques. 
La troisième, enfin, commence aumomentoîi, en même temps 
que tous les symptômes de la maladie s'aggravent simultané- 
ment, les fonctions de nutrition souffrent d'une manière sensible. 
Il y aura lieu, à propos de cette période ultime, de relever les 
accidents, qui, dans l'ordre ordinaire des choses, marquent les 
derniers temps de la maladie et précipitent la terminaison 
fatale. 



L 



Première 'période, — Le mode d'invasion et d'enchaînement 
des symptômes présente des variantes qui méritent d'être signa- 
lées à votre attention. 

Quelquefois ce sont les symptômes céphaliques qui ouvrent 
la scène ; ainsi les malades commencent par se plaindre 
de vertiges habituels, de diplopie plus ou moins passagère ; peu 
à peu se prononcent \ embarras de la parole et enfin le nys- 

Voir H TAppendick, no IV. 



HÉMissiONs :2o'J 

tagmus. La réunion de ces symptômes composerait déjà un en- 
semble assez caractéristique et qui, alors même que le tremble- 
ment provoqué parles mouvements et la parésie des membres 
ne viendraient pas tôt ou tard s'y adjoindre, permettraient 
cependant d'établir le diagnostic sur de fortes présomptions. 

Mais tel n'est pas le mode d'invasion le plus commun ; 
le plus souvent ce sont les phénomènes spinaux qui s'accu- 
sent les premiers, si bien que, pendant plusieurs mois et 
quelquefois même pendant plusieurs années, les malades 
pourront n'offrir d'autres symptômes qu'un affaiblissement, une 
parésie plus ou moins prononcée des membres inférieurs, 
montrant de la tendance à s'aggraver d'une manière lentement 
progressive et à s'étendre aux membres supérieurs. En pareil 
cas, la situation du clinicien est nécessairement des plus diffi- 
ciles. Car, en somme, la parésie des membres inférieurs est un 
symptôme quelque peu banal, commun aune foule d'affections 
diverses ; elle se présente pourtant dans la sclérose multilocu- 
laire, yous ne l'avez pas oublié, avec quelques traits parti- 
culiers qui pourraient peut-être indiquer la voie. Ainsi, quelque 
prononcée qu'elle soit, — à part ce cas exceptionnel oii la lésion 
prédominerait sur les cordons postérieurs, — elle ne s'accom- 
pagne d'aucun trouble de la sensibilité, d'aucun trouble appré- 
ciable dans la nutrition des masses musculaires ; de plus, il ne 
s'y lie d'ordinaire aucun désordre fonctionnel du côté de la 
vessie ou du rectum ; enfin, il n'est pas rare de voir se produire 
des rémissions^ voire même des intennissions complètes qui 
ont pu faire espérer une guérison définitive \ Mais il est clair 



1 Dans noire mémoire, nous avons résmTié un certain nombre de faits dans 
lesquels on a observé des rémissions assez complètes pour que les malades, 
qui étaient paralysés, aient pu reprendre leurs occupations (Voy. loc. cit., 
obs. IV, IX, X, XI, etc.) Dans une observation de M. Vulpian que nous avons 
également rapportée (p. 139), il y eut une série d'améliorations et d'ag-grava- 
tions alternatives. Nous allons les indiquer brièvement. 

Alors que la maladie était encore récente, on vit survenir, à la suite d'une 
variole, un rétablissement pour ainsi dire complet. Cette amélioration persista 



1>60 DÉBUT imUSOUE 

que ces indices, môme avec le concours de tous les autres, ne 
sauraient fournir encore que des renseignements assez vagues. 
La certitude ne peut guère s'établir que si le tremblement spé- 
cial ou quelqu'un des symptômes céphaliques viennent se sura- 
jouter aux symptômes spinaux. 

Jusqu'ici, Messieurs, je vous ai représenté Tinvasion et Ten- 
chaînement ultérieur des accidents comme lents et uniformé- 
ment progressifs. C'est là, en effet, de beaucoup le cas le plus 
fréquent; mais il importe que vous n'ignoriez pas que, dans 
certaines circonstances, exceptionnelles à la vérité, le début 
peut s'opérer tout à coup, inopinément, ou à la suite de quelques 
prodromes peu significatifs. 

Ainsilevertigeetladiplopies'étant déclarés soudainement, la 
parésie des membres et la titubation ont pu venir sV joindre au 
bout de quelques jours, dételle sorte quela maladie s'est trouvée 
pourainsidireimmédiatement constituée. Ce,. îce quiaeulieu, 
entre autres, chez une jeune malade nommée Vinch. . . , que quel- 
ques-uns d'entre vous ont pu voir dans nos salles. D'autres fois, 
e début est marqué, comme chez une des malades de Yalenti- 
iner, par une brusque invasion de la parésie, dans l'un des mem- 
bres inférieurs ; ou encore, ainsi que cela s'est présenté dans 
le cas de M. Léo et chez une de mes malades dont M. Vulpian 
a rapporté l'histoire \ une attaque apoplectiforme précédée 
pendant quelques jours ou quelques semaines de vertiges. 



pendant trois ans. A cette époque, les règles se suspendirent ; de nouveaux 
symptômes, légers d'ailleurs, se manifestèrent pour disparaître eux-mêmes avec 
le retour des menstrues. Deux ans plus tard, la malade a un ictère auquel 
succèdent de nouveaux accidents. Ceux-ci s'amendent ; mais, à roccasion d'une 
bronchite, la parésie des membres reparaît plus considérable et, après des 
rémissions et des recrudescences successives, elle devient permanente. — Par- 
fois la rémission est incomplète et ne porte que sur quelques symptômes, en 
particulier l'incontinence d'urine et des matières fécales. — Chez un malade 
observé par M. Baerwinckel, il y eut une rémission passagère (B.). 

1 Vulpian. — Note sur la sclérosf; en plaques de la modie épinière, obs, ii. 
In Mémoires de la Société médicale des hôpitaux, 1869. 



CRISES GASTRIQUES 1261 

de céphalalgie, et suivie d'hémiplégie temporaire, inaugure 

l'invasion. 

Enfin, Messieurs, il est un cas sur lequel j'appellerai encore 
votre attention et oii le début se trouve masqué par une affec- 
tion qui, le plus souvent, est considérée comme accidentelle, 
étrangère à la maladie principale, Lien qu'en réalité elle s'y 
rattache, suivant moi, au contraire, intimement par un lien 
non reconnu jusqu'ici. Je fais allusion à des crises gastriques 
ou gastralgiques, comme vous voudrez les appeler, lesquelles 
sont parfois intenses, accompagnées de lipothymies, de vomis- 
sements répétés, etc. Elles ont plusieurs fois ouvert la scène, et 
bientôt les symptômes habituels de la sclérose multiloculaire 
leur ont succédé ; il n'est pas rare d'ailleurs de les voir repa- 
raître à plusieurs reprises et s'entremêler avec ces symptômes 
pendant les premiers temps de la maladie. Dans ce genre, une 
observation publiée par M. Liouville ^ et le cas rapporté par 
M. Zenker sont de bons exemples à citer; ces accidents sont 
d'autantplusdignesd'êtreremarquésquenousles retrouverons, 
à peu près avec les mêmes caractères, dans d'autres formes de 
sclérose de la moelle épinière et en particulier dans la sclérose 
fasciculée postérieure [ataxie locomotrice) , principalement dans 
la phase initiale de cette affection. Il est donc possible que les 
crises gastriques, coïncidant ou alternant avec les douleurs ful- 
gurantes des membres, soient en pareil cas, avec la diplopie, et 
peut-être une légère titubation les yeux étant fermés, les seuls 
symptômes actuels de la maladie en question, dontle véritable 
caractère est alors trop souvent méconnu '^ Ces mêmes crises 
gastriques se rencontrent, ainsi que nous l'avons observé, mon 



1 Mémoires de la Société de Biologie, o° série, t. I, p. 107. Pans, 1870. 

2 Voir ce que M. Charcot a dit à ce sujet dans ses leçons faites à la Salpê- 
trière en 1868 (Dubois. — Etude sur quelques [joints de V ataxie locomotrice. 
Paris, 1868. Des crises gastriques, p. :J6. — Leçons sur les maladies du sys- 
tème nerveux, t. II, 1873. Leçon II, p. 32.) 



2G2 SECONDE ET TROISIÈME l'ÉRlODES 

ami Duchenne (de Boulogne) et moi, dans la forme de inyélite 
centrale siibaiguë on chronique qui produit les symptômes de 
la paralysie générale spinale. Mais je ne veux pas m'arrôter plus 
longuement sur ce sujet que je compte reprendre bientôt en lui 
donnant tous les développements qu'il comporte. 



IL 



Deuxième période. — En général, dès la fm de la première 
période, la sclérose multiloculaire se présente déjà douée de la 
plupart des symptômes qui la caractérisent. Ces symptômes 
s'aggravent et se prononcent encore pendant la seconde, et il 
s'y surajoute la contracture spasmodique des membres, avec ou 
sans accompagnement d'épilepsie spinale, par suite de quoi les 
malades qui, jusque-là, avaient encore pu marcher, tant bien 
que mal, se trouvent désormais réduits à l'impuissance à peu 
près absolue et confinés définitivement à la chambre ou même 
au ht. La contracture qui signale le début de cette période est 
un phénomène presque toujours très tardif; il ne se montre guère, 
le plus souvent, que deux, quatre, six ans même après l'appari- 
tion des premiers accidents de la sclérose multiloculaire. 



IIL 



Troisième jiériode . — Le commencement de cette dernière 
période est marqué, ainsi que je vous l'annonçais, par l'affai- 
blissement progressif des fonctions organiques ; l'inappétence 
devient habituelle, la diarrhée fréquente et bientôt survient un 
amaigrissement général qui se prononce de plus en plus \ — 

• C'est surtout a cette période de la maladie que l'on peut voir survenir des 



PARALYSIE BULBAIRE 263 

En même temps se dessine une aggravation de tous les symp- 
tômes propres à la maladie : l'obnubilation de Fintelligence va 
jusqu'à la démence ; l'embarras de la parole est porté à son 
comble et le malade ne s'exprime plus que par un grognement 
inintelligible. — Puis les sphincters se paralysent et il n'est pas 
rare de voir la muqueuse de la vessie devenir le siège d'une in- 
flammation ulcéreuse. C'est alors que se montrent, à la région 
sacrée et sur tous les points des membres inférieurs soumis à 
une pression prolongée, des eschares qui prennent parfois des 
proportions énormes et consécutivement toute Ja série des 
accidents qui se rattachent à cette complication, tels que: fusées 
purulentes, intoxication purulente ou putride, etc. La mort ne 
tarde pas à s'ensuivre. 

Le plus souvent la vie est encore abrégée par l'intervention 
de quelque maladie intermittente : la pneumonie, la phtisie 
caséeuse, la dysenterie, peuvent être comptées parmi les plus 
fréquentes de ces affections terminales K 

J'ai réservé, pour la mentionner d'une manière toute spéciale, 
l'apparition de quelques symptômes de paralysie de bulbaire^ 
parce qu'ils sont capables, en s'aggravant brusquement, de 
précipiter le cours des événements et amener la terminaison 
fatale avant même que les phénomènes de la dernière période se 
soient manifestés. En même temps que la parole devient de plus 



accidents susceptibles, peut-être, d'être rangés parmi les troubles trophiques. 
Tels sont : lo un ramollissement des vertèbres, des trochanters, de la tête du 
tibia, des os du tarse, etc. (Bourneville et Guérard, loc. Cî7.,casdu D"" Pennock, 
p. 83) ; — 20 une cyphose et une scoliose à droite, sig-nalées dans un cas de 
Friedereich (B. et G., loc. cit., p. 213-214) ; — 3o un épanchement de liquide 
dans les deux articulations fémoro-tibiales (Obs. de M. Malherbe). (B.) 

^ Dans les cas qui ont été publiés récemment, nous retrouvons le plus 
souvent les affections terminales indiquées par M. Charcot. 11 ressort de 
la statistique que nous avons dressée que les maladies pulmonaires (pneu- 
monie, pleurésie purulente, tubercules) l'emportent de beaucoup sur les autres. 
Nous devons encore signaler le décubitus aigu, la. p>/élo-cystite (un cas), V œdème 
(lo la fihtte (un cas^ /B.) 



264 FOMMES DE LA SCLÉROSE EN l'LAOUES 

en plus difficile, il se produit en premier lieu un embarras de la 
déglutition qui, transitoire d'abord, de vient bientôt permanent. 
Puis se montrent de temps à autre des accès de dyspnée plus ou 
moins graves, et la mort peut survenir dans un de ces accès. 
J'ai observé tout récemment deux cas qui se sont terminés de 
cette manière. L'autopsie a fait reconnaître, dans ces deux cas, 
qu'une plaque de sclérose avait envahi le plancher du quatrième 
ventricule, oii elle englobait les noyaux d'origine de la plupart 
des nerfs bulbaires \ 



* C'est ainsi qu'ont succombé la nommée Vauth. .., qui a fait l'objet de la 
leçon précédente et la nommée Bezot, qui a été couchée pendant longtemps 
salle Sainl-Luc, n» 10. Nous allons résumer rapidement les traits principaux de 
leur histoire. 

I. — Vauth.. , Joséphine G..., est entrée le 21 mars 1867, dans le service 
de M. Vulpian et est morte le 7 février 1871, dans le service de M. Gharcot 
(32 ans). De 14 à 21 ans, étourdissements suivis de vomissements. Grossesse à 
22 ans qui met fm aux vomissemenis. La sclérose en plaques disséminées a 
débuté h 23 ans et demi : faiblesse de la région lombaire, fatigue très grande 
des membres inférieurs, élancements dans la jambe droite, affaiblissement de la 
vue, diplopie. — A25ans, faiblesse desbras qu) sont, parfois, le siège de douleurs. 
1867. Nystagmus, diplopie. Intégrité des masses musculaires. Perte de la no- 
tion de position des membres 
inférieurs, Parésie et trem- 
blement des membres supé- 
rieurs. Partout la sensibilité 
tactile est en grande partie 
perdue. — Amélioration mo- 
mentanée par le nitrate dur. 
(jent. 

1868. La malade ne peut 
plus se tenir debout, les 
symptômes sont plus accusés 
à droite qu'à gauche, le trem- 
blement des membres supé- 
rieurs a augmenté. Louleurs 
fulgurantes fréquentes, sur- 
tout dans la moitié gauche 
de la face. — Étourdissements 
Fig. lo. — Elle représente les lésions observées sur une vprii'rinf iiy ^p montrant à 
coupe pratiquée à la partie la plus élevée de la région verllgmeux se monuani .i 
lombaire ; on voit que les cordons postérieurs sont pris dcs intervalles rapproches, 
dans toute leur largeur, et que la lésion prédomine à Le nvstagmus est plus ac- 




leur partie moyenne. 



mai, M. Vulpian 



fait prendre à la malade deux pilules de gr. Olo d'extrait de fève de Calabar 
Peu après, accès de faiblesse avec exagération du tremblement, sueurs froides, 
pâleur de la face. — (Ces phénomènes sont peut-être dus à la fève de Galabar), 
A partir de juillet, 3 pilules de fève de Galabar. En novembre, M. Vulpian 



FORMES DE LA SCLÉROSE EN PLAQUES 26o 

Après les détails dans lesquels je viens d'entrer, il me paraît 
inutile d'entreprendre la\ description particulière des diverses 

supprime la fève de Galabar et, comme il est survenu dans les derniers temps 
de l'incontinence d'urine, il prescrit 3 pilules de gr. 03 d'extrait de belladone. 
L'incontinence d'urine, après avoir présente des amendements passagers, cessa 
dans le courant de décembre. — 1870, janvier. Troubles psychiques (Voir page 
237). Dans le courant de cette année, les symptômes que nous avons notés ont 
augmenté d'intensité et, de plus, il s'y est ajouté des symptômes de paralysie 
bulbaire. Ceux-ci se sont aggravés assez rapidement et la malade est morte, 
en quelque sorte asphyxiée, le 7 février 1871. 

Autopsie. — Il existe de nombreuses plaques de sclérose dans le cerveau et 
la moelle. En raison des s-ijmptômes ataxiques offerts par la malade, les lésions 
de l'axe spinal doivent être consignées ici. Il y avait des plaques de sclérose 
dans toute la hauteur des cordons latéraux. Quant divw cordons postérieurs, ils 
sont pris un peu partout, mais principalement à partir de l'extrémité inférieure 
de la région dorsale. La Figure 15 représente les lésions observées sur une 
coupe pratiquée à la partie la plus élevée de la région lombaire. A ce niveau, 
les cordons postérieurs sont pris dans toute leur étendue {Fig. lo,c), mais sur- 
tout à la partie moyenne. Les cordons latéraux sont relativement moins lésés. 
II. — Bez .. Pauline, 35 ans, célibataire, bonne d'enfants, est entrée le 17 fé- 
vrier 1871 dans le service de M. Charcot. Aux symptômes ordinaires de la sclé- 
rose en plaques sont venues s'ajouter, vers le mois de mai, de la dyspnée et de 

la dysphagie. La gêne de la déglutition 
obligeait la malade à manger avec une 
grande lenteur. Le retour des aliments 
par les fosses nasales ne fut observé 
qu'à la fin de la vie. La malade est morte 
d'a.-phyxie le 12 juin sans qu'on eût noté 
de râles dans la poitrine. 

Autopsie. — Plaque de sclérose sur 
le chiasma des nerfs optiques se prolon- 
geant sur les bandelettes; — pi. de sclé- 
rose dans les ventricules et dans le centre 
ovale. — Sur une coupe faite à un centi- 
mètre au-dessus du bord inférieur de la 
protubérance, au niveau de l'origine ap- 
parente du nerf trijumeau, on découvre 
une plaque de sclérose large et irrégu- 
lière {Fig. 16, 0, A'). 
Une autre coupe transversale, répondant à la par- 
tie moyenne des olives, fait voir une autre plaque 
de sclérose [Fig. 17, c) paraissant intéresser le pneu- 
mogastrique [Fig. 17, «).— L'examen microscopique 
des nerfs a montré de nombreux tubes granulo-grais 
seux dans l'hypoglosse, des traces d'irritation de la 
gaîne de Schwann dans le nerf pneumogastrique. 
Quant aux autres organes, et en particulier le pha- 
e rynx, le larynx et les poumons, ils étaient, sains (B.j. 

Fil/. 1"- — a, pneumo- 
srai^trique ; — //, hypo- 
glosse ; — r, plaque 
de sclérose. 




Fit]. 1G. — a, pneumogastrique 
petite plaque de sclérose 
plaque de sclérose. 



— h', £rr.'ind( 




266 DURÉE 

formes que peut revelir ]a sclérose multiloculaire. Les formes 
cérébrale et 5/;mâr/<? correspondant à un envahissement incom- 
plet des centres nerveux par la sclérose, c'est, si Ton veut, la 
maladie arrêtée dans son développement, dans sa progression, 
soit ascendante, soit descendante. La série symptomatologique 
s'en trouve pour ainsi dire écourtée ; mais les symptômes, con- 
sidérés isolément, n'en sont pas pour cela modifiés. La première 
forme est très rare, la seconde assez fréquente, au contraire, 
mais, en somme, la forme cérébro-spinale représente le type 
normal, celui que nous rencontrons le plus souvent dans la 
clinique. 

La sclérose multiloculaire cérébro-spinale accomplit, en 
grand, son évolution totale dans l'espace de six à dix années'; 
cela établit un nouveau contraste avec la paralysie agitante dont 
la durée normale est beaucoup plus longue. La forme spinale 
laisse habituellement plus de répit ; elle peut ne se terminer 
qu'au bout de vingt ans et même plus tard encore-. 

PHYSIOLOGIE PATflOLOGIQUE ; ÉTIOLOGIE ; PRONOSTIC ET 
TRAITEMENT. 

Pour terminer cette étude, il me resterait. Messieurs, à vous 
entretenir de la physiologie pathologique, de l'étiologie, et 



* 11 est assez difficile d'établir, quanta présent, la durée moyenne de la sclé- 
rose en plaques. Dans un premier relevé (Bourneville et Guérard, /oc. C2Y., p. 148) 
comprenant 17 cas, nous avons trouvé une moyenne de 8 à 10 ans. Dans 
une statistique portant sur 13 cas nouveaux, nous avons obtenu une moyenne de 
7 ans et demi. Le minimum delà durée de la maladie a été un an 'cas de M. Mal- 
herbe. In Jow'iuil de médecme de l'Ouest, 1870, p. 168, et Buschwald. LJeber 
midti/ le Sklerose fies Hir/is iind Rùckenniarks, in DeiUsdies Archiv jùr Klin. 
Medicin, c. x, fas. iv et v, p. 478 ; 1872). Le maximum a été de 16 ?i 17 ans (B.). 

2 Dans trois cas de sclérose en plaques disséminées, avec prédominance des 
lésions dans les cordons postérieurs, la maladie a duré onze, vingt-un et vingt- 
huit ans. (Bourneville. — Nouvelle éti/de sur quelq>-es points de la sclérose en 
plaques disséminées, 1869.) 



l'IlYSlOLOGlE l'ATIlOLOGlQUE 267 

enfin du traitement de la sclérose multiloculaire des centres 
nerveux. Malheureusement les documents que je pourrai invo- 
quer relativement à ces divers points sont peu nombreux, im- 
parfaits encore pour la plupart, et j'en serai réduit, par consé- 
quent, à vous présenter quelques remarques très sommaires. 

A. La raison du mode de répartition si singulier qu'affectent 
les îlots scléreux dans les diverses parties du système nerveux 
central, nous est, quant à présent, complètement inconnue. 
M. Rindfleich ^ a avancé que le point de départ de la formation 
des foyers de sclérose serait dans le système vasculaire. Suivant 
lui, l'inflammation des parois des petits vaisseaux qu'on rencon- 
trerai t toujours au centre des plaques en voie de formation 
serait le fait initial ; de ce point central, l'irritation se propage- 
rait au réticulum de la névroglie et rayonnerait dans toutes les 
directions. Évidemment ce ne serait, là encore, que reculer la 
difficulté. D'ailleurs, ce rôle prédominant accordé aux vaisseaux 
dans l'évolution du processus morbide n'est rien moins que 
démontré. Je suis même très disposé à croire, d'après mes 
propres observations, que les altérations des vaisseaux et celles 
du réticulum marchent du môme pas, parallèlement, sans 
s'influencer réciproquement. 

Quoi qu'il en soit, étant donné le siège des îlots sclérosés 
dans les divers déparlements des centres nerveux, peut-on en 
déduire la production des phénomènes dont l'ensemble constitue 
la symptomatologie de la sclérose en plaques? Cela est possible 
au moins en partie. Déjà nous vous avons fait remarquer que 
l'incoordination motrice, la perte de la notion de position, les 
douleurs fulgurantes qui s'observent dans un certain nombre de 
cas, peuvent être, dans ces cas-là rapportées à l'envahissement 



1 E. Rindfleisch. — Histol. Détail zu cler grauen Degeneration von Gehirn 
und Rûckenmarck {Virchow's Archiv, 1863, t. XXVI, p. 474). 



2G8 CAUSES : sexe 

des faisceaux portérieurs de la moelle épinière dans une certaine 
étendue en hauteur. D'un autre côté, la prédominance habituelle 
des plaques de sclérose sur le trajet des cordons antéro-latéraux 
rend compte, ainsi que je vous le démontrerai bientôt, del'exis" 
tence à peu près constante de la parésie ou de la paralysie des 
membres, suivies tôt ou tard de contracture permanente. Le 
nyslagmus, l'embarras de la parole, sont en rapport avec la 
localisation habituelle des plaques dans l'épaisseur de la protu- 
bérance et du bulbe. Mais un grand nombre d'autres symptômes 
sont d'une interprétation beaucoup plus difficile. Tel est, entre 
autres, le tremblement particulier qui se manifeste dans cer- 
taines attitudes du corps et dans l'exercice des mouvements 
volontaires. J'ai exprimé l'opinion que la longue persistance des 
cylindres axiles, dépouillés de leur enveloppe de myéline, au 
sein des foyers sclérosés, joue peut-être ici un rôle important ; 
la transmission des impulsions volontaires s'opérerait encore 
par la voie de ces cylindres dénudés, mais elle aurait lieu d'une 
façon irrégulière, saccadée, et ainsi se produiraient les oscilla- 
tions qui troublent l'exécution des mouvements intentionnels. 
Cette résistance des cylindres axiles n'est certainement pas 
un phénomène exclusivement propre à l'induration multilocu- 
laire ; mais elle se montre là plus prononcée que dans les 
autres formes de la sclérose des centres nerveux. Elle peut être 
Invoquée encore, je crois, pour rendre compte de la lenteur 
avec laquelle les symptômes parétiques progressent dans la 
sclérose en plaques, et du long espace de temps qui s'écoule 
avant l'époque où ils font place à la paralysie complète et à la 
contracture permanente. 

B. Ce que l'on sait concernant les conditions qui président au 
développement de la sclérose en plaques se réduit à fort peu de 
chose. Il paraît établi toutefois, dès à présent, que la maladie est 
beaucoup plus commune chez les femmes que chez les hommes. 



causes: agi-:; hérédité 269 

Ainsi, parmi les cas que j'ai rassemblés dans mes premières 
éludes, trois ou quatre seulement concernent des hommes. 
Les faits qui ont élé publiés depuis lors n'ont pas modifié, 
d'une manière sensible, ce résultat. En réunissant aux dix- 
huit cas qui figurent dans la monographie de MM. Bourneville 
et Guérard, 16 cas nouveaux, nous avons un total de 34 cas, 
dont 9 hommes et 25 femmes. 

De ces mêmes documents, il ressort que c'est là une mala- 
die de la jeunesse ou de la première moitié de l'âge adulte. 
On l'a observée chez des sujets âgés de 14, 15, 17 ans \ Mais 
elle paraît débuter le plus souvent entre 20 et 23 ans. Rare- 
ment elle apparaît après 30 ans. L'âge de 40 ans semble être 
d'un autre côté la dernière limite que puissent atteindre les 
sujets atteints de sclérose en plaques. 

Relativement à l'influence héréditaire, nous n'aurions h citer 
qu'un seul exemple oii elle ait paru jouer un certain rôle. Cet 
exemple nous a été communiqué par M. Ruchenne (de Bou- 
logne). 

Dans les antécédents pathologiques des malades eux-mêmes 
nous n'avons h relever en général que des indices très vagues : 
l'hyslérie y figure dans quelques cas; mais, le plus souvent, 
on ne trouve mentionnés que des accidents névropathiques 



1 Dans un travail de M. Leube [Ueber multiple infiel for min g Sklerose des 
Gehirns und Riïckenmarks, in Deufsches Archiv, 8, Bd., 1 lieft, 1870, p. 14) 
nous trouvons une observation qui concerne un enfant qui présenta les pre- 
miers symptômes do la sclérose en plaques disséminées à l'âye de 7 ans. Elle 
mourut à l'âge de 14 ans et demi. Résumé : nyslagmus léger ; paralysie faciale 
droite; ataxie très prononcée des extrémités, surtout à gauche; tremblement 
de la tête ; parole difficile ; atrophie des jambes. — Autopsie: Sclérose du pont 
de Varolc et de ses annexes, presque générale à droite, disséminée à gauche. 
Le cerveau et le cervelet, dans leurs couches corticales, sont le siège d'une 
double dégénérescence jaune blanchâtre ou gris d'acier, tantôt diffuse, tantôt 
en plaques disséminées. Dans la moelle — et principalement la moelle allongée 
— la sclérose occupe, en première ligne, les cordons postérieurs, puis les 
coi'dons latéraux, enfin les cordons antérieurs (B.). 



-210 CAUSKS OCCASlOXiNKLI.ES 

assez mal cléteniiinés : la migraine de temps à autre, ou des 
névralgies \ 

Parmi les causes occasionnelles, ou trouve plusieurs fois 
signalée l'action prolongée du froid humide -. Dans un cas, les 
premiers symptômes se seraient développés peu de temps 
après une chute. 

Mais ce sont les circonstances d'ordre moral qui, le plus 
communément, sont invoqués par les malades. Les chagrins 
prolongés, par exemple ceux entre autres que peut occasionner 
une grossesse illicite, ou encore les désagréments et les ennuis 
qu'entraîne une position sociale plus ou moins fausse, telle 
qu'est souvent celle de certaines institutrices. Yoilà pour ce 
qui concerne les femmes ^ Quant aux hommes, il s'agit pour 



1 11 est, toutefois, une condition étiologigue qui mérite d'être mentionnée : 
c'est l'influence de certaines maladies aig-uës sur le développement de la sclé- 
rose. Voici, à l'appui de cette assertion, l'indication de quelques faits. 

10 Dans un cas de Erbstein [Deutsches Archiv fur Kliniscke Medicin, t. X, 
fasc. 6, p. 696), la sclérose en plaques a débuté durant la convalescence d'une 
fièvre typho'ide. Le malade éprouva alors une faiblesse dans les membres et de 
l'embarras dans la parole, les mots étaient scandés, la prononciation était peu 
distincte et monotone. 

2'> Une malade du service de M. Charcot, Nie. . . Julie, remarqua un certain 
degré de faiblesse dans les membres inférieurs après une attaque de choléra. 
Un peu plus tard, elle eut une fièvre typhoïde à partir de laquelle la faiblesse 
des jambes fit des progrès, d'une façon lente mais continue, à tel point que 
bientôt elle fut obligée de se servir d'une canne (A. JofTroy. — Mémoires de la 
Société de biologie, 1869, p. 146). 

3° Dans l'observation rapportée par MM. Fontaine et Liouville, il est dit que 
les premiers indices de la sclérose furent précédés par des vomissements bi- 
lieux, abondants qui durèrent dix à quinze jours. (FI. Liouville, in Mémoires 
de la Société de biologie, 1869, p. 107). 

4*^ Enfin, nous citerons le cas d'une femme nommée Dr... Hortense, chez 
laquelle les premières manifestations de la sclérose en plaques se sont montrées 
alors qu'elle venait d'avoir une variole grave. 

- Un malade, observé pnr.Vl. Baerwinkel, s'aperçut d'une difficulté des mou- 
vements de la jambe droite trois jours après avoir fait une chute dans l'eau. 
L'action du froid humide est d'autant plus réelle dans ce cas que le malade 
laissa ses habits sécher sur lui(B.). 

3 The Lancet (1873, vol. I, p. 236) a publié le i-ésnmi' d'iin cas de sclérose en 
plaques observé par M. Moxon ?i Guy s Hospital, où l'on voit notées comme 
causes : a) une maladie fébrile avec diarrhée qui a duré plusieurs semaines ; 
b) une émotion morale vive ressentie par la malade qui trouva son mari cou- 
ché avec une autre femme (B.). 



PRONOSTIC 271 

la plupart de gens déclassés, placés en dehors du courant 
général, trop facilement impressionnables, mal armés pour 
soutenir ce qu'on appelle, dans la théorie de Darwin, la lutte 
pour la conservation de la vie [Struggle for life). C'est là, en 
somme, une étiologie quelque peu banale et que l'on retrouve, 
pour ainsi dire, à l'origine de toutes les maladies chroniques 
du système nerveux central. 

C. Le joro?zo5^zc jusqu'ici est des plus sombres. En sera-t-il 
toujours de môme? On peut espérer que, lorsque la maladie 
sera mieux connue, le médecin apprendra à tirer parti de ces 
tendances spontanées aux rémissions qui se trouvent signalées 
dans un bon nombre de cas. Il ne faut pas oublier d'ailleurs 
que, quant à présent, la véritable notion du mal n'est, en 
général, reconnue que lorsque déjà les lésions sont très pro- 
fondes, partant peu accessibles à l'influence des moyens cura- 
tifs (Voir à I'Appendice, n° IV, p. 422). 

D. Irai-je, après ce qui précède, vous entretenir longuement 
de thérapeutique! Le temps n'est pas venu encore oii cette 
question pourra être abordée sérieusement. Je ne puis vous 
parler que des quelques essais tentés jusqu'à ce jour, et dont 
les résultats, malheureusement, se sont montrés, en général, 
peu favorables. 

Le chlorure dor et le phosphure de zinc paraissent avoir 
plutôt exaspéré les symptômes. La strychnine a quelquefois 
fait cesser le tremblement ; mais son influence a toujours été 
temporaire. J'en dirai autant du nitrate d'argent. Dans plu- 
sieurs cas que j'ai observés, il paraît avoir eu sur le tremble- 
ment et sur la parésie des membres une influence très favo- 
rable, mais qui, à la vérité, ne s'est pas longtemps maintenue. 
Une contre-indication formelle à l'emploi de ce médicament 
serait l'existence de la contracture permanente, et surtout de 



i>72 TRAITEMENT 

Tépilepsie spinale : l'emploi du nitrate d'argent aurait, en effet, 
presque à coup sûr, pour résultat d'exaspérer ces symptômes. 
V hydrothérapie , dans un cas, paraît avoir produit un amen- 
dement passager : dans un auire, par conire, elle a complète- 
ment échoué. 

\^ arsenic, la belladone, le seiçile ergoté, le bromure de potas- 
sium ont été également administrés dans la sclérose en pla- 
ques, sans avantage marqué. J'en dirai autant de l'application 
dels. faradisaiio)i et de l'emploi des courants continus. Mais, 
relativement à ce dernier agent, il importe d'avoir recours à 
de nouvelles expérimentations avant de se prononcer d'une 
manière définitive ^ 



1 D'autres médicaments ont été employés sans plus de succès que ceux qu'a 
énumérés M. Charcot : tels sont VhuUe phosphorée , Viodure de phosphétyla- 
mine, et la fève de ddabar. — Depuis la publication de la première édition 
de ces leçons, il a paru un certain nombre de travaux ou d'observations sur la 
sclérose en plaques. Gomme ils ne font que confirmer les descriptions tracées 
par M. Charcot, nous nous bornerons à une simple énumération : 1° Timal : 
Etude sur quelques complications de la sclérose en plaques disséminées ; thèse 
de Paris, 1873 ; — 2» et 3° H. Schûle : Beitrage zur multiplen Sclérose des 
Gehirns imd Rikhenmarks, in Deutsches Archiv fiir Klin. Medicin, 1870, Bd. 
VIII, p. 259; — Weitere Beitrage zur Him. Riickerirnarks Sclérose; même recueil 
1871, Bd. VIII, p. 223 ; — 4° Baldwin : A case of diffuse d cérébral Sclerosis. 
[Journal of mental science, 187V, juillet, p. 304);— yoMoxon : Jwo Cases of in- 
sular Sclerosis of the Brain and the spinal Cfiord {The Lancet , vol. I, p. 471, 
609, 1875) ; — 6° Buzzard : Disseminated cerebro-spinal Sclerosis. (Ibid., vol. 1, 
p. 45); — 70 Moxon : Eight Cases of insular Sclerosis of the Brain and spiiial 
Chord. {Guy's Hospital Reports. 3^ série, t. XXI, London, 1875). (Note de la 
2e édition); — 8° Wilson : A Case of Disseminated insular Sclerosis [Brit. Med. 
Journ., 1876,11, p. 673); — 9» Dreschfeld : Tivo Cases of cerebro spinal Scle- 
rosis in Children {Med. Examiner, 1877, p. 842): — 10° Pitres : Contribution 
à fétude des anomalies de la sclérose en plaques [Rev. ynens. de Méd. et de Chir., 
1877, p. 893): — 11° Dowse : Case of spinal Sclerosis {The Lancet, 1877, II, 
p. 651); — Cas de Sparkes {Med. Times and Gazette, 1877, II, p. ('92); — 
Bevan Lewis {Journ. ofMent. Science, 1878, jan.. p. 564) ; Humphreys (Med. 
Times and Gazette, 1877, II, p. 491); Gheadle {Ibid.. 1878, I, p. 139); J. Simon 
[Journ. de Méd. et de Chir. prat., 1878, p. 17), — Dickinson {Med. Timesand 
Gare//e, 1878, I, p. 112); — Dowel [Journ. of Ment. Science, ym., 1880, 
p. 490); — Harbinson {The Med. Press, and Circular, 1-80, I, p. 123. (b) (Note 
delà 4e édition). (Voir à I'Appendice, n» IV.) 



TllOISIÈME PARTIE 



Hystérie. — Hystéro-Épilepsie, 



Charcot, t. 1, 5e édit. 1^ 



NEUVIEME LEÇON 

De l'ischurie hystérique. 



Sommaire. — Préambule. — De l'ischurie hystérique. — Différences qui la 
séparent de Toligurie. — Considérations générales. — Vomissements sup- 
plémentaires. — Historique. — Causes qui ont fait suspecter la réalité de 
l'ischurie hystérique. — Distinction entre rischui'io cnlculcuse et l'ischurie 
hystérique. 

Observation. — Paralysie et contracture hystériques. — Hémianeslhésie com- 
plète. — Hémiopie et achromatopsie. — Hyperesthésie ovarienne. — Réten- 
tion d'urine. — Tympanisme. ■ Attaques convulsives, trismus. — Appa- 
rition de l'ischurie hystérique. — Précautions prises pour éviter toute 
cause d'erreur. — Anurie totale. — Vomissements urémiques. — Balan- 
cement entre la quantité de l'urine excrétée et les vomissements. — Ana- 
lyse chimique des matières vomies, des urines et du sang. — Suspension 
des accidents. 

Pictour de l'ischurie liystérique. — Nouveaux résultats de l'analyse chimique. 

Gravité de l'anurie ordinaire et de l'anurie expérimentale. — Limite de la du- 
rée des accidents compatible avec la vie. — Influence de l'évacuation d'une 
quantité môme minime d'uiine. — Rapidité de l'apparition des symptômes 
dans l'ischurie calculeuse ; sa lenteur dans l'ischurie hystérique. — L'inno- 
cuité des accidents est en rapport avec la dose d'urine produite dans l'orga- 
nisme. — Résistance des hystériques à l'inanition. 

Mécanisme de l'ischurie hystérique. — Insuffisance de nos connaissances à 
cet égard. 



I. 

Messieurs, 
J'ai rintention de reprendre et de compléter dans les confé- 
rences de cette année la série d'études que nous avions entre- 
prises, il y a deux ans, et que sont venus brusquement inter- 
rompre les tristes événements que vous savez. 



276 l'RÉLBllNAlKES 

Au moment où nous avons dû nous séparer, par une appli- 
cation de recherches préalables concernant les troubles trophi- 
quesYiQ^ à une influence du système nerveux, j'essayais, vous 
vous en souvenez sans doute, démontrer comment bon nombre 
d'affections du système musculaire, jusque-là rattachées à une 
cause périphérique, sont, en réalité, subordonnées à des lésions 
siégeant dans certaines régions bien déterminées de Taxe gris 

spinal. 

Ce groupe d'affections musculaires, que j'ai proposé d'appeler 

mijopathies spinales ou de cause spinale, nous occupera d'une 
façon toute particulière. Je reviendrai aussi sur le groupe si 
intéressant des scléroses de la moelle épiiiière et, entre autres, 
sur celle qui détermine l'ensemble symptomatique désigné sous 
le nom à\itaxie locomotrice progressive \ Le sujet est lom 
d'être épuisé, et j'aurai l'occasion de signaler, relativement à 
ces affections, plusieurs faits nouveaux ou connus d une ma- 
nière imparfaite et que des travaux entrepris dans cet hospice 
ont mis en lumière. 

Je traiterai aussi ^^^^ paraplégies - produites par une com- 
pressionlente, de X^méningite spinale chronique et de quelques 
maladies du cerveau et de la moelle épinière dont l'histoire a 
été jusquici très négligée. 

Mais, avant de vous ramener vers ces questions ardues, je ne 
puis résister. Messieurs, au désir de mettre à profit un certain 
nombre de cas très remarquables dliystérie qui se trouvent 
actuellement réunis dans nos salles. 11 importe de saisir avec 
empressement cette bonne fortune, car, en raison de la mobiUté 
propre à la grande névrose que je viens de nommer, les symp- 
tômes qui s'offrent aujourd'hui à un haut degré de développe- 
ment pourraient être demain complètement effacés. 



1 Vovcz : l^ons mr les maladies du sy s tè me nerveux, l. II, 1'" et 2o parties. 

2 Charcot, loc. cit., t. II, i^e partie. 



ISCllURIK ET OLIGURIE 277 

Parmi ces cas, il en est un digne d'attention entre tous, qui 
fera l'objet de notre première entrevue : c'est, — si je ne m'a- 
buse, — un exemple légitime d\me affection rare, très rare, 
et dont l'existence même est contestée par la plupart des 
médecins. 

Il ne faut pas dédaigner, Messieurs;, l'examen des cas excep- 
tionnels. Ils ne sont pas toujours un simple appât pour une 
vaine curiosité. Maintes fois, en effet, ils fournissent la solution 
de problèmes difficiles. En cela, ils sont comparables à ces es- 
pèces perdues ou paradoxales que le naturaliste recherche avec 
soin, parce qu'elles établissent la transition entre les groupes 
zoologiques ou qu'elles permettent de débrouiller quelque point 
obscur d'anatomie ou de physiologie philosophiques. 

C'est de Yischurie hijstérique que je veux vous parler. Dès 
l'abord, je dois entrer dans quelques explications au sujet de 
cette dénomination que quelques-uns d'entre vous entendent 
peut-être prononcer pour la première fois. 

A. Ischurie et impossibilité cï uriner, dans la langue tech- 
nique, vous le savez, c'est tout un. La signification des mots is- 
churie hystérique^ toutefois, est plus restreinte. 

Il ne s'agit pas là de la simple rétention d urine dans la ves- 
sie, fait vulgaire chez les hystériques. On sait que très commu- 
nément, en pareille circonstance, pendant des mois, des années 
même, l'intervention de la sonde est nécessaire; mais alors, 
l'urine extraite de la vessie est abondante ou, tout au moins, 
son taux ne s'éloigne pas du chiffre normal. 

Dans Yischurie des hystériques^ l'obstacle n'est ni dans l'u- 
rèthre, ni dans la vessie. Il est plus haut, soit dans les uretères, 
soit dans le rein lui-même, soit plus loin encore ; il y a là une 
question à juger. Le fait capital, c'est que la quantité d'urine 
rendue en vingt-quatre heures, à l'aide de la sonde, — car 
l'ischurie hystérique est presque toujours compliquée de réten- 



278 ISCHL'RIE ET OLIGUHIE 

tion urélhrale, — cette quantité, dis-je, est notablement au- 
dessous du chiffre physiologique ; souvent même elle est réduite 
à zéro et, pendant plusieurs jours, il y a, en définitive, sup- 
pression absolue d'urine. 

B. 11 convient d'ailleurs, dans l'espèce, d'établir des caté- 
gories. 

h'oligurie, ou même la suppression totale cl urine ^ peut 
n'être qu'un phénomène passager chez les hystériques et qui, 
du reste, comme l'a fait remarquer avec raison M. Laycock, 
pourra fréquemment passer inaperçu. C'est ainsi qu'on observe 
quelquefois chez ces malades, surtout aux époques catamé- 
niales, une suppression complète d'urine qui ne dépasse pas 
vingt-quatre ou trente-six heures. Peut-être y a-t-il en même 
temps un peu de malaise et d'accélération du pouls ; mais 
bientôt quelques cuillerées d'urine sont expulsées et tout ren- 
tre dans l'ordre ^ 

Les faits sur lesquels je veux fixer votre attention sont bien 
différents de ceux auxquels je viens de faire allusion. Ils offrent 
l'ischurie hystérique à son maximum de développement, à Tétat 
de symptôme permanent. Durant des jours consécutifs, des 
semaines, des mois, laquantité d'urine rendue en vingt-quatre 
heures peut être insignifiante, à peu près nulle. Parfois môme, 
il y a, pendant une série de plusieurs jours, suppression com- 
plète d'urine. 

Lorsque les choses prennent cette tournure, à la suppression 
se joint, d'une manière en quelque sorte obligatoire, un autre 
phénomène qui est pour ainsi dire le complément du premier: 
je veux parler de vomissements se répétant tous les jours et 
même plusieurs fois par jour, aussi longtemps que dure l'ischu- 
rie, et dont la matière présente quelquefois, dit-on, l'aspect ou 

^ Laycock. — A Treatisie on the Nervons Diseases of Women. London, 1S40, 
p. 229. 



HISTORIQUE 279 

l'odeur de l'urine. Toujours est-il que, dans deux ou trois cas, 
l'analyse chimique a découvert, dans ce^^ vomissements , la pré- 
sence d'une certaine quantité durée. 

En résumé, Messieurs, Tischurie hystérique nous offrirait, 
dans l'espèce humaine, la reproduction plus ou moins exacte 
de quelques-uns des phénomènes observés chez les animaux 
dans les cas de néphrotomie et ù.' oblitération des 7iretères par 
une ligature. 

Les expériences de Prévost et Dumas, et en particulier celles 
de MM. Cl. Bernard et Barreswil, nous apprennent, vous le 
savez, que, dans ces mutilations, il s'opère par l'intestin une 
élimination supplémentaire, dans laquelle on retrouve, suivant 
les uns, du carbonate cVammoniaque provenant de la décom- 
position de l'urée (Cl. Bernard), suivant les autres, Yurée 
elle-même (Munck). Quoi qu'il en soit, tant que s'effectue cette 
élimination, les animaux ne paraissent guère souffrir, et c'est 
seulement lorsqu'ils s'affaiblissent et que l'excrétion supplé- 
mentaire n'a plus lieu qu'éclatent les accidents graves qui 
bientôt occasionnent la mort. 

Vous saisissez les analogies et du même coup vous êtes frap- 
pés du contraste: les accidents cérébraux sont inévitables, à 
un moment donné, dans les cas d'expérimentation chez l'ani- 
mal, tandis que chez l'hystérique, le balancement entre l'excré- 
tion rénale et l'excrétion supplémentaire peut persister pendant 
des semaines, des mois, sans qu'il en résulte jamais aucun 
trouble appréciable dans la santé générale. Mais je ne veux 
point m'arrêter, pour l'instant, sur ce point; j'y reviendrai par 
la suite. 



II. 



Telle est, Messieurs, l'ischurie hystérique, au moins dans ce 
qu'elle a cT essentiel, d'après les rares auteurs qui ont admis son 



280 HISTORIQUE 

existence, car, je le répète, la réalité de cet accident a été mise 
en doute. Yous ne le verrez indiqué dans aucun des traités ou 
des articles récents sur l'hystérie, même dans les plus complets 
et les plus justement estimés. 11 n'en est nullement fait mention , 
entre autres, dans le grand ouvrage de M. Briquet. En somme, 
parmi les auteurs contemporains, M. T. Laycock, professeur à 
l'université d'Edimbourg, est peut-être le seul patliologisle 
qui, dans ses écrits, ait donné droit de domicile h l'isclmrie hys- 
térique. Après avoir consacré à ce sujet une série d'articles \ oii 
il relate deux observations originales, M. Laycock y est revenu 
dans son livre bien connu sur les Maladies nerveuses des 
femmes (1840). Partout ailleurs, si l'ischurie hystérique est 
mentionnée, ce n'est qu'en passant, à titre de renseignement, 
et non sans une pointe d'ironie à l'adresse des observateurs 
qui se sont laissé aller à prendre au sérieux cejjrétendu sijmp- 
iôme. 

Il n'est pas sans intérêt, par contre, de noter que les physio- 
logistes, Haller en tête, puis Carpenter et Cl. Bernard, ceux-ci 
toutefois sans rien affirmer, se sont montrés, sous ce rapport, 
beaucoup moins sceptiques que nel'ont été, par exemple, Prout 
et R. Willis. 

Jusque dans ces derniers temps, j'ai partagé l'incrédulité 
presque générale à l'égard de Tischuric hystérique, prévenu 
d'ailleurs par les enseignements de mon maître Rayer, qui ne 
manquait jamais de s'étendre longuement sur les supercheries 
de tout genre dont les hystériques se rendent coupables. Et il 
n'hésitait pas à confesser que lui-même — qui était un obser- 
vateur sagaceet d'une grande pénétration, — il avait failli plu- 
sieurs fois en être victime. Depuis, mes opinions se sont quel- 
que peu modifiées en présence du cas que je vais vous exposer 
tout à l'heure. 

1 The EdimbuvQh médical cuid mnjical Journal, 1838. 



SIMULATION 281 

Avant de vous placer en mesure de juger par vous-mêmes 
si ma conversion a élé trop précipitée, permettez-moi de recher- 
cher avec vous les principales circonstances qui ont fait que 
certains auteurs passent entièrement sous silence l'ischurie 
hystérique, tandis que d'autres la citent uniquement pour la 
reléguer au nombre des chimères. 

1° En premier lieu^ il convient de remarquer que Tischurie 
hystérique est un phénomène rare, du moins sous sa forme 
très accentuée, car il est impossible, nous Tavons déjà dit, que 
souvent l'iscurie légère demeure inaperçue. 

a. Ainsi M. Laycock, qui a consulté partout, n'a pu aligner 
que 27 cas, sur lesquels deux seulement lui appartiennent. 

6, Ajoutons qu'une critique un peu sévère réduirait encore 
très certainement ce chiffre. Lamajeure partie des observations 
est très ancienne (seizième et dix-septième siècle) et elles ne 
présentent pas le caractère de précision que nous exigeons à 
notre époque. D'autres sentent Fimposture d'une lieue. A qui 
fera-t-on croire, par exemple, qu'une femme puisse rendre par 
l'oreille^ en 24 heures, 2400 grammes d'un liquide qui, soumis 
à l'analyse, contenait de l'urée? Et ceci n'est pas tout : la même 
femme rejetait simultanément par le nombril un liquide ana- 
logue qui s'écoulait par jet : u spirted out », c'est l'expression 
qu'emploie le rédacteur de l'observation. Et cependant tous 
ces détails, et bien d'autres encore, sont consignés avec l'appa- 
rence du plus grand sérieux dans The American Joiinialofthe 
?7îeclical Science {iS2S). Autorisez-moi, je vous prie, à passer 
sous silence le nom du médecin qui a pris ce fait sous sa res- 
ponsabilité. 

2" Ceci m'amène à vous dire un mot de la simulation. On la 
rencontre à chaque pas dans l'histoire de l'hystérie, et l'on se 
surprend quelquefois à admirer la ruse, la sagacité et la téna- 
cité inouïes que les femmes, qui sont sous le coup de la grande 
névrose, mettent en œuvre pour tromper ..., surtout lorsque la 



i8i SIMULATION 

victime de Timpostiire doit être un médecin. Dans l'espèce, il 
ne me paraît pas démontré que \di panirie erratique des hysté- 
riques ait été jamais simulée de toutes pièces et pour ainsi dire 
créée par les malades. En revanche, il est incontestable que, 
dans une foule de cas, elles se sont plu à dénaturer, en les 
exagérant, les principales circonstances du cas, et à lui impri- 
mer le cachet de l'extraordinaire, du merveilleux. 

Yoici, en général, comment les choses se passent. L'anurie 
ou rischurie avec les vomissements existent seuls pendant un 
certain temps, et le phénomène est réduit par conséquent à 
sa plus grande simplicité. Mais bientôt, principalement si les 
accidents semblent exciter l'intérêt etla curiosité des médecins, 
de l'urine pure sera expulsée par les vomissements, en quantité 
considérable ; il en sortira par les oreilles, par le nombril, par 
les yeux et même par le nez, ainsi que cela eut encore lieu 
dans le fait tiré du journal américain. Enfin, si l'admiration est 
poussée à son comble, il s'y joindra peut-être des vomisse- 
ments de matières fécales ! 

Parmi les cas du dernier genre, celui qui, en France, a eu 
le plus de retentissement, est relatif à une nommée Joséphine 
Roulier, qui, durant plus de quinze mois, figura, vers 1810, à 
la clinique du professeur Leroux. La malade avait offert d'abord 
les symptômes de Tischurie simple avec parurie erratique. 
Nysten, qui rapporte le fait, avait analysé les matières vomies 
et y avait reconnu l'existence de l'urée. Peu après, survinrent 
l'écoulement d'urine par le nombril, les oreilles, les yeux, les 
mamelons, et enfin l'évacuation de matières fécales par la bou- 
che. Vous voyez. Messieurs, que c'est constamment la même 
série, — quels que soient le pays, le siècle, oii les observations 
sont recueillies. La fraude fut découverte par Boyer. Il suffît 
d'user de la camisole de force pour faire cesser les phénomènes 
extraordinaires, et on trouva dans le lit de la malade des bou- 
lettes de matière fécale dures et toutes préparées î Par mal- 



OBLITÉRATION CALCULEUSE DES URETÈRES 2^'S 

heur, les Recherches de physiologie et de chimie pathologiques 
venaient d'être publiées. 11 fallut faire amende honorable. Une 
note fut insérée dans le Journal générul de médecine, et une 
aulre fut annexée à quelques-uns des exemplaires du livre de 
Nysten. 

En face de ces faits, faut-il conclure que tout est imposture 
dans l'ischurie hystérique? Je ne le crois pas, Messieurs, et 
j'espère que vous vous rangerez à mon avis, quand vous aurez 
pris connaissance de toutes les particularités de l'histoire de 
ma malade. 

Il est une dernière circonstance qui est bien propre à jeter 
aussi un jour défavorable sur les observations d'ischurie hysté- 
rique : c'est que, en dehors de l'hysléric, la suppression d'urine, 
pour peu qu'elle se prolonge au delà de quelques jours (3, 4, 
5 jours à peine), est un sym[)tôme des plus graves et qui se 
termine à peu près nécessairement par la mort. 

Laissant de côté les cas d'anurie dépendant d'une maladie de 
Bright aiguë ou chronique qui sont trop complexes pour pren- 
dre place ici, je choisirai pour iy\)QY oblitération calculeuse des 
uretères survenant chez des individus jusque-là en bonne santé. 
Dans ces condilions, tantôt l'un des reins a été réduit, par une 
maladie antérieure, à une coque fibreuse remplie de kystes et 
partant est devenu impropre à la fonction d'urination ; tantôt 
et c'est le cas le moins fréquent, les deux uretères sont obhté- 
rés à la fois. Peu importe d'ailleurs, pour notre objet, que celte 
oblitération se produise avec ou sans accompagnement des 
douleurs de la colique néphrétique. Eh bien, Ilalfort \ Aber- 
crombie et tous les auteurs qui se sont attachés à l'étude de ces 
cas s'accordent à reconnaître que, si l'anurie persiste plus de 
quatre à cinq jours, les symptômes comateux, avec ou sans 
convulsions, apparaissent inévitablement et sont bientôt suivis 

1 Med. Transact.^ published by the Collège of physicians, t. VI, 1S20. 



284 ■ OBSERVATION 

de mort. La vie se prolonge un peu, si une quantité môme mi- 
nime d'urine peut être rendue, mais le résultat final ne varie 
pas. 

Il y a, toutefois, le chapitre des exceptions que nous devons 
d'autant moins négliger que nous en tirerons bénéfice. 

1° Dans le cas du docteur Laing (de Fochaber), cité par Robert 
Willis ', l'anurie dura dix jours, et il y eut guérison. 

2° Chez un malade deW. Roberts (de Manchester) la somno- 
lence ne survint que le huitième jour, quatrejours avant la mort-. 

3o Le plus remarquable exemple de prolongation de la vie, 
en semblable occurence, est, à ma connaissance, celui qui a 
été publié récemment par M. Paget dans les Bulletins de la 
Société clinique de Londres ^ Bien que l'anurie fût absolue, 
les symptômes comateux ne se montrèrent que le quatorzième 
jour. Le quinzième, le malade évacua une certaine quantité 
d'urine. Les accidents s'aggravèrent néanmoins et la termi- 
naison falale eut lieu le vingt-troisième jour. 

Quoi qu'il en soit, de même lorsqu'il s'est agi de l'expéri- 
mentalion chez les animaux, ici encore, le contraste est frap- 
pant entre Vischurie calculeuse, qui tue d'une manière à peu 
près certaine et Vischurie hystérique, qui laisse vivre, sans 
troubles notables de la santé générale, pendant de longs mois. 
Il y a là une difficulté sérieuse. Est-elle vraiment insurmonta- 
ble ? C'est ce que nous nous proposons de rechercher plus tard. 



IIL 



Mais il est temps, Messieurs, d'aborder l'étude du fait cli- 



1 Uvinary Piseascs. London, lS;-i8, p. 35. 

2 Voy. l'histoire de ce malade : in Bourneville. — Études clin, et therm., etc., 
p. 175, et la traduction du travail de M. Hoheris In Moiwemeyif médical, 1871. 

3 J. Paget. — Case of suppression of urine venj slowy fatal. In Transac. of 
ihe clinical Society in London, t. II, 1869. 



OBSERVATION 285 

nique qui sert de fondement à notre entrelien. En premier 
lieu, il faut bien établir sur quel terrain ont porté nos obser- 
vations. Et, dans ce but, ce que j'ai de mieux à faire, c'est de 
vous montrer la malade et de ftiire ressortir d'abord devant 
vous les symptômes qui existent actuellement et parmi les- 
quels vous reconnaîtrez les traits de l'hystérie intense, invété- 
rée, marquée par une réunion caractéristique de symptômes 
j)crmanents. 

Elcli..., Justine, née dans les Basses-Pyrénées, est âgée de 
quarante ans. Elle a exercé la profession d'infirmière. Elle est 
entrée à la Salpètrière en 1869 ; nous suivons donc ]a marche 
de sa maladie depuis quatre ans. 

Quelle est la situation actuelle? Ce qui frappe tout d'abord 
chez elle, c'est la contracture énorme qui affecte les membres 
supérieur et inférieur gauches. Cette contracture, qui ne cesse 
ni pendant le soaimeil naturel, ni pendant le sommeil chloro- 
formique, à, moins qu'il ne soit poussé en quelque sorte à ses 
dernières hmites, s'est développée subitement le 20 mars 1870, 
à la suite d'une grande attaque. Disons toutefois que, antérieu- 
rement, le membre supérieur était tout à fait paralysé, mais 
flasque, et déjà le membre inférieur correspondant était rigide. 
Cette dernière circonstance jointe à la rapidité avec laquelle 
s'est produite la contracture autorisa à déclarer, dans ce temps- 
là, qu'on n'avait pas affaire à une lésion cérébrale en foyer. 

Un autre trait distinctif qui existe chez cette malade, c'est 
une hémianesthésiecom^XhiQ, occupantles deux membres con- 
tractures, le tronc et la face du même côté. Non seulement 
l'anesthésie intéresse le tégument externe, mais elle s'étend 
encore à la portion des membranes muqueuses et aux organes 
des sens situés dans la moitié gauche du corps, xiinsi, pour ce 
qui concerne la vision, on note, chez cette femme, de Yhémiopie 
et de Yachromatopsie, phénomène signalé dans de semblables 



286 OBSERVATION 

circonstances, par M. Galezowski et sur lequel nous revien- 
drons. 

Parvenue à ce degré, rhémianesthébie nous fournit, dans 
l'espèce, un ensemble de symptômes presque spécifiques : je 
dis presque et non pas absolument spécifiques parce que nous 
verrons bientôt que des lésions cérébrales grossières, circon- 
scrites à certains départements de l'encéphale, les reproduisent, 
au moins en partie. 

Un symptôme très important que nous offre encore Etch..., 
c'est une douleur siégeant au-dessus de laine gauche. M. Bri- 
quet a donné à cette douleur le nom de cœllalgie, et il en place 
l'origine dans les muscles. Pour moi, d'accord en cela avec 
Négrier, Schutzenberger et Piorry, je pense que c'est V ovaire 
qui est en jeu. Quoi qu'il en soit de son siège exact, cette dou- 
leur, que j'appellerai y^yyje^'^sMé-^ze ovarienne, est jusqu'à un 
certain point pathognomonique. La pression, en l'exaspérant, 
détermine des sensations irradiées, toutes spéciales. Ces sensa- 
tions partent de la région ovarienne et gagnent successivement : 
1° l'épigastre ; 2° le cou, en se traduisant dans ces régions par 
une oppression plus ou moins considérable, la sensation bien 
connue de boule ou de globe; S*" la tête, oîi V irradiation est 
caractérisée par des bourdonnements, des sifflements dans 
l'oreille gauche, de la céphalalgie avec battements^ que la ma- 
lade compare à des coups de marteau, occupant la tempe gau- 
che, et enfin une obnubilation de la vue dans l'œil correspon- 
dant. Je me contente, pour le moment, d'énumérer ces 
phénomènes qui méritent une description plus minutieuse. 

Parmi les autres symptômes, je ne dois pas oubher la i^éteii- 
tion des urines et le ballonnement du ventre qui, eux aussi, 
sont dans ce cas des phénomènes permanents. Enfin, cette 
femme est sujette à des attaques spéciales, tantôt tétaniformes, 
tantôt épileptiformes, d'autres fois se rapprochant du type vul- 
gaire de l'hystérie. Ainsi, ce matin, vous pouvez reconnaître 



OBSERVATION 287 

un accident datant d'une atlaque survenue il y a deux jours : 
c'est le trismus, convulsion qui empêche l'alimenlation natu- 
relle depuis ce jour-là. 



IV. 



La malade peut aclnellement se retirer. Nous serons plus 
libres, en son absence, pour vous raconter les autres parti- 
cularités de son histoire. C'est une véritable odyssée. x\ussi, 
serai-je souvent obligé d'abréger, en ayant soin, néanmoins, 
d'indiquer la filiation des accidents. 

La première attaque convulsive a éclaté en 1855. Dans quelles 
circonstances, nous ne savons. Il y a là tout un roman, une 
affaire de viol (?), dans laquelle il est difficile de se débrouiller. 
Ce qui est plus sûr, c'est que cette attaque paraît avoir été 
d'une violence extrême : la malade est tombée dans le feu ; elle 
s"est brûlé la face, et vous avez pu voir les stigmates indélébiles 
qui sont résultés de cet accident. A partir de cette date, les 
attaques ont continué à se reproduire de temps à autre, avec 
le même caractère, mais assez rarement, deux ou trois fois par 
an environ. 

Dix ans plus tard, la rétention d'urine apparaît. La malade 
est prise d'une hémiplégie avec flaccidité du côté gauche à la 
suite d'une attaque, et entre dans le service de M. Lasègue. 

Admise la même année (1869) à la Salpêtrière, nous consta- 
tons : 1° une hémiplégie gauche, avec flaccidité du membre su- 
périeur et contracture du membre inférieur ; 2*^ une hémianes- 
thésie et de l'achromatopsie du même côté. Les symptômes 
offerts alors par Etch... sont consignés dans les thèses de 
MM. Hélot et Berger. 

En 1870, les choses restent à peu près dans le même état, si 
ce n'est qu'une nouvelle attaque est suivie d une contracture 



^88 OBSERVATION 

du membre supérieur gauche ;et, lors de mes leçons, en 1870, 
je vous ai présenté cette malade comme un spécimen de la 
forme hémiplégique de la contracture hystérique \ 

Dans le mois de mars 1871, une attaque donne lieu à une 
hémiplégie flasque du côté droit. Au bout d\m mois, la contrac- 
ture remplace la flaccidité. En avril, nous avions donc sous les 
yeux une contracture aussi intense que possible des quatre 
membres, contracture absolue, persistant nuit et jour, pendant 
le sommeil et la veille, résistant même au sommeil chlorofor- 
mique, ou, tout au moins, ne se résolvant qu'à la dernière li- 
mite. 

Ainsi, cette femme, vous le voyez, était condamnée à un repos 
absolu au lit ; elle était dans l'impossibilité de se servir de ses 
membres, conditions excellentes pour faciliter la surveillance. 
J'eus soin, en outre, de placer auprès d'elle deux infirmes dé- 
vouées, comme elle confinées au lit, et prêtes à tout me révéler 
si elles découvraient quelque supercherie. J'avais là la meil- 
leure police, celle des femmes par les femmes ; car vous savez 
que si les femmes font des complots entre elles, il est bien rare 
qu'ils réussissent. Ces renseignements suffisent, je crois, pour 
vous convaincre. Messieurs, que, dans cette première période, 
la simulation a été impossible. Mes amis, MM. les professeurs 
Bro^vn-Séquard et Rouget, qui virent la malade à cette époque, 
se déclarèrent, d'ailleurs, satisfaits de toutes les précautions 
prises. 

Il nous reste à vous montrer maintenant comment, au milieu 
de ces conditions favorables à une observation régulière, s'est 
produit le phénomène de l'ischurie. 

L'ischurie a commencé dès le mois d'avril 1871. Antérieure- 
ment déjà, une femme, employée au service, qui sondait la 

1 GeUe leçon, que l'on trouvera plus loin, a été d'abord publiée dans la Revue 
photograpidque des hôpitaux de Paris, 1871, p. 103. La PLA^•CIIE XXV de la 
lievice représente celte malade. 



OBSERVATION ÛHi) 

malade plusieurs fois par jour, s'aperçut que parfois la quantité 
d'urine extraite par le cathétérisme était très minime ; que, 
d'autres fois, elle était nulle pendant deux ou trois jours et 
môme davantage, sans que jamais les draps du lit fussent 
mouillés. 

À ces symptômes, qui persistèrent en mai et en juin, s'ad- 
joignirent bientôt des vomissements s'effectuant, d'ailleurs, 
sans effort. Je fis mine tout d'abord de n'être point surpris de 
tous ces accidents. Je me bornai à recommander d'observer 
discrètement nuit et jour la malade : à aucun moment, elle ne 
fut prise en défaut. 

Je vous prie de jeter les yeux sur les tableaux (Pl. IX, X, 
et XI) que je vous présente, et oii vous pourrez suivre dans les 
diverses phases de leur évolution les accidents qui se sont 
offerts à notre observation. Le tableau commence au d6 juil- 
let 1871, époque à partir de laquelle je fis recueillir jour par 
jour, séparément, et les urines et les vomissements. Il s'arrête 
en octobre 1871 (Pl. IX, X.) 

Du 16 au 31 juillet, la quantité des matières vomies avarié 
de 500 à IJoO centilitres, la moyenne quotidienne étant de 
1 litre. La quantité des urines a varié entre et o grammes : 
moyenne, 2 grammes oO en vingt-quatre heures. Pendant cette 
période, l'ischurie a été absolue de deux jours l'un (Pl. IX.) 

En août, la moyenne des urines a été de 3 grammes ; celle 
des vomissements de 1 litre dans les vingt-quatre heures. Pen- 
dant ce mois, l'anurie s'est, à plusieurs reprises, montrée com- 
plète pendant plusieurs jours. Mais remarquez que jamais l'ab- 
sence totale d'urine n'a persisté pendant plus de onze jours. 

Du 1" au 30 septembre, la moyenne des vomissements a été 
de 1 litre 1/2 par jour, celle des urines ne s'élevant pas au- 
dessus de 2 grammes 50 (Pl. X.) 

Un fait mis en relief par l'examen et la comparaison des 
courbes consignées sur le tableau, c'est que la ligne des vomis- 

Gharcot, t. I, ■j'^ édit. 19 



290 OBSERVATION 

sements s'c.cvc, cVune manière générale, quand celle des urines 
s'abaisse et inversement. Il y a donc eu un balancement assez 
régulier entre les deux phénomènes. 

Quel a été l'état général pendant cette longue période de 
quatre mois qu'a duré l'observation? A aucune époque nous 
n'avons remarqué de troubles dignes d'être notés. L'alimenta- 
tion, vous le comprenez sans peine, était très restreinte ; l'esto- 
mac rejetait presque aussitôt, sans fatigue, — caractère relevé 
avec raison par M. H. Salter ^ dans le vomissement hystérique, 
— la plus grande partio des aliments qui s'y introduisaient. Eh 
bien, malgré ces fâcheuses conditions, la nutrition ne soutfrit 
guère. C'est là, du reste, un fait connu depuis longtemps, en 
dehors de l'anurie, dans les cas de vomissements incoercibles 
des hystériques. 

J'avais pensé, dès l'origine, que les vomissements de notre 
malade devaient contenir de l'urée. Les premières recherches 
entreprises à cet effet demeurèrent infructueuses. Le procédé 
employé était insuffisant. J'invoquai alors le concours de 
M. Gréhant, dont la compétence en ces matières est indiscu- 
table. 11 nous le prêta avec la plus grande obligeance. 

22 centilitres cubes d'urine recueillis le 10 octobre, et repré- 
sentant la totalité des urines rendues ce jour-là, donnèrent à 
lanalyse gr. 179 d'urée. Le 11 octobre, la totaUté des vomis- 
sements, s'élevantà 1,460 centimètres cubes, donna 3 gr. 699 
d'urée. 

■ Afin de déterminer si le sang de notre malade renfermait une 
plus forte proportion d'urée qu'à l'état physiologique, nous nous 
décidâmes à pratiquer une petite saignée. Pour ce faire, et en 
raison des obstacles que la contracture opposait à l'opération, il 
fut indispensable d'endormir la malade. M. Gréhant retira 
gr. 036 d'urée pour 100 grammes de sang obtenu chez 

1 The Lcmcet, nos 1 et 2, t. Il, 1868. 



VARIATIONS DE l'iSCUURIE HYSTÉRIQUE ^91 

Ktchev..., etO gr. 034 pour 100 grammes de sang d'une per- 
sonne saine, examinée comparativement. On voit que le résultat 
des deux analyses a été identique. 

Par malheur pour nos investigations, l'emploi du chloroforme 
eut pour conséquence de modifier profondémentles symptômes 
que nous observions avec tant d'inlérét ; il y eut à la suite, 
pendant plusieurs jours, une incontinence d'urine. La contrac- 
ture disparut à droite : il ne fallait plus songer aux observations 
exactes. Les vomissements, d'ailleurs, se suspendirent bientôt, 
et les urines revinrent progressivement au taux normal. 



Tels sont. Messieurs, les résultats de la première série d'é- 
tudes qui nous ont décidé à entreprendre la réhabilitation de 
l'ischurie hystérique comme fait clinique réel. Les mêmes acci- 
dents, du reste, devaient reparaître bientôt, sous un aspect 
moins saisissant peut-être, mais toutaussi digne d'intérêt. Dans 
cette seconde phase, il n'y a pas eu d'anurie complète, même 
temporaire. Nous avons observé une simple oligurie. L'abon- 
dance des vomissements a été moindre. En un mot, si les acci- 
dents avaient été un peu moins accusés, et si nous n'avions pas 
été éclairé par l'observation antérieure, il eût pu se faire in- 
contestablement que Tévacuation supplémentaire d'urée eût 
échappé. 

Voyons succinctement ce qui s'est passé dans cette deuxième 
période. Après une rémission plus ou moins complète des symp- 
tômes, nous avons vu reparaître d'abord la rétention d'urine ; 
c'était en janvier. Le mois suivant, à la suite d'une attaque, 
nous notons des alternatives de polyurie (2 litres d'urine par 
jour) et d'oligurie. En mars, la sécrétion urinaire diminue déci- 
dément, et, le 18 du même mois, les vomissements apparaissent 



99^ NOUVELLE ANALYSE CHIMIQUE 

de nouveau. Jusqu'au 31 mars, la moyenne quotidienne des ma- 
tières vomies fut de 300 grammes. En avril, cette moyenne fut 
de 800 grammes pour les vomissements et de 100 grammes pour 
les urines (Pl. YII). Durant cette nouvelle phase d'expérimen- 
tation, nous n'étions pas dans des conditions aussi favorables 
que la première fois. Le membre supérieur droit était redevenu 
à peu près libre. Partant, il était urgent que nous nous missions 
à l'abri de toute cause d'erreur. Outre la surveillance ordinaire, 
dont on ne se départit pas un seul instant, nous eûmes recours 
aux précautions suivantes : de temps en temps, on visitait avec 
soin le lit de la malade ; on ne laissait à sa disposition ni vases, 
ni sondes, etc. Enfin, je parvins à lui persuader qu il serait 
peut-être avantageux, pour remédiera sa contracture qui per- 
sistait à gauche, qu'on lui maintînt les bras à l'aide de la cami- 
sole ; elle y consentit. Le camisolement, toutefois, ne fat pas 
absolument continuel ; on le suspendait à l'heure des repas 
pendant lesquels la malade était surveillée par la personne qui 
la faisait manger. 

M. Gréhanta analysé, à diverses époques du mois, les urines 
elles vomissements de douze jours. Durant ce laps de temps, 
la moyenne quotidienne des urines a été de 206 grammes, con- 
tenant 5 gr. 09 d'urée. La moyenne quotidienne des vomisse- 
ments, c'est-à-dire 362 grammes, renfermait 2 gr. 138 d'urée. 
En réunissant les deux quantités d'urée, nous avons un chiffre 
bien minime, 5 gr. 233. Je puis vousprésenter un échantillon 
d'oxalate d'urée qui a été extrait par M. Gréhant, des vomis- 
sements rendus pendant vingt-quatre heures. Nous utiUserons 

ce résultat dans un instant. 

Pas plus que précédemment, nous n'avons constaté d'éva- 
cuation supplémentaire par l'intestin ou la peau. La malade est 
d'habitude constipée, et cette fois encore nous n'avons rien 
remarqué de particulier vers le tégument externe. La santé gé- 
nérale n'a pas éprouvé de changements notables, et la tempe- 



GRAVITÉ DE L ANURIE ORDINAIRE 293 

rature ne s'est jamais élevée au-dessus de 37'' et quelques 
dixièmes \ 

Ainsi, Messieurs, cette nouvelle épreuve ne fait que confir- 
mer la première, et tout concourt, comme vous le voyez, à faire 
reconnaître V existence de Vhchurie hystériqiie avec parurie 
erratique, à titre de phénomène pathologique avéré, en dehors 
de toute simulation. Si cette conclusion est légitime, il est 
clair que les observations anciennes reprennent quelque valeur. 
Il est nécessaire seulement d'y dégager le faux du vrai ; d'en 
éliminer, par exemple, certains symptômes extraordinaires, 
tels que l'écoulement de l'urine par le nez, les yeux, etc., et 
les vomissements de matière fécale. Quelques-uns de ces cas 
se présentent d'ailleurs dans tous leurs détails avec les carac- 
tères d'un fait véridique. Dans cette catégorie, nous rangerons^, 
par exemple, le fait du D' Girldstone (de Yarm.outh) et quel- 
ques autres encore . 



YI. 



Je voudrais maintenant rechercher avec vous, Messieurs, si 
la contradiction que nous avons reconnue entre Xanurie ordi- 
naire qui s'observe chez l'homme ou Xanurie expérimentale- 
ment ^voàmiQ chez les animaux d'une part, et Vischurie des 



1 Etch. .. . a offert, cette année même (187o), une nouvelle période d'ischurie 
hystérique. En examinant le tracé (PI. XI), qui représente la quantité d'urine 
rendue chaque jour et celui qui résulte des 112 analyses chimiques faites par 
M. P. Regnard, on remarque que, pendant trois mois, la malade rendait quoti- 
c'icnncinent de l.j à 20 g-rammes d'urine, contenant de 3 à 4 décigrammes d'urée. 
Certains jours, pourfant, au milieu de crises douloureuses, la malade émettait en 
quelques heures jusqu'à quatre litres d'urine, renfermant 27 grammes d'urée. — 
Pendant cette période, Etch .... n'a pas présenté de vomissements par où l'urée 
ait pu s'évacuer, comme cela avait eu lieu dans les périodes dont il est question 
dans la leçon (Voir, à ce propos, une communication que nous avons faite avec 
M. P. Regnard à la Société de Biologie, 3 juillet 1875). — Nous aurons l'occasion 
de dire plus loin dans quelles circonstances cette ischurie a cessé tout à coup. 
(Voir p. 358). (B.) 



294 GRAVITÉ DE L ANURIE ORDINAIRE 

hystériques, de l'autre, est aussi absolue qu'elle semble l'être 
au premier abord. 

Dans le premier groupe de faits, la mort est à peu près cer- 
taine dans un bref délai ; dans le second, la santé générale se 
maintient en quelque sorte parfaite pendant un temps indéfini. 
L'opposition est on ne peut plus tranchée. N'est-il pas possible, 
néanmoins, par un examen approfondi de toutes les circons- 
tances, de saisir la raison de ce désaccord? Je ne suis pas, 
tant s'en faut, en mesure de résoudre le problème d'une ma- 
nière décisive. Aussi, dois-je me contenter de vous présenter 
à cet égard une hypothèse qui, peut-être, vous paraîtra plau- 
sible, mais que je vous prie, en tout cas, de ne prendre que 
pour ce qu'elle vaut. 

Que les animaux succombent constamment à la suite de la 
néphrotomie ou d'une ligature permanente des uretères, il n'y 
a là rien que de fort naturel. Toutefois, on est en droit de se 
demander ce qui arriverait si l'on pouvait instituer une expé- 
rience dans laquelle, par exemple, l'obstruction expérimentale 
des uretères serait intermittente. Prolongerait-on l'existence 
si, dans de pareilles conditions, il s'établissait un balancement 
régulier entre la fonction rénale etlafonction supplémentaire ? 
Malgré tout l'intérêt qu'il y aurait à résoudre ce problème, je 
l'abandonne pour revenir à la pathologie de l'homme. 

Reprenons donc l'exemple de l'obstruction calculeuse des 
uretères que nous avons invoquée plus haut. 

Une première remarque qui vient à l'esprit est celle-ci: chez 
notre malade, l'anurie complète n'a jamais dépassé une période 
de dix jours. Or, d'après les exphcations qui précèdent, ce n'est 
pas encore là la limite extrême à laquelle, dans l'obstruction 
des uretères, les symptômes d'intoxication urémique se pro- 
noncent nécessairement, puisque, dans l'observation de Paget, 
l'intégrité des fonctions, le maintien de la santé générale, ont 
persisté jusqu'au quatorzième jour. Sans doute chez Elchev..., 



BÉXIG.MTÉ RELATIVE DE l'iSCUURIE ilYSTÉUlQUE ^95 

]a quantité d'urine expulsée dans les jours intercalaires est 
très minime ; mais, quelque minime qu'elle soit, elle a une 
véritable importance, car tous les auteurs, depuis Halford, ont 
reconnu l'amendement, le soulagement considérable qui sur- 
viennent dans l'ischurie urétérique des calculeux lors de ré- 
mission des plus petites quantités d'urine. 

Autre particularité: le calculeux est frappé, surpris pour 
ainsi dire en pleine santé, tandis que, si j'en juge d'après notre 
observation, l'ischurie hystérique n'atteint son apogée que 
d'une manière progressive. Peut-être y a-t-il là une question 
d^œcoutuma/ice dont il esL juste de tenir compte. Loin de moi, 
toutefois, la pensée de croire que les hystériques jouissent 
d'une immunité particulière, d'une espèce de mithridatisme 
à regard de l'intoxication urémique. Cette résistance qu'elles 
offrent dans les conditions qui nous occupent, tient vraisem- 
blablement à une autre cause : il y a plutôt là une question de 
doses. Je m'explique. 

Le chiffre presque insignifiant d'urée évacuée dans les vingt- 
quatre heures par notre mahide, soit par l'urine, soit par les 
vomissements, a sans doute frappé votre attention. Durant une 
période de douze jours, avons-nous dit, elle n'a rendu quoti- 
diennement que 5 grammes d'urée. Ce chiffre est bien infé- 
rieur, vous le voyez, à celui que Schérer a trouvé chez un aliéné 
qui jeûnait depuis trois semaines ; 9 à tO grammes d'urée en 
vingt-quatre heures, voilà quel était ce chiffre. Nous avons vu, 
d'ailleurs, quil n'y a pas heu de faire intervenir dans notre cas 
une évacuation supplémentaire par les seUes ou les sueurs. 
Or, dans toute intoxication, et l'urémie n'échappe vraisembla- 
blement pas à cette règle, il faut tenir compte de Télément 
dose. 

Eh bien, n'est-il pas vraisemblable que cette diminution 
même du chiffre de l'urée, à laquelle correspondait sans doute 
une diminution corrélative des matières dites extractives, doit 



296 MÉCANISME DE l'iSCHURIE UYSTÉRIQUE 

rendre compte, chez notre malade, de l'absence de tout symp- 
tôme d'intoxication urémique? 

Nous sommes ainsi amené à admettre que chez Etchev..., 
il a existé, pendant tout le temps qu'a duré Tischurie, un ralen- 
tissement dans les phénomènes de désassimilalion, se tradui- 
sant par une diminution absolue du chiffre des matières excré- 
mentitielles. 

Cette condition, d'ailleurs, est peut-être commune à tout 
un groupe d'hystériques. 11 y a longtemps qu'on a remarqué, 
en effet, que certaines de ces malades résistent admirable- 
ment, dans le cas de vomissements incoercibles, à une alimen- 
tation très restreinte, insuffisante, sans perdre de leur embon- 
point et sans qu'il en résulte des troubles notables de la santé. 
Il serait assurément intéressant, en pareille occurrence, d'ana- 
lyser comparativement, jour par jour, le sang et les urines afin 
d'y déterminer la proportion de l'urée et des substances extrac- 
tives. Il serait possible, qu'à l'aide de ce moyen, on obtînt la 
solution du problème, que je ne puis qu'indiquer aujourd'hui. 



VII. 



QueJ est le mécanisme de l'ischurie hystérique? Oii siège 
l'obstacle qui s'oppose à l'accomplissement de l'excrétion uri- 
naire? L'urèthre et la vessie n'y sont certainement pour rien. 
L'obstacle est-il dans l'uretère, dans le rein lui-même? Nul in- 
dice n'autorise à songer à une phlegmasie de la glande rénale 
ou des uretères; la composition des urines, de môme que les 
autres symptômes, protesteraient contre une pareille hypothèse. 
Il est plutôt admissible qu'il faut invoquer une action du système 
nerveux. L'influence du système nerveux sur l'excrétion uri- 
naire n'est pas douteuse : qu'il nous suffise de rappeler à titre 
d'exemple que, chez les chiens, dont le ventre est ouvert, il 



MÉCANISME DR l'iSCHURU': IIYSTÉHIOUE 297 

peut se produire, par ce fait même, une suppression momen- 
tanée des urines, ainsi que l'a vu M. Cl. IJernard ; que dans To- 
péralion de la fistule vésico-vaginale, il arrive également par- 
fois que les urines soient supprimées pendant un certain laps 
de temps, c'est un fait sur lequel Jobert (de Lamballe) appelait 
l'attention. 

S'agirait-il, dans notre cas, d'une oblitération spasmodique 
des uretères ? On sait que ces conduits jouissent de propriétés 
contractiles très accusées ; ainsi, Mulder les a vus se contracter 
énergiquement chez un individu atteint d'exstropliie de la 
vessie, et Yalentin a dit avoir vu, de son côté, survenir, sous 
rinfluence d'une irritation des centres nerveux, une contraction 
très prononcée de ces mêmes canaux \ L'analogie, à son tour, 
paraîtrait étayer cette présomption : chez les hystériques, il est 
assez fréquent de voir des contractures de la langue, de l'œso- 
phage, etc., de longue durée. L'ischurie hysiérique, d'après 
cela, devrait être rapprochée de l'oblitération calculeuse des 
uretères. Malheureusement des objections d'une certaine va- 
leur sont contraires à cette vue. 

Les recherches expérimentales de M. Max Hermann démon- 
trent, vous le savez, que la proportion de l'urée diminue dans 
l'urine relativement au volume de celle-ci, lorsqu'on établit 
dans l'uretère une contre-pression. La pression parvient-elle à 
m. OGO millimètres de mercure, on ne trouve plus d'urée dans 
l'urine. 

M. Robert fde Manchester) - a confirmé la réalité de ce l'ait 
chez riiomme. Dans un cas d'obstruction calculeuse de l'ure- 
tère, il s'échappa une petite quantité d'urine claire, contenant 
seulement gramme, oO centigrammes d'uréepour 1,000 gram- 
mes. Or, chez notre hystérique, les urines renferment J5 gram- 



1 Donders PJqji'iolofjie. 

- TJie PaHiuloiiij of Suppression of Urine. \n The Laneet, ISdS, may 23 et 30 
- 1870, jiine 18 et Mouvement rncd., 1S71, p. 22, 23 et 128. 



:298 .NOUVEAU CAS D'iSClIURlK HYSTÉRIQUE 

mes durée pour J,000 grammes, chiffre qui se rapproche, 
comme on \oit, da chiffre normal. 

D'après cela, Messieurs, ce ne serait pas dans l'urelère que 
siégerait l'obstacle dans rischurie hystérique. Oij réside-t-il? 
Faut-il invoquer ici une influence du système nerveux, ana- 
logue à celle que Ludwig a découverte à propos de la glande sa- 
livaire ? En l'absence de tout renseignement à cet égard, nous 
ne pouvons que laisser la question en suspense 



1 Depuis que celte leçon a élé faite par M. Gharcot (juin 1872), M. Gh. Fernet 
a communiqué à la Société médicale des hôpifauxune note intitulée: DePoligiirie 
et de Vayua-ie Jnjdériques et des vomissements qui tes accrjmpagnent {Uiiion mé- 
dicale, 17 avril 1873, p, 5K6.) Apres avoir résumé les opinions de M. Gliarcot, 
M. Cl). Fernet rapporte une observation intéressante dont voici l'analyse. 

Marie L..., 19 ans, chloro-anémique, a été réglée à 16 ans. La menstruation 
a toujours été irrégulière. Une sœur de la malade est sujette à de fréquentes at- 
taques d'hysiérie. En janvier 1871, Marie L... eut une frayeur qui occasionna 
une attaque d'hystérie. En mai, faiblesse extrême, malaise, douleurs dans les 
membres (Régime fortillant ; quinquina, fer, bains de mer). A la fin du mois 
d'août, à la suite d'un bain de mer, Marie L... fut prise, pour la première fois, 
de vomissements, o Elle commença par rendre les aliments solides; puis, au 
l)Out de quelques jours, elle arriva à vomir tout ce qu'elle prenait... Ces vomisse- 
ments se répétèrent sans interruption jusqu'au mois d'odoiire, puis se calmèrent 
pendant une quinzaine de jours pour reparaître avec leur intensité première et 
persister sans répit... En mars 1872, L... entre à l'Hôtcl-Dieu (service de 
Ai. Moissenet). Traitement : lotions froides ; glaces et Champagne ; vésicntoirc 
morphine à l'épigastre. Les vomissements diminuèrent peu h peu, ne reparurent 
plus que par intervalles, et la malade sortit de l'hôpital le 13 avril ne vonnssant 
plus. — Durant les mois de mai et de juin, vomissements rares. Ils revinrent 
en juillet, après des contrariétés, et s'arrêtèrent de nouveau peut-être grâce au 
bromure de potassium. A la fin de juillet, une nouvelle émotion morale les fait 
reparaître avec leur fréquence et leur persistance antérieures. 

Maiie L.. . entre une seconde fois à l'Hôtel-Dieu, le 18 août 1872. C'est alors 
que M. Ch. Fernet put Tobserver. Elle présentait les symptômes suivants: f.ii- 
blesse excessive, anémie très marquée, et caractérisée surtout par la décolora- 
tion de la peau et des muqueuses ; névralgie intercostale ; sensibilité ovarienne 
développée du côté gauche, douleur à la pression ; anesthésie en divers points 
de la peau ; anesthésie plantaire complète : analgésie profonde des membres su- 
périeurs ; achromatopsie de l'œil gauche qui ne distingue pas la couleur jaune ; 
vomissements. La malade assure que depuis leur apparition elle ne rend 
qu'une minime quantité d'urine, que souvent elle reste plusieurs jours sans en 
rendre une seule goutte. — 4 sept. Régime lacté exclusif. — Du 4 au 9 sept., il 
n'y eut qu'une émission d'uriue (loO gr. environ). A partir de cette époque, 
M. Ch. Fernet fit mesurer exactement, d'une part, les quantités des aliments in- 
gérés, d'autre part, la quantité des matières vomies et d'urine rendue et, après 
avoir indiqué dans un tableau ces quantités jour par jour.il ajoute: l'exa- 
men du tableau qui précède permet d'établir une relation étroite entre l'état de 



NOUVEAU CAS d'isciilhie hystéhique 299 

la fonction urinaire et les vonnissemcnts. Dans une première période de temps 
comprise entre le 9 et le 16 septembre, c'est-;i-dire pendant bnit jours pleins, les 
urines i^ont complètement supprimées durant les six premiers jours et leur quan- 
tité est très faible pendant les deux derniers; or, dans ce laps de temps, la ma- 
lade, soumise au légime lacté, rejette par le vomissement la quantité des ma- 
tières rK[uides équivalente d'ahoid à la moitié ou aux trois quarts des liquides 
ingérés pendant les quatre premiers jours, puis sensiblement égale h. la quantité 
de lait qu'elle prend p^-ndant les quatre derniers j )urs. 

» Dans une seconde période comprenant neuf joiii's (du 18 au 2<J septembre i, la 
quantité des matières vomies semble avoir diminué; mais il n'en est rien si Ton 
compare cette quantité à celle des aliments ingérés; en fait, le régime ayant 
été modifié et se composant maintenant de bouillon froid, de viandes crues et 
de limonade, les vomissements représentent encore la presque totalité des ali- 
ments ingérés : or, pendant ce temps, il y a un peu d'urine dans les deux pre- 
miersjours (15 gr. et 250 gr.), mais leur émission est de nouveau suspendue 
dans les sept jours qui suivent. 

» Enfin dans une troisième période qui dure quatre jours (du 27 au 30 sept.), 
nous voyons la fondion urinaire se rétablir et le chifi're de l'urine atteindre le 
taux normal (1,000 gr., 500 gr., 1,100 gr., les deux derniers jours). En même 
temps, les vomissements diminuent le second jour et cessent le S*' et le 4«. » 

«Voulant s'assurer, comme l'a indiqué M. Gharcot, si les vomissements ne 
pourraient pas être imputés à l'élimination supplémentaire de l'urée par l'esto- 
mac, M. Gh. Fernet a fait analyser par INI. E. Hardy l'urine et les matières vo- 
mies. Du tableau récapitulatif de ces analyses, il ressort que l'urée s'est toujours 
présentée en quantité notable de gr. 55 à 1 gr. 87, dans ces matières vomies; 
en outre, que, quand la sécrétion urinaire a été supprimée, la quantité d'urée 
contenue dans les matières vomiesa été graduellement croissante durant ce laps 
de temps (du 19 sept, au 27, le chiffre s'est élevé de gr. 62 à i gr. OS) ; enfin, 
que du jour où l'urine rendue par la vessie a atteint un chiffre qu'on peut con- 
sidérer comme normal, l'urée a diminué dans la sécrétion gastrique pour dis- 
paraître sans doute en même temps que les vomissements. » 

Une action morale, — la prescription de pilules dites fulminates {mica panis), 
a occasionné un changement brusque dans l'état de Marie L... à partir du 
27 septembre. Les vomissements se sont arrêtés, la sécrétion urinaire a repris- 
son cours. Enfin, la malade est sortie en assez bon état de l'hôpital dans le cou 
rant de novembre. M. Ch. Fernet a fait ressortir, en terminant sa note, les nom- 
breux points de contact qui existent entre la malade de M. Gharcot et la sienne. 

— Nous citerons encore une thèse de M. Secouet : Des vomissements urémiques 
chez les femmes hystériques (Paris, avril 187:3). On y trouvera une observation 
qui, toute insuffisante qu'elle soit, à certains égards, paraît devoir être rattachée 
àTiscliurie hystérique. 

— L'observation de la malade qui fait l'objet de la précédente leçon a été pu- 
bliée in-e.rlenso dans nos Recherches cliniques et thérapeutiques sur l'épitepsie 
et l'hystérie, p. 151 (B.). 



DIXIEME LEGON 

De Ihémianesthésie hystérique. 



Sommaire. — Hémianesthésie et hyperesthésie ovarienne dans l'hystérie. — 
Association fréquente de ces deux symptômes. — Fréquence de l'hémianes- 
thésie des hystériques; — Ses variétés : elle est complète ou incomplète. — 
Caractères de Théiinanesthésie hystérique. — L"ischémie et les convulsion- 
naires. — Lésion des sens spéciaux. — Achromatopsie. — Relation entre 
l'hémianesthésie, l'hyperesthésie ovarienne, la parésie et la contracture. — 
Variabilité des symptômes dans Thystérie. — Valeur diagnostique de l'hé- 
mianesthésie hystérique. — Restriction qu'il convient d'y apporter. 

Hémianesthésie dépendant de certaines lésions encéphaliques. — Analogies 
qu'elle présente avec rhémianesthésie des hystériques. — Cas dans lesquels 
l'hémianesthésie de cause encéphalique ressemble à l'hémianesthésie des hys- 
tériques. — Siège des lésions encéphaliques capables de produire l'hémia- 
nes'hésie. — Fonctions de la couche optique : théorie anglaise et théorie 
française. — Critique. — Nomenclature allemande des diverses parties de 
l'encéphale. — Ses avantages au point de vue de la circonscription des lé- 
sions. — Cas d'hémianesthésie observés par Tiirck : siège spécial des lésions 
encéphaliques dans ces cas. — Observation de M. Magnan. — Altération des 
sens spéciaux. 



Messieurs, 
Il est deux points de l'histoire de Thystérie, sur lesquels je 
veux insister particulièrement dans cette leçon et dans la sui- 
vante. Ce sont, d'une part, Y hémianesthésie hystériqw, et 
d'autre part Y hyperesthésie ovarienne. Si je rapproche ces 
deux phénomènes l'un de l'autre, c'est que, en général, on les 
trouve tous les deux associés chez les mèiues malades. A propos 
de l'hyperesthésie ovarienne, j'espère vous rendre évidente 
l'influence déjà signalée autrefois et, plus tard, mise en doute, 



HYSTÉRIE OVARIENNE 301 

de la pression de la région ovarienne sur la production des 
phénomènes de raccèshj'stérique ; je vous ferai voir que cette 
manœuvre détermine, soit seulement les prodromes de l'atta- 
que hystérique, soit Tattaque complète dans un certain nombre 
de cas. Il en ressortira pour vous l'exactitude de l'assertion 
émise naguère parle professeur Schutzenberger, à propos de 
ce phénomène, malgré les dénégations opposées par quelques 
observateurs. 

Je vous indiquerai aussi un procédé que j'ai trouvé ou plutôt 
retrouvé, et qui permet d'arrêter, chez quelques malades, les 
accès hystériques môme les plus intenses. Il s'agit de la com- 
pression méthodique de la région ovarienne. M. Briquet nie la 
réalité des effets de cette compression. .Je ne ne puis être de son 
avis, et ceci me conduit à vous présenter une remarque géné- 
rale concernant le livre de M. Briquet ^ Ce livre est excellent; 
c'est le fruit d'une observation minutieuse, d'un labeur patient, 
mais il a peut-être un côté faible : tout ce qui touche à l'ovaire 
et à l'utérus y est traité avec une disposition d'esprit singulière 
de la part d'un médecin. C'est une sorte de pruderie, un senti- 
mentahsmeinexplicable.il semble qu'à l'égard de ces questions, 
l'auteur soit toujours dominé par une seule préoccupation. «En 
voulant tout rapporter à l'ovaire et à l'utérus, dit-il, par 
exemple, quelque part, on fait de l'hystérie une maladie de lu- 
bricité, une affection honteuse, propres à rendre les hystériques 
des objets de dégoût et de pitié. » En vérité, Messieurs, ce n'est 
pas là la question. Pour mon compte, je suis loin de croire que 
la lubricité soit toujours en jeu dans l'hystérie, je suis même 
convaincu du contraire. .Je ne suis pas non plus partisan 
exclusif de la doctrine ancienne, qui place le point de départ de 
la maladie hystérique tout entière dans les organes génitaux ; 
mais avec Schutzenberger, je crois qu'il est péremptoirement 

* Briquet (P.)- — Traité clinique et thérapeutique de ilvjsterœ. Paris, 1859. 



3U2 IIÉMIANESTUÉSIE DES HYSTÉRIQUES 

démontré que, dans une forme spéciale de riiyslcrie — que j'ap- 
pellerai, si vous voulez^ ovarienne ou ovarique — Tovaire joue 
un rôle imporlant. Cinq malades, que je ferai passer tout à 
l'heure devant vous, sont, si je ne me trompe, des exemples 
évidents de cette forme de l'hystérie ; vous pourrez, en les 
examinant, vous assurer de la véracité de la description que 
je vais entreprendre. 



Vous connaissez tous Xhénùancsthésie des hystériques. 11 y 
aurait quelque ingratitude à ne pas savoir en quoi consiste ce 
symptôme, car il a été révélé par des études toutes françaises. 
Piorry, Macario, Gendrin, Font décrit tour à tour et ont insisté 
sur ses caractères. Ce n'est que longtemps après eux que Szo- 
kalsky l'a fait connaître en Allemagne, et il n'a eu qu'à con- 
firmer, par des observations, d'ailleurs très recommandables, 
les faits énoncés par nos compatriotes. 

Afin de me restreindre, j'envisagerai seulement, — et cela 
suffira pour le but que je me propose, — \ hémianesthésie com- 
plète, telle qu'elle se présente dans les cas intenses. A ce degré 
même, c'est encore un symptôme fréquent puisque, suivant 
M. Briquet, il se rencontre 93 fois sur 400. Relativement au 
siège qu'il occupe, on trouve, toujours d'après cet auteur, 
70 cas pour le côté gauche et 20 pour le droit. 

Vous savez de quoi il s'agit en pareille circunstance. Les deux 
moitiés du corps étant supposées séparées par un plan antéro- 
postérieur^ tout un côté, — face, cou, tronc, etc., — a perdu la 
sensibilité, et si très souvent celte {)crte de la sensibilité porte 
seulement sur les parties superficielles (tégument externe), elle 
envahit quelquefois aussi les régions profondes (muscles, os, 
articulations). 



UÉMIANESTUKSIE LIV.^TÉRIOUE ! ISCUÉ.MIK 303 

V hémianesthésie hystérique se montre, vous le savez, sous 
deux aspects principaux : elle est compîè'e ou incomplète. Va- 
nalgêsie, avec ou sans insensibilité à la chaleur et au froid ou 
thermo-anesthésie, est, dans l'espèce, une des variétés les plus 
communes. La netteté avec laquelle les parties aneslhésiées 
sont séparées des parties saines est encore un caractère impor- 
tant de l'hémianesthésie hystérique. Snr la tête, la face, le cou, 
sur le tronc, la délimitation est souvent parfaite et correspond, 
je le répète, à peu de chose près, à la ligne médiane. Un autre 
trait qui mérite bien d'être mentionné, c'est la pâleur et le re- 
froidissement relatifs du côté anesthésié. Ces phénomènes, liés 
à une ischémie plus ou moins permanente, ont été observés 
maintes fois. Erown-Séquard et Liégeois ^ en ont cité des exem- 
ples. Cette ischémie i^eut être caractérisée dans les cas intenses, 
parla difficulté qu'il y a à tirer du sang des parties anesthésiées 
h l'aide d'une piqûre d'épingle. 

J'ai noté cette particularité dans le temps. Voici dans quelles 
circonstances : des sangsues ayant été appliquées sur une ma- 
lade atteinte d'hémianeslhésie hystérique, je remarquai que les 
piqûres fournissaient très difficilement du sang du côté anesthé- 
sié, tandis qu'elles en donnaient comme d'habitude du côté sain. 
Grisolle qui était, vous le savez, un observateur très sage et 
très sévère, avait constaté la même chose. Cette ischémie, qui, 
d'ailleurs, poussée à ce degré est assez rare, peut expliquer 
certains faits réputés miraculeux. Dans l'épidémie de Saint-Mé- 
dard^ par exemple, les coups d'épée que l'on portait aux con- 
vulsionnaires ne produisaiiint pas, dit-on, d'iiémorrhagie. La 
réalité du fait ne peut être repoussée sans examen ; s'il est 
exact que beaucoup de ces couDulsionnaires se soient rendues 
coupables de jonglerie, on est obligé de reconnaître cependant, 
après une élude attentive de la question, que la plupart des phé- 

1 Liégeois. — Mémoires de la Société de Bioloçjie, '^'^ série, t, I, p. 274. 



304 UÉMIAXESTIIÉSIE ET llïl'EKESTllÉSIE OVARIENNE 

nomèiies qu elles ontpréseiiLés et dont riiistoire nous a transmis 
la description naïve ', étaient, non pas simulés de toutes pièces, 
mais seulement amplifiés, exagérés. Il s'agissait là, presque 
toujours, la critique l'a démontré, de l'hystérie poussée au plus 
haut point ; et pour que, sur ces femmes frappées d'aneslhésie, 
une blessure par un instrument piquant, tel qu'une épée, ne fût 
pas suivie d'écoulement de sang, il suffisait, vous le comprenez 
d'après ce qui précède, que l'instrument ne fût pas poussé trop 
profondément. 

Il est encore d'autres caractères de riiémianestliésie hystéri- 
que qui méritent tout notre intérêt, tantau point de vue clinique 
qu'au point de vue de la théorie. Les membranes muqueuses 
sont atteintes d'un côté du corps comme le tégument externe. 
Les organes des sens eux-mêmes sont affectés à un certain de- 
gré du côté anesthésié. Le goût peut avoir disparu sur la moitié 
correspondante de la langue, depuis la pointe jusqu'à la base. 
Vodorat est émoussé. La vue est affaiblie d'une manière très 
notable et si l'amblyopie occupe le côté gauche, il peut se pré- 
senter un phénomène très remarquable, sur lequel M. Gale- 
zowski a appelé l'attention et qu'il a désigné sous le nom 
'X achromatopsie . Nous reviendrons ailleurs sur ce point (Voir 
Appendice, n" 5). 

Vhémianesthésie hystérique ne semble pas toucher les vis- 
cères. Ainsi, pour ne parler que de l'ovaire, au lieu d'une anes- 
thésié, c'est une hyperesthésie que l'on constate. Cet organe peut 
être très douloureux à la pression, alors que la paroi abdo- 
minale correspondante est absolument insensible. Or, il existe, 
Messieurs, entre le siège de Thémianesthésie et celui de l'hyper- 
esthésie ovarienne, une relation très remarquable. Si celle-ci 

^ Carré de Monlgeron. — La vérité des miracles opérés à Vintercessiun de M. de 
Paris et autres appelants, etc., l'/37. 



IIÉMIA^'ESTUÉSIE HYSTÉRIQUE 305 

occupe le côté gauche, rhémianesthésie siège à gauche et inver- 
sement. Quand Thyperesthésie ovarienne est double, il est de 
règle que l'anesthésie se montre généralisée et occupe par 
conséquent la presque totalité du corps. 

Ce n'est pas seulement entre le siège de l'hémianesthésie et 
celui de l'hyperesthésie ovarienne qu'une semblable relation 
existe ; elle est aussi très évidente en ce qui concerne la parésie 
ou la contracture des membres. Ainsi, lorsque la parésie ou la 
contracture doivent survenir, c'est toujours du côté de l'hémia- 
nesthésie qu'elle se manifeste. 

L'hémianesthésie, telle qu'elle vient d'être décrite, est, dans 
la cHnique de Thystérie, un symptôme d'autant plus impor- 
tant qu'il esta peu près permanent. Les seules variations qu'il 
présente sont relatives au degré, à l'intensité des phénomènes 
qui le composent et quelquefois aussi, nous devons le dire, à 
la fluctuation de quelques-uns d'entre eux. 

Vachromatopsie est de ce nombre : constatée très nettement, 
il y a quelques semaines, et à différentes reprises, chez une de 
nos malades, elle a disparu aujourd'hui. 

Il importe de ne pas oublier, à ce propos, que l'hémianes- 
thésie est un symptôme qu'il faut chercher, ainsi que M.Lasègue 
l'a fait remarquer très judicieusement \ Il est, en effet, beau- 
coup de malades qui se montrent toutes surprises quand on 
leur en révèle l'existence. 



II. 



Je veux rechercher maintenant jusqu'à quel point l'hémia- 
nesthésie, telle qu'elle vient d'être décrite, est un symptôme 
propre à Thystérie. En réalité, il est très rare qu'elle puisse être 

^ Archives générales de iJiédecme, 1864, t. I, p. 38o. 

Charcot, t. I, 5e édit. 20 



306 UÉMIANESTUÉSIE DE CAUSE ENCÉl'UALIQUE 

reproduite avec l'ensemble de tousses caractères par une autre 
maladie. Son existence bien constatée est donc un indice pré- 
cieux et qui fera reconnaître maintes fois la nature de bon 
nombre de symptômes qui, sans cela, seraient restés douteux. 
C'est là un point sur lequel M. Briquet a eu raison d'insister 
avec force ; pour montrer l'intérêt de cette notion, il a rappelé 
le cas 011 une femme, à la suite d'une émotion morale vive, 
serait tombée rapidement dans un coma plus ou moins profond, 
précédé ou non de convulsions (forme comateuse de Thystérie) 
et chez laquelle on aurait observé, au réveil, une hémiplégie du 
mouvement plus ou moins complète. C'est là un ensemble de 
circonstances qu'il n'est pas très rare de rencontrer dans la pra- 
tique. Or, en pareille occurrence, il peut arriver que la situa- 
tion soit très embarrassante pour le médecin. Eh bien, la 
présence de l'hémianesthésie, revêtue de tous ses caractères 
qui, alors, ne ferait vraisemblablement pas défaut, pourrait, 
dit M. Briquet, mettre sur la voie. Cette assertion est parfai- 
tement exacte, je n'ai rien à y reprendre, si ce n'est cependant 
sur un point. 

S'il est vrai que l'hémianesthésie soit un symptôme presque 
spécifique, en ce sens qu'on ne le retrouve pas avec les mêmes 
caractères dans l'immense majorité des cas de lésions maté- 
rielles de l'encéphale (hémorrhagie, ramolhssement, tumeurs), 
on ne saurait admettrequece caractère est absolu. Ilestinexact, 
surtout, de dire que V hémianesthésie développée sons C influence 
des lésions encéphaliques diffère toujours de r hémianesthésie 
hystérique en ce que dans celle-là la peau de la face ne parti- 
cipe pas à V insensibilité, ou que, quand elle existe, elle ne siège 
jamais du même côté que celle des membres. C'est là une 
inexactitude qu'on voit reproduite, à peu près avec les mêmes 
ternies, dans la thèse d'ailleurs très intéressante de M. Lebreton \ 

^ Lebreton. — Des différentes variétés de la paralysie liystérique. Thèse de 
Paris, 1868. 



LÉSIONS DES CORPS OPTO-STRIÉS 307 

J'éprouve quelque répugnance à m'atlaquer encore à l'œuvre 
si remarquable de M. Briquet, mais plus cette œuvre est esti- 
mable, et justement estimée, plus les inexactitudes qui ont pu 
s'y glisser acquièrent de gravité. Cette considération justifiera, 
je l'espère, ma critique. 

Messieurs, dans des cas à la vérité exceptionnels, mais parfai- 
tement authentiques, certaines lésions cérébrales en foyer 
peuvent reproduire Thémianesthésie avec tous les caractères 
qu'on lui connaît dans l'hystérie, ou peu s en faut. Permettez- 
moi d'entrer à ce sujet dans quelques développements. 

La doctrine classique, du moins parmi nous, doctrine qui 
invoque d'ailleurs à la fois les données de l'observation clinique 
et celles fournies par l'expérimentation chez les animaux, veut 
que les lésions cérébrales en foyer qui affectent si profondément 
lamotilité — en particulier quand elles occupent la région de la 
couche optique et du corps strié — restent à peu près sans effet 
sur la sensibilité. A ce point de vue, Messieurs, le résultatest, 
dit-on, toujours le même, qu'il s'agisse de lésions intéressant 
spécialement le corps strié, la couche optique, ou encore l'a- 
vant-mur. 

Tout d'abord, lorsqu'il s'agit de lésions à développement 
brusque, déterminant une attaque apoplectique et portant sur 
l'un quelconque des points qui viennent d^étre énumérés, le 
symptôme qui frappe, c'est une hémiplégie, plus accusée au 
membre supérieur qu'à l'inférieur et s'accompagnant de flacci- 
dité. A la face, la paralysie affecte d'ordinaire lebuccinateur et 
l'orbiculaire des lèvres ; le plus souvent aussi la langue est tirée 
du côté paralysé. Alaparalysie du mouvement se surajoute une 
paralysie des nerfs vaso-moteurs qui se traduit par une élévation 
de la température du membre paralysé. Quelquefois cette para- 
lysie vaso-motrice apparaît dès l'origine. 

Quant à la sensibilité, elle n'est pas modifiée d'une manière 



308 IIÉ.MIANESTIIÉSIE DE CAUSE ENCÉPUALIQUE 

appréciable, ou, au moins, dune manière durabie.Le^ sens spé- 
ciaux n'offrent aucun changement sérieux, à moins de compli- 
cation, par exemple Y embolie de l'artère centrale de la rétine, 
s'il s'agit d'un ramollissement consécutif à la migration d'une 
végétation valvulaire, ou ^ncov^ld. compression, par voisinage, 
d'une des bandelettes optiques, dans le Q,d.?>à'nnfoijer hémor- 
ragique quelque peu volumineux. Tel est, en résumé, l'en- 
semble symptomatique que l'on rencontre dans l'immense 
majorité des faits d^hémorragie ou de ramollissement affectant 
les points de rencéphale que nous avons indiqués. 

Incontestablement, Messieurs, c'est bien ainsi que se passent 
les choses dans la grande majorité des cas. Mais, à côté de la 
règle, il y a le chapitre des exceptions. Il est des cas, et pour 
mon compte j'en ai observé plusieurs de ce genre, dans lesquels 
la sensibilité est affectée d une façon prédominante et dans 
lesquels l'anesthésie persiste, même après la restauration du 
mouvement. 

Ces altérations de la sensibilité peuvent se présenter avec les 
caractères suivants : L'anesthésie affecte toute une moitié du 
corps et s'arrête juste à la Ugne médiane. La moitié correspon- 
dante de la face, la peau aussi bien que les membranes mu- 
queuses \ se montrent insensibles, absolument comme dans 
l'hémianesthésie hystérique. 11 est possible d'observer alors 
Vanalgésie et la thermo-anesthésie , avec conservation de la 
sensibilité tactile, ainsi que l'ont constaté MM. Landois et 
Mosler '. Enfin, il est encore des cas, plus rares à la vérité et 
jusqu'ici imparfaitement observés, mais qui, malgré tout, ont 
bien leur valeur, cas qui rendent probables les altérations, en 
pareille circonstance, des sens spéciaux du côté opposé à la 
lésion encéphalique, c'est-à-dire du même côté que l'hémia- 
nesthésie. 

1 Hirscli. — Klinische Fragments, I, Abt., p. 207. Kœnigsberg-, 18G7. 

2 Landois et Mosler. — BevUner klin. Wocliens., 1868, p. 401. 



TBÉORIE ANGLAISE 309 

Les médecins du siècle dernier avaient déjà remarqué ces 
faits exceptionnels. Borsieri, entre autres, raconte l'histoire 
d'un malade qui, trois mois auparavant, avait été frappé d'apo- 
plexie et chez lequel l'anesthésie existait encore quoique la 
motilité fût revenue. Il cite quelques autres observations du 
même genre, empruntées à divers auteurs \ 

Des faits analogues ont été rapportés par Abercrombie, An- 
dral, plus récemment par Hirsch, Leubuscher, Broadbent, 
H. Jackson ' et surtout par L. Turck. Seul, ce dernier a su 
donner, relativement au siège que les lésions encéphaliques 
occupent dans ces cas-là, des notions décisives. 

Presque toujours, lorsque l'hémianesthésie se présente avec 
ces caractères, la couche optique est lésée d'une manière sinon 
exclusive du moins prédominante (Broadbent, II. Jackson). En 
ce qui me concerne, j'ai vu Thémianesthésie se surajouter à 
l'hémiplégie chez plusieurs sujets atteints d'hémorrhagie céré- 
brale et toujours alors j'ai rencontré à l'autopsie la lésion de la 
couche optique dont, pendant la vie, j'avais cru pouvoir an- 
noncer l'existence. 

Faut-il, Messieurs, induire de ce qui précède que la lésion 
de la couche optique est la véritable cause organique de l'hémia- 
nesthésie observée dans tous ces cas ? C'est là une question qui 
mérite de nous arrêter. 

Je suis ainsi amené à vous parler de la théorie physiologique 
qu'on pourrait appeler théorie anglaise, puisque ce sont deux 
auteurs anglais, Todd et Carpenter, qui Font, les premiers, je 
crois, émise et soutenue. D'après cette théorie, la couche op- 
tique serait le centre de perception des impressions tactiles : 
elle répondrait, en quelque sorte, aux cornes postérieures delà 

1 Borsieri. — Inst. pract., vol. III, p. 76. 

2 H. Jackson. — Note on the Fundions ofthe optic Thalamus. In London Hos- 
pital Reports, 1806, t. III, p. 373. 



3i0 TUEORIE ANGLAISE 

substance grise de la moelle. Le corps strié, lui, serait Tabou- 
tissant du tractiis moteur et en rapport avec l'exéculiôn des 
mouvements volontaires: il serait l'analogue des cornes anté- 
rieures de la moelle. 

Cette théorie, dont Scbrœder Yan der Kolk ^ s'est montré 
partisan déclaré, est, si Ton peut ainsi dire, Tanlipode de la 
doctrine française que vous trouverez exposée d'une manière 
très complète dans les Leçons de M. Yulpian. D'après celle-ci, 
le centre oii les impressions sensitives se transforment en sen- 
sations ne serait pas dans le cerveau proprement dil , puisqu'un 
animal auquel le cerveau, y compris la couche optique et le 
corps strié, a été enlevé, continue à voir, à entendre, à ressentir 
la douleur, etc. Ce serait donc plus bas, dans la protubérance et 
peut-être aussi dans les pédoncules cérébraux, que résiderait 
le centre des impressions sensitives. 

Suivant cette hypothèse, on apprécie comme il suit, dans le 
domaine pathologique, les faits bien avérés oii une lésion de la 
couche optique coïncide avec la diminution ou l'abolition de la 
sensibilité sur le côté du corps, frappé d'hémiplégie. Souvent il 
s'agit là, dit-on, et cet argument est parfaitement fondé, de 
lésions récentes telles que V hémorragie intra-encéphalique 
ou le ramollissement y ou bien encore des tumeurs, lésions par 
suite desquelles la couche optique se trouve distendue à l'ex- 
trême et qui peuvent, en conséquence, avoir pour effet de dé- 
terminer la compression des parties voisines, des pédoncules 
cérébraux, par exemple. Il est bien établi, d'un autre côté, que, 
dans nombre de cas, la couche optique peut être lésée, même 
profondément et dans une grande partie de son étendue, sans 
qu'il s'en suive aucun trouble spécial, dans la transmission des 
impressions sensitives. 



1 Schrœdei' van der Kolk. — PatJiol, und Thérapie der Geistenloankheiten. 
Bi'aunschweig, 1863, p. 20. 



CONDITIONS QUE DOIVEM' REMI'LIR LES OBSEHVATIONS M î 

Au dernier argument, les auteurs anglais, M. Broadbent. 
entre autres', opposent que la couche optique, centre présumé 
des impressions sensitives, doit sans doute être assimilée à l'axe 
gris de lamoelle épinière ; celui-ci, comme on le sait, continue 
à transmettre ces impressions, alors même qu'il a subi les dé- 
sordres les plus graves, pour peu qu'un petit lambeau de sub- 
stance grise subsiste, capable de rattacher le bout inférieur au 
bout supérieur. J'avoue que la comparaison me paraît forcée. 
du moment surtout oii Ton pose en principe que la couche op- 
tique doit être considérée comme un centre ; car, en ce qui con- 
cerne la transmission des impressions sensitives, l'axe gris de 
lamoelle n'est évidemment qu'un conducteur. 

Quoiqu'il en soit, voilà. Messieurs, où en sont les choses, 
A mon sens, la question en litige ne pourra être résolue d'une 
manière définitive qu a l'aide de bonnes observations cliniques 
auxquelles viendra s'adjoindre le contrôle d'études anatomiques 
très soignées, dirigées principalement dans le butd'établir, avec 
une grande précision, le siège des lésions encéphaliques aux- 
quelles pourraient être rattachés les symptômes constalés pen- 
dant la vie. De plus, les circonstances de l'observation devront 
se montrer telles que l'influence de la compression ou de tout 
autrephénomène de voisinage puisse être complètement écartée. 
Or, Messieurs, dans l'état actuel de la science, les faits réunis- 
sant toutes ces conditions-là sont, autant queje sache du moins, 
excessivement rares. On peut citer toutefois, comme se rappro- 
chant de cet idéal, les cas qui ont été présentés par L. Tiirck 
à l'Académie des sciences de Vienne ^ et auxquels j'ai déjà fait 
allusion. Ils sont au nombre de quatre. 



* Broadbent. — Médical SocietT/. London, 1865, et Med. chirurg. Revieiv. 
2 Sitzwigsber. derkais. Akademie der Wissenschaften zu Wien. 1839. Voyez 
l'analyse de ces faits à la page 3i:j et aux pages suivantes. 



3iâ TOPOGRAPUIE DES LÉSIONS ENCÉPnALlQUES 

Dans les fails relatés par L. Tiirck, il s'agit, Messieurs, soit 
d'anciens foyers hémorragiques représentés par des cicatrices 
ochreuses, soit de foyers de ramollissement parvenus à l'état 
d'infiltration celluleuse. Dans tous les cas, l'hémiplégie, Kée à la 
présence des foyers, avait disparu depuis longtemps lors de l'au- 
topsie ; mais l'hémianesthésie avait persisté jusqu'à la termi- 
naison fatale. Les parties de l'encéphale intéressées par l'altéra- 
tion sont indiquées avec soin. 

La nomenclature germanique des diverses parties de Tencé- 
phale, toute rebutante qu'elle nous paraisse, en raison de la 
multiplicité et de la singularité des termes, présente cependant, 
à mon sens, un avantage incontestable : c'est, passez-moi la 
comparaison, une géographie très complète, où le plus petit 
hameau se trouve désigné par un nom. La nomenclature fran- 
çaise aie mérite, sansdoute, de tendre à la simplification ; mais 
c'est parfois au détriment de l'exactitude absolue : elle est sou- 
vent incomplète. Or, pour les questions du genre de celle qui 
nous occupe, il n'est pas de détail si minulieux qu'il soit, qui 
doive être négligé. A tout prix, il faut tenir compte des moin- 
dres détails, car nous isnorons totalement, dans l'état oii en est 
encore, àl'heure qu'il est, laphysiologie du cerveau, sitel petit 
point, qui n'a pas de nomdansla nomenclature française, n'est 
pas une position de première importance. 

Faisant appel à la nomenclature en usage de l'antre côté du 
Rhin, cherchons à nous orienter, afin de bien reconnaître le 
siège des parties lésées dans les observations de L.Tûrck. 

Je mets sous vos yeux une coupe frontale faite au travers des 
hémisphères cérébraux, immédiatement en arrière des émi- 
nences mamillaires {Fig- 18). Vous reconnaissez sur cette 
coupe, immédiatement en dehors des ventricules moyens le 
noijau caiidé (noyau intra-ventriculaire du corps strié), qui, 
dans cette région, n'est plus représenté que par une toute petite 



TOPOGRAPUIE DES LESIONS ENCEPHALIQUES 



313 



masse de substance grise ; — au-dessous de lui, et en dedans, la 
couche optique, offrant ici un grand développement ; — en 
dehors de la couche optique, la capsule interne, formée princi- 
palement par des tractus de substance blanche qui ne sont 
autres que le prolongement de l'étage inférieur du pédoncule 




Vig, 18. — ^ouim transversale du cerveau. — a. couche optique; — Z», corps strié, noyau lenti- 
culaire ; — ^- •■orps strié, noyau caudé; — f, indication delà couronne rayonnante de Reil; 
— 2. i\ 2", foyers apoplectiques (obs. II du mémoire de M. Tiirck, p. 31t3) ; — 3, indi- 
cation d'un foyer apoplectique (Obs. III du mémoire de M. Tiirck.) — Voir la note p. SKi. 



cérébral, et qui vont s'épanouir dans le centre ovale pour con- 
courir à la composition de la couronne rayonnante ; — plus en 
dehors, le noyau exlra-ventriculaire du corps, strié oii l'on 
distingue trois noyaux secondaires désignés par les numéros 1, 
2, 3 : le troisième, le plus externe, est désigné parfois sous le 
nom de Putamen. — Plus en dehors, encore, se trouve une 
mince lamelle de substance blanche, la capsule externe, et, 
enfin, une bandelette de substance grise. Vacant-mur (Vor- 
mauer) . 

Or, Messieurs, dans les cas de M. Tiirck, les lésions avaient 



314 OBSERVATIONS DU D'' TUHCK 

envahi à la fois la partie supérieure et externe de la couche 
optique, le troisième noyau de la partie extra-ventiiculaire du 
corps strié, la partie supérieure de la capsule interne, la région 
correspondante de la couronne rayonnante et la substance 
blanche avoisinante du lobe postérieur. 

Il s'agit là par conséquent de lésions complexes ; mais elles 
permettent tout au moins de circonscrire la région dans laquelle 
devront être dirigées les recherches. Des études ultérieures et 
suffisamment multipliées nous feront bientôt connaître l'altéra- 
tion fondamentale, celle à laquelle devra être rattachée l'exis- 
tence de Thémianesthésie. 

Quelques autres faits d'hémianesthésie de cause cérébrale, 
publiés postérieurement à ceux de Tiirck, signalent des altéra- 
tions portant sur la même circonscription de l'encéphale et n'a- 
joutent d'ailleurs rien d'important aux résultats obtenus par 
cet observateur. Tel est entre autres le cas de M. Hughlings 
Jackson ^ ; ici encore l'altération n'était pas limitée au thala- 
mus ; elle s'étendait au noyau extra-ventriculaire du corps 
strié : il s'en suit donc que la capsule interne avait dû être lésée 
dans sa partie postérieure. Il en a été de même dans le fait 
observé par M. Luys - : le centre médian de la couche optique 
était lésé, mais Taltération avait envahi le corps strié (vraisem- 
blablement le noyau extra-ventriculaire). 

En résumé, on peut conclure, je crois, de ce qui précède que, 
dans les hémisphères cérébraux, il existe une région complexe 
dont la lésion détermine l'hémianesthésie ; on connaît approxi- 
mativement les limites de cette région ; mais, actuellement, la 

1 The disease was not slrictly limiled to thc thalamus... Outwards the di- 
sease extended throughthe small longue of corpus sti'iatum,which curves round 
the outside of the thalamus, and Ihence up to the grey matter of the convolutions 
of the Sylvian fissure. (London Hospital Reports, loc. cit., t. III, p. 3*6.) 

2 Luys. — Iconof/raphie photographique des centres nerveux, p. 16. 



DESIDERATA 31.') 

localisalion ne saurait être poussée plus loin, et personne n'est 
en droit de dire si c'est, dans ]a région indiquée, la couche 
optique qui doit être incriminée plutôt que la capsule interne, le 
centre ovale, ou encore le troisième noyau du corps strié. 

Quant à présent l'anesthésie de la sensibilité générale paraît 
seule avoir été signalée, en conséquence d'une altération des 
hémisphères cérébraux ; de telle sorte que \ obnuhilahon des 
sens spéciaux resterait comme caractère distinctif de Thémia- 
nesthésie des hystériques. Mais il est permis de douter que les 
organes des sens aient été attentivement explorés dans les faits 
d'hémianesthésie par lésion cérébrale publiés jusqu'à ce jour ; 
les observations ne contiennent aucune mention à cet égard ^ 



1 Nous ne connaissions, à l'époque où celte leçon aélait faite, les obsei-valions 
de L. Tûi'ck, que pai' la mention très brève qui en a été donnée dans le Traité 
des maladies du sijslè.me nerveux de M. Rosenthal. Depuis lors, nous avons pu 
nous procurer, grâce à l'obligeance de M. Magnan, la traduction complète du mé- 
moire de Tiirck [Ueberdie Beziecliung (jecissesKranlieitskerdedegossen Ge/iirnes 
zur AnestJiesie. Ausdemxxxvi BandS. 19ides Jaln^ganges 1859 des Silzungsbe- 
richte der mathem. naturw. Classe der Kais, Akademie der Wis^enschaften). 
Nous croyons utile de donner la substance de ce travail. Après avoir rappelé que 
d'ordinaire dans l'hémiplégie déterminée par la formalion des foyers apoplecti- 
ques dans le cerveau (hémorrhagie et ramollissement), la sensibilité reparaît, en 
règle générale très promptement, l'auteur rapporte quatre cas dans lesquels 
l'anesthésie a persisté au contraire;! un degré très accusé. 

Cas I. Fr. Amerso, 78 ans. En août 1838, liémiplé;^ie gauche. Bientôt la mo- 
lilité reparaît. — 12 nov . Les mouvements du membre supérieur gauche sont 
énergiques et rapides ; ceux du membre inférieur corespondant présentent une 
légère parésie. 11 existe une anesthésie très intense du côté gauche (membres, 
tronc, etc.;. A la face, la sensibilité est de ce côté seulement diminuée. De 
temps en temps, fourmilements dans tout le côté gauche. Mort le i^r nuirs 18.j9. 

Autopsie. Au pied de la couronne radiée de l'hémisphère droit, immédiatemetit 
en dehors de la queue du corps strié, on trouve une hicune de la dimension d'un 
pois {I/ifiUratio7i cellulaire) . La paroi antérieure de cette lacune siège à deux li- 
gnes en arrière de l'extrémité antérieure de la couche optique. A deux ou trois 
lignes plus loin, on voit une autre lacune, moins grande, qui s'étend jusqu'à 
quatre ou cinq lignes en arrière de l'extrémité postérieure de la couche optique, 
de telle sorte que, comme la longueur habituelle de la couche optique est de 18 
lignes, la portion de la couronne radiée qui avoisine ordinairement laqueue du 
corps strié était perforée d'avant en arrière par l'ancien foyer de ramollissement 
dans une étendue de onze lignes. Un foyer semblable intéresse la partie externe 
de la troisième partie du noyau lenticulaire. 11 commenceàpeuprèsà deux lignes 
en arrière du bord antérieur de la coucheoptiqueet finitàquatre lignes environ de 
l'extrémité postérieure de la couche optique. Dans son long trajet d'un pouce, il 



316 DESIDERATA 

Je suis porté à croire, pour mon compte, que la participation 
des sens spéciaux sera, en pareil cas, reconnue quelque jour, 
lorsqu'on aura pris soin de la chercher. Yoici sur quoi je me 
fonde. 



Il e:\iste dans la clinique des maladies organiques des centres 
nerveux un appareil symptomatique peu connu, peu remarqué 
encore, je le crois du moins, et dont j'aurai l'occasion de vous 
entretenir quelque jour en détail. Il s'agit là d'une sorte de con- 



occiipaitla plus grande long-ueui* du côté interne de la troisième partie du noyau 
lenticulaire et une partie de la capsule interne. Dans lamoitié postérieuredeleur 
parcours cesdeux foyers n'étaient plus éloignés, en un point, que d'une liyne. 
Il en résultait que, ù cet endroit, presque toute la couronne i-adiée était séparée 
de la capsule interne et de la couche optique. — Moelle épinière : amas de corps 
granuleux, assez abondants dans le cordon latéral gauche, rares dans le cordon 
intérieur. 

Cas II. — S. Jean, oo ans. Attaque suivie d'hémiplégie, le 25 octobre 1851. 
Deux mois plus tard, la paralysie des extrémités disparut, de telle sorte que le 
malade avait la possibilité d'étendre le bras, de serrer avec assez de vigueur et 
de marcher sans appui, mais en boitant. — Octobre lSo5. Depuis l'attaque, anes- 
thésie des membres du côté gauche (face, tronc également anestliésiés, quoique 
à un moindre degré). La motilité est revenue; toutefois les membres du côté 
gauche sont moins forts que ceux du côté droit. Mort le 31 octobre 185S. 

Autopsie. Cicatrice ancienne, plate, ayant 5 lignes environ de largeuc et 8 de 
longueur^ située à la partie supérieure et externe de la couche optique droite. La 
cic;itrice commence h. quatre lignes et demie en arrière de l'extrémité antérieure 
du noyau lenticulaire : elle commence à deux lignes en arrière de l'extrémité an- 
térieure de la couche optique et se termine à peu près trois lignes en avant de 
l'extrémité postérieure de la couche opti(iue {Fig. 18. 2 et ?). 11 y avait, en outre, 
une lacune dans le lobe inférieur droit Fig. 18, 2"', une autre dans le lobe anté- 
rieur du même côté, deux de la grosseur d'une tête d'épingle dans la partie anté- 
rieure de la couche optique droite ; deux dans le pont de Varole ; enfin une 
dans la portion droite et supérieure gauche du cervelet. On n'a pas noté de 
dégénération secondaire de la moelle. 

Cas III. — Fr. Hasvelka, 22 ans. l^r jiov . 1852. Attaque apoplectique, hémi- 
plégie à droite avec;mesthésie intense de la moitié correspondante du corps. Au 
bout de cinq semaines, la paralysie motrice diminua. — 3 fée. l8o3. Les mouve- 
ments sont tout il fait libres à droite. Toute la moitié droite du corps est le siège 
d'uneanesthésie très prononcée (cuir chevelu, oreille, face et tronc). L'anesthésie 
^îst tout aussi accusée aux paupières, à la narine, à la moitié droite des lèvres et 
cela non seulement à l'extérieur, mais encore ;i lintéi-ieur. La conjonctive ocu- 
laire droite est moins sensible que la gauche. Le chatouillement est moins bien 



HÉMIANESTHÉSIE LIÉE A UNE LÉSION CÉFÎÉBRALE 317 

vulsion rythmique qui occupe tout un côté du corps la face y 
compris, du moins fort souvent, et qui revêt tantôt les appa- 
rences de la secousse clonique de \s. c/iorée, tantôt celles du 
tremblement de \^ paralysie acjitante. Ce tremblement hémila- 
téral se montre quelquefois primitivement ; d'autres fois, il suc- 
cède à une hémiplégie dont le début a été subit, et il commence 
à apparaître, dans ce dernier cas, à l'époque oii la paralysie 
motrice commence à s'amender. Lalésion consiste dansla pré- 
sence, soit d'un foyer d'hémorragie ou de ramollissement, soit 



perçu dans la nai'inc droite que dans rautre. Mèrne dillérence pour les conduits 
auditifs. Sur la moitié droite de la bouche (langue, palais, gencives, joue), la 
sensation de chaleur est moins vive que sur la moitié gauche. A la pointe de 
la langue, à droite et dans une longueur d'un pouce, le malade ne sent pas le 
qoût du sel. Même chose pour la partie droite du dos et de la racine de la lan- 
gue. Adroits, encore, Vodorat est affaibli et la vision est moins nette. Lorsqu'on 
a fait rétrécir les pupilles en approcliant une lumière des globes oculaires, la pu- 
pille droite se dilate ensuite plus que la gauche. L'ouïe est normale des deux 
côtés. — 26f'év. L'aiesthésie a diminué ; les mouvements sont plus énergiques. 
— 45 mars. Amélioration temporaire de la vue: il n'y a pas de différence entre 
les deux yeux. — 3 avril. L'anesthésie existe encore sur toute la moitié droite du 
corps (attouchement, pincement). L'afTaiblissement de la vue a fait des progrès 
à di-oite. — Mort le 4 avril. 

Autopsie. Dans la substance blanche du lobe supérieur gauche, on découvrit 
un foyer de ramollissement de la longueur de deux pouces et de la largeur d'un 
pouce. Il s'enfonraitdanslescirconvolutions inférieurcsde roperculeetgagnaitla 
surface du cerveau. Son extrémité postérieure correspondait à celle de la couche 
optique. Dans sa portion la plus large le foyer n'était séparé que de trois lignes 
de la queue du corps strié. Les circonvolutions cérébrales placées au-dessous 
étaient sur une étendue égale à celle d"un florin, jaunes, ramollies et déprimées 
{Fig. 18, 3). Couche optique, saine. Peut-être un petit fragment de la3e partie du 
noyau lenticulaire a-t-il été touché. Le foyer avait détruit une longueur assez con- 
sidérable de la substance blanche et les deux tiers externes du pied de la couronne 
radiée. — Moelle: légère agglomération de noyaux dans la partie la plus posté- 
rieure du cordon latéral. 

Cas IV. — Anne B..., femme âgée, morte le 22 février. Elle avait, depuis 
plusieurs années, une hémiplégie du côté droit, avec une anesthésie intense dans 
la même partie du corps. En outre, anesthésie sensorielle (vue, odorat^ goùi) du 
même côté et fourmillements. 

Autopsie. Foyer apoplectique ancien, pigmenté de brun, situé le long de la 
partie externe de la couche optique gauche et tout près de la queue du corps 
strié. Il commence à six lignes en arrière de l'extrémité antérieure de la couche 
optique et s'étend jusqu'à deux ou trois lignes en avant de l'extrémité postérieure 
de la couche optique. En avant, il est à une demi-ligne et en arrière à deux ou 
trois lignes au-dessus de la face supérieure de la couche optique qui est considé- 



318 UÉMIANESÏHÉSIE LIÉE A LWE LÉSION CÉRÉBRALE 

d'une tumeur ; dans tous les cas de ce genre que j'ai observés 
jusqu'ici, et dans les faits analogues que j'ai recueillis dans les 
auteurs, elle occupait la région postérieure de la couche optique 
et les parties adjacentes de riiémisphère cérébral situées en 
dehors de celles-ci. 

Or, rhémianesthésie est un accompagnement assez habituel 
— mais non constant toutefois — de cet ensemble de symptô- 
mes et elle siège du même côté que le tremblement ^ 

Elle existait à un haut degré chez un homme dont M. Magnan 
a communiqué récemment Thistoire à la Société de Biologie, et 
chez lequel la forme de tremblement, dont j'ai voulu vous 
doner une idée sommaire, se montrait des plus accusées. Tout 
porte à croire — je ne puis être plus affirmatif, l'autopsie 
n'ayant pas été pratiquée — que la lésion encéphalique était, 
chez cet homme, du même genre, quant au siège, que celle que 
j'ai rencontrée chez mes malades. Eh bien, dans ce cas, 
M. Magnan a reconnu, de la manière la plus nette, que la sensi- 
bilité tactile n'était pas seule en cause ; les sens spéciaux étaient 
eux-mêmes affectés, comme ils le sont dans Thémianesthésie 



rablement enfoncée à ce niveau. Long d'un pouce, profond de quatre à cinq li- 
gnes, lefoyer toiictieuiie grandeétenduede la partie postérieuredurayonnement 
du pédoncule cérébral, une partie delà capsule interne et peut-être aussi une por- 
tion du noyau lenticulidre. — Moelle: accumulation de corps granuleux dans la 
partie postérieure du cordon latéral droit. 

En résumé, les foyers siégeaient à la périphérie externe des couches optiques, 
s'étendaientd'avantenarrière suivant l'axe longitudinal du cerveau sans atteindre 
le plus souvent les extrémités de la couche optique. Ils avaient de huit lignes à 
un pouce de longueur, atteignant dans la substance blanche jusqu'à deux pouces. 
Les régions lésées étaient: la partie supérieure et externe de la couche optique; 
la 3'- partie du nucléole lenticulaire; la partie postérieure de la capsule interne 
comprise entre la couche optique et le noyau lenticulaire: la portion correspon- 
dante de la substance blanche du lobe supérieur qui lui est opposée. Toujours 
plusieurs de ces régions étaient atîeclécs en même temps. Les fibres qui vont de 
la substance blanclie de l'hémisphère dans la partie externe de la couche optique 
étaient constamment lésées. 

1 Voyez, dans le Vrorjrèn médicnl des 23 janvier et 6 février ISIo, une leçon de 
M. Charcot sur VHémichoi^ée post-hémiplé'jique. {Note de la 2° éditio7i.) — Cette 
leçon a été insérée dans IciomoU des Leçons sur les maladies du système nerveux, 
p. 329. [Note delà 3e éd.). 



nÉMIANESTHÉSIE LIÉE A UNE LÉSION CÉRÉBRALE 319 

hystérique. Du côté frappé d'hémianesthésie, l'œil était atteint 
d'amblyopie, l'odorat perdu, le goût complètement aboli. 

Il devient vraisemblable par là, si je ne me trompe, que l'hé- 
mianesthésie complète, avec troubles des sens spéciaux, et telle, 
par conséquent, qu'elle se présente dans l'hystérie, peut-être 
produite, dans certains cas, par une lésion en foyer des hémi- 
sphères cérébraux*. 



^ Les vues exposées dans cette leçon, relativement à l'hémianesthésie d'origine 
encéphalique, ont trouvé une nouvelle confirmation clinique dans un cas que nous 
avons recueilli dans le service de M. Gharcot (P;'o^?-és médical, 1873, p. 244), et 
dans les expériences faites chez les animaux par M. Veyssière. [Recherches clini- 
ques et expérimentales siw Vf lémianesthésie de cause cérébrale. Paris, 1874, —Ce 
travail contient aussi des observations cliniques intéressantes.) {Note de la 2° édi- 
licm.) (B.) 



ONZIEME LEÇON 

De l'hyperesthésie ovarienne. 



Sommaire. — Hystérie locale des auteurs anglais. — Douleur ova- 
rienne ; sa fréquence ; considérations historiques, — Opinion de M. Briquet. 

Caractères de l'hyperesthésie ovarienne. — Son siège exact. — Aura hysté- 
rique ; premier nœud ; — globe hystérique ou second nœud ; — phénomè- 
nes céphaliques ou troisième nœud. — Le premier nœud a son point de 
départ dans l'ovaire. — Lésions de l'ovaire : desiderata. 

Rapports entre l'hypepesthésie ovarienne et les autres accidents de l'hystérie 
locale. 

De la compression ovarieime. — Son influence sur les attaques. — Manière 
de la pratiquer. — La compression ovarienne comme moyen d'arrêter ou 
de prévenir les convulsions hystériques est connue depuis longtemps : son 
application dans les épidémies hystériques. — Épidémie de Saint-Médard : 
Les secours. — Analogies qui existent entre l'arrêt des convulsions hystéri- 
ques par la compression de l'ovaire et l'arrêt de l'aura épileptique par la li- 
gature d'un membre. 

Conclusion au point de vue de la thérapeutique. — Observations cliniques. 



Messieurs, 

Par la dénomination assez pittoresque et certainement très 
pratique à' Hystérie locale ou partielle, local hijsteria, les mé- 
decins anglais ont l'habitude de désigner la plupart des acci- 
dents qui persistent d'une manière plus ou moins permanente 
dans l'intervalle des attaques convulsives chez les hystériques, 
et qui permettent presque toujours en raison des caractères 
qu'offrent ces accidents, de reconnaître la grande névrose pour 
ce qu'elle est, même en l'absence des convulsions. 

Uhémianesthésie^ la paralysie, la contracture^ les points 



DOULEUR OVARIENNE 321 

douloureux fixes, siégeant sur diverses parties du corps (ra- 
chialgic, pleuralgie, clou hystérique) appartiennent, d'après 
cette définition, àFliystérie locale. 



I. 



Parmi ces symptômes, il en est un qui, en raison du rôle 
prédominant qu'à mon sens il joue dans la clinique de certaines 
formes de Fhystérie, me paraît mériter toute voire attention. Je 
veux parlerde la douleur qui siège dans Tun des flancs, surtout 
dans le gauche, mais qui peut occuper aussi les deux flancs, 
aux limites extrêmes de la région hypogastrique. Je fais 
allusion à la douleur ovarienne ou ovarique, dont je vous ai 
dit un mot dans la dernière séance ; mais je ne veux pas em- 
ployer sans réserve cette dénomination avant d'avoir justifié, et 
j'espère que cette tâche me sera ûicile, l'hypothèse qu'elle con- 
sacre implicitement. 

Cette douleur, je vous la ferai pour ainsi dire toucher du 
doigt, dans un instant ; je vous en ferai reconnaître tous les 
caractères, en vous présentant cinq malades qui forment la 
presque totalité des hystériques existant actuellement parmi les 
160 malades qui composent la division consacrée dans cet 
hospice aux femmes atteintes de maladies convulsives, incura- 
bles, et réputées exemptes d'aliénation mentale. 



IL 



Vous voyez déjà par cette simple indication que la douleur 
iliaque est chose fréquente dans l'hystérie ; c'est là un fait re- 
connu depuis longtemps par la majorité des observateurs. 

Qu'il me suffise de citer, pou. les temps déjà éloignés de nous. 
Lorry et Pujol, qui ont plusparticuhèrement relevé Lexistence 

Cii ARGOT. T. 1. -"5^ cdit. 21 



322 DOULEUR OVARIENNE 

des douleur- liypogastriques et abdominales chez les hysté- 
riques. 

Il est singulier, après cette mention, de voir queBrodie, qui, 
le premier peut-être, a reconnu tout l'intérêt cUnique de l'étude 
de Vhystérie locale, ne traite pas d'une manière spéciale de la 
douleur abdominale '. 

Il semble être de tradition que le sens pratique des chirurgiens 
anglais soit attiré par les difficultés cliniques que présentent les 
symptômes locaux de l'hystérie. M. Skey, qui à cet égard s'est 
fait le continuateur de Brodie, dans une série très intéressante 
de leçons sur les formes locales ou chirurgicales de ï hystérie % 
comme il les appelle, décrit avec complaisance la douleur iUa- 
que ou de la région ovarienne, très commune à son avis, et 
qui, suivant lui encore^ contrairement du reste à la réalité, se 
rencontrerait surtout dans le côté droit. 

Vous savez que, en France, Schutzenberger, Piorry et Négrier 
ont insisté tout spécialement sur ce symptôme qu'ils rattachent 
sans hésitation à la sensibilité anormale de l'ovaire. 

En Allemagne, Bomberg a, sur ce point, suivi Schutzenber- 
ger; toutefois, il y a lieu de remarquer que, parmi nos contem- 
porains, les auteurs allemands, pour la majeure partie, passent 
à peu près complètement sous silence tout ce qui est relatif à la 
douleur hypogastrique. Tels sont, par exemple, Hasse etValen- 
tiner. Il est clair par là quece symptôme, après avoir joui d'une 
certaine faveur, en raison sans doute des considérations théori- 
ques qui s'y rattachent, se trouve aujourd'hui en quelque sorte 
démodé. 

Les symptômes aussi, vous le voyez, ont leur destin : Habent 
suafata.. Je ne serais pas étonné que l'influence, d'ailleurs si 

1 Brodie. — Ledures illmtvatives of certain local nervous Affectiojis, 1837. 
Nous avons fait traduire ces leçons en français par notre ami le D'" Aigre, alors 
interne de M. Charcot. (B.) 

- F.-G. Skey. — Hysteria. . ., Local or -niruical f'o)-//is of Ji'jsteriu, elc, six lec- 
tures, etc London, 1870. 



DOULEUR OVAKlENiNE 323 

légitime, exercée parle livre de M. Briquet, ne soit pour beau- 
coup dans ce résultat. Il convient maintenant de voir jusqu'à 
quel point nous devons suivre cet auteur éminent dans la voie 
qu'il nous trace. 



III. 



Ce n'est pas, tant s'en faut, que M. Briquet n'ait pas reconnu 
l'existence très fréquente de douleurs abdominales, fixes, chez 
les hystériques. Il a même créé un mot pour désigner ces dou- 
leurs — cœlialcjie, de xoiXo? ventre, et un mot, bien que ce ne' 
soit qu'un mot, c'est déjà quelque chose qui arrête l'esprit. Dans 
200 cas d'hystérie sur 430, M. Briquet a rencontré la cœlialgie. 
Toutefois, je dois vous faire remarquer que, sous ce nom, il 
comprend à la fois les douleurs de la partie. supérieure de l'ab- 
domen et les douleurs hypogastrique et iliaque ; mais il est 
convenu que ces dernières comptent parmi les plus communes. 

Au premier abord, il semble donc qu'il n'y ait qu'un désaccord 
apparent entre M. Briquet et ses prédécesseurs. Or, il n'en est 
rien, et voici oii est l'abîme qui les sépare. 

Tandis que MM. Schutzenberger, Piorry et Négrier placent 
dans l'ovaire le siège principal, le foyer, pour ainsi dire, de la 
douleur ibaque, M. Briquet n'y voit qu'une simple douleur 
musculaire, une myochjnie hystérique. Suivant lui : 1° la dou- 
leur du pyramidal ou de l'extrémité inférieure du muscle droit 
a été prise bien à tort pour une douleur utérine ; 2" la douleur 
de l'extrémité inférieure du muscle oblique répondrait à la pré- 
tendue douleur ovariquc, — telle est la thèse de M. Briquet. 

IV. 

Ueclierchons ensemble, Messieurs, sur quel fondement elle 
repose. Pour arriver à ce but, je vais faire appel aux observa- 



324 DOULEUR OVARlEiNNE 

lions que j'ai été à même de recueillir dans cet hospice sur une 
grande échelle. Je vais donc décrire cette douleur telle que j'ai 
appris à la connaître. 

1° Tantôt c'est une douleur vive, très vive même ; les mala- 
des ne peuvent supporter le moindre attouchement, le poids des 
couvertures, etc. ; elles s'éloignent brusquement, par un mou- 
vement instinctif, du doigt investigaleur. .Toignez à cela un 
certain degré de gonflement de l'abdomen, et vous aurez l'en- 
semble clinique de la fausse péritonite, — spurious peritoiiitis 
des médecins anglais. 11 est évident qu'ici les muscles et la peau 
elle-même sont de la partie. La douleur occupe alors une assez 
grande étendue en surface, et, partant, il est assez difficile de la 
localiser. Cependant Todd', et c'est là une remarque dont j'ai 
reconnu plusieurs fois l'exactitude, signale dans certains cas 
une hyperesthésie cutanée circonscrite à une portion arrondie 
do Ja peau, ayant 2 à 3 pouces de diamètre. Cette hyperesihésie 
siégerait en partie dans l'hypogastre, en partie dans la fosse 
iliaque, et répondrait, selon cet auteur, à la région de l'ovaire. 

2° D'autres fois, la douleur n'est pas spontanément accusée ; 
il faut la rechercher par la pression, et, en pareille circonstance, 
on note les phénomènes suivants : a) la peau est partout 
anesthésiée ; — b) les muscles, s'ils sont lâches, peuvent être 
pinces et soulevés sans douleur ; — c) cette première explora- 
tion montre que le siège de la douleur n'est pas dans la peau ni 
dans les muscles. Il est par conséquent indispensable de pousser 
rinvestigation plus loin, et, en pénétrant en quelque sorte dans 
l'abdomen, à l'aide des doigts, on arrive sur le véritable foyer 
de la douleur. 

Cette manœuvre permet de s'assurer que le siège de la dou- 
leur en question est à peu près fixe, qu'il est toujours à peu près 

' Todd. — Clinknl Lcvt. iicrvous Si/slefu. Lect. xx. p. 4i8. London, 1856. 



AURA HYSÏPÎRIOUE : NOFA'DS 325 

le même : aussi n'est-il pas rare de voiries malades le désigner 
avec une concordance parfaite. Sur une ligne horizontale pas- 
sant par ]es épines iliaques antérieures et supérieures, faites 
tomber les lignes perpendiculaires qui limitent latéralement 
l'épigastre et à Tintersection des lignes verticales avec l'hori- 
zontale se trouve le foyer douloureux qu'accusent les malades 
et que la pression, exercée à l'aide du doigt, met d'ailleurs en 
évidence. 

L'exploration profonde de cette région fait reconnaître aisé- 
ment la portion du détroit supérieur qui décrit une courbe à 
concavité interne : c'est là un point de repère. Vers la partie 
moyenne de cette crête rigide, la main rencontrera le plus sou- 
vent un corps ovoïde, allongé tranversalement et qui, pressé 
contre la paroi osseuse, glisse sous les doigts. Lorsque ce 
corps est tuméfié, ainsi que cela se présente fréquemment, il 
peut offrir le volume apparent d'une olive, d'un petit œuf, 
mais avec un peu d'habitude, sa présence peut être facilement 
constatée, alors même qu'il reste bien au-dessous de ces di- 
mensions. 

C'est à ce moment de l'exploration que l'on provoque surtout 
la douleur, et qu'elle se révèle avec des caractères 'pour ainsi 
dire spécifiques. Il ne s'agit pas là d'une douleur banale, car 
c'est une sensation complexe qui s'accompagne de tout ou partie 
des phénomènes de Y aura hysterica tels qu'ils se produisent 
d'eux-mêmes à l'approche des crises, et cette sensation provo- 
quée, les malades la reconnaissent pour l'avoir ressentie cent 
fois. 

En somme, Messieurs, nous venons de circonscrire le foyer 
initial de l'aura, et du même coup, nous avons provoqué des 
irradiations douloureuses vers l'épigastre [premier nœud de 
l'aura, dans le langage de M. Piorry) compUquée parfois de 
nausées et de vomissements ; puis, si la pression est continuée, 
surviennent bientôt des palpitations de cœur avec fréquence 



326 AURA HYSTÉRIOL'K : PHÉNOMÈNES CÉPHALIQUES 

extrême du pouls, et enfin se développe au cou la sensation du 
globe hystérique [deuxième nœud). 

En ce point, s'arrête dans les auteurs la description des irra- 
diations ascendantes qui constituent Taura hystérique. Mais, 
d'après ce que j'ai observé, l'énumération ainsi limitée serait 
incomplète, car une analyse attentive permet de reconnaître, le 
plus souvent, certains troubles céphaliques qui ne sont évidem- 
ment que la continuation de la même série de phénomènes. Tels 
sont, s'il s'agit, par exemple, de la compression de l'ovaire 
gauche, des sifflements intenses qui occupent l'oreille gauche 
et que les malades comparent au bruit strident que produit le 
sifflet d'un chemin de fer, une sensation de coups de marteau 
frappés sur la région temporale gauche, puis, en dernier lieu, 
une obnubilation de la vue marquée surtout dans l'œil gauche. 

Les mêmes phénomènes se montreraient sur les parties cor- 
respondantes du côté droit, dans les cas oii l'exploration por- 
terait, au contraire, sur l'ovaire droit. 

L'analyse ne peut être poussée plus loin ; car, lorsque les 
choses en sont à ce point, la conscience s'affecte profondément 
et, dans leur trouble, les malades n'ont plus la faculté de décrire 
ce qu'elles éprouvent. L'attaque convulsive éclate d'ailleurs 
bientôt, pour peu qu'on insiste. 

A part les phénomènes qui ont Irait à la dernière phase de 
l'aura hystérique (phénomènes céphaliques) ^ je viens de vous 
rappeler, Messieurs, toute la série de phénomènes obtenus dans 
l'expérience de Schutzenberger, et nous sommes ainsi conduit 
à reconnaître, avec cet éminent observateur, que la pression 
du flanc dans la région ovarienne ne fait que reproduire artifi- 
ciellement la série des symptômes qui se développent sponta- 
nément chez les malades dans le cours naturel des choses. 

Je n'ignore pas que^ suivant M. Briquet, l'aura hystérique 
débuterait, dans fimmense majorité des cas, par le ?zœi^c? épi- 
gastrique ; je n'ignore pas non plus que, à Tappui de son asser- 



SIÈGE DE l'uVAIHE 327 

tion, cet auteur cite des chiffres imposants. Mais il ne faut pas 
toujours courber la tête devant les chiffres, et Ton est en droit 
de se demander si M. Briquet, qui s'est montré quelque peu 
sévère à l'égard des ovaristes^ ne s'est pas laissé à son tour 
entraîner par quelque préoccupation qui lui aura fait négUger 
d'inscrire dans la série des phénomènes de Taura la douleur 
iliaque initiale. 

Si j'en juge d'après mes propres observations, toujours le 
point iliaque précède en date, de si peu que ce soit, dans le dé- 
veloppement de l'aura, le point épigastrique, et constitue par 
conséquent le premier anneau de la chaîne. 



Il me reste, Messieurs, à établir que ce point particulier oii 
réside la douleur iliaque des hystériques correspond au siège 
même de l'ovaire, et j'aurai par là rendu très vraisemblable, 
sinon démontré d'une façon absolue, que le corps ovalaire, dou- 
loureux, d'où partent les irradiations de l'aura hystérique spon- 
tanée ou provoquée, est bien l'ovaire lui-même. 

On se fait, en général, je le crois du moins, une idée impar- 
faite du lieu exact qu'occupe l'ovaire pendant la vie. Lorsque, 
l'abdomen étant ouvert, les intestins relevés on trouve dans le 
petit bassin, derrière l'utérus, en avant du rectum, les annexes 
de l'utérus flasques, flétries, comme ratatinées, il ne s'agit pas 
là évidemment d'un état répondant aux conditions vitales ; et il 
est clair qu'après la mort les plexus artériels des trompes et des 
ovaires, dont la richesse et les propriétés érectiles ont été si 
bien mises en lumière par mon ami le professeur Rouget (de 
MontpelHer), ont depuis longtemps cessé leur rôle. Il ne faut 
pas oubher, d'un autre côté, que l'ouverture du corps change 
très certainement les rapports réels des annexes de l'utérus. 



32(S OVAHIi: IIYSTÉHIOUE 

Cela est si vrai que, sur les cadavres congelés \ Vovaire occupe 
une situation moins inférieure, et qui rappelle dans une certaine 
mesure celle qu'on lui reconnaît chez le nouveau-né. Sur celte 
coupe, empruntée à l'atlas de M. Legendre, coupe pratiquée 
perpendiculairement au grand axe du cadavre d'une femme de 
20 ans, supposé couché, etqui passe à 2 centimètres au-dessus 
du pubis, vous voyez un des ovaires coupés en deux, tandis que 
l'autre est resté au-dessus de la surface de section ; d'après cela, 
chez la femme adulte, l'ovaire serait situé à la hauteur et même 
un peu au-dessus du détroit supérieur, débordant avec la trompe 
vers les fosses iliaques. Ce résultat concorde de tous points avec 
celui que donne la palpation pratiquée pendant la vie. J'ajou- 
terai que si, sur un cadavre reposant sur la table d'autopsie, au 
niveau du point correspondant à celui où nos hystériques accu- 
sent la douleur iliaque, on enfonce, d'avant en arrière et de 
haut en bas une longue aiguille, on a grand'chance, — je m'en 
suis assuré plusieurs fois, — de transfixer l'ovaire. 

Cette situation de l'ovaire paraîtd'ailleurs avoir été implicite- 
ment reconnue par M. leD'" Chéreau dans ses excelleule^ Études 
s?f?' les maladies de ï ovaire ^% lorsqu'il dit que chez les femmes, 
dont les parois abdominales ne sont pas trop résistantes, on 
peut reconnaître la tuméfaction ou même seulement la sensi- 
bilité de l'ovaire. L'introduction du doigt par le rectum ne 
serait, d'après notre auteur, un moyen d'exploration supérieur 
que dans les cas oii la paroi abdominale oppose des obstacles 
insurmontables. 

Messieurs, après toutes les explications dans lesquelles je 
viens d'entrer, je crois pouvoir conclure que c'est bien à 
X ovaire, hïovaire seul, qu'il faut rapporter la douleur iliaque 



"" E.-Q. Legendi'e. — Anatinnie <:Jtr/-ur^/lcale /io>uol(>grap/iiqia% etc., pi. X, 
Paris, 18o8. 
2 Paris, 1841. 



ovAiuE iiYSTÉiuoL'E 3:20 

fixe des hystériques. A la vérité, à de certaines époques, et 
dans les cas intenses, la douleur, par un mécanisme que je n'ai 
pas à indiquer pour le moment, s'étend jusquVaux muscles, à la 
peau elle-même, de manière à satisfaire à la description de 
M. Briquet ; mais je ne saurais trop le répéter, ainsi limitée aux 
phénomènes extérieurs, la description serait incomplète, et le 
véritable foyer de la douleur resterait méconnu. 



YI. 



11 conviendrait de rechercher maintenant quel est l'état 
an atomique de Tovaire dans le cas où il devient le siège de 
la douleur iliaque des hystériques. Sur ce point, dans l'état 
actuel des choses, nous ne pouvons malheureusement vous 
donner que des renseignements assez vagues. Il existe parfois 
une tuméfaction plus ou moins prononcée de l'organe, ainsi 
que cela avait eu lieu dans le fait d'ovarite blennorrhagique 
rapporté dans le mémoire de M. Schutzenberger. Mais c'est là 
une circonstance plutôt exceptionnelle, et il importe de rem ar- 
quer que l'inflauiaiation commune de l'ovaire peut exister avec 
tous ses caractères, sans que les irradiations décrites plus 
haut surviennent, soit spontanément, soit sous l'influence des 
provocations. M. Briquet n'a pas failli à faire ressortir cette 
circonstance, et, cette fois, il était parfaitement dans son 
droit. Il faut donc reconnaître hautement que toute inflam- 
matio)} ovarienne n'est pas indistinctement propre à provo- 
quer le développement de l'aura hystérique. Le gonflement 
ovarien chez les hystériques fait parfois complètement défaut ; 
d'autres fois, il est peu prononcé, et il paraît assez vraisem- 
blable que la tuméfaction dont l'ovaire est le siège, en pareil 
cas, résulte d'une turgescence vasculaire analogue à celle qui 
se montre à la suite de certaines névralgies. L'anatomie patho- 



330 OVARIE HYSTÉRIOLE 

logique ne nous a fourni, jusqu'ici, aucune donnée positive à 
cet égard : on pourra donc, quant à présent, désigner indiffé- 
remment l'état de l'ovaire dont il s'agit, sous les noms àliyper- 
kinésie (Swediaur), ù'ovar algie (Schutzenberger), à'ovarie 
(Négrier), car peu importe le nom, en définitive, lorsque le fait 
est bien constaté. 



VIL 



L'ovaire étant accepté pour point de départ de l'aura hysté- 
rique — au moins dans un groupe de cas — il n'est pas sans 
intérêt de montrer actuellement qu'une relation importante, en 
quelque sorte intime, existe entre la douleur ovarienne et les 
autres accidents de l'hystérie locale. 



Vous pouvez reconnaître, en effet, Messieurs, chez les ma- 
lades que je vous présente, une concordance remarquable du 
siège de la douleur ihaque et du mode de localisation des 
symptômes concomitants. Je ne reviendrai pas sur les phéno- 
mènes céphaHques de l'aura qui, ainsi que je vous le faisais 
remarquer tout à Theure, s'accusent du môme côté que la dou- 
leur ovarienne : je me bornerai à faire ressortir que Vliémia- 
nesthésie, la parésie et la contracture des membres occupent 
le côté gauche, lorsque Xovarie siège à gauche, et inversement 
lorsqu'elle siège à droite. Je vous ferai remarquer aussi que, 
quand la douleur ovarienne siège à la fois à droite et à gauche, 
les autres accidents se montrent hilatéraux, prédominant tou- 
tefois du cô(é 011 la douleur iliaque est le plus intense. 

A plusieurs reprises, nous avons assisté chez quelques-unes 
de nos malades à un brusque changement de siège de la dou- 
leur ovarienne, entre autres chez la nommée Ler.... Lorsque 
chez cette femme Tovarie venait «à prédominer du côté gauche 



HYSTÉRIE OVAHIQUE 331 

les symptômes céphaliques de l'aura, la contracture des mem- 
bres, etc., ofTraieiit temporairement leur maximun de déve- 
loppement de ce même côté, pour prédouiiner ensuite du côté 
droit, alors que l'ovaire droit se montrait de nouveau le plus 
douloureux. 

Il ne faut pas oublier que l'ovaralgie paraît être un phéno- 
mène constant, permanent par excellence, dans la forme d'hys- 
térie qui nous occupe, de telle sorte que, jointe à quelque autre 
indice de la même catégorie, elle pourra vous conduire sur la 
voie du diagnostic dans les cas difficiles. 



VIII. 



Il me reste, Messieurs, à entrer dans l'exposition de faits qui 
seront peut-être considérés par vous comme la partie la plus 
saillante de cette étude. Ces faits, en réalité, sont de nature, si 
je ne me trompe, à mettre encore davantage en relief le rôle 
vraiment prédominant de l'ovaralgie dans Yime des formes de 
r hystérie. 

Vous venez de voir comment la compression méthodique de 
l'ovaire peut déterminer la production de l'aura, ou même par- 
fois de l'accès complet. Je veux essayer de vous démontrer 
maintenant qu'une compression plus énergique est capable 
d'enrayer le développement de l'accès lorsqu'il en est à son 
début ou même d'y couper court, lorsque déjà l'évolution des 
accidents convulsifs est plus ou moins avancée. C'est du moins 
ce que vous pourrez observer très nettement chez deux des ma- 
lades que j'ai mises sous vos yeux. — Chez elles, l'arrêt déter- 
miné par la compression, lorsque celle-ci a été convenablement 
pratiquée, est total, définitif. Chez deux autres, cette manœuvre 
modifie seulement les phénomènes de l'accès, à un degré va- 
riable, sans en amener toutefois la cessation. Et veuillez bien 



332 EFFETS DE LA C0MIM!ESS10.\ 1»E l'ovAIRE 

remarquer qu'il ne s'agit pas, chez elles toutes, de riiystérie 
convulsive commune, vulgaire, si je puis m'exprimer ainsi, 
mais bien de riiyslérie convulsive considérée dans son type 
unanimement reconnu comme le plus grave, je veux parler de 
Vhystéro-cp ilepsic . 

Supposons que, chez l'une de ces femmes, l'accès vienne 
d'éclater. La malade est tombée à terre tout à coup, en pous- 
sant un cri : la perte de connaissance est complète. La rigidité 
tétanique de tous les membres qui, en général, inaugure la 
scène, est poussée à un haut degré ; le tronc est fortement 
recourbé en arrière, l'abdomen proéminent, très distendu et 
très résistant. 

La meilleure condition, pour une démonstration parfaite des 
effets de la compression ovarienne, en pareil cas, est que la 
malade soit étendue horizontalement sur le sol, ou, si cela est 
possible, surunmatelas, dans le décubitus dorsal. Le médecin, 
alors, ayant un genou en terre, plonge le poing fermé dans 
celle des fosses iliaques que l'observation antérieure lui aura 
démontré être le siège habituel de la douleur ovariennne. 

Tout d'abord, il lui faut faire appel à toute sa force, afin de 
vaincre la rigidité des muscles de l'abdomen. Mais, dès que 
celle-ci une fois vaincue, la main perçoit la résistance offerte 
par le détroit supérieur du ba'ssin, la scène change, et la réso- 
lution des phénomènes convulsifs commence à se produire. 

Des mouvements de déglutition plus ou moins nombreux, et 
parfois très bruyants, ne tardent guère à se manifester ; la 
conscience alors presque aussitôt se réveille, et à cet instant, 
tantôt la malade gémit et pleure, criant qu'on lui fait mal, — 
tel est le cas de Marc... ; — tantôt, au contraire, elle accuse un 
soulagement, dont elle témoigne sa reconnaissance : — « Ahl 
c'est bien ! cela fait du bien ! » s'écrie toujours, en pareille 
circonstance^ la nommée Geneviève. 

Le résultat, quoi qu'il en soit, est en somme toujours le 



COMPRESSION DE l'OVAIRE I HISTORIQUE 333 

môme, et pour peu que vous insistiez sur la compression, pen- 
dant deux, trois OU quatre minutes, vous êtes à peu près assures 
que tousles phénomènes de l'accès vont se dissiper comme par 
enchantement. Vous pourriez, d'ailleurs, varier l'expérience, 
et, à votre gré, en suspendant un moment la compression pour 
la reprendre, arrêter l'accès ou le laisser se reproduire, en 
quelque sorte, autant que vous le voudriez. 

Une fois que Ton a définitivement triomphé de la résistance, 
très sérieuse du reste, qu'offrent toujours, à l'origine, les pa- 
rois abdominales, il n'est pas nécessaire d'user de toutes ses 
forces et l'application des deux premiers doigts de la main sur 
le siège présumé de l'ovaire suffit pour obtenir l'effet désiré. 
Toutefois, la manœuvre, surtout si elle doit être prolongée 
durant quelques minutes est toujours assez fatigante pour 
l'opérateur. J'ai songé à la modifier. Peut-être pourrait-on 
avoir recours au sac rempli de grains de plomb que M. Lanne- 
longue amis en usage dans un tout autre but, ou encore à l'ap- 
plication d'un bandage approprié ': c'est une question h étu- 
dier. (Juant à présent, les personnes du service, au courant du 
procédé, le mettent journellement en pratique chez les malades 
auxquelles il est réellement utile. 



IX. 



Il est assez singulier. Messieurs, qu'un procédé dont l'exécu- 
tion est aussi simple, et qui, incontestablement, peut rendre des 
services réels, soit tombé, comme il l'est de nos jours, en dé- 
suétude complète. Ainsi que je vous l'ai laissé pressentir, 1 in 
vention de ce procédé, tant s'en faut, ne m'appartient pas ; peut- 



1 Sur les indications de M. Chai'cot et siir les nôtres, M. Poirier a imaginé un 
bon compresseur de V ovaire {Pro;jrès mccl., 1878, p. 993). Note de la 4° éd. (B. 



334 ÉPIDÉMIES HYSTÉRIQUES : SECOURS 

être remonte-t-elle aux temps les plib^ antiques ; toujours est-il 
qu'elle est certainement antérieure au xvi^ siècle. Yoici d'ail- 
leursceque quelques recherches, faites un peuà la hâte, parmi 
les livres les plus poudreux, et par conséquent les moins fré- 
quentés de ma bibliothèque, m'ont apris à ce sujet. 

Willis, dès le xyu*" siècle, dans son Traité des maladie'^ con- 
vidsives\ s'exprimait ainsi qu'il suit : « Il est certain, dit-il, 
que le spasme convulsif qui vient du ventre est arrêté et qu'on 
l'empêche de monter au cou et à la tête, par une compression 
de C abdomen, faite àTaide des bras enlacés autour du corps, ou 
à l'aide de draps bien serrés. » Il raconte ailleurs être parvenu 
lui-même à arrêter un accès, par une pression énergique exé- 
cutée avec les deux mains réunies sur le bas-ventre. Mais déjà 
Mercado(lol 3) avait depuis longtemps conseillé les//7'6//o;i5 5?/r 
le ventre^ dans le but de réduire la matrice, qu'il supposait se 
déplacer, suivant la doctrine ancienne-. Un de ses compatriotes, 
Monardès, procédait, paraît-il, plus résolument^: il plaçait, pen- 
dant l'accès, sur le ventre des malades, une grosse pierre. 

Il ne paraît pas, toutefois, que cette pratique se soit beaucoup 
répandue ; je ne la vois, en effet, mentionnée ni dans Laz. Ri- 
vière, ni dans F". Hoffmann. Boerhaave, seul, au commence- 
ment duxvni" siècle, insiste de nouveau sur la compression de 
l'abdomen dans l'attaque hystérique ; elle doit être produite, 
suivant lui, à l'aide d'un coussin, fortement serré par des 
draps placés entre les fausses côtes et la crête iliaque. On sou- 
lage ainsi, dit-il, presque à cour sûr les malades, pourvu que 
la sensation du globe n'ait pas encore dépassé le diaphragme \ 



^ Willis. — De morbis convidsici.s, t. II, p. 34. 

2 D.-L. Mercatus. — Qfiera, tit. III. — De l'injinuin et ridunrum afferAionihii^i. 
p. u46. Francof. 1620. 

3 Négriei". — Recueil de faiti pour servira i histoire des ovaires et des affcclicns 
hystériques de la femme. Anyei's, 18j8, p. 16S. 169. 

^ Van Swieten. — Comm.^ t. 111, p. 417. 



ÉPIDÉMIES HYSTÉRIQUES : SECOURS 335 

Dans los temps modernes, Récamier, remettant en honneur 
cette méthode, comme vous le voyez déjà fort ancienne, plaçait 
sur le ventre des malades un coussin sur lequel un aide venait 
s'asseoir. Son exemple n'a guère été suivi,, que je sache, que 
par Négrier, directeur de l'École de médecine d'Angers, dontle 
Recueil de faits pour servir à lliistuire des ovaires et des 
affections hystériques chez la femme, publié en J8o8, ne 
paraît pas avoir eu d'ailleurs un bien grand retentissement. 
Le procédé de Négrier est plus méthodique que celui mis 
en œuvre par ses prédécesseurs ; c'est Tovaire qui, dans la 
compression, devient pour lui le point de mire. « Une forle 
et large pression, exercée par l'intermédiaire de la main 
sur la région ovarienne, suffit, dit Négrier, dans plusieurs 
cas pour enrayer et supprimer complètement l'attaque con- 
vulsive. » 

Mais laissons pour un instant de côté la pratique régulière, et 
recherchons quels ont été les procédés à l'aide desquels, dans 
certaines épidémies hystériques célèbres, les assistants por- 
taient secours aux convulsionnaires. Parmi ces moyens de se- 
cours mis en œuvre, nous trouvons signalée une pratique fort 
curieuse à étudier, et dont l'idée première, selon toute vraisem- 
blance, aura dû être suggérée par quelque convulsionnaire. Je 
veux parler de la compression du ventre. Il est, en effet, des 
hystériques qui, en proie aux premiers tourments de l'aura, 
mettent instinctivement d'elles-mêmes en action la compres- 
sion ovarienne. Tel est le cas, par exemple^ d'une de nos 
malades, la nommée Gen..., dont je vous ai déjà entretenu. 
Cette femme a pris depuis longtemps l'habitude d'arrêter le 
développement de ces accès par la compression de l'ovaire 
gauche ; elle y réussit le plus souvent lorsque l'invasion du mal 
n"a pas été par trop rapide. Dans le cas contraire, elle fait 



o'M) Él'JDÉMlES UÏSTÉRIOLKS : SECOURS 

appel aux assistants et les prie de raiderdaiis cette manœuvre. 

Examinons d'un peu plus près ces faits empruntés à l'histoire 
des épidémies convulsives : il y a là matière à une étude rétros- 
pective qui n'est pas sans intérêt. 

Le savant Hecker. parlant des individus atteinis do la danse 
de Saint-Jean ^ dit qu'ils se plaignaient fréquemment d'une 
grande anxiété épigastrique et demandaient qu'on leur compri- 
mât le ventre avec des draps. 

Mais, c'est surtoutl'épidémie, dite de Saint-Médard, qui nous 
fournit sur ce sujet les documents les plus intéressants. Vous 
n'ignorez pas comment elle survint, alors que l'exaltation reli- 
gieuse des jansénistes, persécutés à propos de la bulle Unige- 
nitus, était portée à son comble. L'épidémie, qui prit naissance 
sur le tombeau du diacre Paris, mort en J727, a présenté deux 
périodes bien distinctes -. 

La première a été remarquable surtout — du moins à notre 
point de vue — par la guérison d'un certain nombre de ma- 
lades, parmi lesquels figurent plusieurs cas bien avérés de con- 
tracture permanente des hystériques^; dans la seconde, ont 
prédominé des convulsions plus ou moins singulières, mais qui, 
en somme, ne diffèrent en rien d'essentiel de celles qui appar- 
tiennent à l'hystérie lorsqu'elle revêt la forme épidémique. Or, 
c'est à ce moment-là qu'apparaît, dans l'épidémie de Saint-Mé- 
dard, la pratique à^^ secours. 

En quoi ces secours consistaient-ils ? Pour la plupart des cas, 
il s'agissait là de manœuvres ayant pour but de déterminer une 



1 Ilccker. — Danse de Saint-Jean, à Aix-la-Chapelle, 13"/4. — Épidémie de 
Saint-Wiff, h Strasbourg, 1438. 

- Carré de Montsreron, loc. cit. 

•'5 Bournevillc et Voulet. — De In contracture Jiystérique pei^manente ; appré- 
ciation scientifique des miracles de saint Louis à Saint-Denis et des miracles 
de Saint-Mcdard. p. 7-17, etc., Paris. 1S72. 



ÉPIDÉMIES HYSTÉRIQUES I SECOURS 337 

forte compression de l'abdomen ou de le frapper violemment à 
Taide d'un instrument ou d'un objet quelconque. Ainsi, il y 
avait : 1° le secours administré à l'aide d'un pesant chenet dont 
on frappait le ventre à coups redoublés ; 2° le secours dit du 
pilo72, qui ne s'éloigne guère du précédent ; 3° dans un autre 
cas, un homme joignait les deux poings et les appuyait de 
toutes ses forces sur le ventre de la convulsionnaire, et, pour 
mieux faire encore, il appelait d'autres hommes à son aide ; 
4° trois, quatre ou même cinq personnes montaient sur le corps 
de la malade ; — une convulsionnaire, appelée par ses coreli- 
gionnaires sœur Margot, affectionnait plus particulièrement ce 
mode de secours ; o° il est un cas, enfin, oîi Ton disposait de lon- 
gues bandes que l'on tirait fortement adroite et à gauche, afin 
de comprimer l'abdomen. — Ces secours, quelque fût d'ailleurs 
leur mode d'administration, étaient toujours, paraît-il, suivis 
d'un grand soulagement. 

Hecquet, médecin de l'époque, ne voulait voir dans ces con- 
vulsions, rapportées par d'autres à une influence divine, qu'un 
phénomène naturel, — et en cela il avait parfaitement raison. 
Mais je ne puis plus être de son avis, lorsque dans son livre in- 
titulé Du naturalisme des convulsions, il prétend que les 
secours n'étaient autres que « des pratiques dictées par la lu- 
bricité ». Je ne vois pas trop, pour mon compte, ce que la lubri- 
cité pouvait avoir à faire avec ces coups de chenet et de j^Hon^ 
administrés avec une extrême violence, bien que je n'ignore 
pas ce qu'est capable d'enfanter, dans ce genre, un goût dé- 
pravé. Je crois qu'il est beaucoup plus simple et beaucoup plus 
légitime d'admettre que les secours, — à part les amplifica- 
tions suggérées par l'amour de la notoriété, — répondaient à 
une pratique tout empirique, et dont le résultat était de pro- 
duire un amendement réel dans les tourments de l'attaque 
hystérique. 

Gharcot, t. !_, 56 édit. 22 



338 ÉPIDÉMIES HYSTÉRIQUES : SECOURS 

X. 

Vous avez certainement saisie Messieurs, les analogies qui 
existent entre cet arrêt des convulsions hystériques ou hystéro- 
épileptiques, déterminé par la compression de l'abdomen et 
l'arrêt qu'on obtient quelquefois des convulsions par la com- 
pression ou la ligature des membres d'oii partent, en pareil 
cas, les phénomènes de l'aura ; et c'est ici peut-être le lieu de 
vous rappeler quune brusque flexion du pied fait cesser tout 
à coup, ainsi que l'a montré M. Brown-SéquarJ, la trépidation 
convulsive de Vépilepsie spinale^ observée dans certains cas 
de myélite. 

Vous n'ignorez pas q\ï en pathologie expérimentale ces faits 
cliniques trouvent jusqu'à un certain point leur interprétation. 
Je ne puis entrer dans les détails pour le moment ; qu'il me 
suffise de vous remettre en mémoire que, chez les animaux, de 
nombreuses expériences mettent en évidence la suspension de 
l'excitabilité réflexe de la moelle épinière par le fait de l'irrita- 
tion des nerfs périphériques. 

Ainsi, l'expérience de Herzennous montre que chez une gre- 
nouille décapitée, c'est-à-dire placée dans une condition excel- 
lente pour exalter à son maximum l'excitabilité réflexe de la 
moelle, si cette partie des centres nerveux est irritée dans sa 
partie inférieure, il sera impossible, tant que l'excitation sub- 
sistera, de mettre en jeu l'excitabilité des membres supérieurs. 
Et, inversement, si chez une grenouille préparée de la même 
façon, vous entourez d'un lien fortement serré les membres 
supérieurs, tant que la ligature persistera, l'excitation des 
membres inférieurs ne sera pas suivie de mouvements réflexes. 
(Test du moins ce que démontre une expérience de Lewisson. 



FAITS CLINIQUES 339 

Toujours est-il que si ces faits expérimentaux sont d'une 
analyse plus facile, ils ne sont pas encore, dans l'état actuel de 
la science, plus aisément explicables que les phénomènes cor- 
respondants observés chez l'homme. 



XI. 



Je ne puis insister plus longuement, car le temps me presse. 
J'aurais voulu cependant vous montrer Tintérêt qu'il y a, au 
point de vue pratique, à supprimer les accès d'hystérie grave ou 
à en modérer, tout au moins, l'intensité. Mais ce côté de la 
question sera plus convenablement mis en lumière quand j'aurai 
fait ressortir, dans une des prochaines séances, les conséquences 
qu'entraîne la répétition des accès, ou autrement dit Yétat de 
mal hystéro-épileptiqiie. Je me bornerai, quant à présent, à 
formuler ainsi qu'il suit une des conclusions qui ressortent de la 
présente étude : 

La compression énergique de l ovaire douloureux n'a pas 
dinftuence directe sur la plupart des symptômes permanents 
de r hystérie, tels que contracture^ paralysie^ hémianesthésie^ 
etc. ; mais elle a une action souvent décisive sur r attaque con- 
vulsive dont elle peut diminuer l'intensité et, parfois înême, 
déterminer l arrêt. 



XII. 



Je dois en terminant, Messieurs, faire passer devant vos yeux 
les malades que j'ai eues surtout en vue dans la description qui 
précède, et faire ressortir les particularités les plus saillantes 
qu'elles offrent à l'observation. 



340 FAITS CLINIQUES 

Cas I. — Marc..., 23 ans, atteinte d'hystéro-épilepsie depuis 
Tâge de 16 ans. On ne sait trop à quelle cause il faut, chez 
elle rattacher l'affection. Quoi qu'il en soit, au point de vue de 
l'hystérie locale, elle nous offre : une hémianesthésie, de l'oya- 
7ne, de \d. parésie, tout cela du côté gauche. Elle est, de plus, 
sujette à des vomissements fréquents et a présenté de Vachro- 
matopsie de l'œil gauche. 

Les attaques sont précédées par une aura caractéristique ; les 
phénomènes prodromiques partent de l'ovaire gauche et les 
symptômes céphaliques sont très accusés. Quant aux attaques 
elles-mêmes, elles se composent de trois périodes : a) convul- 
sions tétaniformes, épileptiformes, écume ; — b) grands mouve- 
ments du tronc et des membres inférieurs (période des contor- 
sions) ; dans ce temps la malade prononce des paroles bizarres, 
et paraît être en proie à un délire sombre ; — c) pleurs, rires, 
annonçant la fin de l'accès. Chez elle, on détermine un arrêt 
prompt et absolu de tous les phénomènes par la compression 
de l'ovaire gauche K 

Cas II. — Cot..., 21 ans, a vu l'hystérie débuter à 15 ans. 
Les mauvais traitements qu'eUe subissait de la part de son père, 
adonné aux excès de boisson, et plus tard la prostitution, ont 
sans doute exercé une certaine action étiologique. L'hystérie 
locale, ici, est encore plus marquée que dans le premier cas. 
Nous avons à observer à droite une hémianesthésie, une dou- 
leur ovarienne^ une contracture permanente avec tréjndation 
du membre inférieur. 

L'attaque s'annonce par une aura bien nette, partant de 
l'ovaire droit et se terminant par des symptômes céphaliques 

' Voir l'observation complète de Marc... dans: Bourneville etRegnard, — 
Iconogr.pkotogr. de la Salpêtrière. t. I, p. 108-14u. {Note de la 4e éd.). — Voir 
aussi le t. III du même ouvrag-e (p. 93) où se trouve la fin de celte observation 
et l'autopsie. 



FAITS CLINIQUES 341 

très évidents. Les convulsions, surtout toniques, se compliquent 
d'accidents épileptiformes ; C... se mord la langue, écume, etc. 
La période des contorsions vient ensuite et est très accentuée. 
Souvent, l'attaque se termine par des mouvements de bassin, 
avec constriction laryngée, pleurs-, urines abondantes. Chez 
elle, aussi, la pression ovarienne modère l'intensité des phéno- 
mènes de l'accès sans toutefois l'arrêter. Dans les premiers mois 
de l'année, cette malade a été atteinte d'un état de mal hystéro- 
épileptique sur lequel nous reviendrons dans une prochaine 
leçon ^ 

Cas IIl. — Legr... Geneviève est née à Loudun ; singulière 
coïncidence I C'est, vous le savez, le pays oii s'est passé le triste 
drame dont Urbain Grandier a été la victime. 

Geneviève est âgée de 28 ans ; l'hystérie date de l'époque de 
la puberté. Parmi les symptômes" permanents de l'hystérie 
locale, nous observons chez elle une hémianesthésie gauche^ 
bien accusée, une douleur ovarienne gauche avec une tumeur 
facile à constater ; enfin un état mental bizarre. 

L'au?'a est très caractérisée, et, ce qui prédomine, ce sont les 
palpitations cardiaques et les symptômes céphaliques. En ce qui 
concerne les attaques elles-mêmes, elles se divisent en trois 
périodes : l'' convulsions épileptiformes, écume et stertor ; — 
2° puis, grands mouvements des membres et de tout le corps ; 
— 3'^ enfin, période de délire, pendant laquelle elle raconte 
tous les événements de sa vie, à la fin des grands accès. 

Parfois la malade, dans cette dernière phase, a des hallucina- 
tions : elle voit des corbeaux, des serpents ; de plus, elle s'aban- 
donne à une sorte de danse, et alors elle nous offre, à l'état 
embryonnaire pour ainsi dire et sous la forme sporadique, un 
spécimen de ces danses du moyen âge décrites sous le nom à'épi- 



^ Voir l'observation complète de cette malade dans : Bourneville et Voulet. — 
De la contracture hystérique permanente . Obs. viii, p. 41. 



342 FAITS CLINIQUES 

démies saltatoir es. A ce propos, je vous ferai remarquer que 
certains cas d'hystérie, constituant en quelque sorte des varié- 
tés dans Tespèce, présentent à l'état rudimentaire les diverses 
formes convulsives qui se montrent à un degré beaucoup plus 
accentué dans les épidémies. C'est du reste là un point qu'a 
parfaitement développé Valenliner dans son intéressant travail 
sur l'hystérie K 

Chez Geneviève, la compression de l'ovaire détermine un 
arrêt, pour ainsi dire soudain, de l'attaque. Elle se rend nette- 
ment compte de cette influence, car elle-même essaie de com- 
primer la région qui donne naissance à l'aura ou, lorsqu'elle n'y 
peut parvenir, elle réclame, ainsi que nous l'avons déjà dit, le 
secours des assistants ^ 

Cas IV. — Ler..., âgée de 48 ans, est une malade bien con- 
nue de tous les médecins qui depuis plus de 20 ans on t fréquenté 
cet hospice à divers titres. C'est, en d'autres termes, un cas 
célèbre dans les annales de l'hystéro-épilepsie. Vous trouverez 
relatée, dans la thèse de M. Dunant (de Genève), la première 
partie de son histoire. Ler... a cessé d'être réglée, il y a quatre 
ans, et malgré cela les accidents nerveux persistent. Nous vous 
faisions reconnaître, tout à l'heure, dans Geneviève, le taren- 
tisme sous un aspect rudimentaire ; Ler... est une démoniaque, 
une possédée ; ou encore elle présente l'image à peine affaiblie 
d'une de ces femmes qu'on nommait Jei^kei^s dans les Camp- 
meetings méthodistes et qui offraient dans leurs crises les atti- 
tudes les plus effrayantes. (Voy. Fig. 19, 20 et 21.) 

L'origine vraisemblable des accidents nerveux chez Ler. . ., 
mérite d'être signalée. Elle a eu, comme elle le dit, une série de 



* Valenliner (Th.). — Die Hystérie und ihre Heilung. Voir l'extrait publié dans 
les numéros de juin 1872 du Mouvement médical. 

2 Nous avons publié l'observation de Geneviève dans Y Iconographie photogra» 
phique de la Salpêtrière, tome I, p. 48-90 ; t. II, p. 202-208. 



FAITS CLINIQUES 343 

peurs : 1° à 11 ans, elle a été épouvantée par un chien enragé ; 
2° à 16 ans, elle a été saisie d'effroi à la vue du cadavre d'une 
femme assassinée ; 3° à 16 ans, nouvelle frayeur déterminée par 




Fig. 19. — Attitude de Ler... pendant Tattaque : période des conte 
(Fac-similé d'un croquis fait d'après nature). 



des voleurs qui, au moment oii elle traversait un bois, se pré- 
cipitèrent sur elle pour lui enlever l'argent qu'elle portait. 

L'hystérie locale se compose, chez elle, d'une hémianesthé- 
sie, à'ovariey de pai^ésie et par moments de contractée des 



344 FAITS CLINIQUES 

membres supérieurs et inférieurs, occupant le côté droit. Par- 
fois les phénomènes envahissent le côté gauche, et, alors, con- 




Fio- 20. — Attitude de Ler... pendant l'att.ique : période des contorsions. 
(Fac-similé d'un croquis fait d'après nature). 



formément à notre description, se présente une ovarie double, 
avec anesthésie double, etc. 

Les attaques, qui s'annoncent par une aura ovarique bien 
caractérisée, sont marquées d'abord par des convulsions épilep- 



FAITS CLINIQUES 345 

tiformes et tétaniibrmes ; après quoi se produisent de grands 
mouvements, à caractère intentionnel, dans lesquels la malade, 
prenant les poses les plus eflrayantes, rappelle les attitudes 
que l'histoire prèle aux démoniaques. [Période des contorsions 
{Fig. 19, 20 et 21.)] A ce moment de lattaque, elle est en proie 




Fig. 21. — Attaque hystéro-cpilejitiqiie . — Période des contorsions. (Dessin fait par 
M. P. Richer, d'après un croquis de M. Charcot) : 

à un délire qui roule évidemment sur les événements qui pa- 
raissent avoir déterminé les premières crises : elle adresse des 
invectives furieuses à des personnes imaginaires : « Scélé- 
rats ! voleurs ! brigands ! Au feu ! au feu ! Oh ! les chiens ! on me 
mord! » autant de souvenirs, sans doute, des émotions de la 
jeunesse. 

Lorsque la partie convulsive de l'accès est terminée, il sur- 
vient en règle générale : 1° des hallucinations de la vue : la ma- 



346 FAITS CLINIQUES 

lade voit des animaux effrayants, des squelettes, des spectres ; 
2° une paralysie de la vessie ; 3° une paralysie du pharynx ; 
4" enfin, une contracture permanente plus ou moins prononcée 
de la langue. 

Ces derniers accidents rendent parfois nécessaires pendant 
plusieurs jours le cathétérisme vésical et ralimentation par la 
sonde œsophagienne. 

La compression de l'ovaire, chez Ler..., est presque de nul 
effet sur les convulsions ^ 

Cas y. — Vous connaissez déjà cette malade ; il s'agit d'Et- 
chev..., qui nous a fourni les éléments de notre leçon sur Vis- 
churie hijstérique-. Nous relevons encore, dans ce cas^ une 
hémianesthésie, de Vachromatopsie, de la contracture et de 
Xo-carie à gauche. Les attaques sont surtout tétaniformes, to- 
niques. Nous n'avons pas eu, jusqu'ici, l'occasion d'essayer 
chez elle l'influence de la compression ovarienne sur les con- 
vulsions ^ 

1 Nous avons publié l'observation complète de cette malade dans le Progrès 
médical (No^ 16-33, 1874), et dans nos Recherches cliniques et thérapeut. sur Vé- 
pilepsie et l'hystérie,^. 116-150. (B.) 

2 Voir Leçon IX, p. 275. 

3 Outre le compresseur de Vovaire de M. Poirier, nous devons citer le 
coynpresseur de M. Cti. Féré {Progrès médical^ 1881, p. 941) et celui de 
M. G. Ballet. 



DOUZIÈME LEÇON 

De la contracture hystérique. 



Sommaire. — Formes de la contracture hystérique. — Description de la 
forme hémiplégique ; analogies et différences entre la contracture hysté- 
rique et celle qui dépend d'une lésion en foyer du cerveau. — Exemple 
de la forme paraplégique de la contracture hystérique. 

Pronostic. — Soudaineté de la guérison dans quelques cas. — Interpré- 
tation scientifique de certains faits réputés miraculeux. — Incurabilité 
de la contracture chez un certain nombre d'hystériques. — Exemples. — 
Lésions anatomiques. — Sclérose des cordons latéraux. — Variétés que 
présente la contracture. — Pied bot hystérique. 



Messieurs, 
Dans son traité fondamental sur l'hystérie^ M. Briquet, bien 
qu'il n'accorde pas à l'histoire de la contracture permanente 
dont un ou plusieurs membres, chez les hystériques, peuvent 
être atteints, tout le développement qu'à mon sens elle com- 
porte, trace cependant avec une grandesûreté de mainles traits 
les plus saillants de ce symptôme. C'est là, écrit-il, une compli- 
cation rare. Il ne l'avait, en effet, rencontrée que six fois à 
l'époque oîi il a publié son ouvrage. Dans un cas, la contrac- 
ture occupait un seul membre ; dans deux autres, elle se pré- 
sentait sous une forme hémiplégique^ et dans les trois derniers, 
elle re vêlait la forme paraplégique. Il est parfaitement exact 
que la contracture hystérique peut offrir tous ces aspects. Vous 
allez, du reste, vérifier le fait par vous-mêmes, car je suis assez 
heureux pour pouvoir faire passer sous vos yeux deux malades 
qui présentent l'une la forme hémiplégique, l'autre la forme 



348 CONTRACTURE HYSTÉRIQUE 

paraplégique de la contraclure hystérique. Nous sommes ainsi 
mis à môme de vous faire toucher du doigt les particularités les 




y \; 

Fig. 22. — Contracture du membre supérieur fjauche. 



plus intéressantes relatives à cette manifestation singulière de 
l'hystérie. 



Etch..., aujourd'hui âgée de 40 ans, est atteinte depuis vingt 
mois d'hémiplégie gauche. Vous voyez le membre supérieur 



FORME HÉMIPLÉGIQUE 349 

de ce côté dans la demi-flexion {Fig. 22) ; il est le siège d'une 
rigidité considérable, ainsi qu'en témoignent la difficulté que 
l'on éprouve à exagérer la flexion et l'impossibilité d'obtenir 
l'extension complète \ 

Le membre inférieur gauche est dans l'extension ; ses di- 
verses parties sont, pour ainsi dire, dans une attitude forcée: 
la cuisse est fortement étendue sur le bassin, la jambe sur la 
cuisse ; le pied offre la déformation du pied bot équin varus le 
plus prononcé. En outre, les muscles adducteurs de la cuisse 
sont, eux aussi, fortement contractures. En somme, toutes les 
jointures sont également rigides, et le membre, dans son en- 
semble, forme comme une barre inflexible, car, en le saisissant 
par le pied, vous pourriez soulever tout d'une pièce la partie 
inférieure du corps de la malade. J'insiste sur cette attitude du 
membre inférieur, parce qu'elle est très rare dans l'hémiplégie 
liée à l'existence d'une lésion cérébrale en foyer, et qu'elle est, 
au contraire, pour ainsi dire la règle dans la contracture hysté- 
rique. Dans ce dernier cas, la flexion permanente de la cuisse 
et de la jambe, si j'en juge d'après mes observations, est un fait 
réellement exceptionnel. 

Il s'agit là d'une contracture permanente dans l'acception 
rigoureuse du mot; je me suis assuré qu'elle ne se modifie en 
rien pendant le sommeil le plus profond ; elle ne subit pas, dans 
la journée, d'alternatives d'aggravation et de rémission. Seul, 
le sommeil provoqué par le chloroforme la fait disparaître pour 
peu que l'intoxication ait été poussée un peu loin. 

Bien que chez notre malade la contracture hémiplégique date, 
je le répète, de près de deux ans, vous voyez que la nutrition 
des muscles n'a pas souffert sensiblement. J'ajouterai encore 
que la contractihté électrique est restée à peu près normale. 

» Aujourd'hui (juillet 1873), la contracture des membres gauches, chez E... 
se retrouve avec tous les caractères qu'elle offrait à l'époque où la présente leçon 
a été faite, c'est-à-dire en juin 1870. — Voir la note de la page 3o8. 



350 CARACTÈRES DE LA CONTRACTURE HYSTÉRIQUE 

Je VOUS ferai remarquer, en passant, qu'en redressant forte- 
ment la pointe du pied, on détermine dans le membre inférieur 
contracture une trépidation qui persiste quelquefois pendant 
longtemps, alors que le pied, abandonné à lui-même, a repris 
son attitude primitive. Vous savez que cette même trépidation 
se rencontre très habituellement dans la paralysie avec con- 
tracture, liée à une lésion organique spinale, lorsque, par 
exemple, les cordons latéraux sont sclérosés ; mais je l'ai 
observée également dans nombre de cas oii la contracture 
hystérique s'est terminée tout à coup par la guérison. Vous 
voyez par là que ce phénomène n'a pas au point de vue du 
diagnostic anatomique, une valeur absolue \ 



1 Dès 1868, dans mes leçons de la Salpêtrière, j"ai appelé l'attenlion sur le 
tremblement particulier qui, chez certains sujets atteints de paralysie ou seule- 
ment de parésic des membres inférieurs, se produit dans le pied lorsque, saisis- 
sant avec la main rextrèmilé de celui-ci, on le redresse brusquement. (Voir 
P. Dubois. Étude siir quelques pomU de Vataxie locomotrice proyressive.T'hh'èe. de 
Paris, 1868.) 

La trépidation ainsi provoquée s'arrête, en général, aussitôt qu'on cesse de 
maintenir le pied dans la flexion dorsale ; elle persiste cependant quelquefois un 
peu après. Limitée au pied dans beaucoup de cas, elle s'étend souvent au membre 
tout entier et se propage même quelquefois au membre inférieur de l'autre côté. 
Dans le cas oii le tremblement dont il s'agit peut être provoqué par la manœuvre 
indiquée plus haut, il se manifeste fréquemment aussi, soit spontanément, du 
moins en apparence, soit sous l'influence des mouvements que fait le malade 
pour se dresser dans son lit, pour en descendre et mettre le pied à terre, ou 
encore pour marcher. 

lu^ trépidation procoquée ow spontanée An pied se montre dansles circonstances 
variées, oii les faisceaux latéraux de la moelle épinière sont devenus, dans une 
certaine étendue, le siège d'un travail lent de prolifération conjonctive. Ces con- 
ditions sont, on le voit, les mêmes que celles où, plus tardivement que le trem- 
blement, se produit la contracture permanente. A.m&\^ la trépidation spontanée ou 
provoquée, soit limitée au pied, soit généralisée, s'observe dans la sclérose symé- 
trique des cordons latéraux, dans la sclérose en plaques toutes les fois que les 
foyers spinaux occupentles faisceaux latéraux dans une étendue de plusieurs cen- 
timètres en longueur; on les observe lorsque la sclérose descendante s'est établie 
consécutivement à la compression de la moelle déterminée par une tumeur, à la 
myélite transverse aiguë ou subaiguë, ou encore ùw[is\<i sclérose latérale consécu- 
tive à certaines lésions du cerveau, telles entre autres, que le ramollissement en 
foyer ou l'hémorragie des corps opto-slriés, intéressant la capsule interne. La 
trépidation en question n'est donc pas l'apanage d'une maladie en particulier, 
elle se lie à des maladies d'origine très diverse, mais auxquelles la sclérose laté- 
rale est un trait commun. Toutefois, sa présence dans des cas de contracture hys- 
térique, terminée brusquement par la guérison, montre qu'elle ne saurait être 



CARACTÈRES DE LA CONTRACTURE HYSTÉRIQUE 331 

A part la différence que nous avons signalée à propos de 
l'altitude du membre inférieur, toutes les particularités que 
nous venons de rappeler pourraient, à la rigueur, s'appliquer 
à un cas d'hémiplégie organique, résultant d'une lésion pro- 
fonde de l'encéphale, hémorragie ou ramollissement, par 
exemple. 

Un nouveau trait de ressemblance est celui-ci : l'hémiplégie, 
chezEtch..., a débuté tout à coup, pendant une attaque. La 
malade, à la suite de cette attaque, est restée sans connaissance 
durant plusieurs jours. 

Après avoir indiqué les analogies, il faut faire ressortir les 
différences. Elles sont nombreuses, péremptoires et de fait, le 
plus souvent, rien n'est plus simple, en s'aidant de ces carac- 
tères presque toujours présents, que de rapporter la contracture 
hystérique à sa véritable origine. 

1° Remarquez en premier heu, Messieurs, l'absence de para- 
lysie faciale et de déviation de la langue, lorsque celle-ci est 
tirée hors de la bouche. Vous savez que ces phénomènes 



rattachée toujours à l'existence d'une lésion matérielle appréciable des faisceaux 
latéraux. (Dubois, loc. cit. — Gharcot et Jo[Ti'oy. Arch. de Physiologie, 1867, 
p. 632 et suiv. — Gharcot. Leçons sur les Maladies du Système nerveux^ l^e édi- 
tion, 1872-1873, pp. 218, 307, 319.) 

Tout récemment, M. Westphal et M. Erb ont consacré chacun à l'étude de ces 
symptômes un travail accompagué de vues physiologiques ingénieuses. Suivant 
ces auteurs, la trépidation provoquée du pied (laquelle est désignée par M. West- 
phal sous le nom de Fùsphilnomen), serait un phénomène réfiexe ayant son point 
de départ dans les tendons. (OE. Ei-b. Sehnenreflexe bel Gesunden und beiHùchcJi- 
maskskranken . In Archiv fiir Psychiatrie. IV Bd, 3e heft., p. 792, 187.o. — 
G. Westphal. Uebereinige Bewryungs-Erscheirnungen an yelâhrnten Giiedern. — 
Même recueil, p. 883. — W. Erli, Ueber einen winig bekaniiten spinaleyi Sympto- 
memcoiaplex. In Berliner Klin. Woschenschrif't. j87o, n» 26.) 

Dans quelques cas de paralysie des membres supérieurs, lorsqu'il s'agit par 
exemple d'une hémiplégie consécutive à une lésion de la capsule interne, et que 
la contracture permanente n'est pas trop accentuée, on réussit à produire, en re- 
dressant vivement k's doigts, uu tremblement spasmodique de la main en tout 
semblable à la trépidation provoquée du pied (J.-M. G.). 



352 CARACTÈRES DE LA CONTRACTURE EYSTÉRIQUE 

existent au contraire toujours à un certain degré dans l'hémi- 
plégie, par lésion en foyer du cerveau ^ 

2° Notez ensuite l'existence d'une analgésie et même d'une 
anesthésie pour ainsi dire absolue, étendue à toute la moitié du 
corps, répondant au côté paralysé, occupant par suite la face, 
le tronc, etc. Cette altération de la sensibilité intéresse non 
seulement la peau, mais encore les muscles et peut-être les os ; 
elle s'arrête exactement à la ligne médiane. 

Cette sorte de généralisation de l'anesthésie a tout un côté 
du corps, tête, tronc et membres, cette limitation, en quelque 
Sorte géométrique, des parties anesthésiées par un plan vertical 
qui divise le corps en deux moitiés égales, appartiennent pour 
ainsi dire en propre h l'hystérie ^. Quoi qu'il en soit, ce 
symptôme ne s'observe que très rarement dans V hémiplégie de 
cause cérébrale, et s'il s'agissait de VJiémiplégie spinale, c'est- 
à-dire résultant de la lésion d'une moitié unilatérale de la 
moelle épinière, l'anesthésie, ainsi que l'a montré M. Brown- 
Séquard, occuperait le côté du corps opposé à la paralysie 
motrice. 

3° Nous avons à relever encore bien d'autres caractères dis- 
tinctifs. La malade est intelligente et rien n'autorise à suspecter 
sa sincérité ; elle peut donc nous renseigner d'une façon véri- 
dique sur le mode d'évolution de son affection. Yoici, en quel- 
ques mots, son histoire. 

11 n'y aurait pas eu chez elle, semble-t-il, d'antécédents 



1 Suivant M. Hasse (Jlandb. der PathoL, etc., 2 Auflag. Erlangcn, 1S60), on 
devrait à M. Althaiis d'avoir signalé l'absence de la paralysie faciale et de la 
déviation de la bouche et de la langue dans l'hémiplégie hystérique. 11 n'en est 
rien ; ce caractère se trouve déjà mis en relief dans les Leçons sur le système 
7ierveux de R.-B. Todd. 

Voir la Leçon X, sur V Uémianesthésie . 



CARACTÈRES DE LA COiNTRACÏURE HYSTÉRIQUE 353 

hystériques. La maladie a débuté à 34 ans, après une violente 
secousse morale, par une attaque avec perte de connaissance. 
Cette attaque, selon toute vraisemblance, a pris la forme épi- 
leptique de l'hystérie. Etch..., en effet, pendant l'accès est tom- 
bée dans ie feu, et elle porte sur la figure des traces de la 
brûku-e qu'elle s'est faite dans cette circonstance. De nouvelles 
attaques, tantôt franchement hystériques, tantôt prenant quel- 
ques-uns des aspects de l'épilepsie, sont survenues, à plusieurs 
reprises, durant les années suivantes ; mais c'est à 40 ans que 
sontapparus les symptômes permanents de l'hystérie que nous 
avons à étudier aujourd'hui. Nous devons indiquer au miheu de 
quel concours de circonstances ils se sont développés, car nous 
trouvons là quelques traits caractéristiques. 

a) Les règles, jusque-là régulières, se dérangent ; la malade a 
de temps en temps des vomissements de sang * ; son ventre est 
le siège d'un ballonnement considérable avec douleur vive à la 
pression delà région ovarienne gauche, douleur d'un caractère 
spécial, s'accompagnant de sensations particuhères qui s'irra- 
diaient vers la région épigas trique et que la malade reconnais- 
sait comme précédant la plupart de ses attaques. Ces douleurs, 
comme d'ailleurs le ballonnement et la rétention d'urine, 
existent encore aujourd'hui. 

b) Presque en même temps, Etch.., est affectée d'une réten- 
tion ^'z^rme persistante, qui nécessite habituellement le cathé- 
térisme. 

c) Les choses en étaient là lorsque, en octobre 1868, survient 
une attaque très intense, accompagnée de convulsions et suivie 



1 C'est là un accident fréquent chez les hystériques lorsque la menstruation 
est notablement troublée. 

Charcot, t. I, 5® édit. 23 



364 CARACTÈRES DE LA CONTRACTURE HÉMIPLÉGIQUE 

d'un état apoplecliforme avec respiration stertoreuse ; c'est 
alors que débuta tout à coup V hémiplégie. 

Eh bien, Messieurs, ce ballonnement considérable duventre, 
(\Q?> douleurs de la région ovarienne, cette rétention des urines^ 
constituent un ensemble de symptômes dont l'importance, au 
point de vue du diagnostic, est à peu près décisive. Rien de 
semblable ne s'observe dans les prodromes des hémiplégies de 
cause cérébrale, et il est au contraire très habituel de voir ces 
symptômes précéder l'apparition des phénomènes permanents 
de riiystérie : hémiplégie on paraplégie. C'est un point que 
M. Briquet n'a pas manqué de faire ressortir ; on le trouve éga- 
lement relevé comme il convient, du moins en ce qui concerne 
la paraplégie hystérique, par M. Laycock, dans les termes sui- 
'vants : « La paralysie plus ou moins prononcée des extrémités 
inférieures, dansTliystérie, est toujours accompagnée — il au- 
rait pu ajouter : « et précédée » — par un degré correspondant 
de perturbation dans les fonctions des organes pelviens ; cette 
perturbation se traduit par la constipation, la lympanite, la pa- 
ralysie vésicale, l'accroissement ou la diminution de la sécrétion 
urinaire, Tirritation ovarienne ou utérine, etc. ^ » 

d) Lorsque Etch... esl entrée à la Salpetrière, il y a un an 
(juin 1869), l'hémiplégie datait déjà de sept ou huit mois. Indé- 
pendamment de toutes les particularités, si caractéristiques, qui 
viennent d'être rappelées, l'état des membres paralysés pouvait, 
lui aussi, être invoqué en faveur de l'origine hystérique de la 
paralysie. Ainsi, tandis que le membre supérieur était dans un 
état de flaccidité complète, absolue, le membre inférieur pré- 
sentait au genou une rigidité très marquée. Ce serait là une 
anomalie considérable dans un cas d'hémiplégie consécutive à 
une lésion cérébrale, car, en pareil cas, la rigidité tardive se 

^ Treatise on t/ie ncrvous Diseuses of Wunien. Loiulon, 1840. p. 240. 



FORME PARAPLÉGIQUE 355 

manifeste toujours de préférence dans le membre supérieur. 

e) La contracture, qui, aujourd'hui, occupe le membre supé- 
rieur, remonte à quelques mois seulement, et elle s'est déve- 
loppée tout à coup, sans transition, à la suite d'une attaque. Ce 
n'est pas de la sorte, vous le savez, que procède la contracture 
tardive dans l'hémiplégie due à l'hémorragie ou au ramollisse- 
ment du cerveau ; constamment, dans ce dernier cas, la con- 
tracture s'établit lentement, d'une manière progressive. 

Ainsi, Messieurs, en tenantcompte de toutes les circonstances 
qui viennent d'être énumérées, rien n'est plus facile que de 
reconnaître chez Etch..., la véritable cause du mal. 11 en sera 
dé même encore dans le fait suivant, qui est relatif à un cas de 
paraplégie hystérique '. 



Alb.. ., âgée de vingt-un ans, enfanttrouvée, estatteintedepuis 
deux ans environ d'une contracture permanente des membres 
inférieurs, qui sont, comme vous pouvez le constater, dans 
l'extension et tout à fait rigides. De même que chez Etch...., la 
contraclilité musculaire n'est pas amoindrie. Les membres sont 
amaigris, mais d'une façon générale, et cet amaigrissement tient 
à ce que la malade est affectée de vomissements presque incoer- 
cibles qui l'empêchent de s'alimenter suffisamment. On note, en 
outre, une analgésie à peu près complète des membres para- 
lysés. 



1 11 a déjà été question de cette malade dans la Lkçon IX, p. 275. — On 
trouvera son histoire complète dans les liecherc/ies cliniques et thérapeutiques 
sur Vépilepsie et l'hystérie, p. 151. 



3o6 CONTRACTURE UYSTÉRIQUE : PRONOSTIC 

Voici maintenant des circonstances vraiment décisives qui 
permettent d'établir le diagnostic. 

a) Alb.... a des attaques hystériques depuis Fâge de 16 ans ; 
— b) elle est atteinte, depuis quatre ans, d'une rétention d'urine 
réclamant ordinairement le cathétérisme ; c) elle présente un 
ballonnement énorme deTabdomen; — cl) les régions ovariennes 
sont douloureuses à la pression, et, en insistant un peu dans 
l'exploration, on ne tarderait pas à provoquer une attaque hys- 
térique ; — e) la contracture des membres inférieurs est sur- 
venue tout d'un coup, sans transition, et c'est là un point que 
nous avons fait ressortir déjà dans l'observation précédente. Or, 
de semblables symptômes ne s'observentpas dans la progression 
de la sclérose des cordons latéraux... 



m. 



Ainsi, Messieurs, rien de plus simple, je le répète, que l'in- 
terprétation clinique de ces deux cas, en ce qui concerne le 
diagnostic. Mais voici le point oià, dans ces cas mêmes et dans 
les cas analogues, des difficultés sérieuses peuvent surgir ? 

Qu'adviendra-t-il de ces malades? Depuis deux ou trois ans, 
la paralysie avec contracture a persisté, chez elles, sans amen- 
dement. Cette contracture pourra-t-elle se résoudre quelque 
jour, ou, au contraire, doit-elle persister indéfiniment et consti- 
tuer de la sorte une infirmité incurable ? Voilà des questions que 
nous devons poser sans nous engager, toutefois, à y répondre 
d'une façon catégorique. 

A. Il est possible que, malgré sa longue durée, cette contrac- 
ture disparaisse sans laisser de traces, demain peut-être, dans 
quelques jours, dans un an ; on ne peut rien préjuger à cet égard 



EXEMPLES DE GUÉRÎSON 357 

En tous cas, si la ejuérison a lieu, elle pourra èirc soudaine^ , 
Du jour au lendemain, tout peut rentrer dans l'ordre ; et s'il se 




Vig . 23. — Contracture hys^tériquc du membre înf<^rieur droit. 

trouve qu'à cette époque la diathèse hystérique soit épuisée, 
ces malades reprendront la vie commune. 



1 Une femme sera restée confinée au lit pendant plusieurs mois, tout à fait 
incapable de se servir de ses membres inférieurs ; le médecin aura abandonné 
tout espoir de lui être secourable, lorsque, tout à coup, sous l'influence d'une 
cause morale puissante, on la verra sortir de son lit non longer the victim of 
nervesbut the vanquisher comme dit Thomas Carlyle, et se mettre k marcher 
tout aussi bien que si elle n'eût jamais été atteinte de paraplégie. C'est là une 



3o8 SOUDAINETÉ DE LA GUÉRTSON 

A ce propos, Messieurs, je ne puis pas ne point m'arrêter un 
instant devant ces guérisons rapides, inespérées souvent, d'un 
mal qui, pendant si longtemps, se sera fait remarquer par sa té- 
nacité et par sa résistance àtousles agents thérapeutiques. Une 
émotion morale vive, un ensemble d'événements qui frappent 
fortement l'imagination, la réapparition des règles depuis long- 
temps supprimées, etc., sont fréquemment l'occasion de ces 
promptes guérisons . 

J'ai vu dans cet hospice trois cas de ce genre, que je vous de- 
mandera permission de résumer brièvement. 

1° Dans le premier cas, il s'agissait de la contracture d'un 
membre inférieur [Fig. 23) datant de quatre ans au moins. En 
raison de Finconduite de la malade, je fus obligé de lui adresser 
une vigoureuse semonce et de lui déclarer que je la renvoyais. 



des terminaisons de la paraplégie hystérique que le nnédecin ne doit pas perdre 
de vue et qui montre bien le danger qu'il y aurait pour lui à décréter l'incurabi- 
lité dans les cas de ce genre. « (Th. Laycok, A Treatise on t/ie nervous Diseuses 
of \Vomen. London, 1840, p. 289.) {J^oie de la l^e édition.) 

— Cette prévision s'est réalisée, cette année même, pour la première des deux 
malades auxquelles il est fait allusion dans ce passage, souligné dans la première 
édition. La situation d'Etchv..., à la date du 21 mai, pouvait se résumer ainsi 
qu'il suit: rétention d'urine, avec périodes d'ischurie, depuis neuf ans ; — con- 
tracture du membre inférieur droit ; — contracture des membres du côté gauche 
datant de six ans; — contracture des mâchoires nécessitant l'emploi de la sonde 
œsophagienne, et qui remontait à près d'une année ; — aphonie qui durait depuis 
dix mois. Le 22 mai, à 7 h. 1/4 du soir, attaque marquée surtout par de l'oppres- 
sion, une contracture des muscles du cou à gauche, lesquels portent le menton 
derrière l'épaule gauche. La malade n'a pas perdu connaissance, elle croit qu'elle 
va mourir; elle crie, la contracture des mâclioires a disparu. Elle s'agite, on 
cherche à la contenir: avec son bras droit devenu libre, elle repousse ceux quila 
tiennent. Elle veut aller à la fenêtre pour avoir de l'air; comme on s'y oppose, sa 
colère augmente et, sous cette influence, on voit cesser successivement la contrac- 
ture de la jambe droite, puis celle delà jambe gauche, enfin celle du bras gauche. 
On laisse Etch. .. se lever; elle marche: « 8 heures la giiérisoii était complète, 
ou peu s'en faut. Dès le lendemain, la sécrétion urinaire était redevenue normale. 
(Planche XI). L'amblyopie, l'anesthésie, n'ont disparu complètement qu'au bout 
de quelques jours, et la malade n'a conservé, comme trace de sa contracture per- 
manente, que quelques craquements dans les jointures principalement celles du 
membre inférieur g;iuche. Finalement, les seuls vestiges des anciens accidents 
sont aujourd'hui des craquements, d'ailleurs peu prononcés, se m outrant dans les 
jointures des membres autrefois contractures (B {Note de la 2^ édition,) 



SOUDAINETR DE LA GUÉRISON 'Sod" 

Dès le lendemain, la contraclure avait entièrement cessé. Ce 
fait est d'autant plus important que l'hystérie convulsive n'exis- 
tait plus que dans les souvenirs de cette femme. Depuis deux ou 
trois ans, la contracture élait la seule manifestation de la 
grande névrose. 

2° Le second cas concerne une femme également atteinte 
d'une contracture limitée à un seul membre. Les crises hystéri- 
ques proprement dites avaient depuis longtemps disparu. Cette 
femme fût accusée de yoI : la contracture qui avait duré plus de 
deux ans se dissipa tout à coup à l'occasion de l'ébranlement 
moral que produisit cette accusation. 

3" Dans le troisième cas, la contracture avait pris la forme 
hémiplégique ; elle affectait le côté droit et était surtout pro- 
noncée au membre supérieur. La guérison survint presque tout 
à coup, dix-huit mois après le début, à la suite d'une vive con- 
trariété. Il n'y avait pas alors d'anesthésie ; la malade, tout en 
avouant avoir éprouvé des troubles nerveux bizarres, niait 
l'existence passée des véritables attaques hystériques. 

11 faut bien connaître. Messieurs, la possibilité de ces guéri- 
sons qui, aujourd'hui encore, font crier au miracle, mais dont 
les charlatans seuls se font gloire. Avant notre siècle, ces faits- 
là étaient souvent invoqués lorsqu'il s'agissait d'établir devant 
les plus incrédules l'influence du surnaturel en thérapeutique. A. 
ce point de vue, vous lirez avec intérêt un article publié dans la 
Revue de philosophie positive (1" avril 1869), par le vénérable 
M. Liltré \ Je fais allusion à un écrit intitulé : Un fragment 
de médecine rétrospective (Miracles de saint Louis) , et dans 
lequel on trouve l'histoire de plusieurs cas de paralysie guérie 

^ La philosophie positive, Revue, etc., t. V. 1869, p. 103. 



360 CONTRACTURES INCURABLES 

après des pèlerinages faits à Saint-Denis, au tombeau oii les 
restes du roi Louis IX venaient d'être déposés. Trois de ces cas 
surtout sont intéressants pour nous, à cause de la précision des 
détails. Ils se rapportent à des femmes, jeunes encore, frappées 
subitement de contracture de Tun des membres inférieurs ou 
des deux membres du même côté du corps, lesquels présen- 
taient en outre une anesthésie considérable. Chez ces femmes, 
laguérison était survenue tout d'un coup, au milieu de circons- 
tances bien propres à émouvoir l'imagination. Yous voyez. 
Messieurs, que les choses ont peu changé depuis la fin du 
xiii'' siècle \ 

B. Mais si la guérison de ces malades est possible, vraisem- 
blable même, elle n'est pas nécessaire, et il peut se faire que la 
contracture persiste à titre d'infirmité incurable. Voilà une 
assertion qu'il ne me sera pas difficile de justifier. Mais permet- 
tez-moi de vous faire remarquer tout d'abord que vous ne 
trouverez, sur ce sujet, dans la plupart des auteurs, que des 
assertions vagues, incertaines, vraiment peu satisfaisantes. 

«) Je vous présente une femme, âgée maintenantde cinquante- 
cinq ans et qui, il va dix-huit ans, fut prise à la suite d'une at- 
taque hystérique de la paraplégie avec contracture, dont vous 
pouvez encore aujourd'hui reconnaître les principaux caractères. 
La contracture, à Torigine, s'amendait de temps à autre tempo- 
rairement. Mais depuis plus de seize ans, elle n'a jamais subi 
lamoindre modification ; il s'agit ici d'une véritable rigidité des 
muscles avec prédominance de l'action des extenseurs et des 
adducteurs ; môme après seize ans d'immobilité des membres 



1 Bien peu chang-é, en efîet, caries guérisons prétendues miraculeuses, dont on 
a voulu faire tant de bruit dans ces derniers temps, ne difîèrent par aucun ca- 
ractère appréciable des miracles de saint Louis. C'est ce dont on pourra se con- 
vaincre par la lecture de l'ouvrage qu'a récemment publié H. Diday, sous ce 
titre : Examen médical des miracles de Lourdes. Paris 1873. (B.) 



SCLEROSE DES CORDONS LATERAUX 



361 



inférieurs, les parties ligamenteuses n'y sont pour rien, du 
moins aux genoux, ainsi qu'une exploration faite alors que la 
malade avait été soumise à l'anesthésie du chloroforme nous a 
permis de le vérifier. Seule, la déformation des pieds, qui rap- 
pelle celle du varus équin, ne s'est point modifiée pendant le 




Fig , 24. — Contracture hijsti^riquc des deux membres inférieurs. 

sommeil chloroformique. Les muscles des jambes et des cuisses 
sont notablement atrophiés; la contractilité faradique y est 
amoindrie. Depuis plusieurs années, l'hystérie paraît complète- 
ment épuisée chez cette femme, et il est devenu fort peu pro- 
bable qu'aucun événement puisse, chez elle, rien changer 
désormais à l'état des membres inférieurs {Fig. 24) '. 

1 Voir robservation complète de cette malade ùla page u3 de notre Mémoire 



'^62 SCLÉROSE DES CORDONS LATÉRAUX 

b) Quelle condition est donc survenue et a entretenu ainsi 
l'existence de cette paraplégie avec rigidité des membres ? 
Évidemment, dans les cas récents de contracture hystérique, la 
modification organique, quelle qu'elle soit, quelque siège qu'elle 
occupe, qui produit la rigidité permanente, est très légère, très 
fugace, puisque les symptômes qui lui correspondent peuvent 
disparaître tout à coup, sans transition. Il est certain qu'avec les 
moyens d'investigation dont nous disposons aujourd'hui, la 
nécroscopie la plus minutieuse ne seraitpas en état de retrouver, 
en pareil cas, les traces de cette altération. Mais en est-il de 
même dans les cas invétérés? Non, Messieurs ; je crois pouvoir 
avancer, en me fondant sur la connaissance d'un fait analogue, 
que, chez cette femme, il s'est produit, à une certaine époque, 
une lésion scléreuse des cordons latéraux, lésion que la nécros- 
copie permettrait actuellement de reconnaître. 

Il m'est arrivé, en effet, d'observer une fois, chez une femme 
hystérique, atteinte, depuis une dizaine d'années, de contrac- 
ture des quatre membres, et dont le début avait été subit, une 
sclérose qui occupait symétriquement, et à peu près dans toute 
la hauteur de la moelle, les cordons latéraux. A diverses 
reprises, cette femme avait vu la contracture céder temporaire- 
ment, mais après un dernier accès, celle-ci était devenue défi- 
nitive \ 

intitulé: De lacontracture hystérique permanente on Appréciation scientiûrme des 
mirades de saint Louis, de saint Médard, etc. (B.) 

^Société médicale des hôpitaicx. Séance du 25 janvier lS6o. 
_ De même que, parfois, on observe une lésion spinale anatom'iquement appré- 
ciable dansles casmvetérés de contracture hysténque,demême aussi les troubles 
de la vision peuvent quelquefois s'accompagner de lésions du fond de lœil aue 
1 ophtalmoscope fait reconnaître. Un élève de la Salpêlrière, M. \ Svynos a 
consigné dans sa thèse inaugurable(D.5 am/jhjopiesetdesamauroseshystérigues • 
Pans juillet 1873), a peu près tout ce qui a trait à ce sujet. Il a, en particulier 
décrit tou au long les phénomènes ophtalmoscopiques, recueillis à plusieurs 
reprises chez Etchev. . . 

Pendant longtemps, chez cette malade, dont il a été question à diverses re 
prises(LEÇON IX p. 275, Leçon XI, p. 320), on n'avait découvert sur le fond 
de 1 œil gauche, frappé d'amblyopie hystérique, aucune lésion; mais un dernier 



CONTRACTURE IIYSTÉRIQUE I rilYSIOLOGlE PATHOLOGIQUE 363 

Des fciitsqui précèdent \ il est sans cloute légitime de tirer 
quelques inductions relatives à la physiologie pathologique de la 
contracture hystérique. D'après les considérations que nous 
avons émises, les cordons latéraux, ou tout au moin^ la par- 
tie postérieure — celle qui tient sous sa dépendance la contrac- 
ture permanente dans les cas de sclérose en plaques ou fasci- 



examen pratiqué le 20 mars 1S73 par M. Galezowski a fait reconnaître les altéra- 
tions suivantes : 1» la papille est uniformément rouge dans toute son étendue, 
phénomène qui-estla suite d'une congestion papillaire ; — 2° les contours de la 
;9«p?7/esont effacés, troubles, en raison d'une e.r.s?^c/rt^2o?!.ç^Ve?^sv? diffuse qui s'étend 
sur la rétine le long des vaisseaux; — 3" la branche principale de l'artère centrale 
qui se distribue dans ia partie inférieure de la rétine présente une dilatation fusi- 
forme, tandis que, près de la papille, elle paraît être en état de contraction spas- 
modiquc. Selon M. Galezowki, il y a lieu de supposer que tous ces désordres 
sont dus à la contraction spasmodique des artères, par places, et à leur dilatation 
dans d'autres endroits. De là des congestions papillaires sur certains points et des 
anémies sur d'autres, ce qui amène une infiltration séreuse péri-papillaire. (B.) 
Voir aussi l'observation rapportée par M. Bonnefoy dans le Mouvement médical 
(1873, p. 276). [Note de la l-^e édition.) 

Chez toutes les malades a.i[e\nies d'atnUijopie hjjstéi^ique, examinées récemment 
par M. Landolt à la Salpctrière, le champ visuel pour le blanc et pour les cou- 
leurs est rétréci concentriquement, même dans les cas où l'acuité visuelle et la 
perception centrale des couleurs sont normales dans l'œil du côté non anestliésié. 
Toutes les fonctions de la rétine de l'œil du côté malade ont diminué proportion- 
nellement. Pour les détails relatifs au rétrécissement du champ visiiel pour les 
couleurs, chez les hystériques, voir la Planche XII, Fig. 2, qui représente les 
phénomènes observés chez Marc. . . et les détails qui l'accompagnent. {Note de 
la 2e édition.) 

1 Aux observations rappelées par M. Charcot, il convient d'ajouter la suivante 
recueillie à la Salpêtrière dans son service et qui confirme en tous points son en- 
seignement. 

Berthe Gtiat.. ., âgée de dix-huit ans et demi (juillet 1873), a été sujette de- 
puis son enfance jusqu'à douze ans à des épistaxis survenant toujours par la 
narine droite, et de douze ans jusqu'à quinze ans à des céphalalj^ies à peu près 
mensuelles. A quinze ans, sans cause connue, en dehors de toute influence héré- 
ditaire appréciable, elle eut tout à coup une attaque convulsive avec perte de 
connaissance. Rares pendant la seizième et la dix-septième années, les attaques 
se sont multipliées dans le cours de la dix-huitième année. Les unes, apparte- 
nant à l'hystérie simple, reviennent tous les deux ou trois mois, les autres rele- 
vant de rhystéro-épilepsie se montrent assez régulièrement tous les mois. L'ap- 
parition des règles (janvier 1873) n'a pas modifié, d'une façon appréciable, la 
fréquence elles caractères des convulsions. 

Au moment de son entrée à la Salpêtrière (sept. 1872), cette jeune fille pré- 
sentait à droite: 1» une hémianeslhésie complète; 2° de Thyperesthésie de l'o- 
vaire . 

8 octobre. A la suite d'une attaque accompagnée de délire pendant 12 heures 
environ, contracture dumembre inférieur droit avec pied bot varus équin; lacon- 



364 CONTRACTURE HYSTÉRIQUE : PRONOSTIC 

culée — ces cordons, dis-je, sont désignés comme étant le 
siège de modifications organiques, d'abord temporaires, et qui 
donneraient lieu aux contractures hystériques. A la longue, ces 
modifications, quelles qu'elles soient, font place à des altérations 
matérielles plus profondes : une sclérose véritable s'établit. 
Peut-être n'est-elle pas au-dessus des ressources de l'art ; mais 
dans tous les cas, elle ne permet très certainement plus d'espé- 
rer cette brusque disparition des contractures qui constitue un 
des caractères les plus frappants de la maladie lorsqu'elle n'est 
pas parvenue encore aux phases les plus avancées de son 
évolution. 

Existe-t-il quelque signe qui permette d'indiquer, à coup sûr, 
le caractère du cas, de savoir par exemple si la sclérose a 
définitivement ou non élu domicile dans les cordons latéraux ? 
Je ne crois pas. Messieurs, que l'on puisse^ dans l'état actuel 
de la science, signaler un seul symptôme qui présente à cet 
égard une valeur pronostique absolue. 

La trépidation convidsive des membres contractures, provo- 
quée ou survenant spontanément {épilepsie spinale tonique)^ 



tracture se complique d'un tremblement presque constant (épilepsie spinale). — 
Du 10 au '2'6 octobre, la situation reste la môme, malgré l'apparition d'une 
attaque bystéro-épileptiqiie. 

30 octobre. Crises convulsives dans lesquelles l'bystérie prédomine. Durant la 
deuxième crise, les personnes qui maintenaient la malade, de peur qu'elle ne se 
blessât, ont senti la jambe droite, qui jusqu'alors avait toujours été dans l'exten- 
sion, se flécbir brusquement sur la cuisse et lorsque la malade est revenue à elle, 
la contracture avait cessé. Chat. . . a conservé pendant quelques jours un certain 
degré de faiblesse dans le membre inférieur droit, principalement dans le pied 
qui se renversait en dedans. 

Novembre. Berthe marche sans boiter; le pied droit se renverse encore quel- 
que fois en dedans et la pointe du pied bute, par instants, contre le pied gauche. 
Parfois aussi, la jambe droite est prise d'un tremblement qui dure cinq à six mi- 
nutes et auquel succède une sorte d'engourdissement qui se prolonge en général 
pendant toute la journée : « Alors, je ne sens plus ma jambe, dit la malade. » 

.1873. La faiblesse musculaire a diminué progressivement. Aujourd'hui (8 juil- 
let), Gtiat... est aussi forte d'un côté du corps que de l'autre; Ihémianesthésie 
et la douleur ovarienne droites n'ont pas changé. Ce fait nous montre une fois 
de plus que la paralysie hystérique avec contracture peu disparaître subitement 
sans le secours d'aucune intervention. (B.) 



1>1ED BOT UYSTÉRIOUE 365 

nn certain degré d'émacialion des masses musculaires, un peu 
d'amoindrissement dans l'énergie de la contraclilité électrique, 
ne devraient pas, si j'en juge d'après les observations qui me 
sont propres, faire désespérer complètement de voir la contrac- 
ture disparaître sans laisser de traces. Au contraire, l'atrophie 
limitée plus particulièrement à certains groupes de muscles, 
surtout s'il s'y joignait des contractions fibrillaires, analogues à 
celles qu'on observe dans l'atrophie musculaire progressive ou 
un affaiblissement très notable de la contraclilité faradique, 
devrait faire supposer non seulement que les cordons latéraux 
sont profondément lésés, mais que, en outre, les cornes anté- 
rieures de la substance cjrise ont été envahies. Je n'ai observé, 
jusqu'à présent, ces derniers symptômes que dans des cas de 
contracture hystérique de date très ancienne et qui ne laissaient 
plus guère d'espoir de voir les membres affectés reprendre 
jamais leurs fonctions normales. 

J'ajouterai enfin que l'existence d'une lésion organique spi- 
nale plus ou moins profonde serait mise à peu près hors de 
doute si, sous l'influence du sommeil déterminé par le chloro- 
forme, la rigidité des membres ne s'effaçait que lentement ou 
persistait même à un degré prononcé. 

A mon avis, tant que ces symptômes ne sont pas nettement 
accusés, il ne faut désespérer de rien. 11 importe, d'ailleurs, de 
ne pas oublier que la sclérose latérale^ alors même qu'elle est 
parfaitement établie, n'est pas, tant s'en faut, j'espère vous en 
donner bientôt la preuve, une affection incurable. 

Chez les malades sur lesquels je viens d'appeler votre atten- 
tion, la contracture occupait soit la totalité d'un membre, soit 
même deux membres, ou plus encore. iMais il est des cas oii la 
rigidité spasmodique reste limitée à quelque partie d'un mem- 
bre, au pied par exemple et produit une sorte de pied bot hysté- 
rique {Talipedal Distorsions de T. Laycock). Tout récemment 
le docteur R. Boddaert a communiqué à la Société de médecine 



366 CONTRACTURE UYSTÉRIQUE : AMYOTROPHIE 

de Gand ^ un cas de ce genre fort intéressant. La contracture 
avait donné lieu à la déformation connue sous le nom de pied 
botYarus. Des faits analogues ont été recueillis et publiés par le 
docteur Little % par C. Bell ^ par M. F.-C. Skey \ et par quel- 
ques autres auteurs. 

Si je ne me trouvais retenu par certaines convenances, je 
pourrais, Messieurs, rapporter à mon tour dans tous ses détails 
l'histoire d'un cas qui rappelle celui qu'a publié M. Boddaert. 

Qu'il me suffise de vous dire qu'une jeune fille, âgée actuelle- 
ment de vingt-deuxans,trèsnerveuseetappartenantàunefamil]e 
oiiles affections nerveuses prédominent, fut prise, il y a trois ans, 
tout à coup, sans cause connue et sans avoir offert jusque-là de 
symptômes caractérisés d'hystérie, d'une contracture doulou- 
reuse des muscles de la jambe gauche. Cette contracture, qui 
imprime au pied l'attitude du varuséquin le plus accentué, avait 
cédé d'abord, pendant la première année, à plusieurs reprises ; 
mais, depuis près de deux ans, elle parait définitive (juin 1870). 

Plusieurs des muscles de la jambe ont subi une atrophie pro- 
fonde ; ils présentent, de plus, des contractions fibrillaires 
très accusées et répondent mal aux excitations électriques. Je 
crois, par conséquent, qu'il y a peu de chances de voir la con- 
tracture se résoudre, d'autant plus qu'elle ne s'amende que 
très imparfaitement durant le sommeil produit par le chloro- 
forme. Je signalerai encore une particularité fort intéressante, 
au point de vue clinique : chez cette jeune malade, les atta- 
ques hystériques se sont manifestées seulement dans le courant 
des derniers mois... 



1 Annales de la Société de médecine de Gand, 1859, p. 93. 

2 A Treatise on the Nature and Treatment ofcluh Foof and atialog. Distorsioiis. 
London, 1839, Case 25. 

3 The nervous System of the Innnan Body, 3^ édit. 1836, case 177. 

^ Hysteria, etc. Six Lectures dilivered toihe StudejdsofSt-Bartholoniew'sUos- 
pitcd. 1866, 3c édit. London, 1870, p. 102. 



TREIZIEME LEÇON 

De l'hystéro-épilepsie. 



Sommaire. — Hystéro-épilepsie. — Sens de cette dénomination. — Opinions 
des auteurs. — Hystérie épileptiforme, hystérie à crises mixtes. — Variétés 
del'liystéro-épilepsie • hystéro-épilepsie à crises distinctes : — hystéro-épilep- 
sie à crises combinées ou attaques-accès. — Différences et analogies entre 
répilepsie et rhystéro-épilepsie. — Signes diagnostiques fournis par l'examen 
de la température centrale dans l'état de mal hystéro-épileptique et l'état de 
mal épileptique. — État de mal hystéro-épileptique; ses phases. — Caractè- 
res cliniques de l'état de mal hystéro-épileptique. — Gravité de certains cas 
cxceptionels d'hystéro-épilepsie. — Observation de Wunderlich. 



Messieurs, 

Dans la courte description clinique que je vous ai donnée à 
propos de chacune des malades qui ont passé sous vos yeux, 
lors de nos dernières réunions, j'ai eu soin de mettre en relief 
les principaux caractères que présentent les attaques convul- 
sives dont elles sont atteintes. 

Vous avez pu reconnaître aisément qu'il ne s'agissait pas 
chez eUes d'attaques vulgaires, rentrant du premier coup, sans 
discussion, dans le type classique. Ce n'est pas, d'ailleurs, seu- 
lement par l'intensité que ces accidents convulsifs se distin- 
guent, c'est encore par la forme qu'ils revêtent, et, ce qui 
frappe le plus l'observateur, témoin de ces attaques, c'est de 
retrouver parmi les convulsions cloniques de l'hystérie certains 
traits plus ou moins prononcés qui rappellent Yépilepsie. 

De fait, la forme convulsive, qui s'observe chez toutes ces 



368 UYSTÉRO-ÉPILEPSIE 

femmes, est celle qu'on a désignée dans ces derniers temps sous 
le nom àliystéro-épilepsie, et, remarquez-le Lien, c'est la 
seule forme qu'on rencontre chez elles. Toutes ces femmes ne 
seraient donc pas simplement des hystériques, ce seraient des 
hystéro-épileptiques . En quoi diffèrent-elles des hystériques 
ordinaires? C'est là un point sur lequel il importe d'être fixé, 
et, pour atteindre ce but, je yous demande la permission 
d'entrer dans quelques développements. 



k s'en tenir aux termes mêmes de la dénomination mise en 
usage — hystéi'o-épilepsie — il paraît ne pouvoir exister aucune 
équivoque. Cela veut dire que chez les malades auxquelles ce 
nom est affecté, l'hystérie se montre combinée avec l'épilepsie, 
de manière à constituer une forme mixte, une sorte d'hybride 
composé mi-partie d'hystérie et d'épilepsie. Mais cette appella- 
tion répond-elle à la réalité des choses. A ne les regarder qu'à 
la surface, il semble en être ainsi, puisque nous avons re- 
connu dans les attaques quelques-uns des traits de l'épilepsie. 
C'est de cette façon, du reste, que paraissent l'entendre la plu- 
part des auteurs modernes. L^hystéro-épilepsie serait pour eux 
un mélange, une combinaison, à doses variables selon les cas, 
des deux névroses ; ce n'est pas seulement l'épilepsie, ce n'est 
pas seulement l'hystérie ; c'est à la fois l'une et l'autre. 

Telle est, je le répète, la doctrine la plus répandue. Tou- 
tefois, elle n'est pas, tant s'en faut, universellement acceptée, 
et le camp des opposants est nombreux encore. Là, on se 
refuse à admettre la légitimité de cet hybride, moitié épilepsie, 
moitié hystérie. 

A la vérité, on ne nie pas que l'épilepsie et l'hystérie puissent 
se rencontrer chez un même individu. L'observation la plus 



HYSTÉRIE ÉI'lLEl'TIFORME 369 

superficielle protesterait contre une semblable assertion. Rien 
n'autorise non plus à croire qu'il y ait antagonisme des deux 
névroses, et il serait possible même, bien que cela ne soit pas 
démontré, que les sujets qui sont sous le coup de Tune d'elles 
soient, par là même, prédisposés à contracter l'autre. Mais, en 
pareil cas, ajoute-t-on, les accidents convulsifs restent distincts, 
séparés, sans s'influencer réciproquement d'une façon notable 
et surtout sans se confondre au point de justifier la création 
d'une espèce mixte, intermédiaire, en un mot, d'un hybride. 

Quelle est donc, dans cette opinion, la signification de ces 
attaques dont Fexistence est si nettement établie par les cas 
mêmes qui servent de fondement à notre étude et où l'épilepsie 
semble s'entremêler avecles symptômes ordinaires de l'hystérie 
convulsive? 

L'épilepsie ne serait là que dans la forme extérieure; elle 
ne serait pas dans le fond des choses. En d'autres termes, 
dans ces cas, il s'agirait uniquement et toujours de l'hystérie, 
revêtant l'apparence de l'épilepsie. Le nom àlujstérie épilepti- 
forme., employé, si je ne me trompe, par Louyer-Villermay, 
l'un des premiers, conviendrait à désigner ces attaques mixtes. 
La convulsion à forme épileptique y apparaîtrait comme elle 
apparaît dans tant d'autres affections du système nerveux, à 
titre d'élément accessoire, sans rien changer à la nature de la 
maladie primitive. 



IL 



Voilà, Messieurs, la thèse à laquelle je me rattache pleine- 
ment. Elle a été soutenue déjà par quelques auteurs très 
compétents. Parmi eux, je puis citer Tissot, Dubois (d'Amiens), 
Sandras, M. Briquet, qui se montrent sous ce rapport très 
explicites. «Les accès d'hystérie )), dit M. Tissot, « ressemblent 

Gharcot, t. 1, 5e édit. 24 



370 HYSTÉRO-ÉPILEPSIE : VARIÉTÉS 

quelquefois licaucoup à Fépilepsie. » Aussi, en a-t-on fait une 
forme particulière de l'hystérie, sous le nom à'htjstérie épi- 
lepti forme. Mais ces accès n'ont pas, néanmoins, le vrai 
caractère de Tépilepsie^ 

M. Dubois (d'Amiens) considère Tliystérie épileptiforme 
comme de l'hystérie ayant un degré de plus dans l'intensité des 
symptômes ". Sandras exprime la même opinion ^. 

M. Briquet, qui a écrit sur ce sujet un article marqué au coin 
de la plus saine observation, dit que cette espèce ^hystérie à 
attaques mixtes n'est qu'une forme particulière de l'hystérie ; 
ce n'est que de Thystérie très intense ; le pronostic ne s'en 
trouve pas essentiellement modifié ; le genre de la cause qui a 
occasionné l'hystérie, les conditions spéciales à l'individu 
affecté, seraient la source de ces modifications dans la forme 
des attaques. La nature même de l'hystérie n'en est pas fon- 
cièrement changée. 

Veuillez remarquer, Messieurs, qu'il n'y a pas là seulement 
une question de mots, il y a aussi une question de nosographie, 
et par conséquent une question de diagnostic et de pronostic. 
Ces circonstances suffiront, je l'espère, pour justifier à vos 
yeux les détails dans lesquels je suis obHgé d'entrer afin de faire 
pénétrer dans vos esprits la conviction qui m'anime à cet 
égard. 



m. 



Recherchons donc sur quels fondements s'appuie la doctrine 
régnante. L^hystérie et l'épilepsie, dit-on, peuvent se combiner 
de diverses manières chez un même sujet. Sur 276 malades, 



^ Tissot. — Maladies des nerfs, t. IV. p. 75. 

- Dunant. — De Vhystévo-épilepsie, p. 11. 

3 Sandras. — Maladies nerveuses, t. I, p. 20o. 



HYSTÉRO-ÉPILEPSIE : VARIÉTÉS 371 

M. Beau, qui a étudié dans cet hospice, aurait relevé cette com- 
binaison chez 32 d'entre elles. Elle se fait d'après des modes 
variés et il y a lieu d'admellrc les catégories suivantes : 

A. Dans un premier groupe, les attaques hystériques et les 
accès d'épilepsie restent distincts : c'est ce que M. Landouzya 
proposé d'appeler hystéro-épilepsie à crises distinctes. Eh 
bien, Messieurs, ce serait là le cas le plus fréquent, car on en 
compte 20 exemples sur les 32 cas de M. Beau. Il convient 
d'ailleurs d'établir dans l'espèce deux subdivisions. 

r L'épilepsie est la maladie primitive ; sur elle, l'hystérie 
vient ensuite se greffer, à son heure, c'est-à-dire, et le plus sou- 
vent, àFépoque de la puberté sous l'action de certaines causes 
et^ en particuHer, des émotions morales. 

Un cas de Landouzy, cité par M. Briquet, mérite à ce propos 
d'être résumé devant vous. Une jeune femme, épileplique depuis 
l'enfance, se marie à l'âge de dix-huit ans. Bientôt la maladie, 
qu'elle avait dissimulée, se révèle. De là, des contrariétés vives 
qui engendrent l'hystérie. Les attaques propres aux deux né- 
vroses étaient disjointes et conservaient, sans s'influencer, leurs 
caractères spécifiques. Un rapprochement, entre la malade et 
son mari, rapprochement occasionné par une grossesse, en ra- 
menant le calme dans le ménage, fait cesser l'hystérie, mais 
l'épilepsie persiste. 

2" D'autres fois, l'épilepsie succède à l'hystérie. Cette condi- 
tion paraît être beaucoup plus rare que la précédente. M. Bri- 
quet, cependant^ en rapporte un exemple qui lui est personnel 
et dans lequel les accès étaient nettement séparés. Chez les ma- 
lades de cette catégorie, l'intelligence s'obnubile à la longue in- 
contestablement parle fait de l'épilepsie. 

3° On a encore mentionné d'autres combinaisons d'ordre 



372 UYSTÉRO-ÉFILEPSIE '. VARIÉTÉS 

secondaire. Ainsi: a) l'hystérie convulsive coexiste avec le 
petit mal (Beau, Dunant) ; b) l'épilepsie convulsive est surajou- 
tée à quelques-uns des accidents de l'hystérie non convulsive 
(contracture, anesthésie, etc.). Nous possédons, par devers nous, 
un cas de ce genre. 

Mais ces diverses associations ne changent rien au fond des 
choses. Le plus souvent, les deux affections, dans l'hystéro- 
épilepsie, existent simultanément et marchent sans agir l'une 
sur Tautre d'une manière sérieuse, chacune d'elles conservant 
ses allures et le pronostic qui lui est propre. A l'égard de cette 
première forme de l'hystéro-épilepsie, tout le monde est d'ac- 
cord. Le débat ne porte que sur la seconde. 

B. Dans celle-ci, Y hystérie et l' épilcpsie sont coévales ; elles 
se sont développées en même temps. Les crises, ici, ne demeu- 
rent pas distinctes ; elles ne l'ont jamais été. Dès l'origine, le 
mélange s'est effectué et, dans les attaques ultérieures, les deux 
formes convulsives se montreront toujours combinées, bien qu'à 
des degrés divers, sans être jamais à aucun moment complète- 
ment disjointes. 

On a encore donné à cet état le nom àliystéro-épilepsie à 
crises combinées. Dans le jargon depuis longtemps usité, dans 
le service spécial de la Salpê trière, les crises sont en pareil cas 
désignées sous le nom à^ attaques-accès. 



IV. 



Y a-t-il véritablement de Vépilepsie dans les crises mixtes? 
Telle est la question que nous devons maintenant discuter. A 
cet effet, il convient de prendre la description de l'hystéro-épi- 
lepsie à crises mixtes consentie par les auteurs et de l'examiner 
sous tous ses aspects. J'emprunte à M. Briquet surtout cette 



ATTAQUE HYSTÉRO-ÉPILEFTIQUE 373 

description de \ attaque- accès. Elle me paraît concorder de tous 
points avec les résultats de mon observation personnelle. 

a) Dès l'origine, Tattaque mixte revêt son caractère propre ; 
dès cet instant, c'est de l'hystérie épileptiforme. Je rappellerai 
à votre souvenir la malade l-:icliev... qui, dans son premier 
accès, est tombée dans le feu et s'est abîmé la figure \ 

b) Il y a toujours des prodromes constitués par \aura hysté- 
rique telle que nous l'avons décrite. Cette aura, en général de 
longue durée, occupe l'abdomen, l'épigastre et n'affecte pas, en 
tout cas, la tête seule et d'emblée, ou Tune des extrémités, ainsi 
que cela a lieu dans Yépilepsie avec aura; aussi est-il parfaite- 
ment exact de dire que les hystéro-épileptiques à crises mixtes 
sont à peu près toujours averties assez à temps pour qu'elles 
puissent, lors du développement d'un accès, se garantir, trou- 
ver un abri. 

c) Dans l'attaque convulsive, \ïi phase dite épileptique ouvre 
en général la scène. Tout à coup, cri, pâleur extrême, perte de 
connaissance, chute, distorsion des traits de la physionomie ; 
puis une rigidité tonique s'empare de tous les membres. Cette 
rigidité est, remarquez-le bien, rarement suivie de secousses 
cloniques, brèves, à courtes oscillations, et prédominant dans 
un côté du corps, comme dans l'épilepsie vraie. Cependant, la 
face peut être à un haut degré tuméfiée, violette ; il s'écoule de 
la bouche une écume quelquefois sanguinolente, occasionnée 
par la morsure de la langue ou des lèvres. Enfin, il peut y 
avoir un relâchement général des muscles, du coma et une 
respiration stertoreuse pendant un espace de temps plus ou 
moins prolongé. 

1 11 s'agit là encore de la malade dont il est question Leçon IX, p. 273. 



374 ÉPILEPSIE ET HYSTÉRO-ÉPILEPSIE 

d) A cette première phase sur laquelle, je le répète, porte 
principalement la discussion, succède la phase cloiiique. Alors, 
tout est hystérie ; on voit survenir les grands mouvements à 
caractère intentionnel, des contorsions qui expriment parfois 
les passions les plus variées, Teffroi, la haine, etc. * ; en même 
temps éclate le délire de l'accès. 

e) La fin de l'attaque est marquée par des sanglots, des 
pleurs, des rires, etc. 

Ces diverses phases ne se suivent pas toujours d'une façon 
aussi régulière ; elles s'enchevêtrent parfois et, tantôt l'une, 
tantôt l'autre, prédomine. Chez la nommée C..., entre autres, 
la phase tonique l'emporte à un haut degré sur les autres et 
quelquefois se montre presque exclusive. 



Nous voici parvenus, Messieurs, au point délicat. En quoi 
cette hystérie à crises complexes se sépare-t-elle de l'hystérie 
ordinaire, si elle s'en sépare réellement? En quoi se rapproche- 
t-elle de l'épilepsie vraie, s'il y a lieu d'établir un tel rappro- 
chement. 

L'apparition de convulsions du type tonique est-elle donc un 
fait nouveau, insolite, dans la description classique de l'attaque 
hystérique vulgaire? Certainement non. Il n'est pas vraiment 
exceptionnel de voir dans l'attaque d'hystérie commune, — alors 
que personne ne songe à faire intervenir l'élément épilepsie — 
de voir, dis-je, s'ébaucher des convulsions toniques à caractère 
épileptiforme, particulièrement au début de l'attaque ; tous les 
auteurs sont d'accord sur ce point. Ces convulsions sont parfois 

Voir plus haut les Fig. tO 20 ot 21 . 



EXPLORATION THERMOMÉTRIQUE 375 

même tellement accentuées, que M. Briquet a été, par là, con- 
duit à établir, à côté de Fattaque clonique ou classique, une sorte 
d'attaque dans laquelle prédomine une raideur semi-tétanique 
du tronc et des membres. Ne paraît-il pas d'après cela vraisem- 
blable déjà que la forme dite épileptique, n'est à proprement 
parler que l'exagération, le plus haut degré de développement 
de cette variété de l'hystérie ordinaire ? 



YI. 



Si, d'un autre côté, nous tournons nos yeux vers l'épilepsie 
vraie, nous rencontrons un certain nombre de traits distinctifs 
qu'il nous sera facile de mettre à profit. 

Nous ferons remarquer, en premier Heu, que, d'après la des- 
cription que nous avons donnée, le type épilepsie n'est jamais 
représenté dans les attaques-accès, que d'une manière incom- 
plète, et pour ainsi dire à l'état d'ébauche ; mais, à la vérité, ce 
ne serait pas là encore un argument péremptoire. Yoici un 
caractère plus significatif. 

Jamais vous ne voyez apparaître soit le petit mal, soit le 
vertige épileptique dans les descriptions de l'hystéro-épilepsie à 
attaques mixtes. Nous pourrions ajouter encore, car il y a là 
matière à une importante distinction, que dans cette forme de 
l'hystéro-épilepsie, l'attaque épileptiforme, même la plus in- 
tense, est, d'après nos observations, modifiée, parfois même 
arrêtée dans son développement par la compression de l'o- 
vaire, ce qui n'a jamais lieu, — nous nous en sommes assurés 
maintes fois — dans l'épilepsie vraie \ 

Dans les attaques mixtes, alors même que leur retour est 
très fréquent, jamais, — c'est là un fait reconnu par les auteurs, 



Voy. Leçon XI, p. 320. 



376 ÉTAT DE MAL ÉFILEPTIQUE : TEMPÉRATURE 

jamais, dis-je, l'obnubilation de l'intelligence et la démence 
ne sont l'aboutissant des attaques, contrairement à ce qui aurait 
lieu, d'une manière presque fatale, s'il s'agissait réellement 
de l'épilepsie. Je ne crois pouvoir mieux faire que de vous rap- 
peler à ce propos le cas de la malade Ler. . . , qui, depuis près de 
quarante ans, est sujette à l'hystérie épileptiforme la plus vio- 
lente. Cette femme est sans doute bizarre, singulière dans ses 
allures, mais son intelligence est demeurée ce qu'elle était à 
l'origine. Les renseignements que nous avons pris ne peuvent 
laisser subsister aucun doute à cet égard ^ En somme, dans les 
cas de ce genre, et telle est aussi l'opinion de M. Briquet, le pro- 
nostic n'est pas autre que celui de l'hystérie intense. De cette 
considération découle une conséquence d'ordre pratique qui est 
bien de nature à fixer votre attention. 

11 est enfin un dernier caractère sur lequel je vous demande la 
permission d'insister, parce qu'il n'a pas, à ma connaissance, été 
relevé jusqu'ici et que, selon moi, il est décisif. Il s'agit d'un ca- 
ractère fourni par l'exploration thermométrique : je saisis, non 
sans empressement, l'occasion qui se présente de vous montrer, 
par un nouvel exemple, le parti qu'on peut tirer de ce mode 
d'exploration dans la clinique des maladies du système nerveux . 

Ce n'estpas, Messieurs, que, sous le rapport des modifications 
imprimées à la température centrale, les convulsions toniques 
épileptiformes des hystériques diffèrent en quoi que ce soit des 
convulsions de l'attaque épileptique. L'attaque hystérique toni- 
que, pour peu qu'elle ait quelque intensité, élève la température 
d'un degré, voire même d'un degré et quelques dixièmes 
(38'' — 38^ 5), tout comme le fait l'attaque d'épilepsie vraie. 
C'est làun résultat dont nous avons eu nombre de fois, dans ce 
service, l'occasion de contrôler l'exactitude -. 

1 Nous avons déjà parlé de cette malade, p. £42. 

2 Bourneville. — Études cliniques et thermométriques sur les maladies du 
sj/steme îierieux, p. 247. 



ÉTAT DE MAL ÉIMLEPTIQUE : TEMPÉHAI'URE 377 

Mais si, en ce qui concerne le caractère thermique, l'accès 
d'hystérie épileptiforme et l'accès d'épilepsie vraie se confon- 
dent, il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit d'accès qui s'a- 
grègent et s'enchevêtrent de manière à constituer ce que, pour 
l'épilepsie, on appelle les séries ou Vétat de mal. 




Fin. 25.— Température prise un p.ni après le lie acès . Du 1er jour (soir) au 2e jour 
(matin), 31 aeeès. + Température après une rémission de quatre heures. A partir 
de là, les accès s'éloignent et cessent le oe jour. La ligne ponctuée répond au pouls. 

Il y a d'ailleurs, dans cet état de )nal des épileptiques, à dis- 
tinguer ce qu'on nomme les petites séries, composées de 2 à 
6 accès, et les grandes séries, où l'on compte jusqu'à 20, 
30 accès ou même plus dans les ^^ingt-quatre heures. C'est à ces 
dernières que je m'adresserai exclusivement, parce que le phé- 
nomène sur lequel je veux insister se montre alors dans son type 



'^"•^ ÉTAT DE MAL UYSTÉRO-ÉPILEPTIQUE 

de complet développement. En pareil cas, Messieurs, c'est-à- 
dire lorsque les accès de l'épilepsie vraie se répètent en grand 
nombre, dans un court espace de temps, la température centrale 
s'élève d'une manière très remarquable ; et très certainement 
cette élévation thermique ne peut pas être rattachée exclusive- 
ment à la répétition non plus qu'à l'intensité des contractions 
musculaires toniques, car les convulsions peuvent cesser com- 
plètement pendant plusieurs jours et la température néanmoins 
se maintenir pendant ce temps-là à un taux très élevé. Nous 
pouvons reconnaître et suivre ces particularités sur le tableau 
que je mets sous vos yeux, et qui nous montre les modifications 
qu'a présentées la température centrale chez la nommée 
Chevall.., pendant le cours de Vétat déniai épileptique qu'elle 
vient de subir tout récemment [Fig. 25.) 

Il ne faut pas ignorer que cette élévation de la température 
est, dans la grande majorité des cas, même après toute cessation 
des convulsions, un indice du plus fâcheux augure ; elle s'ac- 
compagne d'ailleurs le plus souvent d'un état général qui, par 
lui-même déjà, donne beaucoup à penser; ainsi, tantôt il existe 
un délire plus ou moins accusé, — que M. Delasiauve rapporte 
à la congestion méningitique, — tantôt au contraire un coma 
plus ou moins profond, — congestion apop/ectiforme des au- 
teurs ; — dans les deux cas il y a prostration des forces, séche- 
resse de la langue, tendance à la formation rapide d'escarres au 
sacrum ; quelquefois enfin, production d'un hémiplégie transi- 
toire, dont la raison n'a pas encore été révélée par l'autopsie. 
Cependant, et c'est là une donnée fort importante à consigner, 
cette élévation de la température, alors même qu'elle dé- 
passe 41% et qu'elle s'accompagne des symptômes graves qui 
viennent d'être énumérés, n'est pas un signe annonçant ?zec^5- 
sairement une terminaison fatale. Vous voyez par l'observation 
même de Chevall... qu'on peut guérir, encore, au milieu de 
toutes ces fâcheuses circonstances. L'élévation de la tempéra- 



ÉTAT DE MAL UYSTÉRO-ÉPILEPTIQUE 379 

ture au-dessus de 4i° irest donc pas nécessairement terminale, 
en pareil cas ; et il y a par conséquent quelque chose à rabattre 
des assertions émises à cet égard par M. Wunderlich d'abord 
et après lui par M. Erb ^ 

1 L'observation de la nommé Ghevall... est consignée tout au long-, jusqu'à la 
date du 26 mars 1872, dans nos Études cliniques et thermom. sur les maladies du 
système nerieux. (Obs. XXXIII, p. 285.) Depuis cette époque, Chev... Edmée 
a été prise de nouveaux accidents qui ont eu une issue fatale. Nous pensons 
d'autant plus utile de les reloier ici que, outre qu'ils complètent l'observation an- 
cienne, ils apportent une nouvelle preuve à l'appui des opinions émises par 
M. Gharcot dans la présente leçon. 

1873. —9 février. Depuis une semaine environ Gli... est agacée, irritable ; 
parfois' même elle devient violente au point qu'on est obligé de l'attacher (exci- 
tation maniaque.) ^ 

10 fév. La nuit dernière l'agitation a encore augmente : Gh... a empectie, par 
ses cris, les autres malades de dormir. Elle s'est calmée cependant à partir de 3 
heures du matin. On acompte trois accès pendant la nuit. De 1 heure de l'après- 
midi à 3 heures, les accès se sont multipliés. A 3 heures : P. 104 ; T. R. 38o,6. 

11 fév Hier, de l heure à 9 heures du soir, on a compté 43 accès ; depuislors 
jusqu'au matin à 7 heures, 70 accès. De 7 heures à 11 heures, moment où cette 
note a été prise, 35 accès. Voici la description des accès. 

Cinq ou six secondes avant leur arrivée, les pupilles surtout la droite, se dila- 
tent largement. Quelquefois, à ce phénomème, s'ajoutent de petites plaintes, des 
grincements de dents et, par exception un léger cri. Alors commence l'accès : les 
globes oculaires sont animés de convulsions très accusées (nystagmus), la face 
pâlit et se dévie à gauche ; le regard, d'abord fixe, et dirigé en avant, se porte à 
gauche Le bras correspondant se soulève, puis se raidit en môme temps que le 
bras droit qui, lui, reste appuyé sur le lit. La raideur tétanique gagne ensuite les 
membres inférieurs. Aubout de quelques secondes, on observe une demi-occlu- 
sion des paupières gauches qui sont animées, ains^i que les muscles de la même 
moitié de la face, de convulsions rapides. 

10 à 15 secondes plus tard, la face et les yeux seretournent vers la droite ; le 
tronc s'incline dans le môme sens; les paupières gauches s'entr'ouvent et demeu- 
rent à peu près immobiles ; mais, en revanche, les convulsions s'emparent des 
paupières droites et des muscles de la moitié droite de la face. La bouche, pri- 
mitivement tirée à gauche, est tirée à droite. Les convulsions cloniques, apparues 
durant cette phase et qui avaient d'abord envahi les membres du côte gauche, 
prédominent maintenant à droite. 

Enfin, l'accès se termine par du ronflement, une lividité faciale aussi prononcée 
que possible, de l'écume à la bouche. A la fin de l'accès, les pupilles reprennent 
leurs dimensions normales. o i - 

Pendant les rémissions, la malade est dans la résolution complète. Soulevés, 
les membres retombent inertes. Le pincement énergique produit un léger soulè- 
vement du bras gauche mais rien à droite. Le chatouillement de la plante des 
pieds suscite des mouvements réflexes plus intenses à gauche qu'à drmte. Tandis 
qu'il n'y a pas d'injection del'œil droit, à gauche, il existe unehyperemie consi- 
dérable de la moitié inférieure du globe oculaire et une vascularisation moindre 
de la paupière inférieure. Les narines sont pulvérulentes. Le tube digestif n ottre 
rien de particulier: il y a eu hier une garde-robe après lavement. Gh... urine 



^80 ÉTAT DE MAL HYSTÉRO-Él'lLEPTIQUE 

Je VOUS rappellerai, en passant, que cette élévation rapide de 
la température n'appartient pas en propre, tant s'en faut, à 
l'état de mal épileptique, on l'observe encore, par exemple, 
dans les attaques dites congestives, apoplectiformes ou épilep- 
tiformesàQ \d. paralysie générale progressive, ainsi que l'a, le 
premier, montré M. ^yestpha], qui, d'ailleurs, a donné du fait 
une interprétation peu conforme à la réalité K On l'observe 



sous elle. Plaque érythémateuse sur la fesse droite. Sueurs abondantes plus 
prononcées par instants. A 11 heures : P. 120 ; R. 49, bruvante • T. R 40° 8 \ 
midi: P. 130; R. 60. > . , • ,o. .-^ 

6 heures, soir. — Depuis 11 heures du matin, on a inscrit 76 accès, dont 12 
depuis 4 heures 1/2. R. 60 ; T. R. 41°, 3. Sueurs copieuses sur tout le corps 
sans différences entre les deux moitiés. Toute la partie gauche du corps (face,' 
tronc, etc.) est manifestement plus chaude que la partie droite. 

Les paupières sont à demi ouvertes ; les yeux sont portés en haut; les pupilles 
sont modérément dilatées (la droite l'est toujours davantage.) Avant chaque ac- 
cès, \q. dilatation despupilles s'accroît d'une manière remarquable. Le ^njstaa- 
rnus semble apparaître presque en même temps. Ni vomissements, ni selles, 
ni urines. Même état de la fesse droite. Respiration stertoreuse. 

8 heures. P... ; R. 70 ; T. R. 41o,2. Quatorze accès. A partir de cet instant la 
malade n a plus eu d'accès. Elle est morte à 3 heures du matin. La température 
vaginale, prise par une autre personne, était à 4lo, 2. Ail heures du matin — le 
11 février, c'est-à-dire huit heures après la mort, T. R. 40°. — (Le cadavre est 
resté dans le lit). Les pupilles sont moyennement dilatées et au même degré. 
Nombreuses vergetures sur le ventre, le dos, les fesses et les cuisses. 

Autopsie le IS février. Les os, la dure-mére et ses sinus n'ont rien d'anormal. 
La quantité du liquide céphalo-rachidien nest pas augmentée. — Suffusion san- 
guine sur la face convexe des hémisphères, surtout à droite. — Artèr:s de la base 
saines. — Encéphale, 1,360 gr. La pie-mère est très légèrement injectée à la 
base du cerveau ; celte injection est un peu plus accusée au niveau du lobe 
sphénoïdal. Des deux côtés, la pie-mère se détache facilement et le cerveau 
est humide au même degré. 

Hémisphère droit. 11 pèse 5 gr. de plus que le gauche. Sur certaines circon- 
volutions, principalement celles qui avoisinent la scissure de Sylvius, existent 
une coloralion hortensia, quelques petites éraillures et, sur quelques-unes, un 
pointillé très fin. La circonvolution de la co?-ne d'Jwwon présente une indu- 
ration 1res évidente. Cette induration, qui remonte en dedans le long de ladite 
circonvolution, prédomine à son extrémité. — Hémisphère gauche. La circon- 
volution de la corne d'Ammon offre une induration bien moins marquée et 
circonscrite h. son extrémité. — Cervelet, isthme, rien à noter. 
Moelle. La substance grise à lœil nu paraît un peu déformée. 
Thorax. Congestion assez forte de la moitié inférieure des poumons. De plus, 
il y a un foyer d'hépatisalion rouge, récent dans le lobe inférieur. — Cœur, es- 
tomac, rate, sains ; pas d'ecchymoses. — Foie, non hypévém\é. — Rei?7s, anémie 
de la substance corticale ; pyramides distinctes. — Vessie, rien. — Utérus, assez 
gros ; corps jaune récent sur l'un des ovaires ; petits kystes sur l'autre. (B.) 
1 Westphal, loc. cit. 



TEMPÉRATURE 381 

aussi dans les attaques fort analogues aux précédentes qui peu- 
vent survenir dans le cours delà, sclérose en plaques ^,ç^i, enfin, 
dans les attaques, avec ou sans convulsions, qui s'observent 
dans les cas de foyer cérébral ancien (hémorragie ou ramol- 
lissement) ou de tumeur cérébrale, quelle qu'en soit la nature. 
Cette élévation thermique contraste d'une manière remarquable 
avec l'abaissement initial qui existe à peu près toujours, au mo- 
ment de la formation du foyer hémorragique cérébral, et c'est 
là, ainsi que je l'ai démontré, un caractère qui peut être utilisé 
pour le diagnostic. 

Mais il est temps d'en revenir à l'hystérie épileptiforme dont 
cette digression nous a quelque peu éloignés. Tout comme dans 
l'épilepsie vraie, les accès composés s'observent dans l'hystéro- 
épilepsie. Landouzy parle d'une hystérique qui avait eu jusqu'à 
100 accès par jour. Vétat de mal Jnjstéro-épileptique peut 
d'ailleurs se prolonger pendant un laps de temps considérable. 
Georget cite l'observation d'une femme chez laquelle les accès 
se sont montrés à peu près continus pendant une durée de qua- 
rante-cinq jours. 

Chez notre malade Co..., dont les crises ont un cachet épi- 
leptiforme, si prédominant et si fortement accentué, Vétat de 
mal a persisté pendant plus de deux inois, et, par moments, 
les accidents ont été portés au plus haut degré d'intensité. Ainsi 
le 22 janvier, entre autres, les convulsions épileptiformes se 
sont succédé sans interruption depuis neuf heures du matin 
jusqu'à huit heures du soir : de huit à neuf heures, il y a eu un 
temps de repos, puis les attaques ont repris comme déplus belle, 
sans le moindre retour à la lucidité, et ont persisté à peu près 
pendant le même espace temps. On peut, d'une manière 
approximative, évaluer sans exagération le chiffre des attaques 

1 Voyez la Leçon VIII, p. 249. 



382 HYSTÉRO-ÉPILEPSIE : CAS GRAVES 

épileptiformes qu'elle aéprouvéesà cette époque, dans Pespace 
d'un jour, à 150 ou 200 environ. 

La persistance d'un tel état, sans que la mort s'en soit suivie, 
ne montre- t-elle pas déjà qu'un abîme sépare l'épilepsie vraie de 
l'hystéro-épilepsie ? — a Si ce n'était pas là de l'hystérie », 
disaient en parlant de Co... les surveillantes du service, 
témoins de ses accès et habituées à ce genre de malades, « si 
c'était de l'épilepsie véritable, il y a longtemps que cette femme 
aurait succombé. » Cette remarque est parfaitement judicieuse, 
parfaitement fondée. 



- 19 .20 21 22 23 24 25 26 




Fifj. 26. 



Eh bien, Messieurs, et voici le point sur lequel je veux sur- 
tout insister, jamais pendant cette longue période convulsivela 
température rectalewQ s'est, chezCo..., sensiblement modifiée ; 
ellea étéenmoyennede37^8: ellenes'estélevée jusqu'à 38^5 
que d'une façon tout à fait exceptionnelle ettransitoire (Fig. 26). 
— Je dois ajouter que jamais, pendant ce temps, l'état général 
ne nous a inspiré la moindre Inquiétude, malgré l'alimention 
insuffisante et l'énorme dépense de force musculaire qui a dû se 
faire. La situation mentale, d'un autre côté, n'était pas, tant 
s'en faut, aussi profondément modifiée que cela eût eu heu 
nécessairement, s'il se fût agi de la vraie épilepsie; à aucune 



EXEMPLE d'hystrro-épilepsie 383 

époque, il n'y a eu d'évacuations involontaires d'urine ou de 
matières fécales; dans les courts répits que ses attaques lui 
laissaient, la malade se levait pour satisfaire à ses besoins. 

Dans ces intervalles aussi, d'ailleurs très brefs, la nature 
hystérique du mal, surtout dans les premières semaines, repa- 
raissait dans tout son jour. Une fleur dans les cheveux, des 
frisures bizarres, un vieux morceau de miroir, placé sur la 
planchette du Ut, témoignaient suffisamment des occupations 
favorites de cette femme dans les temps de répit. 

Mais je veux surtout signaler à votre attention le caractère 
thermique que l'observation nous a fait reconnaître. Il résulte- 
rait en somme de tout ce qui précède, que si dans Vétat de mal 
épileptique, à grandes séries, la température s'élève très rapi- 
dementàun haut degré, en même temps que la situation devient 
des plus graves, au contraire, dans Y état de mal hystéro-épilep- 
tique à longuesérie, la température ne dépasse guère le chiffre 
normal, et d^ailleurs l'état général concomitant n'est pas de 
nature à inspirer de l'inquiétude. Il n'est pas nécessaire d'in- 
sister longuement, je pense, pour mettre enreliefun contraste 
aussi frappant. 

Je ne voudrais pas, toutefois. Messieurs, que vous prissiez 
absolument au pied de la lettre le dernier terme de la proposi- 
tion que je viens d'émettre ; sans doute il répond à la réalité, 
pour la très grande majorité des cas, mais il y a le chapitre 
des exceptions. Il n'est pas, en effet, sans exemple que l'hys- 
térie se soit, pendant la phase convulsive, terminée par la 
mort. A la vérité, ce sont presque toujours des attaques d'un 
genre particulier, des attaques dijspitéiques, qui amènent ce 
triste résultat ' ; mais, je le répète, les attaques convulsives 
elles-mêmes peuvent y conduire. Je puis, à titre d'exemple, 
vous rappeler un fait de ce genre publié par M. Wunder- 

1 Briquet, lue. cit., p. 283 et 538. 



384 EXEMPLE d'hystéro-éjmlepsie 

lich K II s'agit cFun cas d'hysléro-épilepsie comparable à beau- 
coup d'égards à celui dont je viens de vous entretenir. Pendant 
plus de huit semaines, la malade en question éprouva des at- 
taques épilepliPormes, en nombre d'ailleurs assez restreint, et 
qui ne s'accompagnaient pas d'augmentation notable de la tem- 
pérature ; sans cause connue, sans l'intervention d'accidents 
nouveaux, deux jours avant la mort, la scène changea tout à 



1 Voici la traduction, pai' M. E. Teinturier, de l'observation de XVanderlich, k 
laquelle M. Gharcot fait allusion. 

Observation. — Huit semaines de convulsions hystériformes à vicucJie apyré- 
tique et sans dayigerappm^ent. — Revirement fâcheux et subit, sans augmentation 
d'intensité des convulsions.— Mort au bout de quelques heures avec une température 
rfe 430 C. — Autopsie. — Anne Vogel, dix-neuf ans, servante, menstruée deux 
fois dans les derniers quatorze jours, avant de tomber malade, d'ailleurs bien por- 
tante, fut prise pour la première fois, le 1 3 août 185o, soi-disant après une vive 
réprimande, de convulsions qui se répétèrent le 17 au soir et le 18 au malin et 
remplirent presque sans interruption la nuit du 18 au 19. Entrée le 19, à midi, elle 
présenta à minuit, dans le bras gaucbe, où l'on avait constaté de la paralysie, 
mais pas d'insensibilité, des soubresauts modérés, puis elle éprouva un senti- 
ment d'angoisse, poussa un léger cri, et éprouva des convulsions d'abord dans la 
moitié gauche de la face, puis dans la droite aussi ; la bouche était ouverte, les 
paupières alternativement ouvertes et fermées, le globe de Tceil fortement tourné 
en haut. Puis survinrent dans les extrémités inférieures et le bassin de violentes 
et rapides convulsions cloniques projetant ces parties en avant, en arrière et de 
côté. La face devint cyanosée et l'écume sortit de la bouche. Au bout d'une mi- 
nute, respiration profonde et supérieure; relâchement des membres et de la face. 
Ensuite sommeil paisible en apparence ; enfin bâillement, ouverture des yeux et 
retour de la conscience après six minutes. 

La malade est en bon état, sa langue est peu chargée; la température est à 
380,12, le pouls à 140 (après l'accès), rien d'anormal. Elle dit seulement ne pou- 
voir remuer le bras gauche, et demande qu'on ne la touche pas, parce que, au- 
trement, elle aurait des convulsions. Cependant elle serre fortement de la main 
gauche. 

Dans la nuit du 19 au 20, 6 accès et dans la journée du 20, 7. Pas d'albumine 
dans l'urine; fort sédiment urique. Langue chargée. Température, matin et soir, 
380,12; pouls 132; R. 24-32. Dans la nuit du 20 au 21, 7 accès; 13 jusqu'au 
matin du 22. Température 37o,76 ; selles normales; léger trouble albumineux de 
l'urine. 

Les jours suivants de 8 à 16 accès par jour. État supportable d'ailleurs; pas 
d'élévation notable de la température (le plus souvent normale, jamais au-dessus 
de 380,12, sauf un soir à 38o,75), pouls ordinairement au-dessus de 112; langue 
chargée. Le 16, éruption miliaire, confluente, en vésicules, au bout des doigts. 
Urine chargée de phosphate, sans albumine. Dans les accès, tantôt elle perd con- 
naissance, tantôt elle ne la perd pas, crie quelquefois beaucoup. La sensibilité 
persiste dans le bras et la jambe gauches. 

7 septembre. — Les accès deviennent plus fréquents, durent plusieurs j ours sans 



HYSTÉRIE GRAVE 385 

coup : la malade tomba dans le collapsus, et dans un court es- 
pace de temps la température s'éleva jusqu'à 43°. 

Cet exemple suffira, Messieurs, pour vous montrer qu'en 
présence d'un cas d'état de malhystéro-épileplique, de quelque 
intensité, malgré toutes les chances d'une issue favorable, il ne 
serait pas prudent de s'abandonner à une sécurité complète, 
absolue. 



interruption; pendantles accès, elle parle souvent etcrie. Évacuations fréquentes 
d'urines et de matières dans le lit. Aniélioration, puis état stationnaire jusqu'au 
2 octobre au soir, où la malade offre un accès de collapsus marqué. Dans la nuit 
du 3, pas d'accès particuliers. Au matin, agitation des bras, stral)isme divergent. 
La tête penche en avant et à gauche, connaissance conservée, légère cyanose. A 
partir de 10 heures, impossibilité d'avaler; à midi, trismus; à 1 heure 3/4, fortes 
convulsions respectant la tête; pouls extrêmement fréquent; température 41°, 87; 
forte cyanose, écume à la bouche, râle trachéal. Mort à 2 heures 1/4 ; température 
430. Un quart d'heure après, température 42°, 73, 

Au'iopsiE. — Corps en bon état; larges taches cadavériques aux endroits dé- 
clives; pas de rigidité musculaire. Le crâne et ses viscères gorgés de sang; cir- 
convolutions postérieures un peu aplaties ; substance cérébrale un peu dure. Léger 
épaississement trouble de lapie-mère de la base. Cavités cérébrales de capacité à 
peu près normale, à parois de consistance ordinaire. — Po?it et moelle injectés de 
sang rouge grisâtre, sale. — Ponmo?is injectés et œdématiés. — Cœur normal; 
foie graisseux çà et là, exsangue, — Estomac dilaté, d'ailleurs normal, comme 
les intestins. — Reiiis fortement gorgés de sang; concrétion du volume de la 
moitié d'un pois dans un calice du rein gauche. — Utérus normal. — Kystes 
nombreux de la grosseur d'un pois dans les ovaires. (Wunderlich . — Arch. (1er 
Heilkunde, t. V, p. 210.) 



Charcot, t. I, 5e édit. 



QUATORZIÈME LEÇON 

De la chorée rythmique hystérique. 



Sommaire. — Symptômes. — Caractères des troubles moteurs. — Analyse des 
mouvements du tronc, des membres, de la tête, de la langue. — Cho-'^ea major. 
— Nature de l'afTection: elle relève de l'hystérie. — Preuves à l'appui, ovarie 
et hémianesthésie droites: — altérations des sens; — effets transitoires de 
l'application des plaques d'or et d'étain dans l'hystérie. — Leur action per- 
manente dans l'hémianesthésie de cause organique. — Caractères des atta- 
ques convulsives. — Action de la compression ovarienne. 

La chorée rythmique appartient au groupe des symptômes permanents de l'hys- 
térie. — Disparition momentanée sous l'influence de la compression ova- 
rienne. — Relation avec les attaques. — Cas de Trousseau, Briquet, Mur- 
chisson,etc. — Traitement: insuccès del'éther ; — efficacité du nilrite d'amyle. 



Messieurs, 

Il s'est produit ces jours derniers, chez une des malades de 
notre service, atteinte depuis low^^i^m^^^ àlvjstéro-épilepsie à 
crises mixtes {Eysteria major), un état pathologique rare, 
tout à fait digne, à ce titre, d'être placé sous vos yeux, mais 
qui de sa nature, est essentiellement instable, mobile, comme 
l'est, dit-on, le sexe sur lequel il se développe de préférence. 

Les phénomènes dont il s'agit, datent de plusieurs jours déjà, 
mais ilpeut arriver que demain, dansun inslantpeut-être — on 
ne saurait rien prévoir à cet égard — ils aient cessé d'exister. 
L'occasion est donc pressante ; il importe de la saisir. C'est 
pourquoi j'ai pris le parti de commencer les conférences de 



CHORÉE RYTHMIQUE HYSTÉRIQUE 387 

cette année ^ sans préliminaires, sans préambule, en entrant de 
plein pied dans l'étude clinique, qui est d'ailleurs l'objet prin- 
cipal que nous poursuivons dans ces conférences. 

Je désignerai sous le nom de cïiorée rythmique hystérique 
l'état pathologique sur lequel j'appelle votre attention. L'ana- 
lyse descriptive que je vais vous présenter nous fournira 
amplement, je l'espère, les moyens de justifier tous les termes 
de cette dénomination. 

La jeune malade que vous voyez là, couchée, parfaitement 
consciente de ses actes, et d'ailleurs fort bien portante, est âgée 
de 19 ans à peine ; son histoire clinique antérieure est cepen- 
dant déjà fort longue, fort accidentée-. Je vous en signalerai les 
principaux épisodes dans un instant. J'aborde immédiatement 
l'exposition des symptômes que j'ai hâte de vous faire con- 
naître. 

Ce qui vous frappe le plus, certainement, tout d'abord, ce sont 
les grands mouvements dont la tête, le tronc et les membres 
d'un côté du corps, ceux du côté droit, sont sans cesse agités. 
Au premier aperçu, ces mouvements paraissent désordonnés ; 
il semble difficile de les soumettre à l'analyse. Toutefois, un 
examen plus attentif permet d'y reconnaître bientôt un certain 
nombre de traits généraux. Ainsi, Yayitatio?i\)eui être décom- 
posée, pour chaquô partie, en mouvements alternatifs, surtout 
de flexion et d'extension, toujours les mêmes, absolument uni- 
formes. 

Vous voyez le tronc s'infléchir fortement sur le bassin, 
(Fiy. 27), entraînant la tête qui, à son tour, s'incline sur la poi- 
trine, et il est un moment oii le front ne s'éloigne guère de plus 
de oO centimètres du genou droit, qui, dans ce temps-là, est 



1 Novembre -décembre 1877. [Progrès médical, 9 fév. 1878.) 

2 On la trouvera relatée complètement dans; Bourneville et Regnard. — Ico- 
nogr. photogr. de la Salpétrière, t. II, p. 122-186. 



388 CllORÉE RYTHMIQUE UYSTÉRIQUE 

dans l'extension forcée ; puis la tête et le tronc se redressent, 
décrivant une trajectoire [Fig. 29J, qui figure un demi-cercle 
parcouru tout à l'heure, en sens inverse, dans le mouvement de 
flexion, si bien qu'au dernier terme, le dos, puis Focciput 
retombent lourdement sur l'oreiller ; presque aussitôt, le mou- 
vement de flexion recommence, suivi bientôt du mouvement 
d'extension et ainsi de suite (Fig. 28). On dirait l'image d'une 
salutation profonde et répétée^ rendue ridicule par sa répéti- 
tion même et par son exagération (Fig. 27, 28, 29). 

Remarquez que ces actes se reproduisent suivant un rythme 
très régulier. Aujourd'hui nous comptons de 30 à 40 saluta- 
tions par minute ; hier et avant-hier l'agitation étant plus 
grande, ils ont varié, dans le même temps, de 40 à 80. En même 
temps, les membres supérieur et inférieur du côté droit, 
simultanément, s'étendent, puis se fléchissent alternativement, 
suivant le môme rythme. 

Les mouvements des diverses parties méritent, d'ailleurs, 
d'être étudiées avec plus d'attention, non seulement indivi- 
duellement, mais encore dans leurs relations réciproques, 
dans leur isochronisme. 

Prenons le temps oii la flexion de la tête et du tronc est aussi 
prononcée que possible (Fig. 28) ; en ce moment, le membre 
supérieur, tout entier, est dans l'extension : son grand axe, 
dirigé verticalement, forme un angle droit avec le plan du lit 
sur lequel la malade est couchée ; étendu sur le bras, Favant- 
bras subit en outre un mouvement de pronation, en vertu 
duquel la paume de la main se dirige en dehors. Cette attitude 
du membre supérieur rappelle assez bien, vous le voyez, ceUe 
qui se produit dans le mode de natation, qu'on appelle vulgai- 
rement la coupe marinière. Dans cet instant, la jambe est 
étendue sur la cuisse, le pied fléchi sur la jambe, reproduisant 
d'une façon très accusée la déformation du pied bot équin : 



CARACTÈRES DES MOUVEMENTS 389 

alors le membre inférieur, rigide dans toutes ses parties, est 
fortement appliqué sur le matelas. 

La flexion des deux membres {Flg. 28) commence à se pro- 
duire aussitôt que se prononce le redressement du tronc, et elle 
s'accentue progressivement du même pas que celui-ci. Lorsque 
la révolution est accomplie, c'est-à-dire au moment oii la tête 




— Dessinée par P, Ridiei-, d'après un croquis fait sur nature 
par M . Charcot. 

et le tronc, tout à fait étendus, retombent sur l'oreiller, 
l'avant-bras est fortement fléchi sur le bras, la main sur l'avant- 
bras, et les doigts fléchis eux-mêmes arrivent à toucher l'épaule 
par leurs extrémités. Simultanément, et dans la même propor- 
tion, la cuisse s'est fléchie sur le bassin, la jambe sur la cuisse, 
de façon que le talon s'est mis presque en contact avec la fesse 
correspondante. Cette attitude de flexion forcée des membres ne 
dure qu'un instant, car elle fait bientôt place au mouvement 
d'extension. Celui-ci s'accuse de plus en plus, à mesure que la 
flexion de la tête et du tronc, qui a recommencé à se produire, 
s'accentue davantage. 

Telle est la série de phénomènes qui, depuis une dizaine de 
jours, se reproduit, d'une façon monotone, avec une régularité 



390 CARACTÈRES DES MOUVEMENTS 

presque mathématique, sans cesse et sans trêve, nuit et jour 
si ce n'est cependant durant les quelques heures oii survient le 
sommeil. Au moment du réveil, il se manifeste un fait très cu- 




l'VvA 



Fi'j. 28. — Dessinée par P. Richei- d'après un croquis fait sur nature 
par M . Charcot . 

rieux sur lequel je reviendrai dans un instant. Les membres qui, 
durant la veille, sont incessamment agités de mouvements 
alternatifs de flexion et d'extension, se montrent pendant quel- 
ques instants, le membre inférieur surtout, le siège d'une rigi- 




Fig . 29. — Dessinée par P. Richer. 

dite musculaire, qui rappelle la contracture hystérique. Mais 
cette rigidité est transitoire, de très courte durée, et bientôt re- 
commence la série des mouvements d'extension et de flexion- 
Remarquez que les membres du côté droit sont seuls agités de 
ces mouvements ; ceux du côté gauche restent tout à fait libres. 



PAROLE, DÉMARCHE, ETC. 391 

Ainsi de la main gauche, malgré Jes grandes oscillations du 
tronc, la malade peut, avec assurance, porter à sabouche, sans 
répandre une gouUe du liquide, un verre rempli d'eau; elle 
peut encore, de cette main, tracer sur le papier quelques carac- 
tères, et écrire même son nom très lisiblement. 

Quelques nouveaux détails sont nécessaires pour compléter 
le tableau dont l'esquisse vient d'être tracée. 

Examinez avec attention ce qui se passe du côté de la face au 
moment où la tête et le tronc se renversent en arrière ; vous 
voyez qu'en cet instant la commissure labiale droite est momen- 
tanément tirée en dehors et adroite. La déviation cesse au 
moment même oii la tête s'infléchit en avant. Il se produit ainsi 
une grimace intermittente et rythmée fort singulière. Si dans le 
temps 011 cette grimace se produit vous priez la malade d'al- 
longer la langue, de la sortir de la bouche, vous constatez que 
la pointe de l'organe se porte très fortement vers la droite. Des 
mouvements involontaires de la langue, dans cette même direc- 
tion, se produisent à chaque instant dans la bouche et, comme 
ils coïncident avec la déviation de la commissure labiale, il en 
résulte une grande gêne dans la prononciation. Les mots sont 
coupés, scandés, altérés par un « zézaiement » très accentué ; 
chau-chon est prononcé au lieu de chausson, chan-chon au lieu 
de chanson. 

Nous allons, pour en finir avec cette étude descriptive faite 
sur nature, prier la malade de se lever ; les mouvements invo- 
lontaires sont, vous le voyez, tout aussi prononcés dans la sta- 
tion verticale qu'ils l'étaient dans la situation horizontale. La 
jeune malade ne peut se tenir debout sans s'aider du bras gauche 
qu'elle appuie sur le lit. Avec le secours d'une personne étran- 
gère, elle peut faire quelques pas en avant; elle progresse alors 
avec un balancement rythmé du corps, un mouvement cadencé 
des membres du côté droit qui rappellent assez bien la danse 



392 NATURE DE LA MALADIE 

dite « mazurka ». Telle est, du moins, Topiiiion émise par 
quelques personnes compétentes en pareille matière. 

Yous en avez vu assez, Messieurs, je pense, pour être amenés 
à reconnaître que l'affection que vous avez sous les yeux peut 
être appelée une chorée, si, toutefois, nous prenons le mot dans 
son acception la plus large, en tant, par exemple^ qu'il sert à 
désigner les affections de nature diverse où il existe des gesti- 
culations des mouvements involontaires à grand rayon, mouve- 
ments permanents, incessants, persistants sans repos ni trêve, 
à part cependant le temps oij survient le sommeil. Car il ne 
s'agit pas ici, cela devient évident dès le premier coup d'oeil, de 
la chorée vulgaire (chorea mi7i07\ chorée de Sydenham), telle 
que vous pouvez l'observer chez une autre malade, Alten..., que 
j'ai fait placer auprès de la première, afin de mieux accuser le 
contraste. Chez Alten..., les mouvements involontaires se rap- 
portent au type classique et consistent, par conséquent, en des 
gesticulations non rythmées, vraiment désordonnées, irrégu- 
lières, à peu près indescriptibles ou échappant du moins à toute 
formule un peu précise. Chez la jeune G..., au contraire^, la 
chorée — qui dans le cas particulier est une hémichorée^ 
puisque les mouvements, pour les membres du moins, sont 
limités à un côté du corps — la chorée, dis-je, est du genre de 
celles que mon collègue, M. le professeur Sée, dans un travail 
très important et que vous connaissez tous, a proposé de dési- 
gner sous le nom de systématiques ou rythmiques ^ . Ces qua- 
lifications, remarquez-le bien, s'appliquent parfaitement à notre 
cas; chez notre malade, en effet, la chorée peut être dite ry- 
thmique, puisque les mouvements pathologiques affectent un 
rythme très régulier. Elle peut être dite aussi systématique, 
puisque ces mouvements, à chaque temps du rythme, se repro- 
duisent d'après un type constant, uniforme. 

^ 6ée (G.). — Mémoires de l'Académie de médeciyie, 1850, t. XIV. 



NATURE DE LA MALADIE 393 

Nous poumons chercher à préciser encore plus les termes 
et montrer que les mouvements pathologiques que nous étu- 
dions doivent être rattachés à la variété des chorées dites 
malléatoires ; à proprement parler, « malléatoire » signifie 
que les gesticulations sont comparables aux mouvements ca- 
dencés que décrit le bras du forgeron qui frappe sur l'en- 
clume. {Malleator : forgeron. — Maliens : marteau). Mais 
l'action de frapper sur l'enclume n'est pas la seule qui puisse 
être imitée dans ce genre de chorée. Si Ton persiste à chercher 
des termes de comparaison dans l'exercice de certains actes 
physiologiques ou professionnels, on pourrait, envisageant sur- 
tout les mouvements du bras et de la jambe du côté droit, dire 
que chez G... la chorée est imtatoire; on l'appellerait plus ^Çi- 
\<^w\A^x^ saltatoire si Ton considérait, au contraire, plus parti cu- 
Hèrement ce qui se passe lorsque la malade, debout, essaie de 
faire quelques pas et exécute, chemin faisant, une sorte de danse. 

Mais peu importe au fond les nuances ; il sufûra pour carac- 
tériser la situation, de relever que, d'une façon générale, les 
mouvements involontaires dont il s'agit reproduisent, tant bien 
que mal, des actes voulus, intentionnels. 

Après avoir reconnu le cas qui nous occupe, pour un exemple 
bien caractérisé de chorée rythmique, il nous faut montrer 
maintenant que la quahfîcation d'hystérique lui est, en outre, 
légitimement applicable, ou, en d'autres termes, que l'affection 
choréiforme est là, au premier chef, sous la dépendance de la 
maladie antérieure, Yhystérie, dont elle représente une des 
manifestations multiples et variées. 

Étabhr chez notre malade l'existence du fond hystérique sera, 
je pense, une tâche facile ; les preuves à l'appui de notre as- 
sertion \ont abonder. 

L'étude des antécédents nous apprend que chez G... l'hystérie 
convulsive a commencé à se manifester dès l'âge de 13 ans. 



394 SYMPTOMES PERMANENTS HYSTÉRIQUES 

Nous avons vu cette jeune fille présenter journellement dans 
cet hospice, pendant une période de près de deux années, de 15 
à 17 ans environ, et de la façon la plus accentuée, les symptômes 
locaux permanents de la forme d'hystérie que nous avons pro- 
posé d'appeler ovarienne, alors que la menstruation n'avait pas 
encore paru. L'apparition des règles, qui a eu lieu il y a 2 ans, 
n'a modifié en rien d'essentiel le tableau clinique. Les paroxys- 
mes convulsifs et les phénomènes locaux ont persisté comme 
devant et je vais, dans un instant, vous en faire constater l'exis- 
tence actuelle. Je pourrais vous citer plusieurs autres cas d'hys- 
térie ovarienne développée plusieurs années avant la menstrua- 
tion, et, d'un autre côté, je vous présenterai prochainement 
deux femmes du service, chez lesquelles les crises convulsives 
hystéro-épileptiques ainsi que le cortège, à peu près obligatoire 
en pareille circonstance, des symptômes d'hystérie locale, ont 
persisté, sans autre modification qu'une atténuation légère, pen- 
dant plusieurs années, après l'accomplissementdelaménopause. 
Ces faits du domaine pathologique concordent, — je le ferai 
remarquer en passant, — avec les faits d'ordre physiologique, 
nombreux aujourd'hui, qui tendent à établir que l'activité de 
l'ovaire est de beaucoup antérieure à la fonction menstruelle 
et lui survit K 

Yoici maintenant l'énuméralion des principaux symptômes 
d'hystérie locale dont la présence peut être actuellement recon- 
nue chez notre malade. Il existe une ovamigie ou ovarie droite, 
très nettement prononcée, fixe, toujours présente à un certain 
degré ; la douleur iliaque, par laquelle elle se manifeste, s'exalte 
spontanément à l'approche des crises. En tout temps, on l'exas- 
père par la pression. C'est au niveau de ce point douloureux que 
la sensation d'aura prémonitoire des attaques semble prendre 
origine pour remonter vers Tépigastre, la région précordiale, le 

^ Voir enti'e autres, sur ce sujet, De Sinéty; Arch. de physiologie, 1873, p. 50. 
et Barker: Philadelph. Med. Timer., 1874, ciJakresberirht, 1874, p. 278. 



SYMPTOMES PERMANENTS UYSTÉRIQUES 395 

COU, la tôle, etc. — Toute la moitié droite du corps, tête, cou, 
tronc, membres, — est occupée par une anesthésie complète, 
absolue. Vous voyez, en effet, comment un pli épais de la peau 
de l'avant-bras, de la nuque, de la jambe, les plis interdigitaux 
de la main droite, sont traversés de part en part, à l'aide d'une 
aiguille volumineuse et assez mal appointée, sans que le sujet 
ait la moindre notion de ce qui se passe. Sur ce même côté droit, 
il y a également thenno-anesthésie complète ; de plus, les sens 
spéciaux sont, eux aussi, tous affectés bien qu'à des degrés 
divers. 

Il y a " anosmie " dans la narine droite, perte absolue du goût 
sur la moitié droite de la langue, depuis la pointe, jusqu'à la 
base, diminution de l'acuité auditive de l'oreille droite , amblyopie 
avec dyschromatopsie de l'œil droit. De cet œil, G... a complète- 
ment perdu la perception des couleurs dites centrales, le violet 
et le vert, tandis qu'elle distngue encore fort nettement les cou- 
leurs périphériques, à savoir le rouge, l'orangé, le jaune et le 
bleu. Acette hémianesthésie correspond , comme c'est l'habitude 
en pareille occurence, un certain degré d'hémiamyosthénie. 
Ainsi, tandis que pour la main gauche la pression dynamomé- 
trique est de 25kilog., elle est représentée, pour la main droite, 
par 15 kilg. seulement. Relevons une fois de plus, puisque l'oc- 
casion s'en présente , la concordance remarquable, et sur laquelle 
j'ai maintes fois insiste antérieurement, du siège de la douleur 
iliaque etdu mode de localisation des symptômes concomitants^ . 
L'ovaralgie siège à droite, et c'est le côté droit qu'occupent 
Fhémianesthésie et Tovarie ; c'est encore du côté droit que se 
manifeste chez G.., la contracture des membres lorsqu'elle se 
produit à la suite des attaques, et vous avez pu remarquer que 
ce sont aussi les membres du côté droit qui sont aujourd'hui 
agités des mouvements choréiformes rythmiques. 

1 Leçons sur les inaladies du système nerveux, t. I, p. 330. 



396 HYSTÉRIQUES POLYMÉTALLIQUES 

Il est au moins fort vraisemblable que tous ces phénomènes 
occuperaient au contraire le côté gauche du corps si Tovarie 
siégeait à gauche \ 

Je me borne à cet exposé sommaire et je vous épargne les 
détails que mes études antérieures vous font aisément prévoir. 
J'ai voulu seulement vous montrer qu'en ce qui concerne les 
phénomènes locaux, le cas de G... est un exemple très régulier, 
très classique, dans la catégorie de l'hystérie ovarienne. Il est 
encore un point, cependant, sur lequel je veux m'arrêter un 
instant, parce qu'il touche à des questions d'actualité. Notre ma- 
lade, pour parler la langue de M. Burcq, est une hystérique 
'pcjly métallique. Elle est sensible à For et à Tétain, c^est-à-dire 
que si, chez elle, vous appliquez sur une région quelconque des 
parties anesthésiées, soit une plaque d'étain, soit quelques 
pièces d'or, vous constatez, au bout de 10 à 15 minutes d'appli- 
cation, que la sensibilité a reparu dans tous ses modes, non seu- 
lement sous la plaque métalhque elle-même, mais encore au- 
dessous et au-dessus dans une certaine étendue. Il est, vous le 
savez, suivant les observations de M. Burcq — observations 
reconnues aujourd'hui comme parfaitement exactes, du moins 
sur ce point — des hystériques sensibles exclusivement à l'or, 
d'autres au fer, d'autres au cuivre, au zinc ou à l'argent. Il est 
aussi, ainsi que vous le voyez par l'exemple que nous avons 
sous les yeux, des hystériques polymétalliques, c'est-à-dire sen- 
sibles à plusieurs métaux. Le fait d'être influencée de la façon 
qui vient d'être indiquée, par une simple application métallique 
n'est pas, contrairement à l'opinion autrefois émise par Trous- 
seau, un caractère exclusivement propre àl'hémianesthésie des 
hystériques. 

i 11 existe quelques rares exceptions à cette règle, j'ai vu une fois l'hémianes- 
thésie occuper le côté gauche tandis que l'hémianesthésie ovarienne siégeait à 
droite. M. le D"" Barlow (de Londres) a publié un fait du même genre. Un autre 
casaété rapporté dans le t. III de Y Iconographie photogr . de laSalpêtriè)'e,Tp.lS . 



CARACTÈRES DES ATTAQUES 397 

Nous avons observé, en effet, deux cas d'hémianesthésie céré- 
brale complète, et de date ancienne, liés à une lésion organique, 
où ces applications ont eu, comme dans l'hystérie, pour résultat 
de provoquer le retour de la sensibilité normale. Mais, tandis 
que, dans ces deux cas, les résultats obtenus ont été définitifs, 
permanents, à ce point qu'ils subsistent depuis plus d'un an, ils 
ont toujours été transitoires dans les faits d'hémianesthésie hys- 
térique que nous avons observés \ Dans les cas du dernier genre 
une 1/2 heure, 2 heures, 24 heures au plus, après que les pla- 
ques ont été enlevées, l'anesthésie s'est reproduite telle qu'elle 
était avant l'application. Cette mobilité même, ce caractère 
transitoire des phénomènes est, peut-être, justement, un trait 
qui distingue l'hémianesthésie hystérique de l'hémianesthésie 
cérébrale de cause organique. 

Pour ce qui est relatif aux crises convulsives^ je me borne- 
rai à dire, qu'à cet égard encore, G... peut être considérée 
comme un véritable sujet d'étude. Chez elle, en effet, les diverses 
phases qui, d'après la description que je vous ai présentée, com- 
posent un accès hystéro-épileptique dans son type de complet 
développement, se succèdent avec une régularité remarquable : 
1° Phase des convulsions épilepti formes générahsées, terminée 
par une courte période de stertor ; 2° Phase clonique par excel- 
lence ou des grands mouvements du corps, des contorsions ; 
3° Phase des attitudes passionnelles ou, si vous l'aimez mieux, 
^Q?> poses plastiques, La période du délire consécutif à la crise 
si prononcée chez quelques sujets, est, au contraire, dans ce 
cas, à peine esquissée. Telle est la série des phénomènes qui, 
constamment, dans toutes les attaques, et dans les attaques 
subintrantes dont l'enchaînement constitue un état de mal, se 
reproduisent chez G... toujours suivant le même mode et dans 

1 Voir l'observation: Progrès médical, 1877, p. 381. 



398 COMPRESSION OVARIENNE 

le même ordre. J'ajouterai enfin, — c'est là un caraclère, à mon 
sens, de premier ordre, — que la compression méthodique de la 
région ovarienne droite, pourvu, bien entendu, qu'elle soit con- 
duite conformément aux règles ', fait cesser chez elle, immédia- 
tement^ les phénomènes de l'attaque quels qu'ils soient et quelle 
que soit la période durant laquelle la manœuvre est pratiquée. 

J'en ai dit assez, je l'espère, pour vous faire reconnaître que 
notre malade, ainsi que je l'avais annoncé, présente tous les ca- 
ractères de rhystérie ovarique sous la forme la plus régulière, 
la plus classique. Je vais essayer de vous montrer maintenant 
que la chorée rythmique, dont elle est aujourd'hui tourmentée, 
ne représente pas une complication fortuite, un épisode étran- 
ger à l'histoire de la grande névrose, mais qu'elle se rattache, 
au contraire, à la diathèse hystérique, par desliens très étroits, 
comme une affection subordonnée, au même titre que les para- 
lysies, les contractures, les crises convulsives elles-mêmes. 

Je ferai remarquer, en premier lieu, que notre chorée a com- 
mencé à se manifester il y a dix jours, aussitôt après la cessation 
d'une attaque, c'est-à-dire dans les circonstances oii se dévelop- 
pent fréquemment les divers phénomènes d'ordre moteur, para- 
lysies, contractures des membres appartenant à la série hysté- 
rique ordinaire. Je relèverai encore que la crise, à la suite de 
laquelle la chorée s'est produite, s'était fait remarquer par sa 
courte durée et une atténuation relative de tous les symptômes: 
qu'elle n'avait pas été suivie de ce sentiment de détente qu'ac- 
cusent généralement les malades de ce genre, lorsque l'accès est 
vraiment terminé; de telle sorte, qu'à ce point de vue, l'agita- 
tion choréiforme pouvait être considérée comme la continuation, 
la prolongation, sous une forme nouvelle, de l'attaque hysté- 
rique avortée. Mais voici un argument plus péremptoire. Ainsi 
que nous nous en sommes assuré ces jours-ci, par des expé- 

• Leçons sur les maladies diè système nerieux, t. I, p. 320. 



ARKÉr DES MOUVEMENTS 399 

riences répétées, et ainsi que vous allez le constater vous-mêmes 
de visti, la compression méthodique de la région ovarienne 
droite a pour résultat certain, constant chez notre malade, l'ar- 
rêt complet des mouvements rythmiques. 

Je pratique la manœuvre en question : quelques plaintes, une 
tuméfaction de la région antérieure du cou, plusieurs mouve- 
ments bruyants de déglutition, la protrusion de la langue enfin 
annoncent que le résultat prévu va se produire. Yous voyez, 
en effet, les mouvements rythmés du tronc et des membres 
s'arrêter brusquement, comme par enchantement. Délivrés 
de l'agitation à laquelle ils étaient tout à l'heure en proie, 
les membres ne récupèrent pas pour cela leurs fonctions 
normales. 

Ils sont devenus, les membres inférieurs surtout, le siège 
d'une rigidité musculaire considérable, de tous points compa- 
rable à la contracture qui, ainsi que je vous l'ai fait remarquer 
plus haut, se produit chaque matin, temporairement au mo- 
ment du réveil, avant que l'agitation ne reprenne son cours. 

Je vous proposais tout à l'heure de reconnaître dans la chorée 
rythmique une attaque en quelque sorte prolongée et trans- 
formée. Ne pourrait on pas maintenant, en se fondant sur ce qui 
précède, rapprocher cette chorée de la contracture et les envi- 
sager comme des accidents de même valeur pathologique, des 
équivalents, pouvant se substituer l'un à l'autre dans la série 
des affections hystériques? 

Cet arrêt si remarquable des mouvements choréiformes, sous 
l'influence de la compression ovarienne, n'est cependant, Mes- 
sieurs, qu'une suspension, qu'une trêve. Il persiste tant que 
persiste la compression; aussitôt que celle-ci est suspendue, 
vous voyez la contracture disparaître et les mouvements ryth- 
més du tronc et des membres tout à l'heure étendus et rigides, 
recommencer comme deplusbelle. Pour mieux vous convaincre, 
je répète la compression à quatre ou cinq reprises, et chaque fois 



400 TRAITEMENT 

VOUS voyez toute la série des phénomènes se reproduire exac- 
tement comme dans la première expérience. 

De tout ceci, je crois pouvoir conclure que la chorée ryth- 
mique observée chez notre malade se rattache à l'ovarie, 
au même titre que les crises convulsives ordinaires et qu'elle 
doit prendre rang parmi les manifestations très variées de la 
diatlièse hystérique. 

Il est temps d'envisager actuellement le côté pratique. Déve- 
loppés à la suite d'une attaque, c'est-à-dire dans les conditions 
oij se manifestent très ordinairement les paralysies et les con- 
tractures, les mouvements choréiformes devront-ils, comme 
cela a lieu si fréquemment pour les accidents susnommés, per- 
sister tels quels, jusqu'à la première attaque, peut-être fort 
éloignée, qui pourra survenir ? N'est-il pas possible, par une in- 
tervention appropriée, de brusquer la situation, de délivrer la 
malade de l'agitalion qui l'épuisé, de la ramener enfin, en 
attendant mieux, à Tétat où elle était il y a dix jours ? Les effets 
de la compression ovarienne sur ceux des accidents qui sont 
justiciables de l'hystérie ne sont pas toujours fugaces et tempo- 
raires. Je vous ai fait voir, dans une autre occasion, qu'en per- 
sistant dans la compression ou en la répétant à de courts 
intervalles, pendant plusieurs heures, on parvient quelquefois 
à faire disparaître les accidents d'une façon définitive. Par cette 
manœuvre, nous avons plusieurs fois réussi à couper court à 
un état de mal hysiéro-épileptique qui, abandonné à lui-même, 
se serait prolongé peut-être pendant plusieurs jours. On peut 
réussir encore à dissiper brusquement une contracture de la 
mâchoire, de la langue, des membres, lorsque ces accidents ne 
se sont pas — passez-moi le mot — depuis longtemps instal- 
lés* ; on est parvenu également à mettre un terme à un mu- 

1 Voip Bourneville, VroQvès médical, 1877, pp. 383 et 487, et Iconographie pho- 
tographique de la Salpcfricre, t. I, p. 108. 



INHALATIONS D ÉTHER 401 

tisme hystérique qui datait déjà de plusieurs 7nois ^ L'analogie 
porte à penser que la compression ovarienne prolongée et ré- 
pétée aurait sans doute aussi pour résultat de faire disparaître 
définitivement les convulsions rythmées. Ceci montre, Mes- 
sieurs, que, dans les effets de cette manœuvre, il ne faut pas 
voir seulement un moyen de diagnostic, un élément propre à 
éclaircir la théorie du mal ; il y a là, encore, un moyen théra- 
peutique ; mais sa mise en œuvre est parfois difficile, peu pra- 
tique. En somme, ce n'est pas d'ailleurs le seul moyen auquel 
nous pensons nous adresser, dans les circonstances oii nous 
nous trouvons. D'après nos observations, l'application dans la 
région ovarienne d'un sac de glace, prolongée pendant une 
demi-heure, et répétée plusieurs fois par jour durant plusieurs 
jours, a souvent pour résultat d'éloigner les attaques et d'en 
atténuer l'intensité. Mais l'effet de ces applications est généra- 
lementlent à se produire, les résultats obtenus ne sont pas tou- 
jours très frappants. 

11 sera préférable, je crois, de nous adresser soit aux inhala- 
tions d'éther, soit à celles de nitrite d'amyle. Les effets des 
inhalations à'éther chez les hystériques ont quelque chose de 
particulier. Peu étudiés encore, ils mériteraient certainement 
d'être bien connus ^ Chez certains sujets, par exemple, ces inha- 
lations peuvent servir à révéler, par la production de symp- 
tômes non équivoques, la maladie jusque-là restée latente ; chez 
d'autres, où celle-ci est, au contraire, en pleine activité, nous 
les avons vues déterminer, très fréquemment, tantôt l'une, tan- 
tôt l'autre phase de l'attaque et quelquefois la série tout entière. 
Or, une attaque, à un moment donné, chez une hystérique, peut 
jouer le rôle d'une crise favorable et provoquer la brusque ces- 

* Debove et Liouville. — Progrès médical, 1876, p. 145. 

2 Depuis l'époque où cette leçon a été faite, nous avons continué à consigner 
avec détails les effets de l'éther chez les hystériques dans les deux derniers 
volumes de Vlcoiiogr. phot. de la Salpétrière ei surtout dans le III^, comme 
nous avions commencé à le faire dans le premier volume. (B.) 

Charcot, t. I, 5e édit. 26 



402 FRÉQUENCE 

sation d'accidents fâcheux,, qui, depuis longtemps peut-être, ré- 
sistaient à tous les agents employés. Pour ce qui est du nitrite 
d'amylepris en inhalations, c'est, ainsi que Ta montré M. Bour- 
neville \ un moyen particulièrement efficace pour couper court 
promptement et définitivement à un état de mal hystéro-épilep- 
tique, alors même qu'il se présente sous la forme la plus accen- 
tuée. A ce titre, il nous paraît rationnel d'en proposer l'essai 
dans la circonstance actuelle. Nous aurons recours à l'éther 
d'abord, puis au nitrite d'arnyle, si le premier vient à échouer, 
et nous ne manquerons pas de vous tenir au courant des résul- 
tats que nous aurons obtenus. 

Sinous réussissons, comme nous l'espérons, àfaire cesser les 
convulsions rythmées, nous aurons délivré la malade d'acci- 
dents qui l'importunent et la fatiguent énormément et dont la 
durée, dans le cas où on les abandonnerait à eux-mêmes, ne 
peut guère être prévue. Ce sera déjà quelque chose, sans doute. 
Il est clair, toutefois, que nous n'aurons par là modifié en 
rien la maladie foncière. Mais je ne veux pas, pour le moment, 
m'arrêter sur le traitement de la diathèse hystérique. C'est un 
sujet qui réclame de longs développements et que je compte 
étudier avec vous, tout particulièrement dans une occasion 
prochaine. 

Il ne vous sera pas difficile de relever dans la littérature mé- 
dicale un certain nombre de cas que vous pourrez rapprocher 
de celui qui fait le sujet de notre entretien. Sans remonter au 
delà de l'époque contemporaine, je vous rappellerai que la 
chorée rythmique des hystériques est l'objet dune mention 
particulière dansle mémoire, cité plus haut, de M. G. Sée. Trous- 
seau n'a pas manqué d'en parler, avec quelques développe- 
ments, dans sa clinique, et il cite trois observations qui appar- 
tiennent évidemment à cette catégorie. 11 relève, avec raison, 

1 Recherches cliniques et thêrnp. sur l'épilepsieet r hystérie et Iconogr.photogr. 
delà Salp., t. 1, 11 et 111; passim. 



INFLUENCE DE LA VOLONTÉ 403 

parmi les circonstances propres à caractériser l'affection^ en 
outre des symptômes hystériques antécédents ou concomitants, 
la forme même des accidents, à savoir, surtout : l'harmonie, la 
régularité des mouvements choréiformes ; il paraît attacher une 
cerlaine importance diagnostique à ce fait que ses malades par- 
venaient, par un effort de leur volonté, à atténuer ou même à 
suspendre momentanément ces mouvements. On ne saurait voir 
là, Messieurs, un caractère unique. Tous remarquerez, en 
effet, que chez G... quels que soient les efforts de volonté aux- 
quels elle se livre à notre sollicitation, l'agitation rythmée des 
membres et du tronc persistent tels quels. M. Briquet, dans le 
chapitre de son traité \ qu'il consacre aux convulsions surve- 
nant chez les hystériques hors le temps des attaques, relate, 
lui aussi, quelques observations intéressantes de chorée 
rythmique. Le cas de Mlle de La B., en particuher, montre 
que cette affection peut, quelquefois, persister, comme le fait 
trop souvent la contracture hystérique, pendant plusieurs an- 
nées. Je citerai encore une observation de M. Murchison, rap- 
portée par M. C. Handfield Jones dans ses ^^ StucUes on fiinc- 
tionnal nervoiis disorders " "^. Dans ce cas, comme dans le 
nôtre, les mouvements choréiques se montraient limités à un 
côté du corps ; ils étaient interrompus de temps à autre par des 
accès, dans lesquels les parties tout à l'heure agitées étaient 
momentanément prises de rigidité. La malade pouvait, ainsi 
que cela avait lieu dans les observations de Trousseau, les mo- 
dérer ou les arrêter par un effort de volonté. Il me paraît inu- 
tile de multipher ces exemples. 

Avant de. terminer, il est encore un point sur lequel je dois 
insister. Je ne saurais dire, quant à présent, si toutes les cho- 
rées rythmiques sont, 2)950 facto ^ hystériques. Mais très cer- 

* Briquet. — Traité d'hystérie, p. 420. 
2 London, 1870, p. 367. 



^04 CHORÉE VULGAIRE 

lainement toutes les cliorées relevant de Xhystérie ne sont pas 
pour cela nécessairement rythmiques. A l'appui de mon asser- 
tion, il me suffira de vous présenter une autre malade, la nom- 
mée Yend. .., chez laquelle, vous le constatez, l'agitation cho- 
réique rentre évidemment, quant à la forme des mouvements 
pathologiques, dans la description de la chorée vulgaire. As- 
sise, il n'y a pas de repos pour elle ; la tête, le tronc, les mem- 
bres des deux côtés, sont sans cesse agités par des mouvements 
contradictoires. Debout, elle ne peut se soutenir sans aide ; les 
genoux se fléchissent, puis se redressent à chaque instant ; si 
elle marche, elle est à tout moment menacée de tomber. Les 
mouvements en question sont irréguliers, désordonnés au pre- 
mier chef; vous n'y pouvez néanmoins reconnaître ni rythme 
ni cadence, rien non plus qui rappelle un acte intentionnel. 
Chez Ve..., cependant, les caractères de l'hystérie ne sont pas 
moins prononcés que chez G. .. Outre les attaques qui se présen- 
tent ici avec les trois grandes phases caractéristiques de l'hys- 
téro-épilepsie, je relèverai l'existence permanente dîme anes- 
thésie générale, avec amyosthénie, surtout prononcée du côté 
droit, et d'une ovaralgie double également, mais, ainsi que vous 
pouviez le pressentir, surtout prononcée à droite. Y... est une 
hystérique à sensibilité zinc. J'ajouterai enfin, et c'est là un 
trait dont l'importance ne peut vous échapper, que, chez elle, 
comme chez G..., la compression méthodique de la région ova- 
rienne qui, dans le cas particulier, doit être pratiquée simulta- 
nément des deux côtés, a pour effet de suspendre momentané- 
ment les mouvements choréiques, tout comme elle arrête les 
attaques K 

J'ai trop longtemps peut-être retenu votre attention sur un 
cas, dont vous ne rencontrerez sans doute le pendant que bien 

1 Voir son observation complète dans Vlcoiiorp-. photogr. de la Salpétrière, 
t.ll, p. 93-122. 



EFFETS DU NIÏRITE D'AMYLE 405 

rarement dans votre pratique. Mais le clinicien ne saurait dé- 
daigner les cas exceptionnels, anormaux, qui lui fournissent 
l'occasion particulière d'exercer sa sagacité ; d'ailleurs, il ne 
faut pas les considérer sous le jour d'un simple appât pour une 
curiosité vaine; maintes fois, en effet, ils pourront fournir, au 
pathologiste, la solution de problèmes difficiles ^ 

1 Voici quelques renseignements sur la marclie ultérieure des accidents chez 
la malade qui a fait l'objet de la leçon qui précède. 

12 novembre. —Inhalation di'éther. Cet agent détermine un délire semblable 
à celui qu'on observe durant les séries d'attaques : loquacité, confidences involon- 
taires, hallucinations, modifications variées de la physionomie, etc. Ce délire a 
persisté pendant deux heures environ, et alors, les mouvements choréiques étaient 
suspendus. Puis G. . . a eu trois attaques qui ont laissé après elles une contrac- 
ture des membres du côté droit. Enfin, après avoir eu quelques secousses, G... 
a été reprise de sa chorée rythmique jusqu'à 8 heures et demie, moment oii elle 
s'est endormie. 

13 novembre. — Nous retrouvons la jeune malade avec les mouvements que 
nous avons décrits. Le nitrited'amyle est administré à son tour. Toute agitation 
cesse jusqu'à 2 heures de l'après-midi. Depuis lors jusqu'à 3 heures, G... a 
trois petites attaques après lesquels la chorée rythmique est revenue. Une nou- 
velle inhalation de nitrite d'amyle y met fin encore une fois. 

14 novembre. - G.. . n'a plus de mouvements choréiques, mais elle nous of- 
fre une contracture du membre inférieur droit, des mâchoires et de la tangue. 
Ces diverses contractures ont disparu sous l'influence du nitrite d'amyle et 
toute la journée elle estrestée telle qu'elle est d'ordinaire. 

ï'o novembre. — Aujourd'hui G.. .présente des mouvements choréiformes ir- 
réguliers qui ressemblent beaucoup à ceux de sa compagne W... dont il est 
parlé dans la leçon. 

18 novembre. — Les mouvements choréiques irréguliers persistent et sont 
même plus accusés qu'il y a trois jours. 

19 7iovembre. — Hier, "G. . . a eu des attaques de 8 heures à minuit. Tranquille 
ensuite jusqu'à 8 heures, ce matin, elle a été reprise et a eu 25 attaques jus- 
qu'à une heure de l'après-midi. — A partir de là, les mouvements choréiques 
ont définitivement cessé. (B.) 



APPENDICE 



APPENDICE 



I. 

Observation de paralysie agitante. 



(Voir la Planche I, qui représente ratlitude caractéristique des malades 
atteints de paralysie agitante). 



AntécédbJits. — Cause probable delà paralysie agitante. —• Début: faiblesse qui 
envahit successivement les membres. — Tremblement de la tête, puis des membres 

État de la malade en i^lk: Attitude générale;^ Tremblement; — Marche; 
propulsion et rétropulsion ; — Température, pouls, etc. 

Modifications survenues dans la maladie du ynois de juillet 1874 au mois de 
juillet 1877. 



Gayr..., Anne-Marie, 62 ans, marchande des quatre saisons, 
admise à la Salpêlrière le 31 décembre 1872, est entrée dans le 
service de M. Gharcot, salle Saint-Alexandre, n*" 3, le 12 no- 
vembre 1873. 

Antécédents. — Son père, charpentier, est mort d'un accident 
lorsqu'elle n'avait que 12 ans. Sa mère, qui a succombé à 74 ans, 
était nerveuse, s'emportait facilement, mais n'avait pas de trem- 
blement ni de paralysie. Sa sœur unique est morte d'une pleu- 
résie à 40 ans. — Aucun des membres de sa famille qu'elle a 
connus n'aurait été atteint d'affections nerveuses et en particulier 
de tremblement. 

Gavr... est venue à Paris à 4 ans. Son enfance et sa jeunesse se 
sont passées sans incident notable. Elle a été réglée régulièrement 
à partir de 14 ans. Mariée à 28 ans, elle a eu cinq enfants. Ses 



410 APPENDICE 

grossesses et ses couches, en général, ont été bonnes. De ses cinq 
enfants, l'aîné est mort, âgé de 35 ans, pendant la Commune ; — le 
2^ et le 3e, deux garçons, sont bien portants ; — le 4^ enfant est 
une fille, âgée de 28 ans, qui est sujette à des attaques nerveuses, 
d'ailleurs assez éloignées ; — le o^ enfant est mort durant l'accoa- 
chement. 

Notre malade assure n'avoir jamais eu de maladie sérieuse, 
entre autres ni rhumatismes ni chorée. Bien qu'elle ait été mar- 
chande des quatre saisons pendant treize ans, elle n'aurait point 
fait d'excès de boisson. Elle a toujours habité des logements sa- 
lubres, exposés au soleil. Elle était heureuse en ménage et n'a 
jamais souffert de privations. 

Début de la maladie. — C'est en 1868 qu'a débuté sa maladie. 
Voici dans quelles circonstances : son troisième fils, qu'elle affec- 
tionnait plus spécialement, est venu lui apprendre subitement 
qu'il venait de signer un engagement comme soldat. Cette nou- 
velle l'a vivement affligée ; elle a pleuré beaucoup et, dès les jours 
suivants, elle s'est aperçue qu'elle avait de la faiblesse dans le 
bras droit. Bientôt la faiblesse a gagné le bras gauche, le membre 
inférieur droit, puis le gauche simultanément ; elle avait, pendant 
la nuit, dans les jambes, des crampes qui la faisaient crier. Elle 
aurait eu ensuite de la faiblesse dans les « reins». A son arrivée 
à la Salpêtrière (décembre 1872), elle était moins aflaiblie qu'au- 
jourd'hui (8 juillet 1874). Le tremblement aurait envahi les mem- 
bres dans les premiers mois de 1873 et aurait frappé d'abord le 
membre supérieur droit. Enfin, elle a remarqué, à peu près à la 
même époque, qu'elle avait à^ldi rétropidsion : un jour, ayant fait 
un faux pas, elle a été entraînée en arrière malgré elle. 

État actuel (8 juillet 1874). — L'attitude générale de la malade, 
dans la station verticale, est celle qu'a décrite M. Charcot dans la 
Leçon V (p. 1G9) et que représente si fidèlement la Planche!, 
dessinée par M. P. Richer. Le tronc et la tête sont inclinés en avant; 
le cou est tendu et on dirait que la tête est fixée sur une tige ri- 
gide. Les traits de la physionomie sont absolument immobiles, 
les plis du front sont à peine accusés ; les paupières sont médio- 
crement ouvertes, la malade peut toutefois les relever et les 
abaisser sans difficulté. Les yeux, peu expressifs, sont dirigés en 
avant ; pour regarder latéralement, la malade est obligée de tourner 
tout le corps. Quelquefois les lèvres sont accolées l'une contre 
l'autre, mais, le plus souvent, la bouche est enir'ouverte, la 
lèvre inférieure, tombant, laissant apercevoir l'arcade dentaire 
correspondante ; parfois, la salive s'écoule involontairement de la 
bouche. Les lèvres et la langue ne tremblent pas. La déglutition 
serait presque toujours laborieuse. 

Les bras sont légèrement écartés du tronc ; les avant-bras, demi 



PARALYSIE AGITANTE 4U 

fléchis, sont disposés de telle sorte que les mains reposent sur la 
région ombilicale et que les coudes sont un peu éloignés du tronc. 
Le pouce, légèrement infléchi, s'appuie d'habitude sur l'index ; 
les autres doigts sont un peu fléchis et ramassés les uns contre 
les autres. La disposition des mains est la môme des deux 
côtés. 

Les jambes sont rapprochées sans que, toutefois, les genoux se 
touchent. Si les jambes sont écartées, l'équilibre est incertain. Que 
les yeux soient ouverts ou fermés, la malade se tient de la même 
façon. 

Elle s'asseoit lourdement, tout d'un coup. Elle ne peut se lever 
que si on l'aide, encore est-on obligé de déployer une certaine 
force. Elle se met à marcher après hésitation, s'avance d'abord à 
petits pas, puis la marche se précipite, il y a propulsion. <* Parfois, 
dit Gavr..., je suis poussée très loin, jusqu'à ce que je rencontre 
un mur, sans cela je tombe. » La rélropulsion est aussi évidente ; 
pour la constater, il suffit, comme le fait M. Charcot, de tirer légè- 
rement la malade par sa jupe. Aussitôt, elle marche à reculons et 
avec une vitesse telle qu'elle ne tarderait pas à tomber si on ne la 
surveillait. Pour se retourner, la malade hésite encore plus que 
pour se mettre en marche. 

Le tremblement est à peine accusé, surtout au repos. La tête 
tremble un peu plus, par moments, que les mains. Lorsque 
celles-ci sont d'aplomb, elles restent généralement immobiles. La 
malade peut fléchir la tête plus qu'elle ne l'est d'ordinaire, mais il 
lui est impossible de l'étendre complètement parce que « la co- 
lonne vertébrale est raide ». 

Ni céphalalgie, ni vertiges, ni étourdissements. L'intelligence 
est conservée, la mémoire bonne. Le sommeil, chez elle, est moins 
court que chez la plupart des malades de son espèce. Il serait 
même bon si elle n'était souvent réveillée par des douleurs dans 
les talons : « ça me pique et on dirait de l'eau qui coule dans l'in- 
térieur du talon. » Elle se plaint d'une sensation constante de 
chaleur et ne garde qu'un drap sur elle, même pendant l'hiver. 

Nous avons indiqué Vétot des forces mesurées au dynamomètre, 
à la page 174, et celui de la température, à la page 178. Nous n'y 
reviendrons donc pas. 

1875. Juillet. — L^ faiblesse est allée en augmentant. L'attitude 
générale est la même ; toutefois, la tête et le tronc s'inclinent de 
plus en plus en avant, et, en outre, il s'est produit une sorte d'in- 
clinaison latérale qui fait que la moitié droite du corps précède, 
dans la marche, la moitié gauche. 

Maintenant les lèvres sont presque toujours accolées l'une à 
l'autre, la supérieure est ramassée, plissée ; quelquefois, au dire 
de la malade, elles seraient raides toutes les deux. Les arcades 
dentaires ne sont pas pressées l'une contre l'autre. Il semblerait 



41^ APPENDICE 

que la malade rapproche les lèvres pour diminuer le tremblement 
du menton ; malgré cette précaution, les lèvres sont animées de 
petits mouvements qui rappellent, selon la comparaison de la ma- 
lade, les mouvements des lèvres du lapin. Même dans la bouche 
la langue tremble ; allongée, elle tremble davantage. 

Le tremblement de la tête se compose de secousses antéro-pos- 
térieures, quelquefois latérales, d'une amplitude très circonscrite. 
Ainsi que cela a été dit dans le cours de la Leçon, ces oscillations 
sont communiquées à la tête par le tronc. Quand la malade est 
assise, \q?> jambes tremblent, les pieds frappent de petits coups ra- 
pides sur le parquet. En résumé, le tremblement a lait des pro- 
grès à la tête et aux membres inférieurs, mais n'a guère changé aux 
membres supérieurs. Notons aussi que le besoin de déplacement, 
qui était peu accusé en 1874 et ne se faisait sentir que durant le 
jour, est plus marqué aujourd'hui et tourmente la malade non 
seulement pendant la journée, mais encore pendant le séjour au 
lit. — Le sonmieil est moins long qu'autrefois. — La malade se 
promène encore dans la salle et dans la cour de l'infirmerie. 

1877. Juillet. — La maladie s'est notablement aggravée depuis 
deux ans. — V attitude ^éi\éY3\Q de Gav... s'est modifiée en ce sens 
que l'inclinaison de la tête sur l'épaule gauche s'est accusée da- 
vantage ainsi que la torsion et Vinclinaison du corps à droite. Les 
traits de la face sont comme figés ; les paupières sont à demi 
ouvertes, le regard fixe. Les lèvres, actuellement, sont écartées 
d'un demi-centimètre, tremblantes et laissent voir la langue qui 
est sans cesse en mouvement. Le cou est très rigide ; les muscles 
trapèze, sterno-mastoïdien gauches sont fortement contractures. 
Toutefois la malade peut tourner la face vers la droite. 

Les bras, toujours disposés en anse, sont rigides dans toutes 
leurs jointures ; la rigidité est plus marquée dans les coudes et 
plus à droite qu'à gauche. — Les phalangettes des 3^ et 4° doigts 
ont une tendance à se porter dans l'extension. La malade parvient, 
mais avec une grande lenteur, à porter l'une et l'autre de ses 
mains à la face. 

Les membres inférieurs ne présentent qu'une légère raideur ; elle 
prédomine dans les articulations tibio-tarsiennes. Le tremblement 
est moins intense aux jambes qu'aux bras. En effet, il y a des 
instants oi^i les pieds reposent tranquillement sur le parquet. 

Depuis un an. Gav... est incapable de marcher seule ; depuis un 
mois, elle ne peut, même aidée, aller à la salle de bains ; on est 
obligé de l'y porter sur un brancard. — La propulsion et la rétro- 
pulsion paraissent avoir disparu ; mais il est difficile d'affirmer le 
fait, au moins pour la rétropulsion, la malade se retenant ou s'af- 
faissant dès qu'on la tire un peu par sa jupe. 

Gav... ne mange plus seule ; son sommeil est meilleur : elle s'en- 
dort avec quelque peine, mais une fois endormie elle ne se réveille 



PARALYSIE AGITANTE 413 

qu'au bout de cinq à six heures. La sensation de chaleur, le besoin 
de dépiace?nent, — sauf la nuit pour celui-ci — sont toujours aussi 
accusés qu'autrefois. — Douleurs dans les jointures, qu'elle com- 
pare à des piqûres, plus intenses dans les coudes, au niveau de la 
région occipitale, à la partie postérieure du cou et dans les reins : 
c'est à ces dernières que la malade attribue l'incurvation du 
tronc. — Les douleurs vives, qu'elle éprouvait en 1873 dans les 
talons, ont disparu. — Les fonctions circulatoire, respiratoire, di- 
gestive, excepté une constipation opiniâtre, s'accomplissent régu- 
lièrement. — La température paraît augmenter; la température 
moyenne de 3 jours a été le matin de 37°, 6 ; le soir de 38°, 1. 

1879. Mars. — G... va s'affaiblissant peu à peu ; quelquefois, 
elle tombe du fauteuil sur lequel elle reste assise toute la jour- 
née, sans pouvoir remuer. — Les changements de température, 
les temps humides ou orageux augmentent les douleurs. G... a 
fréquemment des maux de (ète, accompagnés parfois d'épistaxis 
peu abondantes. — Quelquefois aussi, le soir, le tremblement 
prend une intensité telle qu'il empêche la malade de dormir. — 
OEdème des jambes. — Eczéma erratique : quand il est très mar- 
qué, les douleurs diminuent. 

1880. Mai. — G... a souffert beaucoup de son eczéma qui s'est 
généralisé durant Tannée dernière. Actuellement, il a bien di- 
minué et la malade est dans une situation relativement bonne. 
Elle a pris de l'embonpoint. Les fonctions digestives sont nor- 
males, sauf qu'elle n'a de selle que tous les huit jours, après lave- 
ment. — Elle passe une partie de son temps assise sur un fauteuil, 
plaçant sur une chaise l'une ou l'autre jambe. — Front plissé ; 
pattes d'oie très accusées ; paupières demi-closes, sillons naso- 
labiaux assez accusés ; bouche légèrement entr'ouverte. Immo- 
bilité des traits ou expression moqueuse. — Léger tremblement 
de la lèvre inférieure. — G... parle peu, entre les dents. — Une 
malade lui fait faire chaque jour le tour de la salle en la soute- 
nant. — Même tremblement des mains, des jambes. — Mêmes 
besoins de déplacement et même sensation de chaleur, etc. — Le 
tronc est incliné à angle droit sur le bassin, avec torsion et in- 
curvation sur la droite (Pl. II). — Les facultés intellectuelles 
(raisonnement, mémoire, etc.) sont conservées. — Caractère doux. 
— Impressionnabilité assez vive. (B.) 



414 APPENDICE 



IL 

Du tremblement dans la maladie de Parkinson. 

(Paralysie agitante). 



M. Charcot a consacré une bonne partie dé sa leçon du 
19 novembre 1876 à la paralysie agitante en insistant toutefois 
plus particulièrement sur différents points de l'histoire de cette 
maladie. 

Tout d'abord, M. Charcot s'est attaché à montrer que la déno- 
mination de paralysie agitante est impropre. Il est, en effet, 
singulier de donner le nom de paralysie à une affection dans 
laquelle, pendant longtemps, la force musculaire est conservée. 
Le mot «paralysie », outre qu'il n'est pas justifié, a encore 
l'inconvénient d'inquiéter les malades, de les conduire à s'ima- 
giner qu'ils sont sous le coup d'une lésion organique grave et 
menaçant l'intégrité des facultés intellectuelles. 

Le qualificatif « agitante » ajouté au mot « paralysie » n'est 
pas non plus absolument exact — au moins appliqué à certaines 
formes, cependant très accusées, bien que le tremblement y 
fasse défaut, et dont le diagnostic peut être rigoureusement 
établi. 

Ces considérations ont amené M. Charcot à proposer d'appeler 
cette affection : maladie de Parkinson, du nom du médecin 
anglais qui, le premier, en 1817, a sérieusement attiré l'alten- 
tion sur elle. 

On sait que M. Charcot s'est efforcé de séparer nettement la 
paralysie agitante d'une autre maladie, très intéressante, elle 
aussi, la sclérose en plaques. On connaît la description minu- 
tieuse qu'il en a tracée et dont chaque année ses auditeurs, par 
l'examen direct des malades, peuvent vérifier l'exactitude. 



MALADIE DE PARKINSON 415 

Néanmoins, ]a conviction n'est pas faite, paraît-il, dans tous 
les esprits et, en particulier, on a contesté les assertions de 
M. Charcot relatives aux caractères du tremblement de la tête. 

D'après M. Charcot, le tremblement de la maladie de Parkin- 
son débute le plus souvent par l'un des membres et se généra- 
lise ensuite peu à peu « tout en respectant cependant la tête ^ » . 

A. un autre endroit de ses Leçons, M. Charcot répète que, 
dans la règle, la tête et le cou restent indemnes. [Loc. cit. 
1'^ édition, p. 134.) 

Plus loin, enfin, lorsqu'il compare le tremblement dans la 
sclérose en plaques et dans la paralysie agitante^, M. Charcot 
s'exprime ainsi à ce sujet à propos de deux femmes atteintes de 
paralysie agitante : 

c( Yous observerez, en outre, que chez elles la tête ne prend 
pas part au tremblement ou si elle paraît agitée par des oscilla- 
tions, celles-ci lui sont évidemment communiquées ; il s'agit là 
d'une transmission des secousses dont les membres et le torse 
sont le siège. L'absence du tremblement de la tête me paraît 
être un fait à peu près général dans la paralysie agitante. » 
[Loc. cit., p. 203.) 

L'opinion de M. Charcot, on le voit, est exprimée d'une façon 
formelle. Quelques médecins ont contesté la réalité de ce fait 
et ont avancé que les oscillations rythmiques, dans certains 
cas de paralysie agitante, portent également sur l'extrémité cé- 
phalique. (Voir Mouv. Méd., 6 mai.) Il faut donc répéter que, 
dans la paralysie agitante, les mouvements qui animent quel- 
quefois la tête lui sont communiqués par le tronc. M. Charcot 
compare ce phénomène de transmission à celui qu'éprouve le 
cavalier qui subit les mouvements que lui communique sa 
monture. 

Pour prouver que cette explication est vraie, M. Charcot a eu 
l'idée de faire disposer sur la tête de ses malades, et perpendicu- 
lairement au front, une baguette terminée par un plumet : cha- 
cun des assistants a pu constater chez plusieurs sujets atteints 
de maladie de Parkinson que : quaridles malades sont libres, le 
plumet est sans cesse en mouvement. Mais si, à l'aide d'un 
artifice quelconque, par exemple en élevant fortement le tronc 

1 Leçons sur les maladies <lu système ne7'veux. l^e édition, p. 145. 



liiG APPENDICE 

et les bras, on arrête les mouvements des membres supérieurs, 
on suspend du même coup celui de la tête et les plumets devien- 
nent immobiles. Il ressort de là bien évidemment que l'opinion 
formulée par M. Charcot est rigoureusement exacte et que, dans 
la règle, la tête ne tremble pas, du moins par elle-même. 

Un autre point sur lequel M. Charcot a beaucoup insisté, c'est 
que le tremblement ne constitue pas un symptôme nécessaire 
de la maladie de Parkinson. Il est, en effet, une forme de cette 
maladie, forme fruste par excellence, pour employer les 
expressions mêmes de Charcot, dans laquelle le tremblement 
est si léger qu'il passeinaperçu des malades, ou n'apparaît qu'au 
bout de trois ou quatre ans, ou même fait complètement défaut. 

Déjà dans la première édition de ses Leçons, M. Charcot a 
parlé de cette forme fruste. 11 a rapporté sommairement l'his- 
toire d'un malade de sa clientèle privée, et nous avons consigné 
dans une note l'observation d'une malade de son service, à la 
Salpêtrière, nommée Guill..., et chez laquelle le tremblement 
n'avait paru que quatre ans après le début du mal. M. Charcot 
a rappelé ces faits et, de plus, il en a cité deux autres dont voici 
le résumé. 



Observation I. — Habitation humide ; chagrins. — Névralgie 
frontale (?). — Faiblesse du pouce delà main gauche, puis de la main 
droite. — Lenteur delà démarche. — Attitude générale. — Aspect de 
la physionomie. — Propulsion. — Besoin de dépjlacement. — Sensa- 
tion de chaleur. — Circonscription du tremblement qui a passé ina- 
perçu du malade. — Caractères de récriture. (Obs. de M. Charcot). 

M. R..., associé d'une grande maison de tapisserie à Paris, âgé 
de quarante-sept ans, s'est présenté dans mon cabinet en dé- 
cembre 1868. Il m'a raconté que, durant de longues années, il a 
demeuré habituellement, pendant toute la durée du jour, dans un 
bureau humide. Mais il insiste surf ont, parmi les causes qui, 
dans son opinion, ont du contribuer à développer la maladie dont 
il souffre, sur les grands tracas qu'il n'a cessé d'éprouver depuis 
qu'il est associé. 

Il y a quatre ans, M. R... a souffert pendant deux ou trois mois 
d'une douleur de tête très vive, siégeant sur le front du côté gauche 
et à la racine du nez du même côté. Les douleurs, revenant par 
paroxysmes, s'accompagnaient souvent d'une rougeur intense de 
l'œil gauche. Elle se sont terminées, comme il le raconte, par un 
rhume de cerveau, occupant la narine gauche. Auparavant, il y a 



MALADIE DE PARKINSON ! TREMBLEMENT 417 

12 OU 15 ans, il avait éprouvé, à plusieurs reprises, des douleurs 
articulaires, qui n'ont janaais été assez intenses, toutefois, pour 
constituer une véritable maladie. 

C'est peu de temps après la cessation de la névralgie frontale (?) 
que la maladie actuelle aurait débuté. Le premier symptùme 
observé paraît avoir été ce que M. R... appelle une faiblesse du 
pouce de la main gauche. Il s'en est aperçu en jouant aux cartes. 
Il éprouvait une certaine difficulté à tenir son jeu de cette main; 
peu à peu la main, puis Tavant-bras, et le membre tout entier 
enfin sont devenus faibles. Jamais il n'a existé dans ces parties de 
fourmillements, d'engourdissements, de douleurs d'aucun genre. 
Il n'y a jamais existé non plus, le malade l'assure du moins, la 
moindre trace du tremblement. La main droite s'est prise plus 
tard de la même façon ; alors M. H. . . a commencé à ne plus pou- 
voir écrire que lentement, péniblement. Bien que l'écriture soit 
restée régulière, les caractères tracés sont tellement petits, qu'il 
faut s'armer d'une loupe pour les lire distinctement. Les membres 
inférieurs se sont affaiblis en dernier lieu. 

Lors de l'entrée du malade dans mon cabinet, j'ai été frappé 
immédiatement de la lenteur de sa démarche et, en général, de 
tous ses mouvements. Son attitude et sa physionomie présen- 
taient également quelque chose de tout à fait caractéristique. Il se 
tient, marche et s'assied tout d'une pièce; on le dirait empoté, 
soudé dans toutes les articulations. La tête est légèrement incli- 
née en avant ; il lui est impossible de la tourner vivement soit à 
droite, soit à gauche. Le regard est ïixe, les traits sans mobilité. 
Ils expriment, à un certain degré, la stupeur et la tristesse. M. R... 
ne peut qu'à grand'peinç faire une grimace. Le visage offre une 
pâleur singulière ; on le dirait recouvert d'un masque. — Le débit 
est particulièrement lent : chaque parole coûte un effort, la moin- 
dre conversation produit de la fatigue. Du reste, pas traces d'em- 
barras dans l'articulation des mots. 

M. R .. marche le corps incliné en avant ; il progresse à petits 
pas ; les membres inférieurs, et les supérieurs, eux aussi, sont 
rigides, demi fléchis. Il ressent parfois une certaine tendance à la 
propulsion, c'est-à-dire qu'il se voit obligé de marcher plus vite 
qu'il ne le voudrait. 

Il éprouve un incessant besoin de changer de place ; quand il 
est assis il désire se lever et, à peine levé, il voudrait s'asseoir. 
En un mot, comme il dit : il ne se trouve bien nulle part. Cela est 
surtout marqué la nuit, au lit: les membres ont à peine pris une 
attitude qui paraît favorable au repos qu'il la faut changer, en 
raison du sentiment de fatigue douloureux dont ils deviennent 
bientôt le siège. 

D'ailleurs, à part cette sensation de fatigue, de pesanteur qui 
existe dans les membres pour ainsi dire d'une façon permanente 
à un certain degré, on ne constate chez M. R... aucun trouble de 

Charcot, t. I, 5« édit. 27 



418 APPENDICE 

la sensibilité: pas d'anesLhésie, pas d'hyperesthésie, seulement 
de temps à autre, principalement la nuit, un sentiment de chaleur 
qui le porte à se découvrir. Il s'est produit, depuis quelques mois, 
un amaigrissement général assez prononcé, mais on n'observe 
aucune trace d'atrophie partielle. Aucun désordre à noter, du 
reste, dans la santé générale. 

Pendant le temps que j'examinais M. R..., je m'aperçus que, par 
instants, sa mnin gauche, abandonnée sur le genou correspondant, 
était agitée par un léger tremblement. Je le lui fis observer. Il en 
parut fort étonné, et m'assura, une fois de plus, qu'il n'avait 
jamais remarqué dans aucune partie de son corps la moindre trace 
de tremblement. « Toute ma maladie, ajouta-t-il, me paraît con- 
sister en ce que ma volonté, d'ailleurs aussi ferme que par le 
passé, n'est plus écoutée par les muscles qui ne répondent que 
lentement et tardivement. » 

Je me suis assuré que la main gauche était la seule partie qui 
présentait le tremblement en question. Je priai M. R... de prendre 
la plume de la main droite et d'écrire quelques mots. Il traça len- 
tement, mais d'une main ferme, des caractères réguliers, telle- 
ment fins à la vérité que, ainsi que je l'ai dit plus haut, on peut à 
peine les déchiffrer à l'œil nu. 

Les mains ne présentent pas de déformation permanente ; mais 
les doigts prennent facilement, et sans que le malade en ait con- 
science, l'attitude particulière qu'ils offrent lorsqu'on tient une 
plume à écrire. 



. A une époque où, chez M. R..., tous les autres caractères 
assignés par M. Charcot à la paralysie agitante étaient présents 
et avaient acquis une intensité déjà considérable, seul le trem- 
blement — que quelques auteurs tendent à considérer comme 
un trait essentiel à la maladie, était pour le moins à peine accusé 
puisqu'il avait échappé au malade lui-même. De plus il était de 
date récente et la maladie existait — avec tous ses autres 
symptômes, depuis quatre années à l'époque oii le tremble- 
ment a été pour la première fois remarqué. Le second fait 
n'est pas moins démonstratif. 

Observation 11. — Ilhumatisme articulaire aigu. — Malaises. — 
Douleurs et raideurs musculaires. — Bave. — Attitude générale. 
— Lenteur de la démarche. — Latéropulsion. — Aspect de laphg- 
sionomie. — Ecriture normale. — A bsence complète de tremble- 
ment (Obs. communiquée par M. Cuarcot.) 

M"^'' G.. , âgée de 40 ans environ, est attachée à un établisse- 



MALADIE DE PARKINSONI TREMBLEMENT 419 

ment hydrothérapique bien connu, à titre de professeur de gym- 
mastique. 

Elle a subi, il y a 20 ans, une attaque de rhumatisme articulaire 
aigu ; un peu plus tard une fièvre typhoïde qui paraît avoir été 
assez grave ; en dernier lieu une pneumonie. 

Peu de temps après la guerre, elle commença à ressentir cer- 
tains malasies indéfinissables ; elle était moins alerte, elle se sen- 
tait raide, incapable d'exécuter des mouvements rapides et par 
conséquent fort gênée dans ses exercices. Un jour, en montant 
une échelle, elle ressentit dans la jambe gauche une douleur vive 
avec crispation des orteils. Ces crampes douloureuses se repro- 
duisent encore aujourd'hui dans le même membre de temps à 
autre. Des douleurs sourdes, accompagnées de raideur muscu- 
laire, se sont fait sentir alors et se font sentir encore actuellement 
à la nuque, dans les reins, quelquefois aux épaules. 

Il y a six mois, la malade a remarqué qu'une grande quantité de 
salive s'écoulait involontairement de sa bouche. Le phénomène 
s'est modifié depuis quelques semaines sous l'influence d'un 
traitement approprié. (Hyoscyamine : -4 ou 5 milligr. par jour en 
pilules.) 

Aujourd'hui, l'attitude de M'"^ G... est particulièrement raide 
et pour ainsi dire empesée. La démarche est lente et pénible ; le 
départ est surtout difficile et précédé d'un temps d'hésitation. Il 
n'y a pas de tendance à la propulsion ou à la rétropulsion ; mais, 
de temps en temps, M'"'^ G... se sent invinciblement entraînée 
vers le coté gauche. (Latéro-puhion.) 

Au repos, comme pendant la marche, la tête reste immobile, lé- 
gèrement fléchie. Les traits sont inertes, les yeux fixes, la bouche 
serrée. Les paroles s'échappent lentement, faiblement articulées 
et avec un timbre légèrement nasonné. 

Les deux bras, pendant le long du corps, sont un peu rigides 
dans la demi-flexion. Les doigts des mains sont légèrement flé- 
chis, les poignets un peu étendus ; la volonté peut modifier ces 
attitudes, mais non sans eflbrt. 

Il n'existe pas la moindre trace de tremblement, même aux 
mains, La malade peut écrire encore d'une écriture très fine, mais 
très lisible et dont les caractères ne paraissent nullement trem- 
blés, même quand on les examine à l'aide d'une loupe. Ces carac- 
tères sont tracés lentement, péniblement, et il a fallu en ma pré- 
sence plus d'un quart d'heure pour écrire une dizaine de mots. 

Bien qu'il n'y ait pas, comme on voit, à proprement parler, de 
tremblement des mains, il y a lieu de remarquer qu'à l'occasion 
de certains actes, comme celui de prendre un mouchoir dans la 
poche, les doigts sont quelquefois agités de quelques secousses 
rythmées, d'ailleurs très fugitives. 

A part le tremblement qui manque complètement, nous 



420 APPENDICE 

retrouvons chez Mme G... tous les symptômes principaux de 
la maladie de Parkinson. L'aspect général de cette dame, plus 
peut-être encore que celui de M. R..., nous rend compte d'une 
singulière erreur de diagnostic qui est quelquefois commise. En 
raison de l'attitude empesée des malades, de la gêne des mou- 
vements devenus d'une lenteur extrême ; en raison de l'immo- 
bilité des traits qui font ressembler la figure à un masque en 
cire et imprime un certain cachet d'hébétude à la physionomie ; 
en raison aussi de l'écoulement involontaire de la salive et de 
l'embarras de la parole, on a pu croire plusieurs fois, en pareille 
circonstance, qu'il s'agissait d'un ramollissement du cerveau, 
principalement lorsque la rigidité s'était montrée surtout pro- 
noncée sur les membres d'un côté. 11 y a là une erreur qu'il 
importe de relever ; c'est le cas de relever aussi que les facultés 
intellectuelles, dans la maladie de Parkinson, sont intactes. 
M. Charcot ne manque aucune occasion de signaler cette inté- 
grité de l'intelligence qui persiste le plus ordinairement jusqu'à 

la fin. 

(B.) 



MALADIE DE PARKINSON 421 



III. 



Caractères de l'écriture des malades atteints de 
maladie de Parkinson. 



Au spécimen reproduit dans le cours de la Leçon Y (p. 157), 
nous ajouterons les suivants empruntés à la collection de 
M. Charcot et à la nôtre. L'écriture des malades diminue sou- 
vent de grandeur {Fig. 30 et 31) et parfois paraît normale au 




^r 



t^tx^t^^ 



; ^^^^.^^ 



ci^-~ (Jc^^*u^ âu^ Lu^tJdJu ^ A^oo.^^ >^-. <>^>r^ 



Fig. 30. 

premier abord. Mais si, comme le recommande M. Charcot, on 
l'examine à la loupe, on s'aperçoit aisément que les traits sont 
tremblés, particularité qui ne frappait pas à l'examen pratiqué à 
l'œil nu. 



Fig. 31 



yu^ VûiLÈM 



m^p'ifud / 



'un Vûiim^î/ifud J 



Fig. 32 



Les mêmes caractères se retrouvent aussi lorsque l'écriture 
n'est pas encore rapetissée [Fig. 32). En présence d'un cas de 



4^2 APPENDICE 



maladie de Parkhison au début et sur le diagnostic duquel on 
aurait quelque doute, il sera donc utile d'examiner l'écriture à 
a loupe. 

Fif}. 33 et 34. 

D'après les figures 33 et 34, représentant des spécimens de 
l'écriture à trois ans d'intervalle, l'écriture, après avoir un peu 
diminué de hauteur, parait être devenue plus grosse. (B.) 



SCLÉROSE EN PLAQUES DISSÉMINÉES 423 



IV. 



Sclérose en plaques disséminées : Cas fruste de la forme 
spinale; — possibilité de la guérison. — Nouvelle 
observation (Planches YII et VIII.) 



Dans Tune de ses conférences cliniques de l'an dernier à la 
Salpêtrière, M. Charcot a fait voir à ses auditeurs une malade 
atteinte de sclérose en plaques disséminées et, profitant de cette 
occasion, il leur a rappelé de nouveau les lésions anatomiques 
et les symptômes morbides qui caractérisent cette affection. 11 
ainsisté ensuite sur deux points encore peu connus : l'existence 
de cas particuliers, frustes, comme il les appelle, et la possibi- 
lité de la guérison de la sclérose en plaques. Nous allons donner 
ici un résumé des observations sur lesquels il s'est appuyé. 

Fisch... M. -A., est âgée actuellement de 2i ans. A Tàge de 
8 ans, elle éprouva une douleur vive, avec impossibilité de mou- 
voir les membres inférieurs. Elle fut confinée au lit pendant six 
mois. Quand elle recommença à marcher, elle avait le pied droit 
roide. Sept mois plus tard, roideur du membre inférieur gauche 
qui l'oblige de nouveau à rester couchée pendant plusieurs mois. 

En 1873, étant à la Salpêtrière, elle a une série d attaques épilep- 
tiformes, avec écume à la bouche. Consécutivement, les membres 
supérieurs deviennent roides et on note un embarras de la parole, 
la vue s'afiaiblit ; quand la malade rit, la bouche demeure entr'ou- 
verte. Dans le courant de la même année, on observa une aggra- 
vation du côté des membres inférieurs qui furent pris de trépida- 
tion spontanée et, à un moment, il survint du tremblement de la 
main droite dans les mouvements volontaires. 

En 1874, les symptômes sont les mêmes, sauf l'embarras de la 
parole qui est plus prononcé. 

Aujourd'hui (décembre 1876), on constate les svmptônaes sui- 
vants : Rigidité des membres inférieurs dans l'extension ; — 
trépidation spontanée et provoquée; — rigidité et parésie des 
membres supérieurs, prédominant dans le membre supérieur 
droit; — absence de tout tremblement dans les mouvements vo- 
lontaires. La sensibilité est conservée. — La parole est un peu 
gênée, mais, sous ce rapport, il y a une notable amélioration rela- 



424 APPENDICE 

tivement à ce qui existait il y a deux an^, il n'y a pas de trem- 
blement de la tête ni de nystagmus. En un mot, on remarque 
chez cette malade une amélioration considérable des symptômes 
céphaliques. 

Cette malade nous offre donc un cas de sclérose en plaques 
fruste dans la forme spinale. Elle nous montre aussi que la 
sclérose en plaques peut, parfois, subir des temps d'arrêt con- 
sidérables dans son évolution. Chez la malade, dont nous allons 
parler maintenant et dont Fobservation a été communiquée à 
M. Charcot par le docteur E. Tilson, lamélioration a été plus 
accusée et a porté non seulement sur quelques symptômes, 
comme dans le cas précédent, mais sur tous les symptômes. 

A. S., âgée de 9 ans (1876), a été prise, à 5 ans, de vertige et de 
diplopie et quelques jours après de strabisme de l'œil gauche. Ce 
dernier symptôme a bientôt disparu. Un mois après le début, on 
voit survenir, du jour au lendemain, du tremblement des mem- 
bres iiif.ricurs. A 7 ans, Tenfant marchait comme une personne 
ivre. Puis, la tête et les membres supérieurs sont envahis. La 
malade est incapable de se tenir debout ; on observe le tremble- 
ment spécial des mains à l'occasion des mouvements. Quand on 
veut la lever, le corps entier est agité de secousses rythmiques 
tellement violentes que l'on est obligé de la recoucher. La parole 
est lente, les mots sont scandés, il y a du nystagmus. 

Trois ans après le début (fin 1875), la diplopie et l'embarras de 
la parole ont cessé. Le tremblement des mains a diminué. La ma- 
lade peut s'asseoir sur son lit. 

Actuellement (fin 1876), l'amélioration est encore beaucoup plus 
sensible. La malade commence à écrire un peu ; elle voit beaucoup 
mieux, peut se tenir debout, marcher seule et même. faire une 
promenade d'un mille et cela pour ainsi dire sans tremblement. 
Celui-ci reparaît encore quelquefois quand la malade est émo- 
tion née. 

Cette observation vient justifier les réserves émises par 
M. Charcot (p. 271), en ce qui concerne \^ pronostic de la sclé- 
rose en plaques. L'explication est plus difficile à donner. Tou- 
tefois, la résistance que les cylindres axiles opposent à l'enva- 
hissement de la lésion, même aux périodes avancées de la 
maladie, résistance que M. Charcot a cru pouvoir invoquer 
pour rendre compte de la lenteur avec laquelle les symptô- 
mes parétiques progressent, permettrait peut-être aussi d'ex- 
pliquer cette possibilité du retour des fonctions. (B.) 



SCLÉROSE EN PLAQUES DISSÉMINÉES 425 

— Nous ajoutons à cette édition les planches YII et VIII rela- 
tives aux lésions de la sclérose en plaques. Elles ont élc dessi- 
nées sur des pièces que nous devons à l'obligeance de notre ami 
M. le docteur Debove. Voici le résumé de l'histoire du malade. 

Rena..., Louis, 30 ans, aardien de la paix, est entré à Bicêtre 
lel"avriH880. 

Aucun antécédent héréditaire. — Fièvre typlioïde à i22ans pour 
laquelle il serait resté six mois à l'hôpital de la Pitié. — Pneu- 
monie durant le siège. — Ni rhumatisme, ni syphilis, ni alcoo- 
lisme. 

A la fin de 1871, R... a remarqué que la marche était parfois 
chancelante et qu'il se produisait un léger tremblement lorsqu'il 
portait un verre à la bouche. Après trois mois de repos, et l'usage 
des bains sulfureux, ces phénomènes disparurent (rémission) et il 
put reprendre son service jusqu'en 4873. Alors reparurent la dif- 
ficulté de la marche, surtout après une station debout prolongée, 
et le tremblement des membres supérieurs, notamment quand il 
buvait ou écrivait. A ces troubles se joignirent une diminution de 
la mémoire, de l'embarras de la parole, un sentiment de fatigue 
presque constant, de l'affaiblissement de la vue et enfin un amai- 
grissement général. 11 fut obligé de cesser son service et d'entrer 
à l'hùpital. Après avoir fait un séjour plus ou moins long dans 
divers établissements et, en dernier lieu à Lariboisière, il entra 
à Bicêtre le 1" avril 1880. 

En janvier 1881, il présentait les symptômes suivants: Au repos, 
le malade n'oflre aucun tremblement, mais celui-ci se manifeste 
dans les membres supérieurs^ dès qu'un mouvement est exécuté. 
C'est principalement dans l'acte de boire qu'on l'observe avec ses 
caractères classiques. 

Lorsque R...., assis, veut se mettre debout, les membres décri- 
vent de légères oscillations. Dans la marche, les jambes fléchis- 
sent souvent tout à coup et la chute s'ensuit. La faiblesse prédo- 
mine à droite. Le phénomène du tendon, très exagéré de ce côté, 
est nul à gauche. Parfois refroidissement et cyanose des extré- 
mités. 

Sensibilité conservée. — Pas de contracture. — Diminution de 
la vue. — Nystagmus. — r4éphalalgie fréquente. — Mémoire très 
affaiblie. — Pas de vertiges ni d'attaques apoplectiformes. — La 
parole est scandée et la langue animée de mouvements vermicu- 
laires. 

Cette situation reste à peu près la même jusqu'en novembre 1881. 
A cette époque, on constate les premiers signes d'une tuberculose 
pulmotiaire. Elle s'aggrave promptement et le malade succombe 
tell février 188:>. 



-126 AIM'KM^lOK 

Al TorsiK. — La inoef/o vpinih'c c<[ |»lii> duriMjuà Iftat normal; 
t'Ilo isl piV"iqikMlo ooiisislanoe (ilw\'iiso clans la |»lii> uranilf partie 
tie son élenduo. On aporooil. dissiMninéos à la snrfatw do potitos 
plaques crises ayant qnolipios inilliniètros do larueur et iK>nl la 
lonLiUtMir varie do «in(*l\|ues niillinirlres à t]nelqnes eentinièti-es. — 
A leur niveau, la pic-tnen* est très adhérente. — A l'teil nu, sur 
des coupes transversales, on tn>uve dcs^ plcupics tîc scfcrose dissé- 
minées et sans ordre: elles i>eoupent. ici. le cordon antérieur, là 
le cordon latéral ; ailleurs, le cordon de Tioll : en d'autres endroits, 
elles iiîtéressenl une partie de lun et de l'autre de ces cordons. (>s 
lésions semblent avilir une hauteur en uéuiMMl très limitée. 

Le im/he et surtout K's o/irr^ >on[ oncoïc plus duis ipit' la 
moelle: leur surt'ace est parsemée de plaques. La plus elendiic 
sièue sur la pyramide antérieure droite. 

Proluftêramw — Sur sa lace convexe on complt> huit petites 
plaques. Le f>/(inc/n'r du ipiah-irnic vcntrirule est irremilier. bos- 
selé, dur et sclérosé, sauf en quelques points. Une coupe transver- 
sale pratiquée sur la partie médiane, fait voir une S(>rte de semis 
de platpies de schu'ose. — De nombreuses C(>upes du cerre/cMrout 
fait découvrir aucune l('si(>n. 



Ccrrcdu. — Les surfaces de> rrn(ricu/cs /(ifrraiix sont parsemées 
de iiran«les plaijues irrises, dures, cpii empiètent sur le co/yjs s(i'it\ 
\a cotic/ic opliqu(\ le coc/j.N- C(///e/u-. Les coupes faites au niveau 
des plaques monli-ent qu'«dles i^nt une épaisseur de (juebpu^s mil- 
limètres. — Les nerfs optiipics s<miI durs et résistants. ^\\ ] 



i)F.s 'rnocRLr.^î nr: la visiov onnz tx<? iiY^Ti-morns 



Des troubles de la vision chez les hystériques. 

(Voir Lkçon X). 



Dans ijiift (le ses (l(,'riii<;rf;s corif<';r<;nco.s h la SalpAlrii'iPC, 
M. Charcota appolo ral.tr;nlif)M rie sfisaiidi Leurs surquelques-uns 
des troubles de la vi.si<jii qui s'observent le plus habituellf;ment 
chez les hystériques. Aux faits de cette catégorie, déjà expo- 
sés par lui dans diverses circonstances et qu'il a rappelés, il en 
a ajouté d'aulres qui n'ont pas encore été signalés. 

M. Briquet, on le sait, ad('[)uis longtemps mentionné Pf^xis- 
tence de divers phénomènes morbides qui occupent IomI du côté 
où siège riiémianeslhésifî : d«; ce côté, " la malade voit mal, l«;s 
objets ne dessinent {)as nettfîment leur image ; les draps du lit 
elle papier paraissent gris, les caractères d'un livre ne sern- 
bh;nt pas d'ufi beau rboir etils sont souvent sî peu distincts que 
les malades ne peuvent pas les lire ; elh;s voient sur Ut livre du 
gris plus foncé sur du gris moins foncé.... Lorsque Tanesthésie 
est portée au dernier fb-gré, elle flonne lieu à l'amaurose '. » 

On doit à M. Galezowski d'avoir montré que ce genre d'arn- 
blyopie s'accompagne régulièrement de dyschromatopsie ou 
d'achromatopsie, c'est-î'i-dire d'utie distinction défectueuse ou 
absolument nulle des couleurs. 

Il est remarquable que cette perversion du sens de la vue, en 
ce qui con(?erne la notion des couleiirs, s'opère suivant certai- 
nes règles, certaines lois que M. Landolt a bien fait connaître 
à la suite de recherches entre[)rises sur le:^ malades du ser- 
vice de M. Charcot. 

1 Traitfi r.l.iniq.fit thi'.raft. île ClojMri''., p. '.V±'-\. 



423 APPENDICE 

A l'état normal, toutes les parties du champ visuel ne sont 
pas également aptes à percevoir les couleurs. Il est des couleurs 
pour lesquelles le champ visuel est physiologiquement plus 
étendu que pour d'autres, et ces différences se reproduisent 
chez tous les sujets à peu près, suivant la même règle pour cha- 
que couleur. Ainsi, dans la grande majorité des cas, c'est pour 
le bleu que le champ visuel est le plus vaste ; viennent ensuite 
le jaune, puis l'orangé, le rouge, le vert ; enfin, le violet n'est 
perçu que par les parties les plus centrales de la rétine. 

Dans l'amblyopie hystérique, ces caractères de l'état normal 
se montrent en quelque sorte exagérés à des degrés variés. Là, 
en effet, les divers cercles qui correspondent dans l'exploration ^ 
aux limites de la vision pour chaque couleur se rétrécissent 
concentriquement d'une façon plus ou moins accentuée suivant 
la loi reconnue pour l'état normal. On comprend, sans peine, 
d'après cela, les nombreuses combinaisons qui pourront se pro- 
duire dans les cas d'hystérie oii ce genre d'amblyopie sera 
parvenu à un haut degré. 

Le cercle du violet, — couleur centrale par excellence, — 
pourra se rétrécir jusqu'à devenir nul, etlamalade, distinguant 
nettement toutes les autres couleurs, sera incapable de nommer 
le violet ; puis, la maladie progressant, ce sera le tour du vert, 
— autre couleur centrale ; — puis, le tour du rouge, de l'orangé. 
Le jaune et le bleu, — couleurs périphériques, — continueront 
à être perçus jusqu'à la dernière limite. Ce sont, en etfet, l'ob- 
servation le démontre, les deux couleurs dont la sensation dans 
l'amblyopie hystérique se conserve le plus longtemps. Il y a 
cependant, on pouvait s'y attendre, des exceptions à la règle 
commune, en ce sens que certains malades, et le cas n'est pas 
très rare, M. Charcot s'en est assuré encore tout récemment, 
persistent à voir le rouge, alors que la notion du jaune et 
même du bleu s"est déjà éteinte ; mais on peut, quant à présent, 
dit M. Charcot, considérer comme une règle absolue que les 
couleurs centrales, le vert et le violet, ce dernier surtout, ces- 
sent d'être perçus avant que la notion du rouge et des autres 
couleurs, en général, disparaisse. 



* Landolt. — Leçons sur le diagnostic des ynaladies des yeux, p. 155 et sui- 
vantes. 



DES TROUBLES DE LA VISION CHEZ LES HYSTÉRIQUES 429 

A un degré plus élevé encore de Tamblyopie hystérique, il 
peut se faire que toutes les couleurs cessent d'être perçues ab- 
solument, la notion de la forme étant conservée, et alors les 
objets n'apparaissent plus en quelque sorte aux yeux du malade 
que sous l'aspect oii ils se présentent dans une peinture grise 
(( en camaïeu » ou dans une aquarelle « à la sépia ^). Enfin, au 
dernier terme, l'amblyopie hystérique peut faire place — le cas 
est assez rare — à une véritable amaurose ^ 

Ces altérations chromatiques du champ visuel se manifestent 
principalement, comme on Ta dit, dans l'œil correspondant au 
côté hémianesthésié ; mais il est habituel que le champ visuel 
pour les couleurs se montre en même temps rétréci, à la vérité, 
à un degré beaucoup moindre dans l'œil du côté opposé. C'est 
pourquoi il n'est pas très rare de rencontrer des hystériques 
qui, par exemple, ne distinguant de l'œil gauche, répondant au 
côté hémianesthésié, que les couleurs périphériques, à savoir 
le jaune et le bleu, auront perdu, seulement pour Tœil du côté 
opposé, la notion des couleurs centrales, à savoir, au premier 
chef, le violet, puis le vert. On comprend théoriquement l'exis- 
tence d'une foule d'autres combinaisons fondées sur le même 
principe, et ces combinaisons trouvent chaque jour leur réali- 
sation dans la clinique. 

Il est bien entendu que ces troubles visuels de Thystérie sont 
tout fonctionnels et qu'ils ne s'accompagnent, dans le fond de 
l'œil, d'aucune altération visible à l'ophtalmoscope. La pa- 
pille et la rétine sont dans des conditions tout à fait normales. 
L'examen comparatif du fond de Fœil des deux côtés ne dénote 
même aucune ditférence appréciable dans la vascularisation des 
parties. 

11 faut ajouter que cet ensemble de symptômes peut présen- 
ter la même mobilité classique que les autres manifestations 
locales de la diathèse hystérique, et comme celle-ci se mon- 
trer et disparaître soudainement ou, au contraire, s'établir à 
l'état de phénomène persistant. 

Ainsi, par exemple, la dyschromatopsie préexistante et plus 
ou moins permanente chez telle ou telle malade fera place chez 
celle-ci tout à coup à Tachromatopsie complète, dans le temps 

^ Gharcot. — Leçons sur les localisatioyis cérébrales.'^. 118. 



430 APPENDICE 

OÙ, placée sous le coup de l'aura prémonitoire, elle est menacée 
d'une attaque convulsive et disparaîtra après l'attaque aussi 
vite qu'elle s'était produite. Une amaurose absolue portant sur 
les deux yeux pourra aussi s'établir momentanément à la suite 
de l'attaque (Observ. de Lero. .. ') en même temps quel'anesthé- 
sie, dépassant ses liiuiles habituelles, aura envahi toute l'éten- 
due du corps. Il peut également arriver que l'amaurose mono- 
culaire ou la cécité complète se développera spontanément, 
brusquement ou progressivement sans avoir été précédée par 
l'orage convulsif (Obs. de Marc... -). En somme, ainsi qu'on l'a 
fait pressentir, l'amaurose complète, portant sur les deux yeux, 
est dans l'hystérie, un fait relativement rare. Briquet ne 
l'avait rencontrée que trois fois [Loc. cit., p. 293). licite comme 
des faits exceptionnels les cas relatés par Pomme, Allègre. 
Landouzy. M. Charcot ne l'a guère observée plus souvent que 
M. Briquet. Au contraire, la dyschromatopsie, l'achromatopsie 
et même l'amaurose complète d'un œil, celui qui correspond au 
côté ou siègent l'hémianesthésie et l'ovarie sont des phénomè- 
nes, en pareils cas, vulgaires. 

Une combinaison très intéresante au point de vue clinique 
et que M. Charcot a rencontrée plusieurs fois est la suivante : 
La malade présente d'un côté, le droit par exemple, seulement 
un peu d'analgésie sur le tronc et les membres, tandis que sur 
la face du même côté l'anesthésieest très accentuée, complète. 
En. même temps, l'achromatopsie est absolue pour les deux 
yeux, ou tout au plus la malade perçoit-elle de l'œil gauche, et 
encore seulement par moments, les couleurs périphériques, à 
savoir le bleu et le jaune. Cette combinaison s'est présentée 
entre autres d'une façon très nette chez une jeune malade hys- 
térique, adressée à M. Charcot par M. le docteur Fieuzal, et qu'il 
a montrée dans son cours. Dans ces cas, le rétrécissement, en 
quelque sorte normal dans l'espèce, du champ visuel pour les 
couleurs de l'œil relativement sain, s'est exagéré, comme on 
voit, au point — et c'est en cela que l'anomahe consiste — 
d'égaler presque le rétrécissement de l'ceil primitivement et 

1 BoLirnevillc. — Hecherdtes cliniques et thérapeutiques sur Vépilepsie et 
l'hystérie, p. 137, 14j et 16G. 

-Voir l'obs. complète dans : Bourneville et Regnard. — Iconographie phot. 
de laSalpêtrière, X. 1, p. 129-151. 



DES TROUBLES DE LA VISION CUEZ LES HYSTÉRIQUES 431 

principalement affecté. Cette anomalie montre, si l'on peut 
ainsi dire, la voie pour l'interprétation de certaines amauroses 
hystériques, dans lesquelles l'existence de l'hémianesthésie et de 
quelques autres symptômes permanents fondamentaux de la 
diathèse ferait défaut ou serait peu accentué. 

Tout remarquables qu'ils soient, il importe de le relever, ces 
symptômes de Tamblyopie hystérique, à part toutefois la mobi- 
lité très fréquente et la concomitance à peu près nécessaire 
d'autres phénomènes propres à la diathèse, n'appartiennent ce- 
pendant pas en propre à Thystérie. C'est là un point sur lequel 
M. Charcot a^ depuis longtemps, beaucoup insisté. Il a montré 
en effet * que tous se retrouvent, avec leurs nuances variées, 
dans Tamblyopie monoculaire avec hémianesthésie sensorielle et 
sensitive, relevant des lésions en foyer du cerveau qui siègent 
dans les parties postérieures de la capsule interne, sur le point 
qu'il a désigné dans ses leçons sous le nom de carrefour sensi- 
tip: même diminution de l'acuité visuelle, même rétrécissement 
concentrique et général du champ visuel pour les couleurs, mar- 
qué dans les deux yeux, mais prédominant beaucoup dans l'œil 
du côté opposé au siège de la lésion intra-encéphalique ; même 
absence de lésions du fond de l'œil, appréciables à l'ophthalmos- 
cope. Les divers caractères de ce genre d'amblyopie appartien- 
nent donc, on le voit, à l'hémianesthésie cérébrale en général, 
et non pas à Fhémianesthésie hystérique en particulier. On 
comprend l'intérêt qu'offre cette relation, non seulement au 
point de vue pratique mais encore au point de vue théorique. 
En effet, le siège qu'occupent les lésions organiques en foyers 
capables de déterminer la production de V hémianesthésie totale 
— sensorielle et sensitive — de cause cérébrale^ semble dési- 
gner tout naturellement le siège que doiventoccuper les lésions 
non appréciables par nos moyens actuels d'investigation, dy- 
namiques comme on les appelle encore quelquefois, qui tien- 
nent sous leur dépendance l'hémianesthésie correspondante des 
hystériques. 

Ces dernières lésions, en conséquence, siègent vraisembla- 
blement, soit sur les fibres mêmes qui traversent le carrefour 

^ Leçons sur les Localisations dans les maUvIies du cerveau, p. 119. 
2 Leçons sur les Localisations, etc., p. 100 et îO't. 



432 APPENDICE 

sensitlf, soit sur leur prolongement à la surface du cerveau, 
soit encore sur toutes les parties à la fois. 

M. Charcot, dans cette même conférence, a insisté sur un 
autre genre de trouble visuel, depuis longtemps remarqué par 
lui, qu'il considère comme très fréquent chez les hystériques et 
qui, cependant, à sa connaissance du moins, n'a pas encore été 
signalé. On sait que des hallucinations très accentuées et très 
variées de la vue sont un acompagnement pour ainsi dire nor- 
mal du délire des hystériques. Or, des hallucinations de ce 
genre se montrent très fréquemment chez ces malades dans 
l'intervalle des orages convulsifs, à leur suite ou encore dans 
le temps même où ceux-ci menacent d'éclater. Il est très com- 
mun de voir, dans le service, des hystériques dans leur pé- 
riode de calme, assises tranquillement, occupées à des tra- 
vaux d'aiguille, se soulever brusquement, quitter leur siège 
et pousser un cri comme si elles étaient surprises par la vue 
d'un objet effrayant dont elles voudraient fuir le contact. De 
fait, si on les interroge touchant le motif de ces mouvements im- 
prévus, elles racontent qu'elles ont cru voir des animaux, sur- 
tout des rats et des chats, d'autres fois des bêtes fantastiques 
courir sur le parquet ou sur le mur voisin. Plus rarement, 
c'est l'apparition de têtes grimaçantes qui a été la cause de Tef- 
froi. On apprend, de plus, que les animaux imaginaires, géné- 
ralement de couleur noire ou grise, plus rarement d'un rouge 
vif, se présentent toujours pour chaque malade, du même côté, 
et le côté ou Thallucination se dessine est toujours celui qui cor- 
respond à l'hémianesthésie, par conséquent à l'amblyopie. 

Ainsi, si l'hémianesthésie siège à droite, c'est toujours adroite 
de la malade que les animaux imaginaires apparaissent ; inver- 
sement c'est toujours à gauche, si, comme on a coutume de le 
dire dans le service, la malade est gauchère. — Habituellement 
les animaux passent en série et courent rapidement, venant 
de derrière la malade et se dirigeant en avant. Ils disparaissent 
en général aussitôt qu'eUe tourne les yeux directement de leur 
côté ; cependant il peut arriver que l'hallucination persiste plus 
longtemps dans toute sa vigueur lorsque l'hystérique est à 
l'époque d'une grande marée nerveuse, en état de mal ou sort 
d'une crise. 

M. Charcot a présenté à ses auditeurs et interrogé devant eux 



DES TROUBLES DE LA VISION CHEZ LES HYSTÉRIQUES 433 

un certain nombre de femmes hystériques qui présentent très 
habituellement et d\me façon très accentuée ce genre de trou- 
ble visuel. 

l°Marc.., — Hémianesthésie et ovarie gauches, dyschroma- 
topsie de l'œil gauche. Voit souvent tout à coup des rats gris 
ou noirs courir à gauche d'elle, sur le parquet ou sur les draps 
de son Ht. ^ 

2° Wit. — Anesthésie totale, mais prédominant à gauche ; 
achromatopsie de l'œil gauche, ovarie double prédominant à 
gauche. Au sortir de ses attaques, elle est souvent tourmentée 
par la vision de Imns qui se détachent en rouge vif sur le mur 
blanc de la salle où elle est couchée. Ces animaux apparaissent 
toujours sur le côté gauche de la malade, ils courent rapide- 
ment et disparaissent aussitôt qu'elle les regarde en face. 

3° Vend... voit dans l'intervalle de ses attaques, mais sur- 
tout lorsque celles-ci sont sur le point d'éclater, tantôt un chat 
noir, tantôt un fantôme blanc, se dessiner à gauche ; la ma- 
lade est atteinte d'anesthésie totale, d'ovarie double ; mais ces 
phénomènes prédominent à gauche ; dyschromatopsie de l'œil 
gauche. 

4° B... Alors même que la malade est en état de calme, elle 
est souvent efTrayée par l'arrivée brusque et inopinée d'un gros 
chat gris qui, apparaissant sur sa droite, semble sauter sur eUe 
tout à coup, et dont ehe croit même sentir le contact. Cette ma- 
lade est atteinte d'hémianesthésie et d'ovarie à droite. 
^ 5^ G..., atteinte d'hémianesthésie, d'ovarie et d'achromatop- 
sie du côté droit, voit souvent sur sa droite, courir sur le sol 
des chats et des rats noirs qui semblent venir de derrière elle. 

6° Angèle a perdu la vue à peu près complètement dans son 
enfance à la suite d'une maladie des milieux de l'œil. — Quand 
elle est menacée d'avoir des attaques, il lui arrive fréquemment 
de s'imaginer voir des hommes rouges se présenter tout à coup 
sur sa droite. Cette malade est atteinte d'hémianesthésie et 
d'ovarie droites \ 



1 On trouvera Thistoire complète de ces six maladies dans les trois volumes 
ÙQVkoJiogr. photogr. delà Salpêtrière {im^A^%^). 

Charcot. Œuvres complètes, t. i. 28 



434 APPENDICE 

On pourrait facilement multiplier ces exemples. 

Ce sont là les principaux troubles de la vision qu'on rencon- 
tre d'une façon habituelle dans l'hystéro-épilepsie (Hysteria 
major) et aussi fréquemment, dans l'hystérie vulgaire {Hys- 
teria minor). Bien d'autres troubles visuels peuvent s'observer 
encore dans ces mêmes circonstances, mais ils y sont beaucoup 
plus rares : tels sont les défauts d'accommodation, certaines for- 
mes de diplopie, etc. ; tel est surtout le cas que présentait une 
malade adressée par M. Galezowski et sur lequel ce dernier, à 
l'invitation de M. Charcot, est entré devant l'auditoire dans 
quelques développements dont on trouvera la substance dans 
lé Progrès médical (1878, n^ 5.) 

(B.). 



DESCRIPTION DE LA GRANDE ATTAQUE DYSTÉRIQUE 435 



VI. 



Description de la grande attaque hystérique' 

(Voir Leçon XIII). 



I. Les auteurs reconnaissent deux espèces àliystéro-épilep- 
sie : V hystéro-épilepsie à crises distinctes, dans laquelle les 
symptômes de Thystérie et de l'épilepsie se manifestent séparé- 
ment dans des crises qui ne se confondent jamais et qui sont 
tantôt des attaques d'hystérie, tantôt des accès d'épilepsie ; 
Y hystéro-épilepsie à crises mixtes dans laquelle les signes de 
l'hystérie et de Fépilepsie apparaîtraient mélangés ; ces crises 
mixtes portent depuis longtemps parmi les employés dans le 
service spécial de la Salpêtrière, le nom assez significatif d'at- 
taques-accès -. 

Il ne sera question ici que de la seconde forme d'hystéro- 
épilepsie, c'est-à-dire de Thystéro-épilepsie à crises mixtes. 
M. Charcot défend depuis longtemps l'opinion qui ne voit dans 
l'hystéro-épilepsie à crises mixtes, que le degré le plus intense 
de l'hystérie, et pour éviter toute confusion, il propose d'appeler 
hysteria major cette forme de la maladie ; Tépilepsie ne serait 
là, d'après lai, que dans la forme, elle ne serait pas dans le fond 
des choses. C'est V hystérie épileptiforme de Louyer-Yillermay. 

Les attaques convulsives qui se voient dans l'hystéro-épilepsie 
ainsi entendue ont été considérées longtemps comme un mé- 
lange confus de phénomènes les uns hystériques, les autres épi- 
leptoïdes, enchevêtrés d'une façon inextricable, et échappant 
par cela même à toute description méthodique et régulière. 



1 Compte rendu par P. Richer. 

2 Les crises convulsives de l'hystérie s'appellent attaques : le mot accès est 
réservé pour les crises épileptiques. Quelle est l'origine de cette nomenclature, 
à quelle époque remonte-t-elle? On l'ignore absolument. 



436 APPENDICE 

M. Charcot, contrairement à cette opinion, s^attache h dé- 
montrer quetous ces phénomènes, en apparence, sidésordonnés 
et si variables de l'attaque d'hystéro-épilepsie, se développent 
suivant une règle, une loi. Il décrit d'après nature un type re- 
présentant Vattaque complète, sorte d'étalon auquel peuvent 
être attachées, dans leurs variétés nombreuses, les attaques 
frustes, incomplètes ou anormales. 

Description de r attaque complète. — L'allaque complète se 
compose de quatre périodes ; elle est précédée de prodromes. 

a) Quelques jours à l'avance, la malade est prise de malaises, 
d'inappétence, de vomissements. Elle devient taciturne, mélan- 
3olique, ou est en proie à une excitation qui rend la surveillance 
parfois très difficile. L'hémianesthésie augmente d'intensité. 
L'insensibilité s'étend quelquefois aux deux côtés du corps ; sou- 
vent, elle résiste àl'action des agents œsthésiogènes (applications 
métaUiques, aimant, etc., etc.), qui la modifiaient plus ou moins 
rapidement dans les conditions ordinaires. L'amyosthéme 
augmente également. Les hallucinations delà vue sont plus fré- 
quentes; elles consistent d'ailleurs surtout en visions d'ani- 
maux, chats, rats, vipères, corbeaux, etc.. La zone hystéro- 
gène est plus sensible ; il suffit d'une légère excitation des 
téguments sur cette zone pour faire éclater les convulsions. On 
voit souvent survenir des crampes, du tremblement limité à un 
membre, ou des secousses générales, accompagnées de vertige, 
et qui ont de grandes analogies avec ce que Herpin, dans le do- 
maine de l'épilepsie, appelle commotions épileptiques. 

Bientôt se montrent les phénomènes de l'aura hystérique qui 
précèdent immédiatement l'attaque et qui apparaissent en géné- 
ral dans l'ordre suivant : douleur ovarienne \ irradiations vers 
répigastre, palpitations, sensation du globe hystérique au cou, 
sifflements d'oreille, sensation de coups de marteau dans la ré- 
gion temporale, annihilation de la vue. Puis la perte de connais- 
sance marque le début de l'attaque qui se déroule ainsi qu'il 
suit: 

1 Les malades auxquelles s'appliquent la présente description sont pour la 
presque totalité atteintes diovarie. 



DESCRIPTION DE LA GRA^;DE ATTAQUE HYSTÉRIQUE 437 

lo Période épileptoïde. — Elle peut ressembler et ressemble 
le plus sou-vent à s'y méprendre à Tatlaque d'épilepsie vraie : 
convulsions toniques, cloniques, puis stertor. Mais, malgré ces 
apparences, deux faits prouvent péremptoirement quel'épilepsie 
n'est là que pour la forme : 1*^ la compression ovarienne peut 
arrêter plus oumoins brusquement, bien entendu dans les cas où 
Vovarie existe, les convulsions à quelque moment de la période 
épileptoïde qu'on la pratique; 2° les interversions de courants 
électriques produisent le même effet. Il en est de même d'une 
forte friction exercée sur lespoints hystérogènes. Or, jamais au- 
cun de ces moyens n'a pu, non seulement enrayer, mais même 
atténuer les convulsions de l'épilepsie vraie. Il y a lieu de divi- 
ser cette période épileptoïde en trois phases : 

a) Phase tonique. — Elle débute le plus souvent par quel- 
ques mouvements de circumduction des membres supérieurs, en 
même temps que survient la perte de connaissance, l'arrêt mo- 
mentané de la respiration, la pâleur puis la rougeur du visage, 
le gonflement du cou, la distorsion des traits de la face et quel- 
quefois la protrusion de la langue. Le cri du début de l'attaque 
signalé par les auteurs se réduit le plus souvent à une ins- 
piration sifflante et à quelques bruits gutturaux. Cette phase 
tonique se termine par l'immobilisation tétanique de tout le 
corps. 

b) Phase donique. — Les membres et tout le corps sont ani- 
més d'oscillations brèves et rapides dont l'amplitude augmente 
par degrés et qui se terminent par de grandes secousses généra- 
lisées. Les muscles de la face, animés des mêmes mouvements, 
la rendent horriblement grimaçante. 

c) Phase de résolution. — La face demeure bouffie, les yeux 
sont fermés, tous les muscles sont dans la résolution la plus 
complète, la respiration devient stertoreuse. 

MM. Regnard et Richer ont donné à l'aide du myographe de 
Marey, le tracé de cette première période de l'attaque \ 

2° Période des contorsions et des grands mouvements. 

1 Etudes graphiques sur Vattaque hysléro-épileptique, par Regnard et Ri- 
cher. [Revue mensuelle, septembre IS18.) 



438 APPENDICE 

Clownîsme. — Après un moment de calme assez court qui suit 
le stertor, la seconde période commence. Elle est constituée par 
deux ordres de phénomènes distincts : les contorsions et les 
grands mouvements. Les contorsions consistent en des atti- 
tudes bizarres qui ne semblent soumises qu'àlaloi de l'étrange, 
de l'impossible et de l'illogique. Ces attitudes sont fort variées, 
l'une des plus communes est Yaix de cercle: la malade est 
courbée en arrière, les pieds et la tête reposent seuls sur le lit, 
le ventre formant le sommet de la courbe. 

Les grands mouvements consistent le plus souvent en des 
oscillations rapides et étendues de toute une partie du tronc ou 
des membres seulement. Le plus fréquent des grands mouve- 
ments est celui-ci : la malade se redresse comme pour se re- 
mettre sur son séant; sa tête s'abaisse jusqu'au niveau de ses 
genoux, puis elle se renverse brusquement en arrière, heur- 
tant violemment l'oreiller. Ce mouvement se répèfe jusqu'à vingt 
fois de suite ; il est souvent précédé ou interrompu par des cris 
automatiques dont le timbre perçant rappelle le sifflet de che- 
min de fer. D'autres fois, ces grands mouvements sont complè- 
tement désordonnés, la malade semble lutter contre un être 
imaginaire ou essaie de se débarrasser des liens qui la retien- 
nent. Elle pousse des cris alTreux, elle est prise dîme sorte de 
rage qui la porte à se frapper, à se mordre ou à s'arracher les 
cheveux. 

3" Période des attitudes passionnelles. — L'hallucination 
préside manifestement à cette troisième période. La malade 
entre elle-même en scène et parla mimique expressive et ani- 
mée à laquelle elle se livre, les phrases entrecoupées qui lui 
échappent, il est facile de suivre toutes les péripéties du drame 
auquel elle croit assister et oii elle joue souvent le principal 
rôle. Deux ordres d'idées bien différents se partagent ordinaire- 
ment les hallucinations de la malade ; le tableau a deux faces, 
YuwQ gaie et l'autre triste: dans l'ordre gai, la malade se croit 
par exemple transportée dans un jardin magnifique, sorte d'E- 
den, oii souvent les fleurs sont rouges et les habitants vêtus de 
rouge. On y joue de la musique. La malade y rencontre l'objet 
de ses rêves ou de ses affections antérieures et les scènes eroti- 
ques suivent quelquefois. — Les tableaux tristes sont des incen- 



DESCRIPTION DE LA GRANDE ATTAQUE UYSTÉRIQUE i31f 

dies, la guerre, la Commune, des assassinats, etc.; presque tou- 
jours, il y a du sang répandu. 

4° Période terminale. — Enfin la malade revient au monde 
réel. Elle reconnaît les personnes qui l'entourent, mais elle de- 
meure plus ou moins longtemps dans un délire, le plus souvent 
mélancolique, troublé par des hallucinations. Elle voit des ani- 
maux, des rats, des chats noirs, des vipères, des corbeaux, etc. 
Ces visions causent la plus grande frayeur à la malade et se 
montrent principalement du côté hémianesthésique ainsi que 
cela a lieu, comme l'a montré M. Charcot, dans les périodes de 
calme. Il s'ajoute parfois des contractures généralisées fort dou- 
loureuses et qui disparaissent assez rapidement, ou des contrac- 
tures partielles qui ne provoquent aucune douleur, mais peu- 
vent persister beaucoup plus longtemps. 

L'attaque régulière, l'attaque type, ainsi composée de ces 
quatre périodes, offre une durée moyenne d'un quart d'heure ; 
mais elle peut se répéter pour constituer des séries d'attaques 
dont le nombre varie de vingt à deux cents et plus. La malade 
peut demeurer alors dans une sorte ^ état de mal, analogue à 
l'état de mal épileptique, mais qui peut se prolonger vingt- 
quatre heures et plus. — H y a lieu de relever ici plusieurs 
caractères diagnostiques importants à connaître : l'absence d'é- 
lévation thermique qui ne manquerait pas de se produire s'il 
s'agissait de l'état de mal épileptique, l'influence de la com- 
pression des ovaires, celle du frottement exercé sur les zones 
hystérogènes, et celle de l'intervention des courants galva- 
niques, etc. 

II. L'attaque convulsive de la grande hystérie, avec les ca- 
ractères qui viennent d'être tracés, n'est pas, bien entendu, 
particulière aux malades réunies dans le foyer où ont été re- 
cueilhes nos observations. On sait depuis longtemps que l'imi- 
tation peut avoir une certaine influence, sur la forme que revê- 
tent les accidents de l'attaque hystérique. Mais ce n'est pas ici 
le cas, en ce qui concerne tout au moins les grands traits de 
notre description. Ces traits se retrouvent tels quels, sans mo- 
dification fondamentale, chez les malades isolées de la ville, ou 
l'influence de l'imitation ne peut être enjeu; on les retrouve 



440 APPENDICE 

aussi dans les observations faites à l'étranger ; c'est ce dont té- 
moignent, par exemple, les faits recueillis récemment en Ecosse 
par M. le D' Inglis, assistant à l'asile d'Edimbourg. On retrouve 
dans les descriptions de ces auteurs la succession des diverses 
phases : épilep tique, des grands mouvements, des attitudes 
passionnelles, etc., etc. L'influence décisive de la compression 
de l'ovaire y est également signalée expressément, etc. Les des- 
criptions de M. le D' Leidesdorf (de Tienne) témoignent dans le 
même sens. 

D'un autre côlé, l'étude des anciennes épidémies convulsives 
montre aussi, jusqu'à l'évidence, que l'hystéro-épilepsie n'a pas 
changé avec le temps. On retrouve dans les relations qui ont 
été données de ces épidémies, les principaux caractères sur les- 
quels nous aAons insisté. Les convulsions épileptoïdes sont 
presque constantes, et nettement indiquées, mais les auteurs 
s'étendent principalement sur la description de la seconde phase, 
dont les affreuses contorsions et les étranges mouvements les 
avaient surtout frappés, et sont fréquemment attribués par eux, 
à l'influence d'une force surnaturelle. Varc de cercle, par 
exemple, est signalé dans la plupart des épidémies célèbres, 
dans l'hystéro-démonopathie des rehgieuses de Sainte-ÉHsabeth 
à Louviers, vers 1642-1646, dans l'hystéro-démonopathie chez 
les nonnes d'Uvertet (Allemagne), et aussi chez les convulsion- 
naires de Saint-Médard..., etc. 

Les attaques passionnelles se retrouvent isolées sous forme 
d'extases ou de 7'eprésentations, suivant l'expression usitée 
parmi les convulsionnaires de Saint-Médard. — Enfin, chez ces 
même convulsionnaires, on trouve le récit d'accès de délire 
rehgieux et prophétique qui se rattachent clairement au délire 
de la période terminale de l'attaque. 

Un pointd'étude, d'un intérêt plus immédiat, consiste dans le 
rapprochement que l'on peut faire entre la description précé- 
dente de l'attaque d'hystéro-épilepsie et la description qu'ont 
donnée les auteurs classiques de l'attaque d'hystérie vulgaire. 
Il résulte clairement de ce rapprochement qu'on ne saurait sé- 
parer ces deux affections pour en faire deux maladies de 
nature différente, et que l'hystérie vulgaire ou petite hystérie 
ne doit être considérée que comme une atténuation, ou, si l'on 



DESCRIPTION DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE 441 

veut, Tétat rudimentaire de l'hystéro-épilepsie ou hysteria 
majo7\ 

Quelques citations, empruntées aux ouvrages de deux de nos 
principaux classiques en matière d'hystérie, MM. Briquet et 
Bernutz, en fourniront aisément la preuve. 

Au milieu de la description que M. Briquet donne des con- 
vulsions qui composent l'attaque d'hystérie vulgaire, le passage 
suivant a manifestement trait aux convulsions épileptiformes 
de la première période : 

« La face se gonfle... Les mâchoires se serrent l'une contre 
l'autre, de manière à produire le mâchonnement, le grincement ou 
le claquement des dents. Le cou se gonfle, les muscles de cette 
partie et ceux de la poitrine se contractent spasmodiquement. 
Les parois thoraciques ou restent immobiles avec leurs muscles 
contractés de manière à menacer d'asphyxie (phase tonique) ou 
se meuvent convulsivement et rapidement comme dans les plus 
fortes anhélations (phase clonique) ; les muscles des parois abdo- 
minales sont agités des mômes mouvements que ceux de la 
poitrine. » 

M. Bernutz est peut-être plus explicite encore : 

« Au moment oii le cri hystérique se produit, la suffocation 
paraît à son summum ; il y a une sorte de spasme tonique général, 
de roidissement quelquefois tétanique de tout le corps, la figure 
est voluptueuse, injectée... Le cou est tuméfié, les carotides battent 
avec violence, les veines jugulaires sont gonflées, distendues, en 
même temps que l'abdomen est légèrement météorisé, enfin l'op- 
pression est considérable, comme s'il y avait menace d'asphyxie... 
Ordinairement le temps de l'accès que nous venons de signaler 
est très court, et des convulsions plus ou moins générales (2^ pé- 
riode) succèdent immédiatement à la perte de connaissance. » 

Qui ne reconnaîtra là, pour le moins, une ébauche de la pé- 
riode épileptoïde? 

La 2^ période semble constituer à elle seule la plus grande 
partie de l'attaque d'hystérie vulgaire. Aussi les auteurs la 
décrivent-ils longuement. Voici la description qu'en donne 
M. Briquet : 

« Le plus ordinairement, les malades s'agitent, tantôt comme si 



442 APPENDICE 

elles voulaient échapper à des violences, tantôt comme si elles se 
débattaient contre une étreinte... ; d'autres fois... les membres 
supérieurs et inférieurs se meuvent dans tous les sens ; la flexion, 
l'extension, la rotation, l'adduction, l'abduction se succèdent avec 
la pins grande rapidité. Le corps se meut tantôt comme un ver, 
tantôt il se contracte dans tons les sens, bondit et s'échappe des 
mains qui le retiennent. La tête s'agite sur le tronc, en avant, en 
arrière, de côté... Les mains se portent instinctivement, soit vers 
le col qu'elles saisissent avec violence, comme pour en arracher 
un corps qui y causerait une grande gène, soit vers Tépigastre que 
les malades cherchent à déchirer, ou à frapper les poings fermés ; 
d'autres f(jis, elles tentent de s'arracher les cheveux, de se déchirer 
le visage, comme le feraient les femmes éperdues. La force em- 
ployée dans ces actes est telle, que plusieurs personnes vigoureu- 
ses peuvent à peine contenir une frêle jeune fille qui, dans ces 
moments, est capable de plover ou de briser les tiges de fer d'un 
ht. » 



M. Briquet a signalé d'ailleurs, lui aussi, les cris de fureur 
qui accompagnent souvent les mouvements désordonnés de 
cette seconde période : 

« Il est cependant un certain nombre d'hystériques dont les cris 
durent tout le temps de l'attaque et ces cris sont analogues à ceux 
que pousserait un opéré qui se laisserait aller à la souffrance, ou 
à ceux que ferait une personne qui se débattrait contre des vio- 
lences qu'on exercerait sur elle ; ce sont des cris de fureur, de vé- 
ritables rugissements. » 

La description de M. Bernutz se rapproche beaucoup de celle 
de M. Briquet : 

« Ces convulsions qui ont, lorsqu'elles sont types, une physio- 
nomie si spéciale que les personnes étrangères à la médecine, 
elles-mêmes, les reconnaissent, sont très difficiles à décrire à 
cause du désordre qu'elles présentent. Les membres un instant 
raidis [V période) se tordent convulsivement, se projettent en 
divers sens, passant rapidement de l'abduction à l'adduction, de 
l'extension à la flexion et vice versa^ comme dans une sorte de 
lutte suscitée par la soufl'rance, et en particulier par la suff'oca- 
tion à laquelle les malades sont en proie, à laquelle elles sem- 
blent vouloir échapper en portant automatiquement leurs mains 
à la poitrine et au col, qu'elles se lacèrent parfois dans les ef- 
forts insensés qu'elles font pour en arracher Tobstacle qui les 
étouffe. » 



DESCRIPTION DE LA GRANDE ATTAQUE HYSTÉRIQUE 443 

La 3° période ou période des attitudes passionnelles n'est pas 
moins nettement indiquée, dans ces descriptions, que les pério- 
des précédentes. M. Bernutz même se sert d'un mot qui se rap- 
proche beaucoup de celui employé "par M. Charcot, puisqu'il 
désigne sous le nom à' expressions passionnées \çt^ divers mou- 
vements auxquels se livre la malade à ce moment de l'attaque : 

« Au moment, dit-il, où, après un certain temps de durée, les 
mouvements convulsifs ont perdu de leur énergie, et où la figure 
ne présente plus qu'une turgescence modérée, on voit se produire 
chez un certain nombre d'hystériques une phase nouvelle. Leur 
/hcees jusque-là atone, à peu près comme dans le sommeil, s'a- 
nime, devient le siège d'expressions diverses, auxquelles contri- 
buent celles des yeux qui, jusque-là étaient couverts par les 
paupières ou animés d'un mouvement de clignotement, et 
parfois en même temps de nystagmus. On voit chez quelques- 
unes se produire successivement la mimique de toutes les 
expressions passionnées ; de la terreur, qui ouvre ordinairement 
la scène, de la colère, etc., pour se terminer par l'expression de 
la volupté, qui résulte surtout de l'inclinaison des yeux, portés 
en haut et en dedans, à moitié cachés sous la paupière supé- 
rieure. 

» La succession de ces expressions passionnées, auxquelles 
coopèrent non seulement les contractions des muscles du visage, 
mais ce/les des membres et du tronc, qui s'accompaanent parfois de 
cris qu'arrachent la terreur ou la colère, ou de paroles plus ou 
moins incohérentes, est plus ou moins complète chez les diverses 
malades. 

» Elle est très souvent limitée à l'expression d'angoisse d'abord, 
et de volupté ensuite, ce qui a puissamment contribué à accrédi- 
ter l'opinion hippocratique, lorsque surtout il y a en même temps 
que le spasme cynique des yeux, une propulsion rythmique du 
bassin, et qu'on constate à la fm de l'accès une sécrétion abon- 
dante du mucus vaginal, qui a été signalée par les auteurs an- 
ciens. » 

En résumé les attitudes passionnelles sont très faciles à 
reconnaître dans cette longue citation. M. Briquet n'a pas man- 
qué de les remarquer et les passages suivant les désignent 
assez clairement : 

(( Les malades présentent une succession de tableaux dans les- 
quels on peut retrouver l'expression de toutes les passions de 
l'âme, et celle de toutes les sensations. 



444 APPENDICE 

» Pendant les convulsions, les malades sont souvent prises d'un 
délire plus ou moins vif et qui a généralement une manière d'être 
toute spéciale... Il est toujours bruyant, très agité, et rarement 
incohérent. Il a généralement rapport soit à des scènes auxquelles 
la malade se croit présente ou auxquelles elle se reporte, soit aux 
pensées qui l'occupent habituellement ou qui l'ont beaucoup 
frappée; il faut le considérer comme une sorte de rêve. Enfin on 
voit quelquefois survenir pendant l'attaque... des hallucinations... 
des extases... » 

Enfin, le délire de la 4*' période n'a pas plus échappé à la 
sagacité de ces observateurs, M. Bernutz s'exprime ainsi : 

« Au moment où cette expression s'efface (l'expression passion- 
née de la période précédente), on voit les yeux s'humidifier, puis 
les larmes couler en abondance et constituer une véritable crise 
de sanglots, dans laquelle les malades recouvrent complètement 
connaissance.... On voit chez quelques malades, au lieu d'un 
accès de larmes se produire un accès de rire convulsif et chez 
d'autres un accès de clemi-clélirc, dans lequel elles racontent d'une 
façon incohérente et inintelligible parfois, imagée chez d'autres, 
un événement dont elles ont été frappées, ou se laissent aller invo- 
lontairement à des indiscrétions quelquefois très compromettan- 
tes pour elles ou pour les autres. » 

M. Briquet s'exprime comme il suit : 

« Après avoir duré quelque temps, les convulsions cessent... la 
connaissance revient, mais à peine est-elle revenue, que les san- 
glots éclatent... Dans quelques cas, au lieu de pleurs, c'est un rire 
sans motifs... Enfin, chez un petit nombre de malades, il reste un 
élcil de délire et de rêcasserie, pendant lequel les malades font des 
choses déraisonnables. » 



Ainsi, en rassemblant et en coordonnant ces fragments épars, 
rien ne manquera plus à la description, et si l'on songe que les 
auteurs auxquels nous empruntons nos citations n'ont eu en vue 
que l'attaque d'hystérie vulgaire ou petite hystérie, on trouvera 
là un puissant argument en faveur de l'opinion soutenue par 
M. Charcot qui ne voit dans l'hystéro-épilepsie que le degré le 
plus intense de l'hystérie. On y trouvera aussi un argument de 
plus en faveur de l'excellence de la méthode, qui consiste à con- 
sidérer les grands types avant d'en venir à l'étude des formes 



DESCRIPTION DE LA GRANDE ATTAQUE nYSTÉRIQUE 445 

frustes et atténuées, car il est incontestable que la description 
de l'attaque d'hystérie vulgaire s'éclaire singulièrement lors- 
qu'on la considère à la lumière des notions fournies par l'étude 
de la grande hystérie. 



III. Parce qui précède nous sommes conduits tout naturel- 
lement à l'étude des formes frustes ou des variétés de l'attaque 
d'hystéro-épilepsie. 

M. Charcot admet que l'attaque d'hystéro-épilepsie peut se 
modifier suivant deux modes principaux : 1° par extension ou 
prédominance d'une période aux dépens des autres lesquelles 
s'atténuent ou même s'effacent: ainsi se produisent : a) l'atta- 
que épileptoïde ; b) r attaque démoniaque ; c) F attaque d ex- 
tase ; d) l'attaque de délire ; 2° par immixtion d'éléments étran- 
gers à la constitution fondamentale de l'attaque, tels que le 
somnambulisme et la catalepsie par exemple. 

A. Variétés par prédominance d'une des périodes. — l''^ 
Variété. — F orme épileptoide . L'attaque hystéro-épileptique se 
trouve, dans cette variété, réduite en quelque sorte à la première 
période, à l'exclusion plus ou moins complète des autres pé- 
riodes. La phase épileptoïde peut se répéter au point de simuler 
l'état de mal de l'épilepsie vraie avec toute son apparence de 
gravité. Mais l'emploi des divers moyens usités pour modifier 
l'attaque d'hystérie fait disparaître ces convulsions si effrayantes 
et vient affirmer la nature hystérique de la maladie. De plus, en 
regardant d'un peu plus près, on remarquera quelques phéno- 
mènes convulsifs appartenant plus particulièrement àfhystérie ; 
tels sont les mouvements de circumduction du commencement 
de la phase tonique, le gonflement du cou, la persistance de la 
contracture pendant la phase de résolution. Enfin, on voit sou- 
vent dans l'intervalle des accès épileptoïdes paraître un lambeau 
des autres périodes qui vient s'intercaler en quelque sorte. Ce 
sera, par exemple, un commencement d'arc de cercle, ou l'es- 
quisse d'une attitude pasionnelle. On n'observe rien de sem- 
blable dans l'épilepsie vraie. Je rappellerai en terminant l'ab- 
sence de l'élévation thermique qui accompagne au contraire 
toujours l'état de mal épileptique. 



446 APPENDICE 

2'' Variété. — Forme démoniaque . Cette variété est princi- 
palement constituée par la prédominance des phénomènes de la 
2° période, clownisme, grands mouvements, et l'atténuation des 
autres périodes. Les contorsions prennent un développement 
exagéré, et justifient la dénomination que M. Cliarcot a donnée 
à cette variété. Les malades, en effet, reproduisent dans les 
principaux traits la description que nous ont laissée les auteurs 
touchant les anciens possédés. Les membres se contournent et 
se contorsionnent dans les attitudes les plus bizarres ; la distor- 
sion des traits, laprotrusion de la langue rendent la physiono- 
mie effrayante; beaucoup étendent les trois premiers doigts de 
la main de manière à simuler le geste de Idijettatura; des cris 
affreux, des accès de rage, complètent Thorreur de ce tableau. 
— La l'"^ période épileptoïde est le plus souvent représentée, 
dans cette variété, par quelques-uns de ses phénomènes con- 
vulsifs particuliers, mais les autres périodes font d'habitude 
complètement défaut. 

3° Variété. — Attaque cl extase. Les attaques d'extase ont 
été décrites par les auteurs classiques, mais il ne les ont pas 
rattachées en général au type fondamental. Cependant Briquet 
s'exprime ainsi: « Les attaques d'extase peuvent se produire de 
deux manières; quelquefois elles sont précédées par les préludes 
ordinaires des attaques de spasmes ou de convulsions hysté- 
riques, de sorte que l'extase n'est qu'un des incidents de l'atta- 
que ; d'autres fois les malades tombent brusquement en extase 
sans aucun prodrome. » 

Cette variété d'attaque peut être reproduite expérimentale- 
ment par les inhalations d'éther. Elle est constituée par la 
prédominance de la S'' période ou des attitudes passionnelles, 
précédées parfois de quelques phénomènes épileptoïdes qui sont 
alors comme le sceau de la maladie ; mais les attitudes passion- 
nelles peuvent aussi se montrer à l'état d'isolement complet. 
L'attaque peut même être réduite aune seule attitude passion- 
nelle qui se prolonge plus ou moins ; ainsi se produit l'attitude 
extatique. 

4^ Variété, — Attaque de délire. C'est le déhre de la 4^ pé- 
riode qui représente alors toute l'attaque ; il s'y joint cependant 



DESCRlPTIOiX DE LA GRANDE ATTAQUE UYSTERIQUE 44 i 

souvent quelques phénomènes épileptoïdes au début. Le malade 
fait des discours, prophétise, etc.... Les dissertations prophé- 
tiques des convulsionnaires de Saint-Médard peuvent être con- 
sidérées comme un exemple de cette variété de l'attaque hys- 
téro-épileplique. 

B. Variétés de r attaque hystéro-épileptiqne par immixtion 
de phénomènes cataleptiques ou soninambuliques. — La cata- 
lepsie et le somnambulisme, dont nous avons étudié les carac- 
tères dans un précédent compte rendu ^, surviennent parfois 
spontanément chez les hystériques, sans montrer aucune rela- 
tion apparente avec l'attaque convulsive. M. Briquet considère la 
catalepsie comme une névrose complètement distincte quoique 
fort voisine de l'hystérie. Mais il peut se faire que les deux états 
se rencontrent simultanément chez un même sujet, et les phé- 
nomènes de catalepsie et de somnambuhsme viennent se sura- 
jouter aux phénomènes de Tattaque convulsive. Les observations 
de catalepsie et de somnambulisme ne sont pas rares, et tous les 
auteurs qui ont traité de Thystérie ont parlé des attaques de 
catalepsie et des attaques de somnambuhsme. On lira entre 
autres avec intérêt, à ce sujet, l'observation de M. Mesnet [Ar- 
chives générales de médecine^ 1860), et celle de M. Moissenet 
(Premier fascicule des Actes de la Société médicale des hôpi- 
taux : Observation de somniation spontanée. ») 

On y verra que les attaques de catalepsie ou de somnam- 
bulisme débutaient habituellement chez les malades qui font 
l'objet de ces observations, par de violentes convulsions hysté- 
riques. Souvent aussi la catalepsie ou le somnambulisme se 
terminaient de la même façon, c'est-à-dire après des convulsions 
à la suite desquelles la malade recouvrait complètement l'usage 
de ses sens, sans conserver aucun souvenir de ce qui s'était 
passé. C'est ainsi que les choses se sont produites dans les 
o ou 6 cas, recueillis par M. Charcot, dans sa pratique de la 
ville. 

Il semble, d'après cela, que lorsque les phénomènes de cata- 
lepsie ou de somnambulisme viennent compliquer l'attaque, ils 

1 Voir le no 52 du Progrès, médical de 1878. 



448 APPENDICE 

succèdent à la 1'^ ou la 2° période, remplaçant la 3° période ; 
ou bien ils s'intercalent entre deux phases épileptoïdes. Il est 
intéressant de rappeler ici comment, dans les expériences de 
catalepsie ou du somnabulisme provoqués, le début de la 
catalepsie ou du somnambulisme est marqué généralement 
par quelques phénomènes épileptoïdes (inspiration sifflante, 
mouvements de déglutition bruyants, écume à la bouche...), 
qui se reproduisent presque de la même façon au moment où 
l'on fait sortir les malades de l'état dans lequel elles étaient 
plongées ^ 

1 Progrès médical, 1879, n<> 2. 



TRAUMATISME ET HYSTÉRIE LOCALE 449 



VIL 



I. De l'influence des lésions traumatiques sur le déve- 

loppement des phénomènes d'hystérie locale. 

II. Traumatisme et paralysie agitante ^ 



I. On sait que certaines affeclions, subordonnées à une mala- 
die diathésique, peuvent se développer à l'occasion d'une ac- 
tion traumatique et se localiser dans les parties mêmes où la 
pression, la contusion, la foulure, etc., se sont produites. C'estle 
cas pour le rhumatisme articulaire, aigu ou chronique, la goutte 
ainsi que M. Charcot Ta fait plusieurs fois ressortir 2. M. le pro- 
fesseur Verneuil et ses élèves ont d'ailleurs, dans ces derniers 
temps, mis parfaitement en valeur tout l'intérêt qui s'attache à 
l'étude des faits de ce genre, pour le point de vue chirurgical. 
^ On sait moins peut-être que certains phénomènes locaux de 

l'hystériesemanifestentquelquefoisdelamêmefaçonetsousces 
mêmes influences. B. Brodie ne l'ignorait pas, ainsi qu'en té- 
moignent plusieurs passages de l'admirable petit livre intitulé : 
Lectures illiistratives of certain local nervoiis affections (Lon- 
don, 1837) ^ ; il est, dit M. Charcot, peut-être le premier auteur 
qui ait, d'une façon un peu explicite, appelé l'attention sur ces 
phénomènes d' « hijstérie locale », comme il les appelle, déve- 
loppées par l'action directe d'un traumatisme. « Il arrive très 
fréquemment, écrit Brodie, que les symlpômes locaux dliysté- 
rie paraissent devoir être rattachés à l'action d'une cause exté- 
rieure, et comme l'action traumatique dont il s'agit est souvent 
très légère, en disproportion apparente avec les effets produits, 

1 Résumé d'une leçon faite à la Salpêtrière en décembre 1877. 

2 Leçons sur les maladies des vieillards, p. 125, ^27. 

3 Ces leçons ont été traduites parle D>- Douglas Aigre. 

Charcot, t. i, 5^ édit. 29 



450 APPENDICE 

ceux-ci sont souvent mal compris, mal interprétés; on les prend 
pour quelque chose de très différent de ce qu'ils sont en réa- 
lité. » 

(( lln"est pas rare, ajoute Téminent chirurgien {Loc cit., p. 
o7) de voir, par exemple, une jeune femme, dont le doigt a été 
piqué ou pincé se plaindre peu après le petit accident, d'une 
douleur qui, des doigts, s'étend par en haut sur la main et 
Tavant-bras. La douleur sera probablement compliquée d'une 
action convulsive des muscles du bras ou encore d'une contrac- 
tion continue des muscles fléchisseurs ou de la parlie antérieure 
du bras, de telle sorte que Tavant-bras sera tenu courbé, d'une 
façon permanente, au moins tant que la malade restera éveillée, 
car le spasme est généralement relâché pendant le som- 
meil. » 

« Une jeune fille de 11 à 12 ans s'était piqué l'index de 

la main gauche avec la pointe d une paire de ciseaux. L'accident 
fut suivi immédiatement d une douleur occupant le trajet du nerf 
médian. Dès le lendemain, était survenue une contracture des 
muscles, par suite de laquelle Tavant-bras devint fixé à angle 
droit sur le bras. Quelques jours après, tous les muscles de la 
main et de lavant-bras furent le siège de spasmes violents, pro- 
duisant dans la main etTavant-bras, des mouvements convulsifs 
singuliers , Puis survinrent des nausées et des vomissements et, 
pendant deux jours, tout ce qu'onintroduisit dans l'estomac était 
immédiatement réjeté. Par la suite, les autres membres furent 
affectés de la môme façon, et il devint impossible à la jeune ma- 
lade de marcher ou même de se tenir debout. Par moments se 
montrait une contraction du diaphragme avec menace de suffo- 
cation, ou encore une occlusion permanente de la mâchoire, dé- 
terminée par une contracture du muscle masséter, ou enfin une 
douleur de tête vive et qui, par son caractère, rappelait la dou- 
leur du doigt piqué.... Une intervention chirurgicale (p. 80) 
tentée à plusieurs reprises, eut plutôt pour effet d'aggraver le 
mal... La guérison eut lieu cependant au bout de deux ans, 
spontanément. » 

M. Charcot a fait allusion, dans sa leçon, à un certain nombre 
de cas qu'il a recueillisdans sa pratique, et qui mettent en pleine 
lumière l'intérêt théorique et pratique des observations de Bro- 
die. Ces faits seront l'objet d'une publicationultérieure. Aujour- 



DE l'influence DES LÉSIONS TRAUMATIQUES 4ol 

d'hui nous nous bornons à l'exposé de deux d'entre eux, rap- 
portés à titre d'exemple. 

Obs. I. — Vers le milieu du mois d'avril 1877, Mlle X..., en 
tombant de sa hauteur, se heurta le dos de la main droite contre 
un tabouret. Il s'ensuivit une douleur assez vive et un peu de 
gonflement. Deux ou trois jours après, le petit doigt de cette 
main commença à se fléchir d'une façon permanente, puis la 
flexion gagna successivement les autres doigts, et le pouce s'ap- 
pliqua sur l'index et Tannulaire. A partir de cette époque, le poing 
reste fermé constamment, jour et nuit, même pendant le sommeil 
le plus profond, contrairement à la remarque faite par Brodie, 
dans plusieurs cas de ce genre. La flexion des doigts, est tellement 
prononcée que la réduction est à peu près impossible, et que l'on 
est forcé d'interposer un linge, pour empêcher les ongles de bles- 
ser la paume de la main. Les tentatives de réduction faites à 
plusieurs reprises, ont toujours été suivies d'une aggravation de 
la contracture. Les choses étaient exactement dans le même état 
le 31 mai, c'est-à-dire six semaines après l'accident, alors que 
M. Charcot vit la malade en consultation avec M. le professeur 
Richet et M. le docteur de Waihy. On constate ce jour-là que le 
poing est comme d'habitude énergiquement fermé, que le poignet 
est rigide lui aussi, comme les doigts, qu'enfin il existe une anes- 
thésie complète occupant la main droite, le poignet et remontant 
jusqu'à la limite supérieure de la moitié inférieure de l'avant-bras, 
aussi bien en avant qu'en arrière. Le coude ne participe pas à la 
contracture. 

MlleX... n'a jamais éprouvé d'attaques de nerfs. Elle est calme, 
d'un caractère égal, plutôt enjoué ; rien n'est changé dans sa ma- 
nière d'être. Il n'existe chez elle aucune trace de douleur ovarienne. 
Deux fois les règles se sont montrées depuis le début de la con- 
tracture, sans incident particulier. Pas de modifications quelcon- 
ques de la sensibilité en dehors des parties où l'anesthésie a été 
constatée. Cinq jours aprèsla consultation, sansTinlervention d'au- 
cune circonstance digne d'être notée, la main de Mlle X... s'est ou- 
verte tout à coup et a récupéré tous ses mouvements. 

Obs. II. — Le 17 avril 1877, la nommée Hortense X..., âgée de 
27 ans, eut l'avant-bras droit serré entre un mur et un plateau 
tournant, sur lequel reposent les glaces à polir. Il s'ensuivit im- 
médiatement, sur la partie soumise à la pression, une assez vive 
douleur, un gonflement avec ecchymose, mais point de plaie. H... 
assure que, quelques instants après l'accident, une contracture 
dans la demi-flexion commença à se produire dans l'annulaire et 
le petit doigt de la main droite. Les jours suivants, les trois 
autres doigts de la même main furent envahis à leur tour par la 
contracture. Sous l'influence des résolutifs, le gonflement et l'ec- 



452 APPENDICE 

chymose disparurent bientôt, mais la douleur et la contracture 
persistant, la malade se décida à entrer à l'hôpital, service chi- 
rurgical de M. le D"" Leroy des Barres. 

Au moment de l'admission qui eut lieu le 13 juin 1877, c'est-à- 
dire deux mois environ après l'accident, on constate ce qui suit : Les 
quatre doigts internes de la main droite sont légèrement fléchis 
dans l'articulation métacarpo-phalangienne de manière à former, 
avec la paume de la main, un angle obtus d'environ 130° à ISO*». 
Les deux dernières phalanges de ces mêmes dcrigts sont rigides, 
dans l'extension. Le pouce, quoique jouissant d'une certaine 
mobilité, n'est pas lui-même complètement libre : le poignet est 
rigide lui aussi, en somme l'attitude rappelle celle de la main 
tenant méthodiquement une plume à écrire. Dans toute l'étendue 
du bras, de l'avant-bras et de la main, il existe d'une façon per- 
manente une douleur qui s'exaspère de temps à autre spontané- 
ment. La douleur s'exaspère toujours et devient atroce lorsque la 
malade essaye d'exécuter un mouvement et aussi lorsqu'on vient 
à exercer la plus légère pression sur un point quelconque du 
membre. Elle est surtout vive lorsque la pression a lieu sur la face 
antérieure de l'avant-bras, particuhêrement sur le trajet du nerf 
médian. Si l'on insiste, il s'ensuit une sorte de crise nerveuse 
qui, plusieurs fois, a amené une perte de connaissance. Il n'y a 
ni rougeur, ni tuméfaction des parties douloureuses : l'ecchymose 
a depuis longtemps disparu. 

La douleur exquise produite paroles moindres contacts, rendant 
impossible toute exploration un peu approfondie du membre, on 
se décide, 5 ou 6 jours après l'admission, à soumettre la malade 
à l'action du chloroforme. L'exploration, pratiquée alors que le 
sommeil est devenu complet, ne fait rien découvrir qui puisse 
rendre compte de douleurs si vives. On remarque que, bien que le 
sommeil provoqué soit très profond, les parties contracturées 
n'entrent pas dans un état de résolution complète ; à la vérité, on 
peut, non sans efl'ort toutefois, étendre les doigts complètement 
011 les fléchir, mouvoir le poignet dans toutes les directions; 
mais à peine abandonne-t-on ces parties à elles-mêmes qu'elles 
reprennent leur attitude première. 

Tous ces accidents, douleur et contracture, avaient persisté 
jusqu'au commencement du mois d'août, sans modification quel- 
conque, lorsque, un des premiers jours de ce mois, sans cause 
appréciable, la contracture disparut brusquement en même temps 
que la douleur ; il était survenu une paralysie complète portant à 
la fois sur le sentiment et sur le mouvement et occupant, dans 
toute son étendue, le membre supérieur droit, où existe désor- 
mais une résolution complète. On s'aperçoit bientôt après que le 
membre inférieur du même côté est, lui aussi, paralysé du mouve- 
ment, comme le supérieur, mais à un moindre degré cependant, 
bien que l'anesthésie y soit tout aussi complète. Cette dernière 



DE l'influence DES LÉSIONS THAUMATIQUES 453 

circonstance donne l'idée d'explorer l'état de la sensibilité dans 
toute retendue du corps ; et l'on constate alors qu'il existe chez 
la malade une hémianesthésie droite, absolue, complète, portant 
à la fois sur la sensibilité générale et sur les sens spéciaux, vision 
et odorat y compris. On reconnaît aussi, dans la région ovarienne 
droite, l'existence d'une douleur très accentuée que la malade 
n'avait pas accusée jusque-là. 

A partir de celte époque, un grand nombre d'autres accidents 
hystériques se manifestent successivement, l'hémianesthésie per- 
sistant telle qu'elle, ainsi que l'ovarie, sans variations : un 
jour, c'est une forte dyspnée, une respiration anhélante avec . 
menace de suffocation, un autre jour, ce sont des douleurs par- 
tant de la région précordiale et s'irradiant vers l'épaule gauche, 
ou encore une toux sèche et convulsive, une violente douleur 
fixée sur la tempe gauche, un autre jour, enfin, il y a rétention 
d'urine. Pendant plus d'un mois, la malade a vomi après tous 
ses repas, ce qui ne l'empêche pas de conserver un certain embon- 
point. Il n'ajamais existé d'attaque hystéro-épileptique réguhère. 

Il est très important de remarquer que H..., réglée à 18 ans, 
mariée à 20 ans et bientôt mère de 2 enfants, n'avait jamais 
éprouvé de maladie sérieuse jusqu'à l'époque où s'est produit 
l'accident qui l'a amenée à l'hôpital de Saint-Denis. Elle était 
très nerveuse, très irritable : mais jamais il ne s'était produit chez 
elle d'accidents à proprement parler hystériques. 

Les phénomènes qui viennent d'être décrits, à savoir: l'hémia- 
nesthésie, la paralysie, l'ovarie, les spasmes divers, etc., persis- 
taient encore le 24 octobre, époque à laquelle M. Gharcot, grâce 
à l'obligeance de M. le docteur Leroy des Barres, a pu examiner 
la malade. 

Ce que l'on connaît, quant à présent, de plus important sur 
ce sujet de Vhystérie locale traimialique peut se résumer, sui- 
vant M. Charcot, dans les propositions suivantes : 

Une hyperesthésie cutanée plus ou moins exquise, des dou- 
leurs plus profondes localisées sur le trajet des troncs nerveux, 
ou paraissant quelquefois siéger plus spécialement dans une ou 
plusieurs articulations, une contracture permanente plus ou 
moins accentuée, tels sont les phénomènes qui se produisent im- 
médiatement après ou peu après l'application de la cause trau- 
matique. Ces symptômes restent rarement limités à la région oîi 
celle-ci s'est exercée ; ils s'étendent rapidement aux régions voi- 
sines et peuvent même occuper toute l'étendue d'un membre. 
Une fois éiabUs, ils persistent fréquemment, tels quels, sans 
modification appréciable, avec une ténacité désespérante, pen- 



434 APPENDICE 

dant plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années. 
La moindre pression, le moindre frôlement, le moindre mou- 
vement provoqué exaspèrent les douleurs et la contracture. 
Celles-ci s'exaspèrent encore de temps à autre, spontanément, 
sans aucune provocation extérieure, sous forme d'accès. Il s'y 
surajoute quelquefois, principalement dans le temps des exa- 
cerbations spontanées, dont il vient d'être question, du gonfle- 
ment, de la rougeur, une élévation relative de la température 
des parties affectées. Il arrive, en général, que l'hyperesthésie 
et les douleurs font place, tôt ou tard, à une anesthésie plus ou 
moins absolue ; cependant la contracture musculaire persiste 
encore, néanmoins, au même degré que par le passé. Elle peut, 
toutefois, être à son tour remplacée par une parésie ou même 
une paralysie avec résolution des muscles. 

Ces accidents, développés à l'occasion d'une action mécani- 
que, sont le plus souvent la première révélation de la diathèse 
hystérique jusque-là restée latente ; et, généralement, ils en 
constituent pendant longtemps l'unique symptôme, en ce sens 
qu'ils subsistent à l'état d'isolement, sans adjonction d'autres 
phénomènes nerveux. A ce double point de vue, on doit les 
considérer comme les équivalents de ces accidents névropa- 
thiques locaux de même ordre, mais développés cette fois 
spontanément, qui sont un des attributs les plus singuliers de 
Vhystérie infantile. 11 n'est pas rare, on le sait, de voir chez 
les petites filles de 10 à 12 ans, par exemple, soit une toux 
nerveuse, soit un torticolis spasmodique, ou encore la con- 
tracture permanente des muscles d'une extrémité ou de tout 
un membre, une arthralgie enfin, simulant une arthrite ou 
une coxalgie, occuper la scène pathologique d'une façon à peu 
près exclusive pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, 
puis disparaître un beau jour, tout à coup, sans laisser de 
traces. Mais ce n'est là, fort souvent, qu'un répit, qu'une trêve. 
Quelques mois, quelques années plus tard, alors que ces phé- 
nomènes précurseurs sont peut-être complètement oubhés 
on voit, à l'époque oii s'établissent les fonctions sexuelles, 
l'hystérie ovarienne apparaître avec tout son cortège de phé- 
nomènes désormais classiques, à savoir : hémianesthésie sen- 
sorielle et sensitive, ovaralgie, crises convulsives caractéristi- 
ques, troubles particuliers dans le domaine psychique, etc., etc. 



TRAUMATISME ET PARALYSIE AGITANTE 455 

D'antres fois V « hystérie généralisée » vient se snrajouter à 
r « hystérie locale » sans intermission, sans temps de repos, et 
la relation qui existe entre elles deux est alors facilement mise 
en pleine lumière. 

Ce qui vient d'être dit de V hystérie locale infantile, on pour- 
rait le répéter de tous points au sujet de Thystérie locale dé- 
terminée par une action mécanique ; ce ne sont là, du reste, à 
proprement parler, que deux variétés d'une même espèce. 11 
est très remarquable, en effet, que les traumatismes ne provo- 
quent guère les accidents dont il est question que chez les sujets 
jeunes et vierges encore de toute marque un peu prononcée 
d'hystérie généralisée. Lorsque l'hystérie ovarienne s'est déve- 
loppée et établie avec tout son appareil de symptômes, les lé- 
sions mécaniques ne paraissent plus produire les mêmes effets. 
Telle est, du moins, la conclusion qui semble résulter des obser- 
vations recueillies par M. Charcot, et, à ce propos, il cite le cas 
d'une malade de son service, la nommée Geneviève L... Cette 
femme \ aujourd'hui âgée de trente-cinq ans, atteinte depuis 
longues années d'hystéro-épilepsie avec anesthésie généraUsée, 
est souvent prise à la suite de ses attaques et dans les iuler- 
valles qui les séparent de contracture des membres qui persis- 
tent pendant plusieurs jours. Plusieurs fois, en tombant à terre 
dans une attaque, elle s'est cassé les os d'un avant-bras, d'une 
jambe. Or, jamais ces fractures n'ont été l'occasion du dévelop- 
pement de douleurs ou de contractures -. La consohdation s'en 

1 Voir l'observation complète de Geneviève dans Vîcono graphique photogra- 
phique de la Salpêtrière. 

2 Les fractures peuvent, comme les piqûi-es et les contusions, provoquer chez 
les sujets prédisposésle développementderiiystérie locale : c'estcedonttémoigne 
l'observation suivante empruntée à Brodie. {Loc. cit.,]). 58). Femme de trente 
ans environ admise à l'hôpital Saint-Georges, pour une fracture simple des deux 
os del'avant-bras. Il n'y eut rien d'anormal dans la fracture, si ce n'est que la 
malade se plaignait d'une douleur extrême au niveau du point lésé et peu à peu 
la douleur s'étendit au bras et jusqu'à l'aisselle, puis au même côté du cou et de 
la tête. Le plus petit mouvement du membre, même l'action de soulever l'avant- 
bras au-dessus de l'oreiller sur lequel il reposait occasionnait de violentes dou- 
leurs et une action convulsive du membre, bientôt suivie de ce qu'on pourrait ap- 
peler un état de ?yncope hystérique. La fracture se consolida comme dans les 
conditions ordinaires; mais les symptômes nerveux persistèrent pendant plusieurs 
semaines et cédèrent graduellement. 11 est à remarquer que, deux ans aupara- 
vant, cette femme avait éprouvé des symptômes nerveux analogues, à l'occasion 
d'une lésion légère du coude. 



4o6 APPENDICE 

est faite dans les conditions ordinaires ^t sans avoir été marquée 
par aucun incident particulier. 

On connaît, du reste, les difficultés qu'offre très habituelle- 
ment le diagnostic de l'hystérie locale en général, surtout lors- 
qu'elle se présente à l'état d'isolement. Ces difficultés ne seront 
pas atténuées, tant s'en faut, par ce fait que les accidents recon- 
naîtront pour origine une influence traumatique. Elles auront 
d'autant plus de portée que le diagnostic erroné auquel on se 
sera arrêté (arthrite, coxalgie, névrite, etc.) conduira à une in- 
tervention active, presque toujours intempestive et nuisible. 
L'observation démontre, en effet, que dans l'espèce, les appli- 
cations de vésicatoires ou de cautères, la galvanisation et la fa- 
radisation, l'immobilisation prolongée, les tentatives de réduc- 
tion de tout genre, les sections de nerfs et de tendons exaspèrent 
presque toujours le mal et sont quelquefois suivis des plus fâ- 
cheux effets. En somme, c'est à peu près exclusivement la con- 
sidération de Tétat général qui doit ici inspirer la thérapeutique 
et, en ce qui concerne les phénomènes locaux, l'attitude expec- 
tante dans l'état actuel des choses est de beaucoup la plus sûre 
C'est peut-être le lieu de rappeler les paroles par lesquelles 
Brodie inaugure, dans le livre cité plus haut (p. 77), son exposé 
du traitement chirurgical des affections locales hystériques. 
« Les conseils que j'aurai à vous donner à ce sujet », dit-il, 
« seront le plus souvent d'ordre négatif. Il ne s'agit pas tant, 
» en effet, de ce que vous devez entreprendre que de ce dont 
» vous devez savoir vous abstenir. » 

IL Ce n'est pas dans l'hystérie seulement que la locaUsation 
des accidents pathologiques peut être déterminée par l'action 
d'une cause mécanique. Le même fait peut se produire dans 
d'autres maladies qui, comme Thystérie, appartiennent au 
groupe provisoire des névroses. C'est le cas, par exemple, pour 
\d. paralysie agitante ou maladie de Parkiiison. 

M. Charcot a rapporté dans le temps ThisLoire d'une dame 
qui, en tombant d'une voiture, avait eu la cuisse gauche vio- 
lemment contusionnée ; au bout de quelque temps, il survint 
dans le membre blessé une douleur vive, occupant le trajet du 
nerf scialique, et peu après un tremblement se déclara dans 
toute l'étendue de ce membre. D'abori passager, ce tremble- 



TRAUMATISME ET PARALYSIE AGITANTE 457 

ment de\int plus tard permanent, et s'étendit enfin aux autres 
membres. [Leçons sur les maladies du système nerveux, t. I, 

p. 18S.) 

Les principales particularités du cas qui précède se sont re- 
produites, à quelques modifications près, chez deux malades 
que M. Charcot a présentés à ses auditeurs. 

En 1873, une nommée Fauc. . . , âgée de 55 ans, se fit une entorse 
du piedsauche, avec gonflement, ecchymoses, etc. Peu de temps 
après l'enflure et la gêne de la marche persistant encore, elle 
s'aperçut que son pied tremblait. Le tremblement resta localise au 
membre inférieur gauche jusqu'en 1876, époque où la mam du 
côté correspondant fut prise à son tour. Aujourd hui, le tremble- 
ment est trôs prononcé dans les membres du côté gauche, mais il 
commence à se prononcer dans ceux du côté droit. F. présente 
d'aiUeurs tous les autres symptômes qui caractérisent la maladie 
de Parkinson : immobilité des traits, roideur du cou, fixité du 
regard, inclinaison du tronc en avant, tendance à la propulsion et 
à la rétropulsion. 

T a-ée de 72 ans, présente depuis 4 ans environ, les symptô- 
mes"ciassiques de la paralysie agitante limitée au côté droit du 
corps. Contrairement à la règle, elle offre un tremblement très 
prononcé de la langue et surtout de la mâchoire inférieure. Ce 
tremblement a commencé à se produire en septembre dernier, 
dans les circonstantes suivantes : le 2 septembre en baillant, T... 
se luxa la mâchoire inférieure ; la réduction put être faite aussi- 
tôt sans difficulté. C'est à partir de cette époque que la mâchoire 
s'est mise à trembler et en même temps la salive commença a 
s'écouler involontairement de la bouche. 

Ces observations n'ont pas besoin de commentaires. (B.) 

{Progrès médical, 1878 no 18.) 



^^^ APPENDICE 



Représentation d'après nature de la danse de Saint- 
Guy (T/^ or ea GermanorumJ^peirP.-Breughel. — Esquisse 
de Rubens. 



Dans une de ses dernières conférences à Ja Salpêtrière, 
M. Charcot a fait passer sous les yeux de ses auditeurs la copie 
d'un dessin du xv^i*^ siècle, lequel, évidemment pris sur nature, 
représente un épisode d'une de ces processions daiismites 
[Springprocessionen), qui, à cette époque, avaient lieu chaque 
année à Echternach, petite ville située entre Trêves et Luxem- 
bourg, autour de la tombe de Saint-Willibrod. On sait que ces 
processions ont été ajuste titre considérées comme une émana- 
tion et un des derniers vestiges de la fameuse danse de Saint- 
Guy [Chorea Germanoriim) qui, à plusieurs reprises, a régné 
sous forme pandémique, dans les provinces du Rhin, pendantle 
cours des XIV" et XV' siècles \ 

^ Le dessin en question [Fig. 35) nous fait pour ainsi dire as- 
sister à une Danse de Saint-Guy 2, en quelque sorte atténuée ; 
mais il est facile à première vue, d'y reconnaître que l'hystérie 
etrhystéro-épilepsie jouaientlà, comme elles l'ont fait très cer- 
tainement dans les épidémies proprement dites, un rôle prédo- 

1 Voir à ce sujet : P. -F. -G. Hecker. Die gvossen Votkkankeiten des Mittelal- 
ters Bevlm, 186o,p. 143. - H. Haese. Geschichte der Epidemischen Kra?ikhei- 
ten. lena, 186d, p. 171. — Wicke. Versuch einer Monographie des grosseyi Vei- 
tstanzesim Mittelalter. Leipzig, 1844. - Voir aussi : Ziemssen. Handbuch, 
12c Bd., 2e lîelft, art. Chorea, p. 393. 

2 Nous rappelerons que la Danse deSaint-Ginj, St-Veis Ta?iz, s'appelle en- 
core Si-Modesti Tanz, Saltus Viti, St-Johannistanz, Choreomania, Orchestro- 
mania, Epilepsiasaltatoria, Corhen Magna, seu Germanorum. Elle est, comme 
on sait absolument et foncièrement distincte de la maladie qu'on appelle aujour- 
dhui \Q.chorée {chorea minor, chorée de Sgdenham, chorée vulgaire). 



459 



DANSE DE SAINT-GUY 

minant; c'est un simple croquis, mais c'est, on le voit, un cro- 
quis fort instructif pour le médecin. 11 est de la mam de ce 
P Breughel \ qu'on a quelquefois surnommé le peintre des 




§\fM\ 



paysans, parce qu'il s'attachait surtout à représenter les scènes 
populaires ou encore Wleusen Breughel, Breughel le drôle. 



1 Né vers 1530, mort dans les premières amnées du xvii« siècle . 



460 APPENDICE 

L'original fait partie de la galerie de l'archiduc Albert, à Vienne. 
On en trouve une reproduction dans l'intéressant ouvrage de 
M. P. Lacroix {Vie niilitaire et religieuse au Moyen Age et à 
l'époque de la Renaissance. Paris, 1873, art. Pèlerinages 
p. 433). ' 

Une série de femmes, soutenues chacune par deux hommes 
et précédées par des joueurs de cornemuse, qui soufflent àpleins 
poumons dans leurs instruments, se dirigent en dansant, sur 
une seule file, vers une chapelle qu'on aperçoit dans le lointain 
et où se trouvent sans doute déposés les restes du saint. Ce 
sont des gens du commun, car leur mise est à peu près celle 
des paysans qui figurent dans les tableaux de Téniers et de 
Brauwer. 

L'ordre de la procession se trouve de temps en temps troublé ; 
plusieurs des pèlerines, en effet, en proie aux tourments d'atta- 
ques dont le caractère ne peut être méconnu, gesticulent, se 
contorsionnent et se débattent sous l'étreinte de leurs compa- 
gnons ; ceux-ci — et c'est là peut-être leur principale fonction 
— font tous leurs efforts pour les contenir et les empêcher de 
tomber à terre. La scène est, on le voit, fort animée ; elle devait 
être aussi fort bruyante, car quelques-unes des énergumènes 
semblent crier à tue-tête. 

Sur le second plan se voit un ruisseau oii des serviteurs em- 
pressés vont puiser à l'aide d'écuelles. L'eau qui y coule est 
douée peut-être de propriétés curatives ; en tous cas, elle pou- 
vait servir à étancher la soif dont souffraient certainement les 
principaux acteurs. Certains épisodes que l'artiste, en homme 
discret, a relégués dans les parties les moins en vue de son 
tableau, font reconnaître jusqu'à l'évidence que la lubri- 
cité n'était pas toujours, tant s'en faut, bannie de ces as- 
semblées. 

Dans cette même conférence, M. Charcot a montré un autre 
dessin qui concerne encore l'histoire de l'hystéro-épilepsie. Il 
s'agit d'une lithographie faite par J. Scarlett Davis d'après une 
esquisse attribuée à Rubens et qui, en effet, ne paraît pas indigne 
du maître. En examinant ce tableau qui représente, dans toute 
leur vérité, les contorsions d'une démoniaque, on se remet en 
mémoire quelques-unes des questions adressées à la Faculté de 



DANSE DE SAINT-GUY ^^^ 

Montpellier par le père Santerre (de Nîmes) à l'époque où la 
démonopathie sévissait à la fois àLoudun et dans le Languedoc 

(1632, 1639). 

« Le pli, courbement et remuement du corps, la tête touctiant 
quelquefois la plante des pieds, avec autres contorsions et pos- 
tures étranges sont-ilsun signe équivoque de possession? » 

« L'enflure subite de la langue, de la gorge et du visage et le 
subit changement de couleur sont-ils des caractères certains de 
possession? » etc., etc. , 

On sait que la docte Faculté répondit avec raison, qu il ne tal- 
lait voir dans tout cela que des phénomènes naturels ; mais 
elle oublia de dire que ces phénomènes appartiennent à 1 affec- 
tion hystérique, dans sa forme grave, dont ils sont des manifes- 
tations vulgaires. 



PLANCHES 



EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE I 

PARALYSIE AGITANTE 



Attitude d'une malade atteinte d'une paralysie agitante (1874). (Voir l'obser- 
vation de cette malade à la page 539.) ' 



Chap.cot, Syst, nerveux, 



Tome 1. PL I, 




A.Delahaye 8c Lecrcsnier, Editeurs, 



Gharcot, t. 1, se édit 3!) 



466 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE II 

PARALYSIE AGITANTE 



Attitude de la même malade en 1879. 



Charcot, Syst, nerveux, 



Tomfc 1, PL 




A,Delahaye ScLecrosnier, Editeurs, 



468 EXPLICATION DES PLANCHES 

PLANCHE Iir 

SCLÉROSE EN PLAQUES (eNCÉPHALE). 

pig^ 1. _ Cerveau tout entier vu par sa base. — «, Plaques de sclérose dis- 
séminées en différents endroits de la longueur des nerfs olfactifs. 

6, Ilots de sclérose sur les nerfs optiques. 

b\ Partie restée saine d'un nerf optique. 

c 'îlots scléreiix sur le pédoncule cérébral gauche. 

d Plaques de sclérose disséminées en divers points de la protubérance, les 
unes superficielles, les autres profondes; aspect un peu déprimé au niveau de 
ces plaques. Les nerfs émergeant de la protubérance paraissent sams. 

e Plaques de sclérose, occupant irrégulièrement divers points du bulbe ra- 
chidien et de la moelle allongée (pyramides antérieures, surtout la droite); 
olive, cordon antéro-latéral. 

e' Parties restées saines sur quelques points du bulbe rachidien. 

fLa coupe terminale laisse voir jusqu"où a pénétré dans la moelle même, 
à ce niveau, la lésion scléreuse et comment elle y est irrégulièrement dis- 

trîbuGG 
/", Quelques points restés sains. Les nerfs émergeant du bulbe paraissent 

sains. 

fiq 9 _ Coupe horizontale du cervelet, faite de façon à reployer facile- 
ment Vune sur L'autre tes deux parties ainsi divisées symétriquement 

X y, Ligne d'intersection des deux plans (horizontal et vertical résultant de 

la coupe). , , i 1,1 T, 

a, Plaques de sclérose disséminées dans la substance blanche. 

b Plaque scléreuse ayant envahi le corps rhomboïdal. 

c' Plaques de sclérose qui ont été sectioné^ presque symétriquement en 
deux parties de la coupe horizontale. 

d Vaisseaux très visibles au milieu des plaques sclereuses. 

/vaisseaux devenant de plus en plus apparents dans la substance blanche, 
àm'esure que la coupe est laissée à l'air. Sorte de piqueté très accentue. 

Fia 3 - Portion du cerveau vu par sa base. - «, Nerfs olfactifs paraissant 
sains. - b, Ilots de sclérose sur les nerfs optiques. - c, Ilots de sc.erose sur 

^"/pl^qne'le'tdL's" disséminées en divers points de la protubérance, les 
une's superficielles et les autres profondes. Aspect un peu déprime au_ niveau de 
ces altérations. Les nerfs émergeant de la protubérance paraissent sains 

e Plaques et îlots de sclérose occupant irrégulièrement divers po nt. du 
bulberachidien et de la moelle allongée (pyramides antérieures, complètement , 

olives, incomplètement). .,,..'' i„ ^^«iio m^mp 

f La coupe terminale fait voir jusqu'où a pénètre dans la "Ip^l^e même, 
à ce niveau, la lésion scléreuse, et comment elle y est irrégulièrement dis- 
tribuée. Les nerfs émergeant du bulbe paraissent sains. 
X Sclérose, au début, dans le tissu qui constitue l'espace perfore postérieur. 

Cette planche et les trois suivantes sont empruntées à M. H. Liouville. 



CHARCOT._Sjsteme nerveux 



Tome 1. PL. III. 



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G.Pelher et Oyon <a.dn<3.t.del. 



Lnp.Becmiet'fr. Tsris . 

A.Delaliaje et E.Leci^osnier, Edile 



T-Zâcl^erha-ueT Chromo lith . 



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470 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE IV 

SCLÉROSE EN PLAQUES (CERVEAU). 



Fig. 1. — Coupe du cerveau faite horizontalement et laissant voir des îlots 
de sclérose dans différentes régions (substance blanche et substance grise). 

«, Plaques et îlots de sclérose dans les régions antérieures (commissure an- 
térieure, partie avoisinant le 3^ ventricule.) 

6, Plaques scléreuses gagnant les parties antérieures des bords des ventricules 
latéraux (plaques ventriculaires). 

c, Extension des îlots scléreux à l'extrémité postérieure des ventricules laté- 
raux (plaques ventriculaires). 

d, Ilots scléreux irrégulièrement disséminés dans la substance blanche des 
régions cérébrales postérieures; quelques-uns sont très profonds. 

e, Vaisseaux très apparents au milieu des zones scléreuses. 

/\ Vaisseaux devenus de plus en plus apparents dans la substance blanche, 
qui paraît saine à mesure que la coupe est laissée à l'air. 

Fig. 2. — Autre coupe du 77iéme cerveau, faite aussi horizontalement et per- 
mettant de voir des îlots de sclérose datis d'autres régions (substance blanche 
et substance grise). 

a, Plaques et îlots de sclérose dans les régions extérieures (commissure an- 
térieure). 

6, Plaques scléreuses dans les parties antérieures des ventricules latéraux. 

c, Plaques de sclérose dans la substance grise du noyau intraventriculaire du 
corps strié droit. (Elles sont multiples, séparées par des espaces sains; quel- 
ques-unes sont profondes.) 

c', Extension des îlots scléreux à l'extrémité postérieure dos ventricules laté- 
raux. 

d, Ilots scléreux irrégulièrement disséminés dans la substance blanche des 
régions cérébrales postérieures. Quelques-uns sont très profonds. 

e, Vaisseaux devenus de plus en plus apparents dans la substance blanche, 
sur des points sains en apparence, à mesure que la coupe est laissée à l'air 
(piqueté très accusé.) 



CHARCOT._ Système nerv^eux. 



Tome I. PL. IV. 



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G.Peliier adjia.i.del Imj) .B ecquet û: Paris . RLâckerhêmer Chromolith. 

A.Delalnaye et E.Lecrosmer, Editeurs . 



472 EXPLICATION DE9 PLANCHES 

PLANCHE V 

SCLÉROSE EN PLAQUES (mOELLE ÉPINIÈRE) . 

Fig. 1. — Moelle épinière vue par la face postérieure (la dure-mère sec- 
tionnée est rejetée de chaque côté). 

5, Plaques et îlots de sclérose, irrégulièrement disséminés, de dimensions et 
formes variées, irrégulières, isolées où s'unissant par des connexions visibles 
à la superficie. Elles dominent ici, surtout dans la région dorsale. 

V, Vascularisation méningée (pie-mère) très prononcée et empêchant de voir 
la vascularisation spéciale des plaques scléreuses elles-mêmes. 

Fig. 2. — Moelle épinière vue par laface antérieure (la dure-mèreest sectionnée 
dans toute sa hauteur et rejetée de côté). 

5, Plaques et îlots de sclérose, irrégulièrement disséminés, à contours iné- 
gaux, isolés ou s'unissant par des connexions visibles à la superficie. 

y, Vascularisation méningienne (pie-mère) dominant et empêchant de voir la 
vascularisation spéciale des zones scléreuses. 

Fig. 3. — Coupes horizo?itales, faites à diverses hauteurs de la moelle épi- 
nière et montrant, dans toutes les régions, la profondeur des îlots scléreux. 
leur réparlilion inégale, irrégulière, soit dans les cordons de la substance 
blanche où elles dominent, soit dans la substance grise. 

Toutes ces coupes, représentent l'état frais ; elles sont vues par la face su- 
périeure de la section, la moelle étant placée verticalement. 

«, Partie antérieure; — b, Partie postérieure ; — s, Ilots de sclérose. 

Les parties sclérosées sont, du reste, reproduites avec leur teinte naturelle qui 
tranche si nettement sur la substance blanche et même sur la substance grise 
centrale. 

I, Partie supérieure de la région cervicale, immédiatement au-dessous du 
bulbe. 

2, Partie moyenne du renflement cervical. 

3, Partie inférieure du renflement cervical. 

4, Partie supérieure de la région dorsale. 

5, Deux centimètres plus bas, région dorsale supérieure. 

6, Un centimètre et demi plus bas, région dorsale supérieure. 

7, Deux centimètres plus bas, réunion du tiers supérieur avec le tiers moyen. 

8, Un centimètre et demi plus bas, région dorsale. 

9, Un centimètre et demi plus bas. 

10, Deux centimètres plus bas, milieu de la région dorsale. 

II, Un centimètre plus bas. 

12, Un centimètre et demi plus bas. 

13, Trois centimètres plus bas. 

14, Partie supérieure du renflement dorso-lombaire. 

15, Milieu du renflement dorso-lombaire. 
16 et n, Cône terminal. 




CHARC T. _ Système xierveux. Tome I. VL.V. 

Face postérieure . ^ î^ace antene^ira . 

S P ^ ^ 

\ S ^ - • ^ 

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^■^.i^-s 16. ^^ 

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"Pij. 1. Fig. 3. rig. 2. 

^ ^e/Z/er^ adn^t. del Imp.Becquet fr.P^ns. P.Z^clcerhauer Cliromolùh. 

A.Lelaliaye etE.LecrosTiier,Editeurs. 



1 



474 EXPLICATION DES PLANCHES 

PLANCHE VI 

SCLÉROSE EN PLAQUES (MOELLE ÉPINIÈRE) 



Fig. 1. — Moelle épinière vue par la face postérieure (la diipe-mèpe section- 
née est rejetée sur les côtés). 

c, Plaques de sclérose irrégalièrement disséminées. 

V, Vascularisation méningienne (pie-mère) dominant et empêchant de voir la 
vascularisation des plaques scléreuses elles-mêmes. 



Fig. 2. — Moelle épinière vue par la face postérieure (la dure-mère section- 
née est rejetée sur les côtés). 
s, Plaques et îlots de sclérose irrégulièrement disséminés. 
V, Vascularisation méningée (pie-mère). 



Fig. 3. — Coupes horizontales faites à diverses hauteurs de la moelle et 
montrant, dans toutes les régions, la profondeur des îlots scléreux, leur ré- 
partition inégale, irréguliére^ soit dans les cordons de la substance blanche 
oii elles dominent^ soit dans la substance grise. 

(Toutes ces coupes sont relatives à l'état frais). 

Les coupes sont vues de haut en bas, la moelle étant supposée verticalement 
placée. 

a, Partie antérieure. 

p, Partie postérieure. 

s, Sclérose. 

(Les parties sclérosées sont reproduites avec leur teinte naturelle qui tran- 
che nettement sur la substance blanche et même sur la substance grise centrale). 

1, Partie supérieure du renflement cervical. 

2, Un centimètre et demi plus bas. 

3, Deux centimètres plus bas (fin du renflement cervical). 

4, Deux centimètres plus bas (partie supérieure de la région dorsale). 

5, Un centimètre et demi plus bas. 

6, Deux centimètres plus bas. 

7, Trois centimètres plus bas. 

8", Un centimètre et demi plus bas. 

9, Deux centimètres plus bas. 

10, Un peu plus d'un centimètre plus bas. La moelle, en ce point, est saine 
ou à peu près. 
H, Un centimètre au-dessus du renflement dorso-lombaire. 

12, Milieu du renflement dorso-lombaire. 

13, Un peu au-dessus du commencement du cône terminal. 

14, Filuni terminale. La sclérose l'a envahi tout entier. 



CHARCOT. __SystèTae nerveux, 
Face postérieure . 




'^''M 




Rg, 1. 

G.PeUieradTiat del. 



Tome 1. PL. VI. 
Face antérie-ure . 






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S- 



10. 



11 



12 



15. 



14, 




■ ^- - s 



Fig. 2. 



-Fig.3. 

Imp.Becfxet fv.Favis . P. lackerb^uer Chvomollih. 

A ..D e] aliaje et E .Lecro snier, Editeurs . 



476 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE VII 

SCLÉROSE EN PLAQUES. 



Fig. \ . — Face interne de l'hémisphère gauche. 

a, a, a,.... Plaques de sclérose occupant le corps calleux, CC ; — la couche 
optique;, CO, la circonvolution de l'hippocampe, C H. 

Fig. 2.— Sur cette figure, le corps calleux a été enlevé afin de mettre à 
découvert la paroi ventriculaire. 

es. Corps strié. Les autres lettres ont la même signification que dans la 
figure 1 . 



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Tome I. PL Vi: 



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A.Leiahaye et £.lecrosTiier Editeurs 



478 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE YIIl 

SCLÉROSE EN PLAQUES. 

Fig. 1. — Protubérance et bulbe; face antérieure. 
Fig, 2. — Protubérance et bulbe ; face latérale gauche. 
Fig. 3. — Protubérance et bv.lbe ; face latérale droite. 
Fig. 4 e< 5. — Coupes de la protubérance. 

Sur toutes ces figures les parties colorées en gris cendré réprésentent des 
plaques de sclérose. 



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480 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE IX 

ISCHURIE HYSTÉRIQUE. 



La ligne bleue indique la quantité d'urine rendue en 24 lieures et \d.ligne 
'ouge celle des vomissements. 



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482 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE X 

ISCHURIE HYSTÉRIQUE. 



La ligne bleue indique la quantité d'urine rendue en 24 heures et la ihgne 
rouge celle des vomissements. 

Les petits carrés rouges, placés immédiatement au-dessous de quelques da- 
tes, marquent les jours d'analyse. 





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484 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE XI 

ISCnURlE HYSTÉRIQUE. 



La ligne hleue indique la quantité d'urine rendue en 24 heures, et la ligne 
rouge celle des vonnissements. 

Les petits carrés rouges, placés immédiatement au-dessous de quelques da- 
tes, marquent les jours d'analyse. 



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486 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE XII 

ISCHURIE HYSTÉRIQUE. 



Cette planche représente les variations de la quantité d'urine et d'urée pen- 
dant la période d'ischurie hystérique observée chezEtch... (Leçon IX, p. 293, 
note), qui s'est écoulée de mars à juin 1875. — On voit que, pendant plusieurs 
semaines, la sécrétion venait au voisinage de zéro. Puis tout à coup, en quel- 
ques heures, 3 ou 4 litres d'urine et 25 à 27 gv. d'urée étaient sécrétés. Le len- 
demain, la phase d'ischurie reprenait. — Le 22 mai , les manifestations hystériques 
disparaissent après une ^^uérison soudaine. — Lischurie ne fait pas exception, 
et on voit la courbe remonter, osciller, mais se tenir toujours aux environs de 
la normale. 

Pendant toute cette période d'ischurie, l'alimentation de la malade a été faite 
à l'aide de la sonde et la même nourriture lui a été donnée chaque jour. — 
Les urines ont été également recueillies à l'aide de la sonde. 

La ligne bleue indique la quantité d'urée rendue en 24 heures. 

La ligne rouge indique la quantité d'urine rendue en 24 heures. 





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488 EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE XIII 

CHAMP VISUEL DES COULEURS. 



Fig. i, — Champ visuel d'un œil gauche iiormal . — Ces champs visuels ont 
été obtenus à la lumière tempérée du jour avec des papiers colorés de quatre 
centimètres carrés et à l'aide du périmètre de M. Landolt. — c, point de fixa- 
tion correspondant à la tache jaune. 

Fig. 2. — Champ visuel gauche dans un cas à'Hystéru-épitepsie avec Hé- - 

mianesthésie gauche. (Marc...) — Le champ visuel est rétréci concentrique- ■ 

ment. Acuité visuelle à gauche — "; l'acuité visuelle et le champ sont normaux à 
droite. 



CHARCOT^S/s^. nerveux 



TomelPl.Xin 




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Ti«l,V,=>.P M y. l.r.oi-osnier Editeurs 



TABLE DES MATIÈRES 



première; leçon 

TROUBLES TROPHIQUES CONSÉCUTIFS AUX LÉSIONS DES NERFS. 

Sommaire. — Remarques préliminaires. — Objet des conférences de cette an- 
née; elles seront consacrées à celle des maladies du système nerveux et, en 
particulier, de la moelle épinière, que l'on observe le plus habituellement à 
la Salpêtrière. —Troubles de nutrition consécutifs aux lésions de l'axe céré- 
bro-spinal et des nerfs. — Ces altérations peuvent occuper la peau, le tissu 
cellulaire, les muscles, les articulations, les viscères. Importance de ces alté- 
rations au point de vue du diagnostic et du pronostic. — Troubles de nutri- 
tion consécutifs aux lésions des nerfs périphériques. — Le système 
nerveux, à l'état normal, a peu d'influence sur l'accomplissement des 
actes nutritifs. — Les lésions passives des nerfs ou de la moelle ne produi- 
sent pas directement de troubles trophiques dans les parties périphériques ; 
expériences qui le démontrent. — Influence de l'irritation et de l'inflamma 
tion des nerfs ou des centres nerveux sur la production des troubles trophi- 
ques. — Les troubles trophiques consécutifs aux lésions traumatiques des 
nerfs, considérées en particulier. — Ils résultent, non des sections complètes, 
mais des sections incomplètes, des contusions, etc., des troncs nerveux. — 
Éruptions cutanées diverses: Érythème, zona traumalique, pemphigus. — 
G10SS7J Skiji des auteurs anglais. — Lésions musculaires: atrophie. — Lé- 
sions articulaires ; lésions osseuses: périoslite, nécrose. —Troubles tro- 
phiques consécutifs aux lésions non traumatiques des nerfs ; leur analogie 
avec ceux qui résultent des lésions traumatiques. — Troubles trophiques de 
l'œil, dans les cas de tumeur comprimant le trijumeau. — Inflammation des 

• nerfs spinaux, consécutive au cancer vertébral, à la pachyméningite spinale, 
à l'asphyxie parla vapeur de charbon, etc. Éruptions cutanées diverses (zona, 
pemphigus, etc.), atrophie musculaire, arthropathies, qui, en pareil cas, se 
développent en conséquence de la névrite. — Lèpre anesthésique : périné" 
vrite lépreuse, lepra mutilans 

DEUXIÈME LEÇON 

TROUBLES TROPHIQUES CONSÉCUTIFS AUX LÉSIONS DES NERFS [SUHe) . 

AFFECTIONS DES MUSCLES. 

TROUBLES TROPHIQUES CONSÉCUTIFS AUX LÉSIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE. 

Sommaire. — Modifications anatomiques et fonctionnelles que subissent les 
muscles sous l'influence de la lésion des nerfs qui les animent. — Importance 



490 TABLE DES MATIÈRES 

de l'électrisalion comme moyen de diagnostic et de pronostic. Recherches 
de M. Duchenne (de Boulogne). — Expérimentation: Longue persistance de 
la contractilité électrique et de la nutrition normale des muscles à la suite 
de la section ou de l'excision des nerfs moteurs et mixtes chez les animaux. 
— Faits pathologiques: Diminution ou abolition hâtives de la contractilité 
électrique, suivies d'atrophie rapide des muscles dans le cas de paralysie 
rhumatismale du nerf facial et de lésions irritatives, soit traumatiques, soit 
spontanées des nerfs mixtes. — Raison de la contradiction apparente entre 
les résultats expérimentaux et les faits pathologiques. Application des re- 
cherches de M. Brown-Séquard : Seules, les lésions irritatives des nerfs 
déterminent l'abolition hâtive de la contractilité électrique, suivie d'atrophie 
rapide des muscles. 

Expériences de MM. Erb, Ziemssen et 0. Weiss. — Écrasement, ligature des 
nerfs : ce sont des lésions irritatives. — Différence des résultats obtenus dans 
l'exploration des muscles suivant qu'on fait usage de la faradisation ou de la 
galvanisation. — Les résultats de ces nouvelles recherches sont comparables 
aux faits pathologiques observés chez l'homme ; ils n'infirment en rien la 
proposition de M. Brown-Séquard. 

Troubles trophiques consécutifs aux lésions de la moelle épinière. — En ce qui 
concerne leur influence sur la nutrition des muscles, ces lésions forment deux 
groupes bien distincts. — 1er groupe : Lésions de la moelle qui n'ont pas 
d'influence directe sur la nutrition des muscles : a) Lésions en foyer très 
circonscrites n'intéressant la substance grise que dans une très petite éten- 
due en hauteur: Myélite partielle,, tumeurs, mal de Polt. 6) Lésions fasuicu- 
lées même très étendues des cordons blancs postérieurs ou antéro-latéraux, 
etc. — 2e groupe : Lésions de la moelle qui influencent plus ou moins vite 
la nutrition des muscles: a) Lésions fasciculées ou circonscrites qui intéres- 
sent les cornes antérieures de la substance grise dans une certaine étendue 
en hauteur : Myélite centrale, hématomyélie, etc. 6) Lésions irritatives des 
grandes cellules nerveuses des cornes antérieures de la substance grise avec 
ou sans participation des faisceaux blancs : paralysie infantile spinale, para- 
lysie spinale de l'adulte, paralysie générale spinale (Duchenne, de Boulogne), 
atrophie musculaire progressive, etc. — Rôle prédominant des lésions de la 
substance grise dans la production des troubles trophiques musculaires. — 
La proposition de M. Brown-Séquard s'applique encore à l'interprétation de 
ces faits 33 

TROISIÈME LEÇON 

TROUBLES TROPHIQUES CONSÉCUTIFS AUX LÉSIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ET DU 

CERVEAU (suite). 

Sommaire. — Affections cutanées dans la sclérose des cordons postérieurs : 

Éruptions papuleuses ou lichénoïdes, urticaire, zona, éruptions pustuleuses ; 

leurs relations avec les douleurs fulgurantes ; elles paraissent relever de la 

même cause organique que les douleurs. 
Eschares à développement rapide (Decubitus acutus) dans les maladies du 

cerveau et de la moelle épinière. — Mode d'évolution de cette affection de 



TABW3 DES MATIERES 49 l 

la peau: Érythèmc, bulles, mortification du derme. — Accidents consécutifs 
?i la formation des eschares : a) Infection putride, infection purulente, 
embolies gangreneuses ; 6) Méningite ascendante purulente simple, méningite 
ascendante ichoreuse. — Décuintus aigu dans l'apoplexie symptomatique des 
lésions cérébrales en foyer. Il se manifeste sur les membres frappés de 
paralysie, principalement à la région fessière ; son importance au point de 
vue du pronostic. — Décuhitus aigu dans les maladies de la moelle 
épinière : il siège en général à la région sacrée. 
Arthropathiesqui dépendent d'une lésion du cerveau ou de la moelle épinière. — A . 
Formes aiguës ou subaiguës : elles se montrent dans les cas de lésion trauma- 
tique de la moelle épinière, dans la myélite par compression (tumeurs, mal de 
Pott), dans la myélite primitive, dans l'hémiplégie récente, liée au ramollis- 
sement cérébral. Ces arthropathies occupent les jointures des membres 
paralysés. — B. Formes chroniques: elles paraissent dépendre, comme les 
amyotrophies de cause spinale, d'une lésion des cornes antérieures de l'axe 
gris ; on les observe dans la sclérose postérieure (ataxie locomotrice) et 
dans certains cas d'atrophie musculaire progressive 74 



QUATRIÈME LEÇON 

TROUBLES TROPHIQUES CONSÉCUTIFS AUX LÉSIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE ET DU 

CEuvEAU [suite et fin). — affections des viscères. 

PARTIE THÉORIQUE. 

Sommaire . — Ilypérémies et ecchymoses viscérales consécutives aux 
lésions expérimentales de diverses parties de l'encéphale, et à l'hémor- 
rhagie intra-encéphalique. — Expériences de Schiff et de Brown-Sé- 
quard ; observations personnelles. — Ces lésions paraissent dépendre 
de la paralysie vaso-motrice ; elles doivent former une catégorie à part. 
— Opinion de Schrœder van der Kolk, relative aux rapports qui exis- 
teraient entre certaines lésions de l'encéphale et diverses formes de 
la pneumonie , la tuberculisation pulmonaire. — Hémorragies des cap- 
sules surrénales dans la myélite. — Néphrite et cystite consécutives 
aux affections spinales irritatives, à début brusque, traumatiques ou 
spontanées. — Altération rapide des urines dans ces circonstances ; 
elle se manifeste souvent dans le temps même où les escarres se dé- 
veloppent à la région sacrée ; elle se rattache aux lésions des voies uri- 
naires qui, elles-mêmes, relèvent d'une influence directe du système nerveux. 

Théorie de la production des troubles trophiques consécutifs aux lésions du 
système nerveux. — Insuffisance de nos connaissances à cet égard. — Pa- 
ralysie des nerfs vaso-moteurs ; hypérémie consécutive ; elle ne produit 
pas de troubles trophiques. — Exceptions à la règle. — Irritation des nerfs 
vaso-moteurs ; l'ischémie qui en résulte ne paraît pas avoir d'influence 
marquée sur la nutrition locale. — Nerfs dilatateurs et nerfs sécréteurs; 
recherches de Ludwig et de Cl. Bernard ; analogies entre ces deux ordres 
de nerfs. — Application à la théorie des nerfs trophiques. — Théorie 
de Samuel ; exposé ; critiques. — Conclusions 124 



492 TABLE DES MATIÈRES 

CINQUIÈME LEÇON 

DR LA PARALYSIE AGITANTE. 

Sommaire. — Du tremblement en général. — Ses variétés. — Tremblement in- 
termittent. — Tremblement continu. Influence du sommeil, du repos et des 
mouvements volontaires. — Distinction établie par Van Svvieten. — Opi- 
nion de M. Gubler. — Le tremblement d'après Galien. — Indépendance de 
la paralysie agitante et de la sclérose en plaques. — Recherches de Par- 
kinson. — Travaux français : MM. G. Sée, Trousseau, Charcot et Vulpian. 

— La paralysie agitante prend droit de domicile dans les traités classiques. 
Caractères fondamentaux de la paralysie agitante. — C'est une maladie de la 

seconde période de la vie. — Ses symptômes. — Modifications de la mar- 
che. — Tendance à la propulsion et à la rétropuision. — Début ; ses modes : 
il est lent ou brusque. — Période d'état. — Le tremblement respecte la tête 
et le cou. — Changements dans la parole. — Rigidité des muscles. — 
Attitude du tronc et des membres. — Déformations des mains et des pieds. 
Ralentissement dans l'exécution des mouvements. — Perversions de la sen- 
sibilité. — Crampes; sentiment général de tension et de fatigue ; besoin de 
déplacement. — Sensation habituelle de chaleur excessive, — Température 
dans la paralysie agitante. — Influence de la nature des convulsions (stati- 
ques ou dynamiques). 

Période terminale. — Confinement au lit. Troubles de la nutrition. — Affai- 
blissement de l'intelligence. — Eschares sacrées. — Maladies terminales; 
elles diffèrent de celles de la sclérose en plaques. — Durée de la paralysie 
agitante. 

Résultats nécroscopiques. — Inconstance des lésions dans la paralysie agitante: 
fixité des lésions dans la sclérose en plaques. — Lésions du pont de Varole 
et de la moelle allongée (Parkinson, Oppolzer). — Physiologie pathologique. 

Étiologie. — Causes extérieuses : Émotions morales vives ; — action du froid 
humide, longtemps prolongée ; — irritation de certains nerfs périphériques. 

— Causes prédisposantes. — L'âge joue un certain rôle : la paralysie agi- 
tante se montre plus tard que la sclérose en plaques. — Sexe. — Hérédité. 

— Influence de la race 155 

SIXIÈME LEÇON 

DE LA SCLÉROSE EN PLAQUES DISSÉMINÉES. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE. 

Sommaire. — Historique de la sclérose en plaques disséminées : Période fran- 
çaise ; — Période allemande ; — Nouvelles recherches françaises. 

Aiiatomie pathologique macroscopique. — Aspect extérieur des plaques de 
sclérose. — Leur distribution : cerveau, cervelet, protubérance, bulbe, 
moelle épinière. — Plaques de sclérose sur les nerfs. — Formes spinale, 
céphalique ou bulbaire, cérébro-spinale. — Caractères des plaques : couleur, 
consistance, etc. 

Anatomie microscopique. — Notions d'histologie normale concernant la moelle 



TABLE DES MATIÈRES 493 

épinière. — Tubes nerveux.— Névroglie : sa distribution. — Couche cor- 
ticale du réticulum. — Caractères de la névroglie. — Influence de l'acide 
chromique. — Capillaires artériels. 
Caractères histologiques des plaques de sclérose. — Coupes transversales: 
zone périphérique ; — zone de transition : — région centrale. — Coupes lon- 
gitudinales. — Altérations des vaisseaux. — Examen des plaques de sclérose 
à l'état frais. — Lésions histologiques consécutives à la section des nerfs. 

Granulations graisseuses sur les coupes de plaques scléreuses à l'état 

frais. — Modifications des cellules nerveuses. — Mode de succession des 



lésions. 



189 



SEPTIEME LEÇON 

DE LA SCLÉROSE EN PLAQUES DISSÉMINÉES. — SYMPTOMATOLOGIE. 

Sommaire. — Diversité d'aspect de la sclérose en plaques disséminées, au 
point de vue clinique. — Causes d'erreurs de diagnostic. 

Examen clinique d'un cas de sclérose en plaques. — Du tremblement; modi- 
fications qu'il impose à l'écriture : caractères qui le font distinguer du trem- 
blement de la paralysie agitante, de la chorée, de la paralysie générale et 
de l'incoordination motrice de l'ataxie. 

Symptômes céphaliques. — Troubles de la vue : diplopie, amblyopie, nystag- 
mus. — Embarras de la parole. — Vertiges. 

Etat des membres inférieurs. — Parésie. — Rémissions. — Absence de trou- 
bles de la sensibilité. — Immixtion de symptômes insolites : symptômes 
tabétiques; atrophie musculaire. — Contracture permanente. — Epilepsie 
spinale ^'"^ 

HUITIÈME LEÇON 

DES ATTAQUES APOPLECTIFORMES DANS LA SCLÉROSE EN PLAQUES. — DES PÉRIO- 
DES ET DES FORMES. — PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. — ÉTIOLOGIE. — TRAITE- 
MENT. 

Sommaire. — Attaques apoplecliformes. — Leur fréquence dans la sclérose 
en plaques disséminées. — Considérations générales sur les attaques apo- 
plectiformes dans la paralysie générale et dans les cas de lésions cérébrales 
en foyer de date ancienne (hémorragie et ramollissement du cerveau). — 
Pathogénie des attaques apoplecliformes : insuffisance de la théorie de la 
congestion. — Symptômes : État du pouls ; élévation de la température cen- 
trale. — Cas d'attaques apoplecliformes chez d'anciens hémiplégiques. — 
Importance de la température au point de vue du diagnostic. 

Des périodes dans la sclérose en plaques. — Première, seconde et troisième 
périodes. — Symptômes de paralysie bulbaire. — Des formes et de la durée 
de la sclérose en plaques. 

Physiologie pathologique. — Relation entre les symptômes et les lésions. 

Etiologie. — Influence du sexe et de l'âge. — Hérédité. — Affections ner- 
veuses antérieures.— Causes occasionnelles : action prolongée du froid 
humide ; traumatisme. — Causes morales. 

Pronostic. — Traitement • ^^^ 



494 TABLE DES MATIÈRES 

NEUVIÈME LEÇON 

DE l'jSCHURIE HYSTÉRIQUE. 

Sommaire. — Préambule. — De l'ischurie hystérique. — Différences qui la 
séparent de l'oligurie. — Considérations générales. — Vomissements sup- 
plémentaires. — Historique. — Causes qui ont fait suspecter la réalité de 
l'ischurie hystérique. — Distinction entre l'ischurie calculeuse et l'ischurie 
hystérique. 

Observation. — Paralysie et contracture hystériques. — Hémianesthésie com- 
plète. — Hémiopie et achromatopsie. — Hyperesthésie ovarienne. — Réten- 
tion d'urine. — Tympanisme. - Attaques convulsives, trismus. — Appa- 
rition de l'ischurie hystérique. — Précautions prises pour éviter toute 
cause d'erreur. — Anurie totale. — Vomissements urémiques. — Balan- 
cement entre la quantité de l'urine excrétée et les vomissements. — Ana- 
lyse chimique des matières vomies, des urines et du sang. — Suspension 
des accidents. 

Retour de l'ischurie hystérique. — Nouveaux résultats de l'analyse chimique. 

Gravité de l'aniirie ordinaire et de l'anurie expérimentale. — Limite de la du- 
rée des accidents compatible avec la vie. — Influence de l'évacuation d'une 
quantité même minime d'urine. — Rapidité de l'apparition des symptômes 
dans l'ischurie calculeuse ; sa lenteur dans l'ischurie hystérique. — L'inno- 
cuité des accidents est en rapport avec la dose d'urine produite dans l'orga- 
nisme. — Résistance des hystériques à l'inanition. 

Mécanisme de l'ischurie hystérique. — Insuffisance de nos connaissances à 
cet égard ■ ^ ^ 275 

DIXIÈME LEÇON 

DE l'hémianesthésie hystérique. 

Sommaire. — Hémianesthésie et hyperesthésie ovarienne dans l'hystérie. — 
Association fréquente de ces deux symptômes. — Fréquence de l'hémianes- 
thésie des hystériques; — Ses variétés : elle est complète ou incomplète. — 
Caractères de l'hémianesthésie hystérique. — L'ischémie et les convulsion- 
naires. — Lésion des sens spéciaux. — Achromatopsie. — Relation entre 
l'hémianesthésie, l'hyperesthésie ovarienne, la parésie et la contracture. — 
Variabilité des symptômes dans l'hystérie. — Valeur diagnostique de l'hé- 
mianesthésie hystérique. — Restriction qu'il convient d'y apporter. 

Hémianesthésie dépendant de certaines lésions encéphaliques. — Analogies 
qu'elle pi-ésente avec l'hémianesthésie des hystériques. — Cas dans lesquels 
l'hémianesthésie de cause encéphalique ressemble à l'hémianesthésie des hys- 
tériques. — Siège des lésions encéphaliques capables de produire l'hémia- 
nesthésie. - Fonctions de la couche optique : théorie anglaise et théorie 
française. — Critique. — Nomenclature allemande des diverses parties de 
l'encéphale. — Ses avantages au point de vue de la circonscription des lé- 



TABLE DES MATIÈRES 495 

sions. — Cas d'hémianesthésie observés par Tiirck : siège spécial des lésions 
encéphaliques dans ces cas. — Observation de M. Magnan. — Altération des 
sens spéciaux 300 

ONZIÈME LEÇON 

DE l'hYPERESTHÉSIE OVARIENNE. 

Sommaire. — Hystérie locale des auteurs anglais. — Douleur ova- 
rienne ; sa fréquence ; considérations historiques. — Opinion de M. Briquet. 

Caractères de l'hyperesthésie ovarienne. — Son siège exact. — Aura hysté- 
rique ; premier nœud ; — globe hystérique ou second nœud : — phénomè- 
nes céphaliques ou troisième nœud. — Le premier nœud a son point de 
départ dans l'ovaire. — Lésions de l'ovaire ; desiderata. 

Rapports entre l'hyperesthésie ovarienne et les autres accidents de l'hystérie 
locale. 

De la compression ovarienne. — Son influence sur les attaques. — Manière 
de la pratiquer. — La compression ovarienne comme moyen d'arrêter ou 
de prévenir les convulsions hystériques est connue depuis longtemps : son 
application dans les épidémies hystériques. — Épidémie de Saint-Médard : 
Les secours. — Analogies qui existent entre l'arrêt des convulsions hystéri- 
ques par la compression de l'ovaire et l'arrêt de l'aura épileptique par la li- 
gature d'un membre. 

Conclusionau pointde vuedelathérapeulique. — Observatlonscliniques. , 320 

DOUZIÈME LEÇON 

DE LA CONTRACTURE HYSTÉRIQUE. 

Sommaire. — Formes de la contracture hystérique. — Description de la forme 
hémiplégique; analogies et différence entre la contracture hystérique et celle 
qui dépend d'une lésion en foyer du cerveau. — Exemple de la forme para- 
plégique de la contracture hystérique. 

Pronostic. — Soudaineté de la guérison dans quelques cas. — Interprétation 
scientifique de certains faits réputés miraculeux. — Incurabilité de la contrac- 
ture chez un certain nombre d'hystériques. — Exemples. — Lésions anato- 
miques. — Sclérose des cordons latéraux, — Variétés que présente la con- 
tracture. — Pied bot hystérique 347 

TREIZIÈME LEÇON 

DE l'HYSTÊRO-ÉPILEPSIE. 

Sommaire. — Hystéro-épilepsie. — Sens de cette dénomination. — Opinions 
des auteurs. — Hystérie épileptiforme, hystérie à crises mixtes. — Variétés 
del'hystéro-épilepsie : hystéro-épilepsie à crises distinctes: — hystéro-épilep- 
sie à crises combinées ou attaques-accès. — Différences et analogies entre 
l'épilepsie et l'hystéro-épilepsie. — Signes diagnostiques fournis par l'examen 



496 TABLE DES MATIÈRES 

de la température centrale dans l'état de mal hystéro-épileptique et l'état de 
mal épileptique. — État de mal hystéro-épileptique; ses phases. —Caractè- 
res cliniques de l'état de mal hystéro-épileptique. — Gravité de certains cas 
exceptionels d'hystéro-épilepsie. — Observation de Wunderlich. ... 367 

QUATORZIÈME LEÇON 

DE LA CflORÉE RYTHMIQUE HYSTÉRIQUE. 

Sommaire. — Symptômes. — Caractères des troubles moteurs. Analyse des 
mouvements du tronc, des membres, de la tête, de la langue Chorea ma- 
jor. — Nature de l'affection : elle relève de l'hystérie. — Preuves à l'appui: 
ovarie et hémianesthésie droites ; — altérations des sens; — effets transitoires 
de l'application des plaques d'or etd'étain dans l'hystérie. — Leur action per- 
manente dans l'hémianesthésie de cause organique. — Caractères des attaques 
convulsives. — Action de la compression ovarienne. 

La chorée rythmique appartient au groupe des symptômes permanents de l'hys- 
térie. — Disparition momentanée sous l'influence de la compression ova- 
rienne. — Relation avec les attaques. — Cas de Trousseau, Briquet, Mur- 
chisson, etc. — Traitement: insuccès de l'éther; — efficacité du nitrite d'a- 
myle 386 

APPENDICE 

I. Observation de paralysie agitante 409 

11. Du tremblement dans la maladie de Parkinson 414 

III. Caractères de l'écriture des malades atteints de maladie de Parkin- 

son 421 

IV. Sclérose en plaques disséminées : Cas fruste de la forme spinale; 

— possibilité de la guérison 423 

Nouvelle observation (PI. Vil et VIII) 425 

V. Des troubles de la vision chez les hystériques 427 

VI. Description de la grande attaque hystérique 435 

Vil. I. De l'influence des lésions traumatiques sur le développement des 

phénomènes d'hystérie locale 449 

II. Traumatisme et paralysie agitante 456 

VIII. Représentation d'après nature de la danse de Saint-Guy [chorea 

Germanorum), par P. Breughel. — Esquisse de Rubens 458 

Explication des planches 464 



FIN DE LA TABLE DES MATIERES 



TABLE ANALYTIQUE 



AcHROMATOPSiE hystérique, 287, 304, 
340, 346. 

Amblyopie hystérique, note, 362 ; — 
dans la sclérose en plaques, 233. 

Amyotropihe protopathique (V. Atro- 
phie musculaire). — symptomati- 
que: dans la contracture hystéri- 
que, 365 ; — d'un foyer sanguin 
du cerveau, note, 62 ; — d'une 
lésion hémilatérale de la moelle, 
103, — de la sclérose en plaques 
disséminées, 62,244 ; — de la sclé- 
rose des cordons latéraux, 61 ; — 
de la sclérose des cordons posté- 
rieurs, 61. 

Analgésie, 303, 308, 355. 

Anesthésie ( Rôle de 1') dans le dé- 
cubitus de cause spinale, 100. 

Angioneuroses, 139 ; — chez les hys- 
tériques, 140. 

Apoplexie spinale, 6i. 

Arthrite déformante, 119. 

Arthroi'athies des ataxiques, 5 ; — 
symptômes, 117 ; — Sièg-Cjnote, 113, 
118 ; lésions des jointures, 118 ; — 
altération des cellules des cornes 
antérieures, 120 ; — 6.dLWs,V atrophie 
musculaire progressive, 122. — de 
cause cérébrale et spinale, 111 ; — 
dans V hémiparaplégie traumatique, 
102; — des hémiplégiques : histo- 
rique, 113 ; — mode de début, 
note, 113 ; —lésions, 115 ; — carac- 
tères cliniques, 116. 

Articulations (Affections trophiqucg 
des), 25. (V. Athropathies.) 

Chârcot, t. I, 5e édit. 



Ataxie locomotrice (Affections cuta 
nées dans 1'), 75 ; relation entre 
ces affections cl les douleurs ful- 
gurantes, 76 ; — différences qui 
séparent lataxie du tremblement 
de la sclérose en plaques, 230 ; — 
dans la sclérose en plaques, 242. 

Atrophie musculaire, 5. — consécu- 
tive à la section du nerf scialique, 
9. — Arihropalhies dans V — 
progressive^ 122. — Lésions irri- 
tatives des cellules nerveuses dans 
1' — , 69 ; — sa tendance à la gé- 
néralisation, 70. 

Attaques-Accès, 372, 373, 375. 

Attaques apoplecti formes dans la 
sclérose en plaques, 249;— fréquence 
249, 230 ,• — dans la paralysie gé- 
nérale, 250, ; — pathogénie," 252 ; — 
dans les cas de foyers apoplectiques 
anciens, 251 — Variétés, 250. — 
Symptômes, 253. — Pouls et tem- 
pérature, 254. 

Attaque hystérique : Description, 
435. — Période épileptoïde, 437;—. 
P. des contorsions et des grands 
mouvements, 437 ; — P. des atti- 
tudes passionnelles, 438; — P. 
terminale, 439. — Variétés, 445. — 
Forme épileptoïde. 445. — F. dé- 
moniaque, 446. — F. extatique, 446 
— Immixtion de phénomènes cata- 
leptiques ou somnambuliques, 447. 

Attitudcs passionnelles, 438, 443. 

Attraction (Théorie de 1'), 144. 

Aura hystérique, 286, 325 ; — Carac- 
tères de r —, 325; — 1*^ nœud ou 
douleur ovarienne, 325 ; 2^ nœud ou 

32 



498 



TABLE ANALYTIQUE 



globe hystérique, 326 ; — 3e nœud 
ou phénomène céphalique, 326. 
— Influence de la compression de 
l'ovaire sur 1' -, 326, 331 339, 340, 
342, 346 375. 
Avant-mur, 313. 



B 



Bromure de camphre, 188. 

Bulbe rachidien. Lésions muscu- 
laires consécutives auxafl'ections du 
— ,71. — Lésions du — dans la 
paralysie agitante, 181 ; — dans 
la sclérose en plaques, 193, 251. 



Capsule interne, 313. 

Capsules surrénales (Hémorrhagie 
des) dans les lésions spinales, 1:^7. 

Catalepsie, 447. 

Cellules nerveuses motrices des cor 
nés antérieures de la substance 
grise de la moelle, 61. — Lésions 
de ces cellules : forme aiguë (pa- 
ralysie infantile), 68 ; — forme 
chronique (atrophie musculaire pro- 
gressive), 69. — Rôle des — dans 
la production des troubles trophi- 
ques, 72. — Dégénération jaune 
des cellules nerveuses, 2J 8, 219. — 
Lésions des — dans la sclérose en 
plaques, 244, 245 ; — dans la con- 
tracture hystérique, c65. 

Cerveau (iNotions anatomiques sur 
le), 312. 

Chloroforme, 349. 

Chorée, 178, 392, 404. — Mouvements 
désordonnés de la — comparés au 
tremblement de la sclérose en 
plaques, 2j0, 317. — (V. Hémi- 
chohée). — rythmique hystéri- 
que, 380. — Définition, 387. — 
Observation. 3^7. — Symptômes, 
387. — Parole, 391. — Démarche, 
391. _ Nature, 392. — Arrêts des 
mouvements, 399. — Fréquence, 

402. — Influence de la volonté, 

403. — Traitement, 400, 401, 405. 
Cicatrices vicieuses, 24. 
Cirrhose des muscles, 55. 



Cœlialgie iiystérique, 286, 323. 

Compression de l'ovaire, 331, 398. — 
Ses effets sur l'attaque d'hystérie, 
332. — Mode opératoire, 332. — 
Historique, 333. 

Congestion apoplectiforme et épilep- 
tiforme, 378. 

Contractilité électrique après les lé- 
sions pathologiques des nerfs et 
après les lésions expérimentales, 
37 ; — dans la contracture hysté- 
rique, 365 ; — dans les fractures 
et les luxations de la colonne ver- 
tébrale, 65 ; — dans Ihémutomyélie, 
65 ; — dans la myélite aiguë 
centrale, 64 ; — dans la sclérose 
en plaques, 241. (V. Myopathies.) 

Contracture hystérique permanente, 
285, ^39, 343, 346. — Action du 
chloroforme sur la —, 349. — Tré- 
muiation convuisive dans la — , 
350. — Forme hémiplégique de la 
— , 347, 351 ; — caractères qui la 
ditlérencient de l'hémiplégie orga- 
nique, 351. — Forme hémipara- 
plègique de la — , 358, .i66. — Forme 
paraplégique, 347, 355, 360. —Pro- 
nostic de la — , 356, 36i. — Sou- 
daineté de la guérison dans certains 
cas de —, 359 ; — cures réputées 
miraculeuses, 357. — Contractures 
incuraDles, 360. — Lésions dans 
la—, 361, 362. — Physiologie pa- 
Ihlogique de la , 36J. 

— ijeniianente dans la sclérose en 
plaques- 245. 

— tardcve dans l'hémiplégie de 
cause cérébrale, 351. 

— des uretères, 297. 
CoNVULsiONNAiREs, 303,334. — Démo- 
niaques, 3*2,455, 456. (V. Secours). 

Convulsions ^Arrèt des) chez les hys- 
tériques par la compression de 
l'ovaire, 531; — dansl'épilepsie, 338. 

Corde du tympan, nerf dilatateur, 140 . 

Corps gkanuleux, 215. 

Corps opro-sTaiés ( Lésions des) : 
leurs effets ,3j7. — Théorie fran- 
çaise, 310. —Théorie anglaise, 309. 

Courants électriques, uiflerences 
entre les C. contiaus et les G. inter- 
rompus, 39. (V. Faradisation.) 

Crises gastriques, 261. 



TABLE ANALYTIQUE 



Danse de Saint-Guy, 4oo. 

Décubitus «/f/î^, 82. — Mode d'évo- 
lution, 84. — Affections consécu- 
tives au — , 87 ; — dans l'apoplexie 
symptomatique des lésions C' ré- 
brales en foyer, 90; — siège, 92. — 
Pathoffénie du -, 94, 139; — de 
cause spinale, 86, 94: — siège, 
94 ; — dans la myélite traumatique, 
97 ; — influence du siège de la 
lésion spinale, 98; — dans l'hémi- 
paraplégie traumatique, 99; —dans 
la myélite spontanée, 106; — épo- 
que de son a.pparition, 106 ; — 
Rôle de la substance grise sur la 
production du — , 108. — In- 
fluence des lésions des nerfs sur 

le —, 109. 
DÉGÉNÉRATION cireuse des muscles^ 

note, 42 ; 55. — 
DÉLIRE des grandeurs dansla sclérose 

en plaques, 238. 
DÉMARCHE dans la paralysie agitante, 

175. 
DiPLOPiE dans la sclérose en plaques, 

233, 258. 
Douleurs fulgurantes (Pathogénie 

des), 78. 
Dynamométrie dans la paralysie agi- 
tante, 163, 174. 



Ecchymoses viscérales dans les lé- 
sions cérébrales en foyer (endocarde, 
estomac, plèvre, vessie), 125,126; 
— de l'aponévrose épicrânicnne, 
126 ; — dans les lésions spinales. 
127. 

Ecriture (Spécimens, de 1') dans la 
paralyj^ie agitante, 107, 421 ; — dans 
la sclérose en plaques, 227, 228. 

ECTHYMA, 76. 

Electro- Diagnostic, 35. 

Embolies gangreneuses, suite du dé- 
cubitus aigu, 87. 

Encéhpalite, 90 . 

Endocardite ulcéreuse avec embolies 
multiples et état typhoïde, 81. 

Epidémies hystériques, 334; — de 



499 



de 



Saint-Médard, 303, 336 ; 
Saint- Louis, 339. 

Epilepsie dans ses rappoits avec 
l'hystérie, 367, 368, 370. — Des- 
cription d'un accès d' — , note, 579 ; 
— spinale dans la contracture hysté- 
rique, 350, 3'14 ; — dansla sclérose 
en plaques, 245,262. —Ses formes, 
2-7. — Arrêt de Y —, 338, 375. (V. 
Etat de mal épileptique). 

Eruptions eczémateuses, 23 ; liché- 
noïdes et pustuleuses, 75 ; — pem- 
phigoïdes, 2'», :sl, 110. 

Erythème pernio^ 24. 

Escarre (/e /a fesse, 4 ; — k formation 
rapide, 82: — son siège dans les 
cas d'apoplexie, 92; — dans les at- 
taques apoplectiformes, 253. — 
sacrée, 95; — dans l'ataxie loco- 
motrice, 76: — dans l'état de mal 
épileptique, 378. (V. Décubitus.) 

Etat de mal épileptique, 372. (V. 
Température.) — hystévo-épilep- 
tique, 339, 397, iOO. (V. Tempéra- 
ture.) 

Ether, 401. 

Excitabilité électrique (Altérations 
histologiques correspondant à la 
diminution de 1'), 51. 

Expériences de MM. Erb,Ziemmsen. 
0. Weiss, 53. 



Faisceaux radiculaires internes, 77. 

— Irritation des — dans la sclérose 

postérieure, 78. 
Faradisation et galvanisation : difl'é- 

rences d'action, 39, 54, 57; — dans 

la sclérose en plaques, 241. 
Fève de Galabar dans la paralysie 

agitante, 187 ; — dans la sclérose 

en plaques, note, 272. 



Ganglion cervical supérieur (Effets 
résultant de l'extirpation du), 135. 
Glossy skin, 24. 
Globe hystérique. (V. Aura.) 
Griffe dans un cas de sclérose en 



500 



TABLE ANALYTIQUE 



plaques avec lésions des cellules 
nerveuses, note, 63; — dans la pa- 
ralysie agitante, 170. 

H 

HÉMATOMYÊLiE, 64. — Pathogénic, 
64. — Diminution ou abolition de 
la contractilité électrique, 65. — 
Altération des urines, 129. 

HÉMiANESTHÉsiE hijstévique, 285, 300, 
330. — Historique, 302. — Lésions 
des sens, 304. — Relations entre 
l'hémianesthésie^ l'hyperesthésie 
ovarienne, la paralysie et la con- 
tracture, 304, 330. — Caractères 
qui la séparent de l'hémianesthésie 
de cause encéphalique, 306, 315. 

— de cause encéphalique^ historique, 
308,309; — ses caractères, 308, 3to 

— Cas de Tiirck, 313; note, 315. 
hémichorée, 316, 392. 
Hémiopie, 285. 
riÉMiPARAPLÉGiE traumatiquc, 99. — 

Arthropaties dans T — ,101, 103. — 
Atrophie musculaire dans V --, 
103. — Altérations des urines dans 
V —, 129. 

Hémiplégie dans les attaques apo- 
plectiformes, 253; — hystérique, 
349. 

Histologie normale du système ner- 
veux, 196. 

Hypérémie neuro-paralylique, 133, 
135. 

Hyperesthésie ovarienne, 286, 300, 
304, 321, 394, 396. — Fréquence, 
32i. — Historique, 321. — Carac- 
tères cliniques, 324. — Lésions ana- 
tomiques de l'ovaire, 329. — Con- 
clusions, 338. — Faits cliniques, 340, 
346, 373. 

Hystérie (V. Epidémie, Hémianes- 
THÉsiE, Hyperesthésie ovarienne, 
IscHURE, Secours) — épileplepii- 
forme, 369; — ovarienne, 302; — 
grave, 306, 383; — locale, 320. 

— infantile, 451. — locale trauma- 
tique, 450. 

YSTÉR0-ÉE1LEPSIE, 332, 367. — Si- 
gnification de ce mot, 3G8 ; — à 
crises distinctes, 371. — Variétés 
de r —, 370. — Nature de 1' —, 
374. — Température dans 1' —, 



376. — Etat de mal hystéro-épilep- 
tique, 381. — Cas graves d' —, 383. 



Immobilisation des membres (Effets 
de 1'), 8, 12. 

Incoordination motrice, 230. 

Infection purulente, suite du décu- 
bitus, 87. 

Intoxication putride, suite du décu- 
bitus, 87. 

Irritabilité musculaire, 40. 

Irritation (Rôle de 1') des nerfs au 
point de vue de la production des 
troubles trophiques, 26. 

Ischémie hystérique, 303. 

IscHURiE hystérique, 215 ; — passa- 
gère, 278 ; — permanente, 278; 
— Historique, 280 ; — Simulation, 
281. — Elle diffère de l'ischurie 
calculeuse, 283. — Fait clinique, 
285. — Tracé indicatif des vo- 
missements et des urines, 289. — 
Analyses chimiques, 290, 292. — 
Rémission des accidents, 291. — 
Réalité de 1' —, 293. — Bénignité 
relative de 1' — , 295. — Gravité 
de l'ischurie calculeuse, 294. — 
Mécanisme de 1' —, 296. 



Langue (Contracture de la), 346. 

Latéropulsion dans la paralysie 
agitante, 419. 

Lèpre anesthésique, 31. 

LÉSIONS irritatives, 13, 17 ; — ocu- 
laires consécutives à l'irritation du 
ganglion de Casser, 14, 17 ; — à 
la section du nerf trijumeau, 10, 
15 ; — dues à des lésions sponta- 
nées du nerf delà 5^ paire, 17. 

M 

Mains (Déformation des) dans la pa- 
ralysie agitante, 170 ; — dans le 
rhumatisme, 171. (V. Griffe). 

Maladie de Parkinson, note, 173, 41 \ . 

Méningite ascenrfa^.^e purulente sim- 
ple ou ichoreuse, consécutive an 
décubitus, 89 ,• — cervical chroni- 
que, 30. 



TABLE ANALYTIQUE 



oOl 



Métalloscopie, 396. 

Miracles de Saint Louis, 359 ; — de 

Saint-iMédard, 303, 336 ; — de 

Lourdes, note, 360. 
Moelle épinière (Effets de la section 

transversale de la), 11, 19. 
Muscles (Affections trophiques des), 

36 ; — dans la paralysie infantile, 

68. (V. Amygtrophies, Atrophie 

MUSCULAIRE, MYOPATHIES, SCLÉ- 
ROSE EN PLAQUES.) 

Myélite aiguë centrale^ 64. — Dinni- 
nution de la contractilité électri- 
que, 64. — Lésions des capsules 
surrénales, 127. — Altérations des 
urines, 129. — Grises gastriques, 
261. 

— partielles : amyotrophie, 62 ; — 
traumatiques, 96; — spontanées, 
106. 

Myodynie hystérique, 323. 

Myopathies consécutives à des lé- 
sions de la moelle, 60. 



N 



Néphro-gystite consécutive aux lé- 
sions spinales, 128. 
Néphrotomie, 279. — Gravité de la 

— ,29^. 

Nerfs (Ecrasement et ligature des, 
53. — Excision des — , 57. — 
Plaques de sclérose sur les — , 
194 ; — dilatateurs^ 149. (V. Corde 
DU Tympan) ; — facial (Paralysie 
du), 39; —glandulaires (Irritation 
des), 143 ; — sciatique (Résultat 
de la section du), 9 ; — sécréteurs 
(Recherches de Ludwig sur les) 
141 ; — trijumeau (Résultfits de la 
section du), 10, 15. — Expériences 
de Samuel, 14 ; — lésions sponta- 
nées du), 17 ; — trophiques, 21, 
147 ; — origine de ces nerfs, 148. 

— vaso-moteurs, 1 33 ; — (Rôle des) 
au point de vue de la nutrition. 11, 
21 ; — irritations des —, 139. 

Névrite, 26,27. —Troubles trophi- 
ques liés à 'la —, 28. 

NÉVROGLiE (De la), 198. 

NiTRiTE cTamyle, 401 ; — note, 405. 

Nutrition (Influence du système 
nerveux sur la), 4, 6 et passim. 



Nystagmus dans la sclérose en pla- 
ques, 167, 234. 



Oblitération calculeuse des uretè- 
res, 283. — Durée, 284.— Gravité, 
293. 

Oligurie hystérique, 278. 

Os (Affections trophiques des), 25, 31 . 

Ovaire (Siège de 1'), 327. (V. Com- 
pression, Hyperesthésie ova- 
rienne.) 

OvARiE hystérique, 286, 304, 320. 



Paralysie agit;nte, 153, 317, 409. 
414. — Historique, 160. — Nature, 
161. — Caractères généraux de la 
— , 161. — Début, ses modes, 16i, 
166, 410. — Symptômes, période 
d'état, 166, 411. — Caractères du 
tremblement, 166. — Ecriture, 167, 
421. — Attitude du corps dans la 
—, 169,410, 412 ; — sa valeur dia- 
gnostique, 172. — P. agitante sans 
tremblement, 172, 414. — Sensa- 
tions pénibles dans la — , 176, 413, 
— Période terminale, 179. —Ter- 
minaisons, 180. — Anatomie pa- 
thologique, 180. — Physiologie pa- 
thologique, 182. — Causes, 162, 182, 
184, 409. — Traitement, 186. — 
Influence des lésions traumatiques, 
453, (V. Latéropulsion, Parole, 
Propulsion, Rétropulsion.) — 

— bulbaire, symptomatique de la 
sclérose en plaques, 263. 

— consécutive à la lésion des nerfs, 
46. 

— général progressive; caractères 
qui la rapprochent de la sclérose 
en plaques, 223, 236. (V. Attaques 
apoplectiformes.) 

— générale spinale de l'adulte, 70 ; 
ses analogies et ses différences 
avec la paralysie infantile, 70. — 
hystérique^ 287, 351 et passim, 

— infantile, 46, 50. — Lésions ana- 
tomiques, 72 ; — labio-glosso-la- 



502 



TABLE ANALYTIQUE 



ryngée : lésions des cellules mo- 
trices, 71, 263, 236. 

— pseu'io-hypertrophique , 46. 

— rhumatismale (Etat de la contrac' 
tilité musculaire dans la), 30. 

Paraplégie traumatique (Altération 
des urines dans la), 128. (V. Hé- 
miparaplégie.) 

Parésie des membres inférieurs dans 
la sclérose en plaques, 239. — 
Rémissions, 240. 

Parole (Troubles de la) dans la 
paralysie agitante, 168 ; — dans la 
sclérose en plaques, 235. 

Peau (Troubles trophiques de la). 
23;— lisse, 2i, 31. 

Petit mal épileplique, 375. 

Pharynx (Paralysie du), 346. 

Phlegmon (Faux), 24, 85. 

Pied (Déformation du), dans la para- 
lysie agitante, 171. (V. Trépida- 
tion. 

Pied bot hystérique, 360, 3o5. 

Pouls dans les attaques apoplecti- 
ques, 254, 256. 

Préambule, 1. 

Propulsion dans la paralysie agi- 
tante, 163 ; — note, 173, 175, 411. 

Putamen, 313. 



Reins (Lésions des) consécutives à 
la section des nerfs, 128, 129. — 
Contradictions expérimentales, 19. 

RÉMISSION, 166, 240, 259. 

Rétention d'urine chez les hystéri- 
ques, 277, 353, 356. 

Rétropulsion dans la paralysie agi- 
tante, 163 ;nole, 173; 175, 411. 

Rigidité des membres et du cou 
dans la paralysie agitante, 169. 



Salivaiton dans la paralysie agi- 
tante, 169. 

Sclérodermie, 25. 

Sclérose fasciculée, 60 ; — descen- 
dante, 251 ; - latérale dans l'hys- 
térie, 362 ; — postérieure, compli- 



quantlascléroseenplaques,231,242. 
note, 264, (V..\taxie locomotrice). 
En plaques disséminées (Lésions 
des cellules mot'ices dans 'a — ). 
71 ; — et paralysie agitante, 159. 

— Historique, 190. — Anatomie 
macroscopique, 192. — Distribu- 
tion des plaques dans le cerveau, 
193 ; — dnns la moelle 193 ; — 
sur les nerfs, 195. — Aspect des 
plaques de sclérose, 194. — Histo- 
logie, 195, 205. — Altération des 
vaisseaux dans la —, 211. — Na- 
ture de la lésion, 219. — Forme 
spinale, 194, 222. — Forme cépha- 
lique ou bulbaire, 194, 222. — 
Forme cérébro-spinale, 195, 222. 

— Causes d'erreurs de diag- 
nostic, 223.— Diplopie, amblyopie, 
233. — Symptômes céphaliques, 
233. — Ny.^tagmus, 254. — Vertige 
236. — Faciès, 237. — Symptômes 
psychiques, 237. — Etat des mem- 



bres inférieui 



>39. 



fcymplo- 



mes insolites, 241. — Ataxie, 242. 
Atrophie m-isculaire, 244. — Con- 
tracture des membres. 2i5. — Epi- 
lepsie spinale, 243, 247. — Atta- 
ques apoplectiformes, 249. — Pé- 
riodes, 257. — Rémissions, 259, 

— Crises gistriques, 261. — Mala- 
dies intercurrentes, 2tl3. — Para- 
lysie bulbaire, 263. — Durée, 266. 
Physiologie pathologique, 266. — 
Causes, 268. — Influence des mala- 
dies ai^-uës, note, 259, 270. — Pro- 
nostic, 271, 423.— Traitement, 271. 

— Cas de guérison, 422. — Forme 
fruste de la —, 423. 

Secours (Des) chez les convulsion- 

naires, 33"^. 
Sections des nerfs ; complètes ou 

incomplètes, 22, 26, 3